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2023/12/14 – Mt 11, 11- 15

Le texte de l’évangile vient après la visite des disciples de Jean-Baptiste. A la suite de cela, Jésus a rendu témoignage au Précurseur. Les gens ne sont pas allés voir un roseau agité par le vent. Ils ne sont pas allés voir un personnage mondain comme ceux qui sont dans les palais. Jésus dit à ses auditeurs qu’ils ont raison de le considérer comme un prophète. Il est même plus qu’un prophète. Il est le messager envoyé pour préparer la route devant celui qui apporte le Royaume de Dieu, et ce messager n’est pas un roseau: il n’est pas faible et il restera fidèle dans l’épreuve.  (Mal.3,1) Sa grandeur est donc d’être à la charnière entre l’Ancienne Alliance et la Nouvelle Alliance.

.Mais avec la venue du Royaume les critères humains sont renversés et ce sont les petits, les humbles,  qui sont privilégiés: le plus petit dans le Royaume des cieux est plus grand que lui.

Le texte qui suit est un texte difficile parce qu’il peut avoir plus qu’un sens.

Depuis Jean-Baptiste jusqu’à maintenant, le Royaume des cieux subit la violence et des violents cherchent à s’en emparer.

Ici, à cause de la liturgie qui a utilisé le texte d’Isaïe pour donner un certain éclairage au texte évangélique, la violence peut être prise dans un sens positif pour signifier que ceux qui s’emparent du Royaume doivent le faire au prix des plus durs renoncements.

L’antienne de la communion nous indique quelle doit être la réponse à l’invitation du Christ:

Si quelqu’un veut marcher à ma suite, dit le Seigneur, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive.  (Mt.16,24)

Jean Gobeil SJ 

 

 

2023/12/15 – Mt 11, 16-19

Jésus prend une comparaison pour illustrer le refus de la bonne nouvelle. Il y a des enfants qui refusent de participer à un jeu joyeux et de danser au son de la flûte. Les mêmes enfants refusent de participer à un jeu triste où il faut mimer le deuil. Il en a été de même pour Jean Baptiste et Jésus. Jean baptiste menait une vie austère et avait un message sévère: on l’a refusé en prétextant qu’il était possédé. Jésus, lui, mange et boit avec ceux qui l’invitent, et on le refuse en prétextant qu’il est un glouton. Pourtant, c’était la sagesse de Dieu qui se révélait par ses deux envoyés.

Tout cet épisode a commencé par les disciples de Jean Baptiste qui sont venus demander à Jésus s’il fallait reconnaître en lui celui qu’on attendait. Jésus a répondu en citant ses oeuvres: des guérisons et des libérations, qui réalisaient la description d’un messie que donnait le prophète Isaïe. C’était là que se reconnaissait la sagesse de Dieu pour ceux qui étaient prêts à le recevoir.

Après le départ de ces disciples, Jésus avait loué Jean Baptiste devant la foule. Maintenant, Jean Baptiste était en prison et il allait être exécuté. Le précurseur aurait le même sort que celui qu’il annonçait. Cela nous donne un sens possible de la phrase mystérieuse qui suit : Depuis les jours de Jean le Baptiste jusqu’à présent le Royaume des Cieux souffre violence, et des violents s’en emparent.    (Mt.11,12)

Les adversaires de Jésus comme ceux de Jean Baptiste non seulement rejettent l’annonce du Royaume mais encore ils sont violents et ils réussiront à faire disparaître Jésus aussi bien que Jean Baptiste.

Mais en agissant ainsi, ils ne voient pas qu’ils rejettent la sagesse de Dieu qui se manifestait à travers leur message. C’est ce que veut illustrer notre passage aujourd’hui.

Cette génération, dit Jésus, c’est-à-dire ceux qui refusent le message de Jean Baptiste et celui de Jésus, ressemblent à des gamins capricieux qui refusent de participer à des jeux en donnant comme prétexte que ce qui est gai est trop gai et que ce qui est triste est trop triste. Pour qui refuse, tout prétexte est bon même si les prétextes sont contradictoires. Quand on a décidé de refuser, on n’a pas besoin de la logique.

Jésus applique l’exemple à cette génération. Jean Baptiste menait une vie très austère: il était l’homme du désert. Il dérangeait en prêchant la conversion du coeur en préparation de la venue du Royaume de Dieu. On l’a refusé et on s’est justifié en prétextant qu’il était possédé. Jésus vit avec tout le monde; il ne demande pas de jeûnes de ses disciples comme Jean Baptiste et  il accepte les invitations à manger même avec des pécheurs. On refuse son message en prétextant qu’il est un glouton. Et pourtant, c’était la sagesse de Dieu qui agissait et qui parlait à travers Jean Baptiste et à travers le message de Jésus. C’est ce qu’on refuse.

