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2023/12/26 – Mt 10, 17-22

.Les envoyés peuvent s’attendre à des persécutions. Ils seront livrés aux tribunaux (sanhédrins), flagellés dans les synagogues, traînés devant les gouverneurs et les rois. Ils ne doivent pas s’inquiéter sur leur façon de répondre: c’est l’Esprit du Père qui parlera en eux. Leur appartenance au Christ entraînera des divisions même dans leurs familles. Ils doivent s’attendre à la persécution et être prêts à fuir dans une autre ville.

.Notre texte est la continuation des instructions que Jésus donnait aux 12 au moment de les envoyer en mission. Mais il est clair qu’il déborde ce moment. On peut voir dans le récit de Marc (6,12) et dans celui de Luc (9,6) que les 12 ont proclamé et fait des guérisons mais il n’a pas été question de persécution, d’arrestation et de comparution devant des gouverneurs et des rois. Matthieu a profité de l’occasion pour grouper des paroles afin de faire une sorte de traité du missionnaire.

Il fait ainsi allusion à des situations qui sont arrivées après la vie de Jésus. Par exemple, Paul, alors qu’il est prisonnier, avant d’être envoyé à Rome a comparu devant Félix, le gouverneur, et devant Agrippa I, qui était roi à ce moment (vers l’an 60), d’où la mention de gouverneurs et de rois.

La mention des sanhédrins rappelle qu’à part le grand Sanhédrin de Jérusalem (71 membres) il y avait des sanhédrins régionaux composés de 23 notables, qui devinrent très importants après la disparition du grand Sanhédrin lors de la chute de Jérusalem en 70.

La fuite de ville en ville est une description des voyages missionnaires de Paul qui prêchait jusqu’à ce qu’il soit expulsé ou bien jusqu’à ce que la situation devienne trop dangereuse.

Mais il semble bien que Matthieu, dans ses instructions, ne pense pas seulement aux 12 ou aux missionnaires “professionnels”, comme Paul et Barnabé. Jésus parle de persécutions à cause de moi et à cause de mon Nom. N’importe quel disciple porte le nom du Christ: c’est l’origine du mot chrétien très tôt (Actes 11,26).

Ainsi, tout disciple de Jésus doit être prêt à témoigner de son appartenance au Christ par sa propre vie. Cela ne se fait pas sans difficultés comme l’histoire d’Etienne, racontée dans les Actes (6,8 – 7,60), nous le montre bien. Mais l’aide de l’Esprit est promise et la fidélité, persévérer jusqu’à la fin, fait partie du devoir de celui qui veut être sauvé : Le juste vivra par sa fidélité. (Habaquq 2,4)

Jean Gobeil SJ 

2023/11/30 – Mt 4, 18-22

         Nous célébrons aujourd’hui la mémoire d’un apôtre, l’un des Douze qui rappellent et continuent le même peuple élu par Dieu, peuple descendant des douze patriarches et constitué par douze tribus. Ce groupe des Douze, que le Christ a choisi pour être ses témoins oculaires privilégiés, sont au point de départ de la tradition chrétienne.

           André, associé à son frère Simon, surnommé Pierre par Jésus, devint le premier disciple de Jésus (Jn 1,40). La tradition chrétienne l’a vénéré, en particulier l’Église de Constantinople et l’Église d’Écosse, qui l’ont choisi comme leur patron.

           Le Seigneur, dans l’histoire ancienne, a fait toujours les premiers pas pour instaurer un dialogue avec celui qu’il a choisi. Comme il est l’Amour, il interpelle et fait le premier geste, prenant  le risque d’essuyer un refus. Présent dans son Fils Jésus, Dieu manifeste toujours le même amour qui prévient et qui se compromet. En appelant des disciples, Dieu nous invite à réaliser des rêves qui dépassent tous nos petits projets, limités, mais qui ne visent que l’immédiat.

