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Lc

2021/10/25 – Lc 13, 10-17

By 2024-01-04janvier 12th, 2024No Comments

Un jour de sabbat, Jésus est en train d’enseigner dans une synagogue. Il voit une femme courbée, ne pouvant se redresser complètement : une maladie attribuée à une action satanique. Le texte précise qu’elle était dans cet état lamentable depuis dix-huit ans. Spontanément, sans qu’elle le lui demande, Jésus la guérit par sa parole performative, « Femme, te voilà libérée de ton infirmité », et par le rite de l’imposition des mains. Le chef de la synagogue désapprouve ce « travail accompli » le jour du sabbat. Jésus riposte en faisant appel à la pratique courante des villageois bien obligés, même le jour du sabbat, de « détacher » leurs bêtes pour les mener à boire. Il pose alors la question : cette « fille d’Abraham » liée par Satan depuis dix-huit ans, fallait-il refuser de la délier le jour du sabbat qui est jour de salut par excellence?

Bien entendu, le chef de la synagogue qui ne s’attendait certainement pas à cet argument n’a pas su que répondre. Peut-être aussi qu’il s’est tu pour ne pas s’attirer l’hostilité de la foule qui approuvait Jésus et « se réjouissait de toutes les merveilles qu’il faisait. » Remarquons que ce légaliste obtus et sans coeur n’était quand même pas totalement isolé, car Jésus ne l’interpelle pas personnellement : il apostrophe un groupe d’« esprits faux » qui, plus loin, sont appelés « adversaires ». Le chef de la synagogue était donc un peu comme le porte parole d’un groupe bien précis que Jésus vilipende collectivement.

À distance, ce groupe nous semble totalement stupide, car le geste de Jésus paraît inattaquable. En fait, l’enjeu n’est peut-être pas « le sabbat ». Si Jésus avait guéri cette femme un autre jour, ses adversaires n’auraient probablement pas applaudi. L’objet de la querelle, c’était tout simplement le pouvoir. Ce que faisait Jésus le rendait populaire auprès des petites gens, mais ses adversaires en devenaient amers car, comparés à lui, « les sondages » les donnaient perdants. Ils contre-attaquaient donc sur le terrain de la loi, mais en faisant cela, ils trichaient en utilisant la loi comme un instrument de vengeance alors que la justice est son but fondamental. Et Jésus a beau jeu de mobiliser contre eux ce détournement éhonté.

Tricher avec la loi n’est pas une habitude caractéristique de la seule époque de Jésus. C’est le sport favori de notre monde contemporain, car ça rapporte. Nous sommes parfois victimes et parfois auteurs ou complices de ce genre de détournement. Nous signons souvent des contrats sans avoir lu des clauses en bas de page et en lettres minuscules qui limitent drastiquement ou annulent carrément les engagements de ceux qui nous vendent leurs marchandises ou leurs services. Nous engageons des avocats futés pour nous éviter d’assumer les conséquences des crimes que nous avons commis. Parfois, c’est l’inverse : des spécialistes du droit sont payés pour établir notre culpabilité alors que nous sommes innocents. Nous mettons nos grandes fortunes dans des paradis fiscaux, privant ainsi nos États de moyens à mettre en œuvre pour le bien-être de nos concitoyens dans le besoin. Nous inventons de nouvelles catégories de prisonniers de guerre, du genre « combattants illégaux », pour nous soustraire aux obligations de la « Convention de Genève » que nous avons pourtant signée.

Qui d’entre nous pourrait jurer de n’avoir jamais cédé au jeu de détourner la loi, la contourner, la dénaturer, l’instrumentaliser en l’interprétant dans le sens de ses intérêts? L’appel à la conversion ne s’adresse donc pas uniquement aux contemporains de Jésus, mais à nous tous qui nous comportons comme eux.

Melchior M’Bonimpa