Et le résultat est bien visible: quand on est refuse d’écouter la sagesse de Dieu, on est à l’aise avec les contradictions et l’absurdité.

Jean Gobeil SJ  

2023/11/21 – Mt 12, 46-50

Jésus parle à la foule lorsque surviennent sa mère et ses frères qui cherchent à lui parler. Quelqu’un avertit Jésus qui déclare en tendant la main (vers la foule) : Voici ma mère et mes frères. Et il explique: Celui qui fait la volonté de mon Père qui est aux cieux, celui-là est pour moi un frère, une soeur, une mère.

Une présentation au Temple, comme celle de Jésus et celle de Marie, est toujours le symbole d’une consécration à Dieu et un modèle pour toute consécration religieuse. La Présentation de Marie au Temple est un épisode qui ne se trouve pas dans les évangiles canoniques. Il provient d’un écrit en grec du 2e siècle, le Protévangile de Jacques. Mais ce n’est pas seulement cette tradition que l’Église célèbre: c’est en même temps le don que Marie, l’Immaculée, n’a cessé de faire d’elle-même à Dieu.

Le texte d’aujourd’hui parle de la mère et des frères de Jésus. Matthieu dit qu’ils cherchaient à le voir. Il omet poliment de dire pourquoi. Marc, lui, dit que les siens sont venus à Capharnaüm pour se saisir de lui car ils disaient: Il a perdu le sens.(Marc,3,21)  En somme, le clan de Jésus a des difficultés avec la popularité de Jésus ou bien parce qu’ils ont peur des répercussions ou bien parce qu’ils partagent l’opinion des gens de Nazareth qui n’acceptent pas que Jésus ait une mission véritable.

Comme la foule les empêche de s’approcher, quelqu’un l’informe que sa mère et ses frères cherchent à lui parler et Jésus lui répond avec la question:

Qui est ma mère et qui sont mes frères?

C’est une façon de demander quel est le lien le plus important pour lui. Est-ce que c’est le lien du sang ou bien autre chose?

Et la réponse est ce qui nous intéresse spécialement aujourd’hui parce qu’elle va révéler ce qui fait la véritable grandeur de Marie aux yeux de Jésus.

Celui qui fait la volonté de mon Père qui est aux cieux, celui-là est pour moi un frère, une soeur, une mère.

Ainsi, pour Jésus, le lien le plus fort est avec ceux qui font la volonté de Dieu. Le rôle de Marie est assurément très important: elle est la Theotokos, la Mère de Dieu. Pourtant, plus importante que sa maternité, est sa réponse à Dieu:

Je suis la servante du Seigneur. (Luc 1,38)

La présentation de Marie au temple symbolise cette réponse qui a été celle de toute sa vie.

Jean Gobeil SJ 

2023/11/01 – Mt 5, 1-12

Les béatitudes sont annoncées aux disciples.

Heureux les pauvres de coeur: le Royaume des cieux est à eux.

Heureux les doux: ils posséderont la terre.

Heureux ceux qui pleurent: ils seront consolés.

Heureux ceux qui ont faim de justice: ils seront rassasiés.

Heureux les miséricordieux: ils obtiendront miséricorde.

Heureux les coeurs purs: ils verront Dieu.

Heureux les artisans de paix: ils seront appelés fils de Dieu.

Heureux ceux qui sont persécutés pour la justice: le Royaume des cieux est à eux.

Heureux ceux qui sont persécutés à cause du Christ: leur récompense sera grande dans les cieux.

Quand les disciples de Jean Baptiste sont venus demander à Jésus s’il était le Messie ou s’il fallait en attendre un autre Jésus a répondu en décrivant son oeuvre à la manière d’Isaïe:

les aveugles voient et les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés et les sourds entendent, les morts ressuscitent et la Bonne Nouvelle est annoncée aux pauvres.   (Matthieu 11,4)

C’était là des oeuvres de libération qui étaient des signes de la libération intérieure qu’apportait la présence du Royaume. C’était souvent complété par des remarques comme: ta foi t’a sauvé ou tes péchés te sont remis,  pour souligner que cette libération était avant tout intérieure.