           L’appel de Jésus à deux groupes de frères se répète dans deux scènes parallèles, avec la même invitation et la même réponse. Suivre le Christ comprend d’abord une conversion, le renoncement à tout le passé. Dans le cas des deux groupes de frères, ceux-ci quittent immédiatement leur métier et, dans le second exemple, il laisse même leur père. Ce qu’ils quittent n’est nullement mauvais, mais ce passé n’entre plus dans la vocation qu’ils reçoivent. Pour devenir disciple du Christ, il faut marcher dans ses pas, délaissant tout ce qui se trouve en arrière ou en marge de cette voie vers l’avenir.

 C’est le sacrifice que le disciple consent par amour du Seigneur, croyant que Dieu lui rendra au centuple ce qu’il a abandonné: “Je vous ferai pêcheurs d’hommes.” Le Christ les prend avec leur expérience de pêcheurs, mais il élève leur identité à un niveau complètement supérieur. Dieu ne détruit nullement l’identité, le caractère, qu’il nous a donné, mais il le transfigure dans un registre jusque-là inconnu. Jésus ne fait pas simplement un jeu de mots, mais il exprime cette vérité que son appel modifiera totalement l’avenir de ses disciples, tout en conservant leur personnalité avec ses traits distinctifs.

           L’appel du Seigneur s’adresse à toute personne, qu’il a créée pour devenir son témoin dans l’histoire humaine. Tout être humain, créé par Dieu, entend son appel, il reçoit une vocation, celle du don de soi-même. Chaque personne n’est pas un numéro dans une série, mais il est un être unique, dont l’identité constitue sa richesse. En l’appelant, le Seigneur ne détruit rien en lui, au contraire. Il l’appelle à suivre son Fils dans une voie supérieure, qui comblera son désir de vie sans limites.

 Jean-Louis D’Aragon SJ

 

2023/12/04 – Mt 8, 5 – 11

L’évangile que la liturgie nous propose aujourd’hui parle d’un centurion de Capharnaüm qui demande à Jésus de guérir son serviteur « couché à la maison, atteint de paralysie et terriblement souffrant. » Sans exiger plus de précisions, Jésus répond à la requête : « Moi j’irai le guérir. »  On peut penser qu’il manifeste ainsi sa totale disponibilité, mais ce n’est probablement pas ce que comprend le centurion. À la place de ce dernier, n’importe qui aurait jubilé et conduit Jésus au chevet du malade sans aucune hésitation. Or, le centurion bloque la solution proposée : « Seigneur, je ne suis pas digne que tu entres sous mon toit, mais dis seulement un mot et mon serviteur sera guéri. »

En fait, si le centurion avait accepté immédiatement la suggestion de Jésus, cela aurait pu indiquer un déficit dans sa foi : il aurait douté que Jésus soit capable de guérir à distance. À cette époque, le thaumaturge par excellence était celui qui pouvait guérir par la pensée pure, sans aucun besoin de voir le malade, de l’entendre, de le toucher, de le sentir, d’établir un contact physique avec lui. Ce qui est sous-entendu par les mots du centurion est donc ceci : « Je ne doute pas que tu aies le pouvoir de guérir à distance. »

Puis le centurion se lance dans une justification de son attitude en avançant un argument qui, à première vue, semble plutôt  compliqué et boiteux. Il a cent soldats à ses ordres. Il a aussi des esclaves! S’il dit à l’un de ses soldats « Va » il va, à un autre « Viens » il vient. S’il dit à son esclave « Fais ceci » il le fait. Le parallélisme semble évident : Jésus est crédité du pouvoir de commander en disant à la maladie « Disparais ». Mais peut-on assimiler la maladie à un soldat ou à un esclave, comme si elle était au service de Jésus et pouvait recevoir des ordres?

