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2024/01/18 – Mc 3, 7-12

Jésus se retire près du lac de Tibériade. Les foules augmentent. Elles viennent de Galilée, de Judée et même d’en dehors de la Palestine comme la Transjordanie, Tyr et Sidon. Jésus demande à ses disciples de garder pour lui une barque d’où il pourra s’adresser à la foule car beaucoup de gens cherchaient à la toucher pour être guéris. Des esprits mauvais criaient: Tu es le Fils de Dieu. Mais Jésus leur défendait de le faire connaître.

Marc fait des arrêts pour situer Jésus. Il vient de décrire cinq controverses avec les Pharisiens. Maintenant, avec un sommaire, il va situer Jésus par rapport à la foule. Sa renommée se répand et les gens viennent de partout. Sa renommée est telle que les gens veulent le toucher pour être guéris. Or ceci présente un danger pour la mission du Christ. On se rappelle qu’après les premières affluences à Capharnaüm, Jésus s’était retiré dans la solitude pour prier. Et lorsque les disciples l’avaient retrouvé et lui avaient dit: Tout le monde te cherche, il avait alors répondu: Partons d’ici; c’est pour prêcher que je suis sorti (1,38). Sa mission est d’annoncer la venue du Royaume de Dieu.

Or, qu’est-ce que ces foules viennent chercher auprès de Jésus? Elles viennent chercher des guérisons. Cette popularité risque de faire considérer Jésus comme un Messie qui apporterait le soulagement de tous les maux, un Messie temporel qui apporterait un royaume d’où le mal serait disparu. L’identification de Jésus par les esprits mauvais des possédés est bien dans cette ligne. Ils le déclarent Fils de Dieu. Ce n’est pas encore la révélation de la nature divine du Verbe de Dieu, qui ne viendra qu’après la résurrection. Mais c’est un titre qui était déjà appliqué à un roi qui était choisi par Dieu pour être son Messie, comme dans le Psaume 2 où il est dit au roi consacré:

Tu es mon fils, moi, aujourd’hui je t’ai engendré.

Jésus fait taire les esprits parce que cette déclaration de la messianité de Jésus encourage une notion du Messie, comme celle de la foule, qui n’est pas celle de Jésus.

Vis-à-vis de la foule, Jésus doit garder un équilibre délicat. Il ne peut pas simplement la renvoyer car il a pitié des gens qui sont prisonniers des maladies et des infirmités qui les affectent. Il doit prendre un peu de distance par rapport à cette recherche de contacts physiques et réussir à faire sa proclamation. C’est ce qu’un bateau proche du rivage lui permet de faire. Il peut ainsi éviter la pression de ces gens qui ne cherchent qu’à le toucher et s’adresser plus librement à la foule pour l’instruire.

Jean Gobeil SJ 

2024/01/17 – Mc 3, 1-6

Jésus est dans une synagogue, un jour de sabbat. Il y a là un homme avec la main desséchée. Les Pharisiens l’épient pour voir s’il fera la guérison et leur fournira ainsi une occasion de l’accuser de violation de la Loi. Jésus demande au malade de se lever et de se tenir au milieu de l’assemblée. Il pose alors la question: Est-il permis, le jour du sabbat, de faire le bien, ou de faire le mal? de sauver une vie, ou de tuer? Les Pharisiens gardent le silence. Cet endurcissement remplit Jésus de colère et de tristesse. De son regard il fait le tour de l’assemblée.  D’une parole, Étends la main, il guérit le malade. Une fois sortis de la synagogue, les Pharisiens s’associent aux Hérodiens pour comploter sur la façon de perdre Jésus.

C’est ici la dernière de cinq controverses ou confrontations entre Jésus et les Pharisiens. On peut considérer dans notre texte deux parties qui s’entrecroisent. Il y a d’un côté l’opposition à Jésus et de l’autre, Jésus et sa mission.