La liste des béatitudes au début du sermon sur la montagne donne des exemples de ceux qui sont ouverts pour accueillir le Royaume et sa libération. On peut les caractériser par ce que l’Ancien Testament appelait les anawim de Yahvé, les pauvres dans le sens des petits de Yahvé. Ce sont ceux qui connaissent leurs limites et leurs faiblesses et qui savent que par leur propres moyens ils ne peuvent atteindre la libération et que Dieu seul peut combler leur attente. On les appelait aussi des justes comme le vieillard Siméon lors de la présentation de Jésus au temple. On disait de lui qu’il était juste et pieux parce qu’il attendait la consolation d’Israël et que l’Esprit Saint reposait sur lui. Dans le Nouveau Testament, on les appelle les saints, qu’ils soient déjà dans le repos de Dieu ou qu’ils soient encore dans les communautés chrétiennes. Comme dit le Psaume 95, ils ont été créés par Dieu, appelés par Lui et ils ont répondu à son appel. Ils constituent le peuple de Dieu, le peuple de ceux qui ont cherché  la face de Dieu.

La fête de la Toussaint célèbre ceux du peuple de Dieu qui sont déjà dans le repos et la présence du Seigneur, les justes qui ont été rendus parfaits,  mais on célèbre aussi le fait que nous faisons partie du même peuple comme le dit l’épître aux Hébreux:

Vous vous êtes approchés de la montagne de Sion et de la cité du Dieu vivant, de la Jérusalem céleste, et de myriades d’anges, réunion de fête, et de l’assemblée des premiers-nés qui son inscrits dans les cieux, d’un Dieu Juge universel et des esprits des justes qui ont été rendus parfaits.        (Epître aux Hébreux 12,22-23)

Jean Gobeil SJ 

2023/09/21 – Mt 9, 9-13

Au début de son roman, Plus grand que l’amour, Dominique Lapierre présente une jeune indienne, qui toute joyeuse, prépare son prochain mariage. Soudain, elle aperçoit une tache noire sur son bras. Sa famille découvre qu’elle a la lèpre et, de honte, elle la bannit. Errante et désespérée dans les rues de Calcutta, elle trouve enfin un refuge dans un « mouroir » de Mère Teresa. Une fois guérie de sa lèpre, elle entre dans la Communauté des Sœurs de la Charité. Après de nombreuses étapes, elle vient à New York pour soigner des jeunes atteints du sida. Elle prend soin assidûment d’un jeune juif, qui s’écrie devant son dévouement, « Vous êtes plus grande que l’amour. »

L’ancien film « Monsieur Vincent », esquissait une scène semblable, opposant la charité à l’égoïsme et au rejet. La scène se déroulait dans une petite localité de France. À l’arrivée de Vincent de Paul, des notables de la place lui dirent qu’ils avaient enfermé et emmuré une vieille femme et sa fille atteints par la peste. « Ils peuvent mourir, mais nous, nous survivrons. » Vincent se hâte vers la maison où sont prisonniers les pestiférés, enlève les poutres clouées sur les portes et les fenêtres, il les libère et les soigne.

.Dans une petite ville du Québec, des religieuses projetaient d’ouvrir une maison de transition pour réhabiliter des délinquants sortant de prison et pour préparer leur réinsertion dans la société. La réaction fut vive pour s’opposer à une telle initiative. Voici une réaction typique exprimée à la radio : « Je suis favorable à la réhabilitation des prisonniers, mais pas dans ma rue. » On s’estime généreux en pensée, mais on refuse de rendre concrète cette apparente générosité.

Deux attitudes s’opposent radicalement face à la lèpre et à la peste : se replier égoïstement sur soi-même ou se donner aux autres par amour. Devant le mal, la lèpre et la peste morale, nous retrouvons les deux mêmes réactions : éviter tout contact avec ces « rejets » de la société, en se drapant dans sa vertu, ou bien aller vers eux pour qu’ils connaissent l’amour. Confronté aux pharisiens qui le dénoncent, Jésus manifeste l’amour conquérant de Dieu.

Ce comportement du Christ provoque trois scandales chez ses adversaires :

1) Jésus appelle un publicain, un pécheur, pour devenir son disciple et son apôtre.

2) Il déclare que Dieu ne veut pas les sacrifices, mais l’amour.

3) Finalement, Jésus affirme qu’il est venu pour sauver les pécheurs, mais non les justes.

Jésus appelle un publicain

Un collecteur d’impôt remplissait une fonction de pécheur aux yeux du peuple juif. Il exploitait les gens en exigeant plus que ce qui était dû, pour augmenter ses profits. Un publicain, juif ou païen, ne pouvait témoigner dans un procès, car on n’avait aucune confiance dans sa parole, preuve de la défiance et du dédain qu’ils suscitaient. De plus, il collaborait, lui, un juif, avec l’occupant romain.