Une meilleure compréhension de l’ensemble du texte consisterait à souligner l’affirmation qui précède l’allégorie dont on vient de montrer l’aspect problématique. Le centurion déclare: « Ainsi, moi je suis soumis à une autorité… » On sait qu’ultimement, c’est l’empereur de Rome qui représentait cette autorité. Ce morceau de phrase attire donc l’attention sur autre chose que l’attribution à Jésus du pouvoir de commander. En fait le centurion souligne l’obéissance et la loyauté absolues de celui qui est  au service d’un pouvoir plus grand que lui. De même que l’autorité du centurion procède de l’empereur, de même, l’autorité de Jésus procède de Dieu lui-même.

Jésus fut plein d’admiration et dit à ceux qui le suivaient : « En vérité, je vous le déclare, chez personne en Israël je n’ai trouvé une telle foi. » Cela veut dire que chez ce païen, bien plus que chez ses congénères, on rencontre une saisie pénétrante de ce que le Fils de l’homme représente réellement. Le centurion a compris qu’il n’était pas en présence d’un thaumaturge parmi tant d’autres. En Jésus, le pouvoir de guérir coïncide avec une « épiphanie » sans équivalent dans toute l’histoire du salut : Dieu se donne à toute l’humanité et pas seulement à Israël. Cet accent radicalement universaliste est tout à fait évident si l’on ajoute à l’évangile d’aujourd’hui (Mt 8, 5-11) les deux versets qui ont été exclus, sans doute pour éviter une mauvaise actualisation prêtant à Jésus des propos antisémites. Le texte complet aurait dû être Mt 8, 5-13. Pris dans leur contexte, les deux derniers versets censurés signifient simplement que le temps de l’exception est révolu et qu’en Jésus, Dieu se fait tout à tous. Ces deux versets expriment donc la leçon à tirer de toute l’histoire, le courage qu’exige la proclamation du Kaïros: « Les temps sont accomplis », tirez-en toutes les conséquences, s’il vous plaît!

Melchior M’Bonimpa 

2023/12/06 – Mt 15, 29-37

Près du lac de Galilée, Jésus monte sur une montagne et s’assoit. Des foules s’approchent. On dépose à ses pieds des malades: boiteux, aveugles, estropiés, muets et beaucoup d’autres. Jésus les guérit. La foule est dans l’admiration en voyant les gens guéris et ils rendirent gloire au Dieu d’Israël.  Jésus dit à ses disciples: J’ai pitié de cette foule. Ils n’ont pas mangé depuis trois jours et Jésus ne veut pas les renvoyer sans leur donner à manger pour qu’ils ne défaillent pas. Les disciples n’ont que sept pains et quelques poissons. Jésus ordonne à la foule de s’asseoir. Il prend la nourriture, rend grâce, rompt pains et poissons, les donne aux disciples pour qu’ils les donnent à la foule. Tous mangèrent à leur faim et il resta sept corbeilles pleines.

Jésus s’assoit: c’est la position des rabbins pour enseigner. On mentionne cette position avant le Sermon sur la Montagne et avant le sermon en Paraboles.  Jésus est le Maître qui enseigne. En ajoutant la mention qu’il est sur une montagne, Matthieu fait allusion au fait qu’il est le nouveau Moïse  Il apporte la Parole de Dieu. Saint Jean dira: Il est la Parole de Dieu.

On dépose des malades à ses pieds: il les guérit. La foule est dans l’admiration et les gens rendent gloire à Dieu. La chose étonnante est que c’est après les guérisons que Jésus dit:    J’ai pitié de cette foule.

Au-delà des besoins des malades, il voit un autre besoin encore plus grand que les maladies. Dans la foule qui est venue l’écouter, il y a une faim de la parole et de la présence de Dieu. C’est de cette faim dont Jésus a pitié. Ce que Jésus fera maintenant sera un signe de ce qu’il veut faire pour satisfaire cette faim. Il commence par la faim matérielle en fournissant une nourriture qui ne s’épuise pas. Moïse dans le désert avait obtenu la manne, une nourriture venue du ciel, pour les Israélites qui souffraient de la faim. Jésus est celui qui va apporter la vraie nourriture venue du ciel dont les sept pains et les poissons ne sont qu’une image. Ce sera une nourriture abondante comme l’indiquent les sept corbeilles de restes.