La controverse précédente s’est terminée sur la déclaration de Jésus qui affirmait qu’il était le maître, même du sabbat. Contre cette position unique de Jésus, l’opposition va se durcir de façon définitive. Dans la synagogue, le jour du sabbat, les Pharisiens ne sont là que pour l’observer: ils cherchent une action de Jésus qui pourrait servir à l’accuser de violation du sabbat. À cette question de Jésus qui semble avoir une réponse bien évidente, ils ne veulent pas répondre: ils attendent pour voir ce qu’il va faire. Après la guérison, ils peuvent quitter la synagogue: ils ont ce qui, dans leurs interprétations raffinées, peut servir d’accusation.  D’après ces interprétations, on ne peut violer le sabbat et aider un malade seulement s’il est en danger de mort. Leur opposition est maintenant définitive: ils veulent faire disparaître Jésus. C’est l’annonce du jugement final par le sanhédrin. Ils se cherchent des alliés et rencontrent des Hérodiens. Hérode Antipas est le gouverneur (tétrarque) de la Galilée. C’est lui qui a fait arrêter Jean Baptiste. Il représente avec ses fonctionnaires et ses partisans le pouvoir politique qui a le pouvoir de la peine capitale. Les Pharisiens sont sortis de la synagogue pour comploter. A la dernière Cène, Judas sortira du cénacle pour entrer dans la nuit (Jean 13,30) et aller dénoncer Jésus.

On peut voir dans la question de Jésus une façon de parler de sa mission, de ce qu’il offre. En mentionnant le sabbat, il se trouve à insister sur le vrai sens de celui-ci. C’était une fête pour rappeler la libération d’Égypte. C’était grâce à cette libération que la vie d’Israël avait commencé. L’interdit du travail était pour rappeler à l’Israélite qu’à cause de cette libération il n’était pas prisonnier de son travail. On fêtait donc la vie qui avait été donnée, la vie qui rendait libre. Quand Jésus pose la question de faire le bien le jour du sabbat, à quel bien pense-t-il? Évidemment au bien de libérer la vie de ce qui l’emprisonne. C’est le sens des guérisons qui sont des signes de ce qu’il est venu faire. Il dira: Moi, je suis venu pour qu’on ait la vie, et qu’on l’ait surabondante.  (Jean 10,10)

Ce qu’il offre réalise ce que commençait le sabbat. C’est le bien qu’il offre et que les Pharisiens refusent. On comprend sa colère lorsqu’il regarde-tout-autour, c’est-à-dire des deux côtés de la synagogue où sont assis les auditeurs; en d’autres mots, il les regarde un à un, navré de l’endurcissement de leurs cœurs.

Jean Gobeil SJ 

2024/01/16 – Mc 2, 23-28

En marchant, un jour de sabbat, les disciples arrachent des épis et les mangent. Des Pharisiens protestent auprès de Jésus: Ce qu’ils font n’est pas permis! Jésus leur répond d’abord en donnant un exemple tiré de la vie de David. Dans le besoin, David prit pour lui-même et pour ses hommes des pains réservés aux prêtres du sanctuaire de Nob. La conduite de David illustre le principe que Jésus énonce ensuite: Le sabbat a été fait pour l’homme et non pas l’homme pour le sabbat; ce qui équivaut à dire que la loi est faite pour l’homme et non l’inverse. Ceci lui permet de faire comme une deuxième conclusion: Le Fils de l’homme est maître, même du sabbat.

Ce récit de Marc fait partie d’un ensemble de trois controverses suscitées par les Pharisiens. Ce sont en fait des attaques pour essayer de prendre Jésus en défaut. On le voit ici. La Loi interdisait de travailler aux récoltes le jour du sabbat. Mais accuser les disciples de faire des récoltes parce qu’ils cueillent des épis ressemble bien à un prétexte qui n’a pas besoin de fondement sérieux. On peut donc voir dans ces controverses telles que présentées par Marc de nouveaux exemples des manifestations de l’esprit du mal. Il y a une confrontation mais la réponse de Jésus est décisive: il n’y a pas de repartie et la confrontation est finie.