Matthieu n’a donc rien pour mériter sa vocation de disciple et d’apôtre du Christ. Jésus prend l’initiative de l’appeler, par pure gratuité, sans lui poser aucune condition. Il appelle ce pécheur à devenir le compagnon de révolutionnaires zélotes, de nationalistes violents, comme Simon et Judas. Tel est l’amour de Dieu, qui appelle chacun de nous, gratuitement, au salut, à la vie et au bonheur, indépendamment de notre passé.

Autre scandale : Jésus mange avec les pécheurs

L’hospitalité et la nourriture ont une valeur sacrée en Orient, car elles permettent de partager les mêmes moyens de subsistance. Consommer le même pain, c’est le signe d’une vie devenue commune. Aussi les Pharisiens défendaient de prendre son repas avec des pécheurs et même de partager avec un païen ou un pécheur un peu de nourriture. Il fallait éviter toute contamination, comme la peste. Si on arrivait d’une région ou d’une maison païenne, on devait secouer la poussière de ses pieds pour ne rien emporter dans la Terre Sainte. Le simple contact avec un pécheur ou un païen rendait impur. On comprend alors que les Pharisiens s’insurgent contre la conduite de Jésus, qui prend son repas avec les amis de Matthieu, des publicains et des pécheurs.

Pour se défendre, Jésus se compare à un médecin. L’Envoyé de Dieu a mission de guérir les blessés de la vie. Que dirait-on d’un médecin que ne voudrait traiter que les gens en bonne santé ? Le Christ, représentant l’amour de Dieu, pourrait être comparé à un père ou une mère, qui manifeste sa miséricorde à l’égard du « mouton noir » de la famille. Un artiste bien connu chez nous a décrit toute la souffrance que son fils cadet lui a infligée. Pourtant il s’écrie à la fin de son témoignage : « Celui m’a fait le plus souffrir, c’est celui que j’aime le plus. » Voilà l’image de l’amour gratuit de Dieu, révélé par Jésus, le Christ.

La miséricorde, plutôt que les sacrifices

Jésus montre, comme d’habitude, que sa conduite et son enseignement se situent dans le prolongement des prophètes. Osée (au 8e siècle av. J.C.), comme Isaïe avant lui et plusieurs autres prophètes, dénonce au nom de Dieu les sacrifices qui ne proviennent pas du cœur, des sacrifices qui n’ont pas d’âme. Cette déclaration du prophète exprime si bien la pensée de Jésus que Matthieu la répète à 12,7. C’est le seul exemple dans le N.T. où la même citation de l’A.T. se retrouve deux fois dans le même livre. On s’illusionne en offrant de tels sacrifices extérieurs, qui n’engagent pas la personne qui les offre, qu’aucune conversion n’accompagne. On s’estime purifié, en règle avec le Seigneur, alors que son cœur demeure aussi égoïste.

Il est vrai que Dieu est infiniment miséricordieux, toujours disposé à pardonner, mais son amour ne peut atteindre celui qui ferme son coeur, qui s’illusionne en offrant seulement un sacrifice extérieur. Suffirait-il d’offrir une victime extérieure, même la plus sublime ? Participer à l’eucharistie sans aucun engagement de soi-même, c’est du ritualisme sans âme, donc sans valeur.

Plutôt que l’offrande des sacrifices, Dieu veut que nous participions à sa miséricorde, en l’accueillant en nous-mêmes et en la répandant autour de nous. Le Seigneur nous prévient qu’il nous accorde son pardon, mais à condition de le communiquer à nos frères et sœurs. Sinon, nous perdons le pardon qu’il nous a accordé, comme le mauvais serviteur de la parabole (Mt 18,32-34). Si nous ne transmettons pas les dons que Dieu nous a donnés gratuitement, nous les perdons. « On ne possède bien que ce que l’on donne ».

Conclusion : comment agir face au mal ?

Le titre « Pharisien » signifie « séparer ». Les pharisiens se séparaient de tout ce qui leur paraissait mal. Pour protéger leur identité de fidèles observateurs de la Loi, ils ne voulaient avoir aucun rapport avec des gens vivant en contradiction avec la volonté de Dieu. Ils s’écartaient d’eux comme de la peste qui mène à la mort. Pour se protéger et se sauver, ils s’enfermaient en eux-mêmes, dans une réaction de répulsion et dans un repliement stérile.