Pour que la leçon soit bien claire pour les disciples et pour ceux qui viendront après eux, Jésus emploie un geste qu’on ne peut pas ne pas reconnaître. Ce geste a quatre éléments: Jésus prend la nourriture, il rend grâce, il rompt la nourriture, il la donne aux disciples. C’est un geste liturgique qui sera repris à la dernière Cène pour l’institution de l’Eucharistie. Même le mot Eucharistie (eucharistèsas) est employé ici pour rendre grâce. La seule différence est qu’à la dernière Cène, c’est Jésus qui distribue le pain. Ici, Jésus fait faire la distribution par les disciples, ce qu’il continue à faire dans l’Eglise.

Jésus est le Maître qui apporte la parole du Père. Mais avec cette Parole, il apporte sa Présence qui restera même après son départ.

Jean Gobeil SJ 

2023/12/07 – Mt 7, 21.24-27

Je crois, mais je ne pratique pas.” Combien de fois a-t-on entendu cette formule pour décrire sa condition spirituelle. Croire peut être rassurant, mais on ne fait aucun effort pour exprimer sa relation à Dieu. Pourquoi consacrer un peu de temps à la prière ou pour se joindre à une communauté qui célèbre l’eucharistie? Pourquoi perdre son temps dans une rencontre avec le Seigneur, qu’on soit seul ou avec un groupe? Un recensement nous révèle que la majorité des personnes se déclarent chrétiens, mais que très peu fréquentent une église sauf à Noël et à Pâques ?

Jésus a développé dans trois longs chapitres la charte de la vie chrétienne. Le “Sermon sur la montagne” suscite l’admiration d’un grand nombre, mais suffit-il d’admirer? Pour conclure tout son enseignement, Jésus affirme, dans deux images opposées, que sa parole exige de s’épanouir dans une conduite humaine qui la rende vivante et visible.

Chacun et chacune d’entre nous éprouvent des sentiments, réfléchit, possède des convictions qu’il exprime par la parole, mais tout ce processus humain débouche naturellement sur son action. Tout en nous s’ordonne à l’action et produit des fruits dans notre conduite. Celui qui ne se soucie pas d’agir, celui qui ne veut pas faire l’effort de rendre concrète sa foi, celui qui emprisonne en lui-même ses fragiles convictions, celui qui n’ose pas se compromettre, est comparable à un handicapé qui n’a plus de mains, ni de pieds. Il ressent, il désire, mais il ne fait rien. Il demeure impuissant. Ses pensées généreuses, son idéal de bonheur lui donnent l’illusion d’être en sécurité, en accord avec son Seigneur.

Si on ne pratique pas, on accepte par le fait même d’être inutile, on glisse lentement vers la stérilité et la désespérance. Combien de retraités sans occupation, sans motif de vivre, se sentent inutiles, dévalorisés à leurs yeux et descendent vers la dépression! Au contraire, des bénévoles, qui rendent service gratuitement, se sentent meilleurs après une action généreuse.

Toute parole et toute action pour son prochain permet de sortir de soi-même, d’entrer en communication avec les autres et avec Dieu. Autrement, on demeure seul, enfermé dans la pauvreté de sa solitude. Jésus nous enseigne que la vraie recette du bonheur, c’est l’ouverture aux autres, donner de son temps pour rendre son prochain heureux. Il est étonnant qu’on trouve soi-même le bonheur en le donnant aux autres.

