23e semaine

2020/09/10 — L’évangile du Jeudi – (Lc 7, 36-50) – St Robert Bellarmin; St Lambert

By mercredi 16 septembre 2020 No Comments

Les deux personnes confrontées à Jésus dans cette scène sont totalement opposées. Les gens estiment la première comme un juste, qui observe tous les préceptes de la Loi. Le pharisien appartient au groupe des purs, « séparés », qui méprisent le « peuple de la terre », ceux qui ne connaissent pas la Loi ou qui ne l’observent pas. Le pharisien est convaincu d’être en accord avec la volonté de Dieu. Par contre, la femme qui ose s’introduire dans cette salle à dîner, ouverte sur l’extérieur, est méprisée par tous, car elle est une prostituée. Désespérée d’elle-même, elle a entendu Jésus, semble-t-il,  annoncer la miséricorde de Dieu pour tous, même pour les pires pécheurs.

Le pharisien

Jésus est devenu un personnage connu et populaire par son enseignement et ses guérisons. Le pharisien pense qu’il est opportun de juger ce personnage, en examinant s’il vient de Dieu, s’il est un prophète. Il l’invite donc à dîner chez lui pour observer son attitude et l’entendre dans l’intimité. Mais il ne veut pas se compromettre favorablement à l’égard de Jésus: il l’accueille froidement. Il ne lui offre pas d’eau pour se laver les pieds empoussiérés sur la route. Il ne lui donne pas le signe d’un accueil chaleureux par une accolade. Enfin il ne répand pas sur sa tête l’huile de l’amitié.

Lorsque la prostituée entre chez lui, il éprouve une émotion de révolte et de répulsion. Il n’accepterait même pas de lui adresser la parole, car son statut de juste le sépare de cette femme par une barrière infranchissable. Aussi il porte un jugement décisif sur Jésus, qui se laisse toucher par une telle femme. C’est la preuve pour lui que Jésus n’est pas un prophète, qu’il ne vient pas de Dieu.

La pécheresse

C’est une personne connue, dont tout le monde se moque et qui la méprise. À ses propres yeux, cette femme se dit qu’elle ne vaut rien et qu’elle n’a même plus la possibilité d’aimer, car elle a confondu l’amour avec le plaisir et le gain. Par curiosité sans doute, elle a entendu de loin le Christ qui proclamait que personne ne devait désespérer, parce même la plus avilie était l’objet de l’amour de Dieu, qui pouvait la faire revivre,  la ressusciter. Elle comprit que quelqu’un l’aimait et qu’elle devait répondre à un tel amour.

Un amour de reconnaissance entraîne aux pieds de Jésus cette femme qui a retrouvé l’espérance. Elle sait que tous les convives la mépriseront, qu’ils vont détourner les yeux pour ne pas salir leur regard. Son amour la rend humble et lui fait oublier tous ces regards malveillants. Son émotion de reconnaissance est si vive qu’elle est « tout en pleurs. » Dans son humilité, elle « se tient aux pieds » de Jésus, qu’elle « couvre de baisers. » Sa reconnaissance est tellement profonde qu’elle verse des larmes. Elle s’empresse d’essuyer ces larmes sur les pieds de Jésus avec ses cheveux, qu’elle a dénoués dans un autre geste inusité. Elle exprime finalement son amour dans une action audacieuse et généreuse: elle répand sur les pieds de Jésus ce qu’elle possède de plus précieux, le parfum qui pouvait lui donner l’illusion d’être encore attrayante.

Jésus

L’invitation du pharisien à Jésus était ambiguë. D’un côté, il pouvait paraître le protecteur d’un envoyé de Dieu, si Jésus prouvait qu’il était un prophète. Par contre, en ne lui accordant pas les signes d’accueil poli pour un invité de marque, le pharisien conservait toute sa liberté de jugement sur Jésus, sans se compromettre en face des gens. Jésus perçoit clairement les intentions mélangées de son hôte, mais il accepte quand même son invitation, en dépit ses manques de politesse Jésus a la mission de proclamer l’amour de Dieu à tous, même à ceux qui lui sont hostiles.

Jésus soupçonne les pensées de réprobation qui agitent son interlocuteur. Au lieu d’entamer une explication claire et directe, Jésus recourt à une parabole pour que le pharisien découvre par lui-même la vérité. Le créancier de la parabole qu’il lui propose est évidemment Dieu. Les deux débiteurs sont le pharisien et cette prostituée. Le Seigneur miséricordieux leur pardonne, avant même qu’ils aient imploré leur grâce. Mais pour que ce pardon produise son effet de purification et de vie renouvelée, il faut  que chacun l’accueille dans l’humilité et dans un amour de reconnaissance. Le pardon gratuit de Dieu inonde de joie cette pécheresse méprisée et elle exprime son action de grâce dans sa démarche empreinte d’humilité et d’audace.

L’amour de cette femme manifeste sa reconnaissance, qui découle du pardon qu’elle a reçue gratuitement: « Le grand amour qu’elle a manifesté prouve que ses nombreux péchés ont été pardonnés. » Son amour n’est pas une condition requise pour le pardon, il en est plutôt la conséquence. Jésus ne dit pas à la femme que son amour lui a obtenu le pardon, mais « ta foi t’a sauvée », cette foi qui est l’ouverture, l’accueil du don gratuit de Dieu.

Conclusion

Les deux personnages devant Jésus se représentent Dieu deux figures opposées. Pour le pharisien, Dieu est le Maître dont la volonté exprimée dans la Loi doit être observée scrupuleusement. À ses yeux, la prostituée me peut être que méprisable, un rejet de la société. À l’opposé, cette femme, a compris sa radicale pauvreté, elle l’avoue et s’ouvre par sa foi à l’amour divin, qui la ressuscite. Son action de grâce manifeste sa joie et sa reconnaissance.

Jean-Louis D’Aragon SJ