Pour Jésus, au contraire, c’est l’amour qui doit animer son disciple. L’amour déborde du cœur de celui qui donne, il est dynamique et conquérant. Il va vers les marginaux, les délaissés et les parias. Même les personnes les plus endurcies ne résistent pas indéfiniment à un amour généreux et désintéressé.

Jean-Louis D’Aragon SJ

2023/10/02 – Mt 18, 1-5.10

Les disciples demandent à Jésus qui est le plus grand dans le Royaume des cieux. Jésus met un enfant au milieu d’eux et déclare: « Celui qui se fera petit comme cet enfant, c’est celui-là qui est le plus grand dans le Royaume des cieux. Et celui-là qui accueillera un enfant comme celui-ci en mon nom, c’est moi qu’il accueille ». Suit un avertissement sévère: Gardez-vous de mépriser ces petits, car ils sont importants pour le Père. Jésus prend un exemple de la vie courante. Si quelqu’un a perdu une brebis, il laisse là le troupeau pour aller à sa recherche. Cette brebis perdue devient plus importante que le reste du troupeau et lorsqu’elle est retrouvée elle cause plus de joie que les 99 brebis du troupeau. Jésus fait l’application de cette conduite à celle du Père: il ne veut pas qu’un seul de ces petits soit perdu.

Voilà une question des disciples qui est peut-être reliée d’abord à leurs aspirations pour des bonnes places dans le Royaume des cieux qui est encore pour eux sur un modèle bien terrestre. Mais il y a peut-être plus. Ils ont peut-être, comme saint Paul avant sa conversion, l’idée que ce qui est important aux yeux de Dieu c’est ce qu’il faut faire. L’idée que la justice, que ce qui est agréable à Dieu, c’est  une affaire de performance personnelle. La réponse de Jésus semble bien correspondre à cette attitude.

Il met un enfant au milieu d’eux. L’enfant est celui qui n’a aucun droit ni aucun pouvoir. Il n’a aucun statut dans la société. Ceci est vrai non seulement pour la société juive de l’époque mais aussi bien pour la société romaine et la société grecque: puer en latin et pais en grec signifient aussi bien enfant et esclave ou serviteur. La connotation de l’enfant n’est pas l’innocence mais bien l’impuissance. Il n’existe qu’en dépendance. Il est donc, dans notre récit, aux antipodes de ce à quoi rêvent les disciples en entendant parler de Royaume, donc de roi et de pouvoir royal, pouvoir auquel ont accès ceux qui sont proches du roi.

Le plus grand dans le Royaume sera celui qui se fera petit comme cet enfant. Ce mot, petit, évoque immédiatement les thèmes des petits, des humbles, les anawim de Yahvé dans l’Ancien Testament. Déjà, on donnait comme la grande qualité de Moïse, son humilité:

Or, Moïse était un homme très humble, l’homme le plus humble que la terre ait porté. (Nb.12,3)

Ces humbles sont ceux qui ne comptent pas sur leur richesse ou leur pouvoir mais qui savent qu’ils dépendent de Dieu et s’appuient seulement sur leur confiance en Lui.

Sophonie avait prédit qu’une fois purifié, Israël serait un peuple humble et modeste (3,12) au milieu duquel Yahvé serait roi (3,14-18). Zacharie, plus tard, avait vu que le Messie qui venait serait un roi humble, monté sur un âne: il ne vient pas sur un chariot royal mais sur la monture du pauvre (9,9).

Dans le Nouveau Testament, ces petits ou ces humbles, ce sont ceux qui ont une âme de pauvre dont parle la première béatitude et à qui est déjà donné le Royaume des cieux.(Mt.5,1) Ils sont ces petits, qui comme l’enfant, n’ont rien à apporter et tout à recevoir. C’est dans cet esprit que sainte Thérèse de Lisieux disait qu’elle se présentait devant Dieu les mains vides.

Et Jésus déclare aux disciples qu’il est solidaire de ces petits si bien qu’en eux on peut accueillir le Christ lui-même.