Jean-Louis D’Aragon SJ

2023/12/09 – Mt 9, 35 – 10, 1.6-8

Un sommaire de la mission de Jésus introduit le passage que nous propose aujourd’hui la liturgie. Trois traits caractérisent le ministère du Christ: enseigner, proclamer la Bonne Nouvelle du Règne de Dieu et guérir toute maladie (9,35). Ce sommaire répète celui de 4,23, qui introduisait le Sermon sur la montagne (chap. 5–7) et la série de dix miracles qui suivent le Sermon (de 8,1 à 9,34).  Cette répétition du même sommaire, au début et à la fin, est une indication de l’évangéliste pour montrer l’unité contenue entre ces deux résumés. Matthieu affirme de cette manière que la mission de Jésus, telle qu’il la décrit dans cette section allant de 4, 23 à 9, 34 se prolongera maintenant dans celle de ses disciples. Ce rappel en effet du résumé du ministère de Jésus introduit l’envoi en mission des disciples qui va suivre.

Jésus a pu atteindre une nombre limité d’auditeurs durant son bref ministère, mais il confie à ses disciples de poursuivre sa mission, avec les mêmes traits caractéristiques que la sienne. Ses disciples immédiats représentent tous ceux qui croiront en lui et à son Évangile jusqu’à la fin de l’histoire. Ils auront la même dignité et la même responsabilité de répandre partout la Bonne Nouvelle du salut et de la vie éternelle. Matthieu met ainsi en relief sa préoccupation de rattacher étroitement l’Église au Christ. La mission des disciples et de tous ceux et celles qui suivront s’enracine dans la mission même de Jésus.

Jésus ordonne aux douze disciples d’aller seulement vers les brebis perdues du peuple d’Israël (10, 5s). Mais cette mission limitée prépare et préfigure la mission universelle que le Ressuscité enjoindra à tous les chrétiens: Allez vers toutes les nations (Mt 28, 19).

Priez pour les vocations!

          Les foules qui suivent Jésus subissent la misère et la souffrance. Ces foules abattues, qui peinent dans les ténèbres de ce monde, se retrouvent à toutes les époques. Leur désarroi provient de ce qu’elles n’ont personne pour les guider, pour leur offrir la lumière, pour les rassembler et pour faire jaillir en elles l’espérance, en les remettant sur la voie qui mène à leur Seigneur et Père. Des gourous surgissent, qui prétendent parler au nom de Dieu, comme les faux prophètes de l’Ancien Testament qui faisaient miroiter les illusions menant au désespoir.

Mais les vrais pasteurs, c’est Dieu qui les choisit et qui les envoie paître son troupeau. Il est futile de mettre notre confiance dans nos moyens humains pour susciter des pasteurs. Les aumônes pour des séminaristes sont certes des actions admirables, mais nos gestes porteront des fruits, si nous prions le Seigneur qui, seul, peut créer des vocations.

Il ne faudrait pas, cependant, restreindre notre prière aux seules vocations sacerdotales et religieuses. On a trop souvent limité nos demandes à ces types de vocations, pour leur remettre nos propres obligations missionnaires. Tout chrétien est missionnaire. On a oublié que les vocations particulières au sacerdoce et à la vie religieuse ne fleurissent qu’au milieu des vocations de tous les chrétiens. En nous créant, le Seigneur a inséré en chacun et chacune de nous une mission particulière. La nôtre n’est pas celle du voisin, comme notre figure se distingue de toutes les autres. Pour être fidèle à l’intention de notre Créateur, il nous faut entendre sa voix et découvrir la mission qui nous est propre. L’ensemble des chrétiens fidèles à leur vocation particulière constituera une Église fervente, dans laquelle « le Maître de la moisson » choisira des ouvriers pour les associer d’une manière spéciale à son oeuvre d’évangélisation. Les vocations sacerdotales et religieuses ne surgissent pas au milieu d’un champ stérile, où la foi se réduit à celle du consommateur, celui qui regarde les autres travailler, sans s’engager dans la mission particulière à laquelle le Maître l’appelle.

Pourquoi les douze?

Nombreux étaient les disciples qui suivaient Jésus. Pourquoi ne les a-t-il pas tous envoyés en mission? Luc (10, 1-12) rapporte que, après la mission des douze, Jésus mandata 72 disciples pour étendre et prolonger son propre ministère. Pourquoi cette insistance ici sur les seuls douze?

