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Lc

2022/11/05 – Lc 16, 9-15

By 2024-01-04No Comments

La parabole du gérant avisé se prolonge dans trois exhortations de Jésus. Le gérant s’est fait des amis avec l’argent dérobé à son maître. Il sera accueilli par chacun des débiteurs de son maître pour le reste de sa vie. À l’exemple du gérant, le disciple de Jésus se fait des amis avec ses aumônes aux pauvres. Cet argent est « trompeur » car il procure une illusion, celle d’une valeur qui durera toujours, alors qu’elle peut disparaître à tout moment. Bien plus, l’argent suscite la pire des illusions, celle d’être riche par soi-même, de posséder le bonheur sans Dieu. Au moment où l’argent, cette valeur superficielle et fragile, disparaîtra, les pauvres seront vos intercesseurs auprès de Dieu.

L’argent, comme notre vie, ne nous appartient pas. Dieu nous le prête pour exercer notre liberté et notre responsabilité. Jésus exprime cette même vérité par trois affirmations parallèles :

  1. a) Celui qui se montre digne ou trompeur dans « une petite affaire », c’est-à-dire dans la vie présente, sur terre, sera digne ou non dans une grande, c’est-à-dire la véritable richesse du Royaume de Dieu. Autrement dit, la manière d’utiliser l’argent ici-bas conditionne notre participation au bonheur du Royaume.
  2. b) Si on n’est pas « digne de confiance » avec l’argent trompeur, fascinant par ses illusions, qui nous confiera le bien véritable, celui du ciel, qui ne disparaîtra jamais ?
  3. c) Si vous n’êtes pas dignes de confiance pour des biens étrangers comme l’argent, prêtés par Dieu, qui ne vous appartiennent pas, le vôtre, le vrai bonheur de l’au-delà auquel Dieu vous appelle, qui vous le donnera ?

Les trois antithèses se résument donc à une seule, la richesse d’ici-bas ou celle de l’au-delà :

–   « une petite affaire » opposée à « une grande »;

–   « l’argent trompeur » ou « le bien véritable » ;

–   « des biens étrangers » ou votre véritable bien, la vie éternelle que Dieu vous a promise.

Jésus en vient finalement à l’opposition radicale, Dieu ou l’Argent. Pour celui qui en fait la priorité de ses désirs, l’Argent devient une idole, qui se pose en rivale de Dieu. Un esclave ne peut être au service exclusif de deux maîtres. Il appartient à l’un ou à l’autre, il sert l’un ou l’autre. Dieu exige une loyauté exclusive, car il est un Dieu d’amour, un « Dieu jaloux ». Lorsque la personne humaine essaie de profiter d’une double loyauté, de servir deux maîtres opposés, Dieu et l’Argent, elle se divise et se détruit. L’unité de son être exige l’adhésion totale à son Seigneur.

Tous n’acceptent pas une opposition aussi radicale entre Dieu et l’Argent. Les Pharisiens, par exemple, s’appuyaient sur l’Ancien Testament pour estimer l’argent, car les biens terrestres y apparaissaient auréolés des bénédictions divines. La richesse était le signe que le Seigneur approuvait comme juste la conduite d’une personne. Notre société s’accorde souvent avec cette admiration devant les immenses fortunes. Mais l’estime dont profitent les riches devant le monde n’est qu’apparente. La réalité, c’est la conscience, le cœur de toute personne, que Dieu scrute et juge.

L’argent est un moyen puissant, très utile, car il permet les échanges entre les humains d’une société, que Dieu a créés pour être solidaires et se compléter. Nous ne pouvons pas survivre dans notre monde sans avoir une monnaie d’échange. Par mépris, on parle parfois de « l’argent sale ». Cet argent méprisable n’existe pas en lui-même, c’est nous qui le rendons sale ou propre. La mauvaise ou la bonne utilisation de l’argent dépend de nous, de notre égoïsme ou de notre amour dans le don de nous-mêmes.

Une fable d’Ésope illustre l’ambivalence de l’argent. Elle met en scène un esclave que son maître envoie au marché pour acheter le mets le meilleur pour un festin. L’esclave revient du marché avec de la langue. Une autre fois, le maître envoie de nouveau son esclave avec la consigne, cette fois, d’acheter le mets le plus détestable. L’esclave revient avec…encore de la langue. Le maître lui demande l’explication de son choix, la langue dans les deux cas opposés. L’esclave lui répond que la langue peut être ce qu’il y a de meilleur ou de pire ; tout dépend de la manière de l’utiliser. On peut en dire autant de l’argent !

Jean-Louis D’Aragon SJ

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