Dans l’exemple que Jésus donne d’un homme qui laisse son troupeau pour aller chercher sa brebis perdue, ce qui frappe d’abord c’est la disproportion entre une brebis et les 99 autres. La disproportion devient très importante quand Jésus applique l’exemple du berger au Père qui est dans les cieux. Non seulement ceux qui sont perdus sont importants pour lui mais encore c’est lui qui prend l’initiative d’aller à leur recherche. C’est l’écho d’une parole de Jésus dans l’évangile de Luc:

Le Fils de l’homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu.  (Luc 19,10)

Il y a donc d’abord une perspective universaliste dans ce récit. Tous ceux qui sont perdus sont importants aux yeux de Dieu. Mais cette perspective a des retombées au niveau de la communauté.  Celle-ci ne doit pas exclure personne: elle doit rester ouverte à ceux que Dieu cherchent et veut sauver. Mais il y aussi dans la communauté des petits qui sont plus faibles que le reste du troupeau. Peut-être n’ont-ils pas de statut social comme des richesses ou de l’importance; peut-être aussi n’ont-ils pas beaucoup de connaissance. Saint Paul connaît de ces petits dans ses communautés; c’est pour eux qu’il est prêt à renoncer à des pratiques bien innocentes si elles peuvent les scandaliser ou leur nuire.”C’est mon droit” est une formule magique de nos jours. Mais le droit individuel n’est pas la première préoccupation d’un disciple du Christ. Pour quelqu’un dont l’idéal est de servir, le droit n’a jamais préséance sur les besoins des autres. Matthieu voit certainement cet aspect important pour sa communauté. Il a placé ce récit au milieu d’un ensemble d’instructions de Jésus qui s’adressaient à ses disciples mais visaient en même temps les communautés futures. Elles peuvent certainement nous être utiles encore aujourd’hui.

Jean Gobeil SJ

 

 

 

2023/08/28 – Mt 23, 13-22

Nous avons les trois premières invectives, ou révélations du mal, d’un groupement de sept fait par Matthieu. La première est contre les scribes et les Pharisiens qui sont des experts de la Loi et des observateurs strictes qui gardent l’entrée dans le Royaume des cieux pour en exclure ceux qui voudraient y entrer. La seconde, encore contre les scribes et les Pharisiens, vise ceux qui, profitant de l’expansion des Juifs à travers l’empire, donnent comme conversion le modèle de ce qu’ils sont. La troisième apostrophe donne des exemples de ce modèle en exposant les subtilités de la hiérarchie des serments, serments que Jésus a déjà interdits dans le sermon sur la montagne.

Jésus a chassé du temple les vendeurs et les changeurs d’argent. C’était un geste prophétique de purification du culte. Les dénonciations, les Malheureux êtes-vous, veulent débarrasser la religion de ce qui en obscurcit le coeur. Les pratiques et les exigences des Pharisiens font perdre de vue ce qui est essentiel; c’est pour cela que Jésus parle d’aveugles conduisant des aveugles.

.Les Juifs avaient leur synagogue et parfois plus qu’une dans les villes de l’empire. Leur religion d’un Dieu unique attirait l’attention et la sympathie de beaucoup de gens. Mais les Juifs du parti des Pharisiens exerçaient une surveillance sérieuse des observances de la Loi telle qu’il la voyait. On a vu Paul, avant sa conversion, partir de Jérusalem pour aller faire des arrestations des disciples de Jésus à Damas (on ne les appelle pas encore Chrétiens). Le cas n’est pas exceptionnel: on connaît par l’histoire le cas d’un Juif qui avait parlé contre le Temple et s’était réfugié au Caire. Des gens de Jérusalem allèrent l’arrêter au Caire pour le ramener à Jérusalem et le faire exécuter. On trouve des exemples de surveillance parmi les premiers Judéo-chrétiens. Pierre est questionné par des gens de la communauté de Jérusalem, non pas parce qu’il a baptisé Corneille, le centurion romain, mais parce qu’il a mangé chez lui! D’autres Judéo-chrétiens de Jérusalem, probablement des Pharisiens convertis (du parti de Jacques), iront à Antioche de Syrie pour exiger que les païens convertis soient circoncis. Ce sont probablement les mêmes qui un peu plus tard à Antioche voudront que les Juifs convertis mangent séparément des païens convertis.

Matthieu est peut-être conscient de ce danger qui menace toute communauté et qui peut faire, qu’au nom d’exigences bien intentionnées, on obscurcisse ce qui est essentiel: les arbres peuvent cacher la forêt !

Jean Gobeil SJ

2023/08/30 – Mt 23, 27-32

Le texte comprend les deux dernières du groupe de sept invectives contre les scribes et les Pharisiens. La sixième compare les scribes et les Pharisiens à des sépulcres dont l’extérieur paraît pur mais dont l’intérieur contient des restes impurs. La septième les accuse de vénérer les prophètes que leurs pères ont tués mais de faire comme eux vis-à-vis des prophètes du présent.

Dans le verset qui suit notre texte on peut voir pourquoi Matthieu a rassemblé ces sept textes virulents.