Leur nombre est significatif, car il manifeste la continuité du peuple choisi et dirigé par Dieu, depuis la nation aux douze patriarches, constituée par douze tribus dans le Premier Testament. Ceux que le Christ a choisi et mandaté pour cette mission spéciale sont intentionnellement douze pour montrer que c’est toujours le même peuple de Dieu qui se prolonge dans l’Église. Cette continuité du peuple élu dans l’histoire, malgré ses rivalités, ses divisions et ses infidélités, demeure toujours le peuple prédestiné par Dieu, dont la fidélité à ses promesses assure la marche vers la Terre promise.

Les disciples que le Christ envoie sont des Galiléens simples, illettrés, qui n’ont aucun talent humain pour accomplir la mission que leur Maître leur confie. Le succès qu’ils obtiendront proviendra de leur foi et de la vive conviction que l’Esprit Saint leur accordera. Ces disciples nous représentent et leur mission préfigure celle des  tous les chrétiens. Nous n’avons pas le droit de conserver pour nous-mêmes la lumière et la vie de l’Évangile, que nous avons reçu gratuitement. L’apôtre Paul s’écrie « Malheur à moi si je ne proclame pas l’Évangile » (1 Cor 9,16). C’est aussi notre « malheur », la malédiction, la séparation du Seigneur, source de la résurrection, si nous demeurons passifs et consommateurs, sans le souci de répandre autour de nous l’amour et la vie.

Jean-Louis D’Aragon SJ

2023/12/12 – Mt 18, 12-14

Jésus prend un exemple de la vie courante. Si quelqu’un a perdu une brebis, il laisse là le troupeau pour aller à sa recherche. Cette brebis perdue devient plus importante que le reste du troupeau et lorsqu’elle est retrouvée elle cause plus de joie que les 99 brebis du troupeau. Jésus fait l’application de cette conduite à celle du Père: il ne veut pas qu’un seul de ces petits soit perdu.

Ce qui frappe d’abord c’est la disproportion entre une brebis et les 99 autres. Ce n’est pas un récit imaginaire. C’est la façon normale de procéder pour un berger qui découvre qu’il lui manque une brebis. Un cas semblable est même passé à l’histoire. En 1947, un berger dans le secteur de Jéricho laisse son troupeau à la fin de la journée pour chercher la brebis qui manque. Au pied des falaises de la Mer Morte, il inspecte les trous dans lesquels une brebis pourrait rester prisonnière. Il commence à faire noir. Dans un trou dont il ne peut pas voir le fond, il jette une roche pour voir s’il n’y aurait pas une réaction de la brebis. Au lieu de cela, il entend un fracas de poterie cassée.  Effrayé, il se sauve mais revient le lendemain avec un copain. Au fond du trou qui est en fait une caverne, il découvre une collection de jarres contenant des rouleaux de parchemins. C’était la première découverte d’une cachette de manuscrits: les manuscrits de la Mer Morte reliés à la communauté de Qumran qui était active au temps de Jésus.

La disproportion devient très importante quand Jésus applique l’exemple du berger au Père qui est dans les cieux. Non seulement ceux qui sont perdus sont importants pour lui mais encore c’est lui qui prend l’initiative d’aller à leur recherche. C’est l’écho d’une parole de Jésus dans l’évangile de Luc : Le Fils de l’homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu.  (Luc 19,10)