C’est ce qui s’est passé depuis le début du ministère de Jésus. Jean-Baptiste avait annoncé un plus puissant que lui. C’est cette puissance que l’évangile illustre. Ayant reçu l’Esprit lors de son baptême, Jésus commence par affronter un esprit du mal qui est dans un possédé. D’une parole qui est brève, faite avec autorité et décisive, Jésus termine la confrontation:   Tais-toi et sors de cet homme.

Viennent ensuite ceux qui sont limités par des maladies. Jésus voit là des manifestations du mal qui emprisonne la personne. Devant le lépreux qui s’approche de Jésus, quelques manuscrits, au lieu de dire que Jésus fut ému, disent qu’il se fâcha. Ce n’est pas une colère contre le lépreux mais bien contre ce mal qui transforme cet homme en un rejet de la société

C’est la même force qui agit dans les controverses où on essaie de fausser la conduite et la mission de Jésus. En répondant dans notre texte par une citation à propos de David, Jésus suggère qu’il est au moins égal au plus grand roi d’Israël: si David l’a fait, Jésus peut faire quelque chose d’équivalent. Mais il va plus loin: l’exemple de David était pour justifier une exception à la loi, mais lui parle de toute loi pour n’importe qui, en disant que la loi est faite pour l’homme et non l’homme pour la loi.

La dernière phrase est décisive pour affirmer l’autorité de Jésus: « Le Fils de l’homme est maître du sabbat ».

En disant cela à propos d’une institution qui touche Dieu de très près, il se met lui-même à un niveau très proche de Dieu. Il fera la même chose plus tard en se disant plus grand que le temple, une autre institution très proche de Dieu.

Devant de telles affirmations, la controverse ne peut continuer: il n’y a plus de repartie possible.  L’admiration devant ce que Jésus fait et l’étonnement devant l’autorité de ce qu’il dit font que les gens se posent des questions sur le mystère de sa personne: Qui est cet homme? Qu’est cela? Un enseignement nouveau, donné d’autorité! Même aux esprits impurs, il commande et ils lui obéissent ! (Marc 1,27)

C’est une question qui va continuer de se poser et, pour Marc, elle s’adresse aussi aux lecteurs.

Jean Gobeil SJ  

 

 

 

 

 

2024/01/15 – Mc 2, 18-22

L’évangile d’aujourd’hui porte sur le jeûne. On reproche aux disciples de Jésus, et indirectement, à Jésus lui-même, de négliger cet exercice spirituel contrairement aux disciples de Jean et à ceux des pharisiens. Jésus répond de façon curieuse : « Les invités à la noce ne peuvent pas jeûner pendant que l’époux est avec eux. »

Par l’image des invités à la noce, Jésus affirme que l’essentiel est ceci : aucun acte n’est bon ou mauvais en soi. Tout dépend des circonstances qui l’entourent et des intentions qui le motivent.

Jésus ne condamne pas le jeûne. Il ne dit pas que les disciples de Jean et des pharisiens sont dans l’erreur. Il ne dévalue pas leur effort en leur prêtant des intentions qui ne seraient pas pures; par exemple, se donner en spectacle en s’emparant ostensiblement du rôle de modèle de la vertu. Jésus défend simplement les siens en relevant que le jeûne n’a pas à être absolutisé car il y a un temps pour tout : un temps pour jeûner et un temps pour fêter. Pour les disciples de Jésus, c’est le temps de la fête en attendant le temps de l’épreuve : « des jours viendront où l’époux leur sera enlevé; alors, ils jeûneront… »

La contre-attaque de Jésus ne s’arrête pas là. Il situe ses disciples à l’avant-garde en les comparant à « une pièce d’étoffe neuve » ou à des « outres neuves ». Ils sont vecteurs de l’évangile qui ressemble à un saut qualitatif si on le compare au vieux judaïsme que pratiquent les disciples des pharisiens, et dans une certaine mesure, les disciples de Jean-Baptiste. Jésus en profite donc pour définir la radicale nouveauté de sa mission : il n’est pas venu raccommoder de vieux vêtements ou verser du vin nouveau dans de vieilles outres. Comme dans l’histoire de Marthe et Marie, Jésus sous-entend que malgré les apparences ses disciples ont choisi « la meilleure part ».