J’envoie vers vous des prophètes, des sages et des scribes (les missionnaires chrétiens): vous en tuerez et mettrez en croix, vous en flagellerez dans vos synagogues….

C’est au moins une image de ce que vit la communauté de Matthieu et on peut comprendre l’accumulation de textes virulents contre les autorités juives.

Mais il y a aussi dans les paroles de Jésus quelque chose de la force des textes prophétiques quand il s’agissait de rappeler des choses essentielles.

Amos était violent quand il attaquait un culte purement extérieur: il appelait les sanctuaires, des sources de péchés:

Allez à Béthel et péchez. A Gilgal et péchez de plus belle. (Amos 4,4)

Il démolissait la liturgie : Je hais, je méprise vos fêtes

Écarte de moi le bruit de tes cantiques. (Amos 5,21)

De même pour Osée: des gestes extérieurs ne servent à rien sans la religion du coeur.

Car, c’est l’amour qui me plaît et non les sacrifices, la connaissance de Dieu plutôt que les holocaustes. (Osée 6,6)

Jésus, à son tour, attaque donc les formes extérieures de la religion qui font oublier l’essentiel, comme lorsqu’il dit que les Pharisiens purifient l’extérieur de la coupe et oublient de purifier l’intérieur.

Mais ces formes de parler ne sont pas seulement pour les Pharisiens. C’est pour les disciples qu’il a dit dans le sermon sur la montagne:

Quand tu présentes ton offrande à l’autel, si tu te souviens que ton frère a quelque chose contre toi, laisse là ton offrande, devant l’autel, et va d’abord te réconcilier avec ton frère. (Matthieu 5,23-24)

Ces paroles demeurent donc des sujets de réflexion pour quiconque se veut disciple du Christ.

Jean Gobeil SJ

2023/08/31 – Mt 24, 42-51

Jésus se compare à un voleur

Le voleur a toujours deux avantages sur le propriétaire qu’il dépouille : la manière de dérober et le moment de son méfait. Voici un exemple inusité. Un couple résidant dans la banlieue de Montréal reçut un jour par la poste deux billets gratuits pour un concert à la Place des Arts. Heureux de cette aubaine, ils passèrent une soirée agréable à écouter la musique symphonique. Mais, à leur retour au foyer, ils constatèrent que leur maison avait été dévalisée. C’était une manière originale des voleurs d’avoir toute liberté pour s’introduire dans cette résidence et pour y dérober ce qu’ils désiraient ! Et que dire des malfaiteurs qui téléphonent à une résidence pour s’assurer que les propriétaires en deuil sont absents, soit au salon mortuaire, soit à l’église !

Comment Jésus peut-il se comparer à un personnage aussi odieux qu’un voleur ? Comment concilier avec l’amour de Dieu cette irruption à l’improviste dans notre existence, dans des circonstances souvent imprévues ? Est-il possible que le Seigneur manifeste son amour pour nous en agissant d’une manière aussi déconcertante ?

Deux attitudes face à l’avenir

Nous sommes inquiets quand nous pensons à notre avenir, surtout lorsqu’il s’agit du dernier instant de notre vie. Nous avons bien peu d’emprise sur ce qui nous arrivera dans le futur. Une première manière d’y faire face et de désamorcer notre inquiétude consiste à essayer de percer ce mystère et de planifier notre avenir. Depuis de nombreux siècles, on a tenté de connaître l’avenir au moyen de la divination, de la magie, des astres… On veut tellement savoir qu’on croit naïvement celui ou celle qui prétend lire l’avenir dans le jeu de cartes, les feuilles de thé, les signes du zodiaque, …  On essaie de prendre en main son avenir, d’avoir une mainmise sur le lendemain et de recourir aux moyens appropriés.

À l’opposé, celui qui a la foi place sa confiance non en lui-même et dans ses propres moyens, mais dans la bonté de Dieu. Par la foi, il vit dans une Alliance d’amour avec son Seigneur. La foi et l’amour ne peuvent exister chez le chrétien sans la confiance, qui l’incline à ne pas se replier sur lui–même, mais de remettre sa vie et sa personne entre les mains de Celui qu’il aime. Savoir longtemps à l’avance le moment de sa mort ne serait plus dans l’ordre de la foi et de la confiance, mais dans celui de la prévoyance humaine.

Être toujours prêt !

De nos jours, la majorité des gens vivent noyés dans le moment présent. Les plus jeunes veulent tout, dans l’instant présent. L’avenir ? On n’y pense pas et, surtout, on essaie d’oublier la fin de son existence. On sait qu’un jour on mourra, mais il vaut mieux ne pas y penser et vivre dans le moment présent.