Il y a donc d’abord une perspective universaliste dans ce récit. Tous ceux qui sont perdus sont importants aux yeux de Dieu. Mais cette perspective a des retombées au niveau de la communauté.  Celle-ci ne doit pas exclure personne: elle doit rester ouverte à ceux que Dieu cherchent et veut sauver. Mais il y aussi dans la communauté des petits qui sont plus faibles que le reste du troupeau. Peut-être n’ont-ils pas de statut social comme des richesses ou de l’importance; peut-être aussi n’ont-ils pas beaucoup de connaissance. Saint Paul connaît de ces petits dans ses communautés; c’est pour eux qu’il est prêt à renoncer à des pratiques bien innocentes si elles peuvent les scandaliser ou leur nuire. « C’est mon droit » est une formule magique de nos jours. Mais le droit individuel n’est pas la première préoccupation d’un disciple du Christ. Pour quelqu’un dont l’idéal est de servir, le droit n’a jamais préséance sur les besoins des autres. Matthieu voit certainement cet aspect important pour sa communauté. Il a placé ce récit au milieu d’un ensemble d’instructions de Jésus qui s’adressaient à ses disciples mais visaient en même temps les communautés futures. Elles peuvent certainement nous être utiles encore aujourd’hui.

Jean Gobeil SJ

2023/12/13 – Mt 11, 28-30

Venez à moi, moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau et moi, je vous procurerai le repos. Prenez sur vous mon joug, devenez mes disciples, car je suis doux et humble de coeur, et vous trouverez le repos. Oui, mon joug est facile à porter et mon fardeau, léger.

Le joug de la Loi est une expression connue dans l’Ancien Testament pour exprimer l’obligation de la Loi. La figure n’est pas nécessairement péjorative. Il suffit de relire l’Éloge de la Loi que fait le psaume 119 qui parle des commandements comme d’une source de délices (verset 47), ou comme une expression de l’amour de Dieu :

De ton amour, Yahvé, la terre est pleine,

apprends-moi tes volontés.  (verset 64)

ou comme encore d’une expression de la sollicitude de Dieu:

Une lampe sur mes pas, ta parole,

une lumière sur ma route.  (verset 105)

Mais quand Jésus parle d’un fardeau qui accable, il vise d’abord le fardeau imposé par les interprétations des Pharisiens qui font de la Loi une question d’exactitude méticuleuse et de comptabilité minutieuse à assurer à tout prix.  C’est ce qu’illustreront les épisodes qui suivent notre texte.

Le joug que Jésus offre évoque l’engagement dans la Nouvelle Alliance, l’entrée dans le Royaume. Il n’est pas un joug de domination puisqu’il ajoute:

Car je suis doux et humble de coeur,

ce qui est la définition des Pauvres ou des Petits de Yahvé dans l’Ancien Testament.

Mais le fardeau peut avoir un sens plus général: le fardeau de la misère humaine. Un peu plus tôt, Matthieu disait de Jésus qui venait de parcourir villes et villages:

A la vue des foules, il en eut pitié, car ces gens étaient las et prostrés comme des brebis qui n’ont pas de pasteur.

(Matthieu 9,36)

Le joug qui est le sien est donc une réponse à cette misère et un appel à venir recevoir la Vie.

 Jean Gobeil SJ 

2023/12/14 – Mt 11, 11- 15

Le texte de l’évangile vient après la visite des disciples de Jean-Baptiste. A la suite de cela, Jésus a rendu témoignage au Précurseur. Les gens ne sont pas allés voir un roseau agité par le vent. Ils ne sont pas allés voir un personnage mondain comme ceux qui sont dans les palais. Jésus dit à ses auditeurs qu’ils ont raison de le considérer comme un prophète. Il est même plus qu’un prophète. Il est le messager envoyé pour préparer la route devant celui qui apporte le Royaume de Dieu, et ce messager n’est pas un roseau: il n’est pas faible et il restera fidèle dans l’épreuve.  (Mal.3,1) Sa grandeur est donc d’être à la charnière entre l’Ancienne Alliance et la Nouvelle Alliance.

.Mais avec la venue du Royaume les critères humains sont renversés et ce sont les petits, les humbles,  qui sont privilégiés: le plus petit dans le Royaume des cieux est plus grand que lui.

Le texte qui suit est un texte difficile parce qu’il peut avoir plus qu’un sens.