« À vin nouveau, outres neuves! » C’est le message qui nous est adressé aujourd’hui. Car il se pourrait très bien que de nos jours, nous occupions la place des pharisiens qui préfèrent la vertu éprouvée au risque d’étouffer l’émergence du nouveau. Aujourd’hui, c’est nous qui risquons de rater le déménagement de Dieu qui déserte nos églises pour investir des lieux que nous ne fréquentons pas : les rues et les parcs où survivent les sans abris de nos villes ultra-modernes, les bidonvilles du troisième monde, les champs de batailles où nos enfants versent leur sang pour des causes plus que douteuses…

Melchior M’Bonimpa

2024/01/13 – Mc 2, 13-17

Sur le rivage du lac, Jésus instruit la foule. En passant, il voit Lévi assis à son bureau de douane. Jésus lui dit: Suis-moi. L’homme se leva et le suivit. Jésus va ensuite prendre un repas chez lui avec les invités qui sont des publicains et des pécheurs. Des scribes des pharisiens sont scandalisés et protestent auprès des disciples. Jésus déclare: Ce ne sont pas les gens bien portants qui ont besoin du médecin mais les malades. Je suis venu appeler non pas les justes mais les pécheurs.

Jésus choisit Lévi et l’appelle à être un de ses disciples. Il est un collecteur d’impôts, un publicain.  Capharnaüm est proche de la frontière qui sépare le territoire d’Hérode Philipe de celui d’Hérode Antipas. Il réclame des frais de douane. Les publicains font partie de la catégorie de gens qui sont exclus de la bonne société. Ils sont sur le même pied que les pécheurs, des gens considérés comme impurs et contagieux. Ils sont donc à éviter. En l’appelant, Jésus montre que ces exclusions sociales ne jouent pas pour lui. Lévi a un autre nom: Matthieu. Il sera donc non seulement un disciple mais même un des Douze.

Sans doute pour célébrer cet événement exceptionnel, Lévi offre un repas pour Jésus et ses disciples. Les autres invités sont évidemment du seul milieu auquel il peut être associé: d’autres publicains. Or le repas est précisément un des lieux où l’exclusivité est la plus rigoureuse. Des scribes se rendent compte de ce que fait Jésus. Les scribes sont les experts dans les écritures, c’est-à-dire la Loi mais aussi toutes les interprétations et les applications qui ont été accumulées par les Anciens. Ces scribes  font partie des Pharisiens qui non seulement sont des observateurs rigoureux de la Loi mais qui se donnent aussi comme les protecteurs de la Loi. Ils réagissent donc auprès des disciples: Votre Maître mange avec des publicains et des pécheurs! Les disciples transmettent le message.

Jésus répond: il est venu pour ceux qui ont besoin de lui. Il est venu pour les pécheurs.

Dans l’épisode précédent, la guérison du paralytique, Jésus avait déclaré qu’il avait le pouvoir de pardonner les péchés. En utilisant la comparaison du médecin, il se trouve à jouter qu’il est celui qui vient guérir les coeurs. Il vient sauver, il vient libérer. C’est pour cela que les entraves sociales n’existent pas pour lui.

Enfin, l’épisode est un exemple qui nous montre Jésus allant vers les gens où qu’ils soient. C’est lui qui prend l’initiative d’appeler Lévi. C’est encore lui qui décide d’aller au milieu des publicains et des pécheurs. Il pratique lui-même la parabole qu’il donnera du berger qui part chercher la brebis égarée.  Il n’attend pas qu’on vienne à lui. Il est celui qui vient à nous et il le dira : Le Fils de l’homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu.   (Luc 19,10)