Quand on essaie de ne jamais penser à la fin qui pourrait survenir à n’importe quel moment, on vit dans une fausse sécurité. La routine et la monotonie s’installent. Aussi Jésus nous prévient qu’il faut veiller, c’est-à-dire être toujours en alerte, sur le qui-vive. Ce stimulant nous protège contre l’ennui et la grisaille de l’existence. Un artiste pratique son art chaque jour afin d’être toujours prêt pour une compétition ou pour un concert.

Dieu a donné à chaque personne une personnalité, un ensemble de qualités pour remplir ses responsabilités dans le monde. Chacun(e) doit être le serviteur persévérant et avisé, qui accomplit fidèlement sa mission.

Une parabole

Dans une leçon de pédagogie, on imagine trois démons comparaissant devant leur maître, « Le Prince de ce monde. » Celui-ci demande à chacun sa tactique pour corrompre et perdre les humains. Le premier dit qu’il voudrait les convaincre que Dieu n’existe pas et qu’ils sont libres de tout faire. Mais Lucifer rejeta cette tactique : « Voyons ! Les hommes regardent la nature et le ciel, puis ils demandent ‘Qui a fait tout cela ?’ Le second proposa de répéter au monde que l’enfer n’existe pas et que les gens n’ont rien à craindre. Nouvelle tactique rejetée : « L’enfer existe déjà sur la terre. Des gens le disent eux-mêmes : ‘Je vis un enfer!’ » Le troisième s’avance avec son programme : « Je vais leur répéter de ne pas se préoccuper, qu’ils ont tout le temps. » « Voilà la bonne tactique ! » s’écria Satan. « Les gens vont se dire : « Demain, plus tard ! Pourquoi changer, pourquoi faire un effort pour se convertir ? J’ai tout le temps. »

Jean-Louis D’Aragon SJ

2023/08/19 – Mt 19, 13-15

Des gens présentent des enfants à Jésus pour qu’il les bénisse. Les disciples veulent les écarter de Jésus mais celui-ci les reprend en disant: Ne les empêchez pas de venir à moi car le Royaume des cieux est à ceux qui leur ressemblent. Et il leur imposa les mains.

Ce sont évidemment des parents qui voudraient que leurs enfants reçoivent de Jésus une imposition des mains avec une prière. L’imposition des mains est un geste qui est employé dans les guérisons; il sera aussi employé dans une communauté comme geste d’envoi en mission. Enfin il peut accompagner une prière de bénédiction. Nous avons donc ici des gens qui considèrent comme importante la bénédiction de Jésus pour leurs enfants.

Il leur faut pourtant une certaine audace car les enfants n’ont pas de statut social et on ne doit pas les laisser importuner les adultes et encore moins un personnage important. Les parents font donc un geste qui n’est pas socialement correct. Pour protéger le Maître, les disciples s’interposent.

Or c’est une caractéristique de Jésus de ne pas laisser les convenances sociales ou les interdits religieux faire obstacle à sa mission. Il déclarera que cette mission était de venir chercher et sauver ce qui était perdu (Luc 19,10).  C’est à cause de cette recherche qu’il accepte de manger avec des publicains, des collecteurs de taxes pour Rome, ce que ne ferait pas un homme bien. C’est alors qu’il déclare à ceux qui se scandalisent: Ce ne sont pas les gens bien portants qui ont besoin du médecin, ce sont les malades.

Mais à plus forte raison accueille-t-il ceux qui le cherchent. Même un homme comme Nicodème qui va le consulter la nuit pour ne pas se compromettre est bien reçu quand même. Zaïre, un chef de collecteurs d’impôt, qui, à cause de sa condition, ne peut pas fendre la foule pour le voir et doit grimpé dans un arbre, se fait interpeller par Jésus: Descends vite, il me faut aujourd’hui demeurer  chez toi.  Et quand un lépreux, qui n’a pas le droit de s’approcher des gens, vient à Jésus, celui-ci lui tend la main et le touche. (Luc 5,13)

Ce n’est donc pas surprenant qu’avec des enfants qui s’approchent pour se faire bénir,  Jésus ne se laissera pas intimider par un : « Ca ne se fait pas! » Marc dira même que la réaction de Jésus à l’intervention des disciples a été de se fâcher et qu’après avoir bénis les enfants, qu’il les embrassa. (Marc 10,13-16)

Jean Gobeil SJ