Depuis Jean-Baptiste jusqu’à maintenant, le Royaume des cieux subit la violence et des violents cherchent à s’en emparer.

Ici, à cause de la liturgie qui a utilisé le texte d’Isaïe pour donner un certain éclairage au texte évangélique, la violence peut être prise dans un sens positif pour signifier que ceux qui s’emparent du Royaume doivent le faire au prix des plus durs renoncements.

L’antienne de la communion nous indique quelle doit être la réponse à l’invitation du Christ:

Si quelqu’un veut marcher à ma suite, dit le Seigneur, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive.  (Mt.16,24)

Jean Gobeil SJ 

 

 

2023/12/15 – Mt 11, 16-19

Jésus prend une comparaison pour illustrer le refus de la bonne nouvelle. Il y a des enfants qui refusent de participer à un jeu joyeux et de danser au son de la flûte. Les mêmes enfants refusent de participer à un jeu triste où il faut mimer le deuil. Il en a été de même pour Jean Baptiste et Jésus. Jean baptiste menait une vie austère et avait un message sévère: on l’a refusé en prétextant qu’il était possédé. Jésus, lui, mange et boit avec ceux qui l’invitent, et on le refuse en prétextant qu’il est un glouton. Pourtant, c’était la sagesse de Dieu qui se révélait par ses deux envoyés.

Tout cet épisode a commencé par les disciples de Jean Baptiste qui sont venus demander à Jésus s’il fallait reconnaître en lui celui qu’on attendait. Jésus a répondu en citant ses oeuvres: des guérisons et des libérations, qui réalisaient la description d’un messie que donnait le prophète Isaïe. C’était là que se reconnaissait la sagesse de Dieu pour ceux qui étaient prêts à le recevoir.

Après le départ de ces disciples, Jésus avait loué Jean Baptiste devant la foule. Maintenant, Jean Baptiste était en prison et il allait être exécuté. Le précurseur aurait le même sort que celui qu’il annonçait. Cela nous donne un sens possible de la phrase mystérieuse qui suit : Depuis les jours de Jean le Baptiste jusqu’à présent le Royaume des Cieux souffre violence, et des violents s’en emparent.    (Mt.11,12)

Les adversaires de Jésus comme ceux de Jean Baptiste non seulement rejettent l’annonce du Royaume mais encore ils sont violents et ils réussiront à faire disparaître Jésus aussi bien que Jean Baptiste.

Mais en agissant ainsi, ils ne voient pas qu’ils rejettent la sagesse de Dieu qui se manifestait à travers leur message. C’est ce que veut illustrer notre passage aujourd’hui.

Cette génération, dit Jésus, c’est-à-dire ceux qui refusent le message de Jean Baptiste et celui de Jésus, ressemblent à des gamins capricieux qui refusent de participer à des jeux en donnant comme prétexte que ce qui est gai est trop gai et que ce qui est triste est trop triste. Pour qui refuse, tout prétexte est bon même si les prétextes sont contradictoires. Quand on a décidé de refuser, on n’a pas besoin de la logique.

Jésus applique l’exemple à cette génération. Jean Baptiste menait une vie très austère: il était l’homme du désert. Il dérangeait en prêchant la conversion du coeur en préparation de la venue du Royaume de Dieu. On l’a refusé et on s’est justifié en prétextant qu’il était possédé. Jésus vit avec tout le monde; il ne demande pas de jeûnes de ses disciples comme Jean Baptiste et  il accepte les invitations à manger même avec des pécheurs. On refuse son message en prétextant qu’il est un glouton. Et pourtant, c’était la sagesse de Dieu qui agissait et qui parlait à travers Jean Baptiste et à travers le message de Jésus. C’est ce qu’on refuse.

Et le résultat est bien visible: quand on est refuse d’écouter la sagesse de Dieu, on est à l’aise avec les contradictions et l’absurdité.

Jean Gobeil SJ