Jean Gobeil SJ 

2024/01/12 – Mc 2, 1-12

Jésus revient à la maison de Capharnaüm et la foule bloque la porte. Des gens amènent un paralytique. Ils montent sur le toit, l’ouvrent et descendent le malade devant Jésus. Celui-ci, voyant leur foi, dit: Mon fils, tes péchés sont pardonnés. Des scribes se disent: Ceci est un blasphème: seul Dieu peut pardonner. Pour qu’ils sachent que le Fils de l’homme a le pouvoir de pardonner, il dit au paralytique: Je te l’ordonne. Lève-toi; prends ton brancard et rentre chez toi. C’est ce que fait l’homme devant tout le monde. Tous sont stupéfaits et rendent gloire à Dieu.

La maison de Capharnaüm, supposée connue, est la maison de Pierre et d’André où Jésus est déjà allé guérir la belle-mère de Pierre. Le toit palestinien est typique: il est en forme de terrasse et fait de branches et de terre battue. L’accès est souvent facile: on s’en sert pour faire sécher des choses.

Les gens se pressent pour entendre Jésus si bien que même la porte est bloquée. Quatre hommes arrivent avec un paralytique sur un grabat, une sorte de brancard. Matthieu mettra quelque chose d’un peu plus relevé et parlera d’une couche; Luc, lui, parlera d’une civière. Sur le toit, ils font une ouverture. Marc dit: ils découvrent le toit, à l’endroit où il (Jésus) était, en arrachant (les branches) et laissent descendre le grabat sur lequel gisait le paralytique. Les phrases de Marc ne sont pas élégantes mais pour les détails, c’est un visuel!

Jésus, voyant leur foi… Pour Jésus, la foi des porteurs est importante. C’est un détail qui revient plusieurs fois. Devant des gens qui prient pour quelqu’un ou qui intercèdent pour quelqu’un, ou comme ici qui agissent pour quelqu’un, Jésus ne pose pas de question: il répond immédiatement en agissant. On a l’exemple de la belle-mère de Pierre qui est malade: ils lui parlent à son sujet….Et Jésus va la prendre par la main et la faire se lever. Dans Luc (7,2), le centurion qui a un serviteur malade envoie auprès de Jésus des anciens qui le recommande chaleureusement. Jésus ne pose pas de question, il se met en route aussitôt. Dans Jean, à Cana, Marie dit simplement à Jésus: Ils n’ont  plus de vin. Jésus semble faire une objection: ce n’était pas dans ses plans… Marie dit aux serviteurs: Tout ce qu’il vous dira, faites-le. Et les cruches d’eau deviennent des cruches de vin. C’est comme si, pour Jésus, les intercesseurs, les intermédiaires, représentaient une solidarité dans la foi qui était particulièrement importante. Lui-même sera l’intercesseur par excellence sur la croix en demandant le pardon de ses persécuteurs et il sera l’intermédiaire par qui l’Esprit nous sera donné.

Pour la première fois, Jésus emploie l’expression le Fils de l’homme pour parler de lui-même. Depuis le livre de Daniel, c’est un titre messianique. Le Fils de l’homme a le pouvoir de remettre les péchés sur la terre, déclare Jésus. Il est le Sauveur, celui qui vient libérer. Pour Jérémie et pour Ezéchiel, le pardon des péchés était le signe qui introduirait la Nouvelle Alliance. A la dernière Cène, Jésus dira: Ceci est mon sang, le sang de l’alliance, qui va être répandu pour une multitude en rémission des péchés. (Mt.26,28)

Un commentateur faisait une remarque sur quelque chose qui n’est pas dans le texte mais qu’on peut supposer. Le soir, quand la foule est partie, Pierre dans sa maison de Capharnaüm contemple les étoiles à travers son toit défoncé. Il a dû comprendre alors que lorsque Dieu est proche il peut demander certains sacrifices !

