22e semaine

2020/09/03 — L’évangile du jeudi – (Lc 5, 1-11) – St Grégoire le Grand

By mercredi 16 septembre 2020 No Comments

Plusieurs peintres ont représenté cette scène pittoresque de Jésus assis dans la barque et enseignant la foule assemblée sur le rivage. Mais cette représentation pourrait fixer et circonscrire dans le passé cet enseignement du Christ, alors qu’elle a une signification profonde et symbolique pour l’Église à travers les siècles et pour nous-mêmes aujourd’hui.

La barque est la figure de l’Église, dans laquelle se trouvent Jésus, Pierre et les apôtres. Tous ces personnages, ensemble, constituent la structure hiérarchique de la Communauté chrétienne. À travers le pape, les évêques, les prêtres et tous les chrétiens, c’est le Christ Jésus qui annonce au monde la Bonne Nouvelle du salut, de la vie et du bonheur. Cet Évangile provient de Dieu le Père, qui accomplit par son Fils, le Seigneur, les signes liturgiques de l’Église.

Jésus commande et Simon-Pierre obéit

Jésus donne cet ordre à Simon : « Avance au large », vers le domaine des monstres marins, qui, croyait-on à l’époque, s’agitaient au fond de la mer. Jésus répète à l’Église de faire face avec foi et confiance aux risques de l’avenir. Que de fois, au cours de son histoire, les circonstances extérieures semblaient présager le naufrage de l’Église !

Simon et ses amis ont « peiné toute la nuit », le meilleur moment pour la pêche, mais ils n’ont rien pris. Avec sa compétence de pêcheur, Simon représente les futurs « sages » ou « prudents », qui refuseront le risque de l’obéissance de la foi. Ils ne comprennent pas le sens mystérieux de l’échec qui nous libère de nos illusions, celles qui nous faisaient croire à nos seules capacités humaines. Mais Simon obéit à l’ordre de Jésus, en dépit des circonstances qui semblent présager un échec. Cette obéissance, inspirée par la foi, trouve sa récompense dans une pêche miraculeuse qui bouleverse Simon et ses amis. Ce résultat, au-delà de toutes nos prévisions humaines, nous émerveillera toujours.

L’effroi devant la présence sacrée du divin

L’être humain éprouve toujours étonnement et admiration face aux signes dans lesquels Dieu se manifeste.  Le miracle, le sacré, attire comme un aimant, mais, en même temps, il fait prendre conscience de notre indignité humaine.

Au moment de son triple reniement, Pierre découvrira encore mieux sa condition de pécheur. Celui à qui le Christ a demandé de le représenter, à qui il a donné la primauté dans son Église, le premier pape, était un « homme pécheur. » Le Seigneur a pris le risque d’appeler des ignorants et des pécheurs pour diriger son peuple. C’est en leur faisant prendre conscience de leur insignifiance que Jésus les a préparés à devenir les pasteurs de son Église. Pierre, avec Jacques et Jean, seront les témoins de la résurrection d’une jeune fille, de la transfiguration de Jésus, mais également de son agonie à Gethsémani. Ils connaîtront ainsi la gloire et l’humiliation de leur Maître, qui préfigurera en sa personne la destinée de tous ceux et celles qui communieront à leur Seigneur par leur foi.

La crainte que le sacré inspire aurait-elle disparue de nos jours ? Cette crainte s’est tout simplement déplacée. Quand on perd la crainte de Dieu, la peur nous cerne de toutes parts : angoisses devant l’avenir, craintes d’attentats, peur des virus, des contagions, …

Jésus enseigne la paix

Le Christ rassure Simon et ses amis : « Sois sans crainte ! » Partout dans l’histoire biblique, les envoyés célestes apaisent les humains épouvantés par la présence de Dieu. C’est par le souhait de la paix que Jésus s’adressera toujours aux siens après sa résurrection.

Prolongeant la symbolique de la mer remplie de monstres maléfiques, le Christ assigne à Pierre, à l’Église et à tous les chrétiens la tâche de sauver les humains du désespoir et de la mort. Des puissances redoutables menacent l’humanité et risquent de l’engloutir. L’Église a le devoir de la conduire à son Sauveur.

Le véritable miracle n’est pas la pêche miraculeuse, mais le changement des cœurs de Pierre et de ses compagnons. Ils laissent tout pour suivre le Christ. Ils acceptent l’immense risque de la foi.

Jean-Louis D’Aragon SJ