Jean Gobeil SJ 

 

2024/01/11 – Mc 1, 40-45

Un lépreux vient à Jésus et le supplie de le purifier: “Si tu le veux, tu peux me purifier”. Jésus tend la main et le touche en disant: “Je le veux, sois purifié”. A l’instant, il est guéri. Jésus lui défend d’en parler mais lui recommande d’aller faire constater la guérison par un prêtre et de faire l’offrande prescrite dans la Loi. Une fois parti, l’homme répand la nouvelle ce qui oblige Jésus à éviter les lieux populeux.

Le lépreux en s’approchant de Jésus viole un interdit. Jésus en le touchant contracte une impureté rituelle. On pourrait penser que Jésus néglige la Loi. Mais ses recommandations à l’homme guéri montre au contraire qu’il respecte la Loi. Cependant, sa mission et les besoins de la charité doivent avoir la priorité sur des lois rituelles. Pour Jésus, la vision est claire et il n’a aucune hésitation.

D’autant plus que la prière du lépreux est un bel acte de foi. Il croit que Jésus a ce pouvoir et en même temps il respecte sa décision. C’est une belle rencontre dans la foi entre le lépreux et Jésus. Et le geste de Jésus qui tend la main et le touche est bien expressif de l’accueil que Jésus accepte de faire à cette foi.

Immédiatement après la guérison, Jésus fait la prescription du silence, ce qui va revenir souvent.

Jésus a dû garder ses distances vis-à-vis différents courants d’idées et pratiques de l’époque. Il respecte la Loi mais se tient loin des interprétations de Pharisiens qui font passer la Loi avant la charité vis-à-vis du prochain si ce n’est pas avant Dieu lui-même, comme le fera Paul avant sa conversion. Jésus respectera le Temple comme lieu de prière mais il se tiendra loin des Sadducéens qui en faisait un lieu de commerce. Il devra garder ses distances vis-à-vis des nationalistes qui voyaient la libération de l’occupation romaine et des taxes comme un devoir religieux. Mais probablement la question la plus délicate était le désir d’un roi, personnage politique ou militaire, qui réaliserait les attentes messianiques et les promesses de Dieu sur Israël. L’enthousiasme des foules pouvaient facilement fausser la mission et la personne de Jésus dans cette direction. C’est ce qui se passe dans notre texte aujourd’hui. Devant une nouvelle guérison, Jésus doit éviter les endroits où la foule pourrait se rassembler trop facilement et s’enthousiasmer pour une image de Jésus qui n’était pas la sienne.

Jean Gobeil SJ 

2024/01/10 – Mc 1. 29-39

Jésus sort de la synagogue le jour du sabbat et va à la maison de Simon et André. La belle-mère de Simon est sérieusement malade. On parle d’elle à Jésus. Jésus va à elle, la prend par la main et la fait se lever. La fièvre l’a quittée et elle peut les servir. Après le coucher du soleil, alors que le sabbat est fini, on lui amène des possédés et des malades. Il les guérit tous mais il empêche les esprits de parler pour dire qui il était. Avant le lever du soleil, Jésus va prier dans un endroit désert. Simon et ses compagnons le retrouvent mais Jésus décide d’aller ailleurs pour continuer sa mission. Il se met à parcourir la Galilée en proclamant la Bonne Nouvelle.

Jésus va à la maison de Simon qui n’a pas encore reçu son nouveau nom de Pierre. Comme c’est encore le sabbat, cette maison ne peut être loin de la synagogue d’où il vient. On parle à Jésus de la belle-mère de Simon: elle a de la fièvre ce qui est toujours inquiétant. Plusieurs fois, les évangéliste remarqueront que Jésus semble répondre immédiatement à la prière faite pour un autre. Jésus va près d’elle. Il lui prend la main et la fait se lever. La fièvre disparaît. Marc remarque que Jésus n’hésite pas à toucher. Il touche les yeux des aveugles. Il embrasse des enfants. Il brise même des interdits graves: il prend par la main un lépreux. Il ne recule pas devant les malades qui veulent le toucher pour être guéris. La présence et le contact personnel sont importants pour lui.

Le sabbat se termine avec le coucher du soleil et les restrictions sur les déplacements sont terminées. On amène alors les malades à la maison de Simon pour se faire guérir par Jésus. Il y a affluence.

Jésus fait des guérisons et des exorcismes mais il empêche les esprits mauvais de dire qui il est. C’est le commencement de la consigne du silence. Cela reviendra dans les guérisons individuelles alors qu’il recommandera le silence. Le danger était de le prendre seulement comme un guérisseurs des maux physiques et d’oublier que les miracles n’étaient que des signes de la présence du Règne de Dieu.

Le lendemain matin, très tôt, Jésus va tout seul dans un endroit désert pour prier. Il fera la même chose après la multiplication des pains. Il a besoin de prendre de la distance par rapport à l’effervescence et l’enthousiasme de la foule. Il a besoin de retrouver l’intimité avec le Père qu’il nommera dans la prière au jardin de Gethsémani (14,35). Ici, il a besoin de retrouver l’essentiel de sa mission. S’il reste à Capharnaüm, il n’y pas de doute que la foule va continuer d’affluer et de s’enthousiasmer. Le danger est qu’il  soit considéré seulement comme un guérisseur, un thaumaturge.

Quand les disciples le retrouvent, ils confirment ses craintes: Tout le monde te cherche, disent-ils. Jésus décide de reprendre la route à travers la Galilée pour annoncer la Bonne Nouvelle, c’est-à-dire d’annoncer que le Royaume de Dieu est proche.  C’est le coeur de sa mission. C’est pour cela que je suis sorti, dit-il. Ce terme est très fort. C’est une référence à sa pré-existence auprès du Père et à sa divinité. Cette révélation de son identité ne sera comprise qu’après la résurrection. Pour le moment, l’important pour lui est de rester fidèle à sa mission.

Jean Gobeil SJ 

2023/08/29 – Mc 6, 17-29

Hérode Antipas, fils d’Hérode le Grand et tétrarque de Galilée, a fait arrêter Jean Baptiste qui dénonçait son second mariage avec Hérodiade, petite-fille d’Hérode le Grand et première épouse de son demi-frère Hérode Philippe. Hérode considérait Jean Baptiste comme un homme juste et saint et le protégeait probablement de la haine d’Hérodiade. Au cours d’un banquet, la fille d’Hérodiade dansa et plut tellement à Antipas qu’il lui promit de lui donner n’importe quoi. Sur la suggestion de sa mère, elle demanda la tête de Jean Baptiste qui lui fut apportée et qu’elle remit à sa mère. Les disciples de Jean Baptiste se chargèrent de sa sépulture.

Juste auparavant, Marc a dit que le nom de Jésus était devenu célèbre, peut-être surtout à cause de ses miracles, et même Hérode Antipas en entendait parler. Il semble avoir été inquiet; il pensait que la source de son pouvoir provenait de ce qu’il était Jean Baptiste ressuscité.  D’autres pensaient qu’il était Elie, qui devait revenir. D’autres croyaient qu’il était un des anciens prophètes. Comme il n’y avait pas eu de prophètes depuis longtemps, il y avait une attente de ce prophète, promis par Moïse, qui annoncerait une intervention définitive de Dieu pour sauver son peuple.

C’est à l’occasion de ces remarques et de la mention d’Hérode que Marc est amené à faire un retour en arrière pour raconter l’arrestation et l’exécution de Jean Baptiste. Marc laisse entendre que c’est ainsi qu’un prophète est traité et Jésus, plus tard questionné sur Elie, dira : Je vous le dis, Elie est déjà venu et ils ne l’ont pas reconnu mais l’ont traité à leur guise…   Alors ses disciples comprirent que ces paroles visaient Jean le Baptiste.       (Mt.17,12-13)

 Finalement, le long récit de Marc sur le prophète qui a été arrêté, emprisonné, exécuté et enseveli par ses amis, est l’image du vrai prophète qu’est Jésus qui voyait là une figure de sa mort : …ils l’ont traité à leur guise. De même, le Fils de l’homme aura aussi à souffrir d’eux. (Mt.17,12)

Jean Gobeil SJ 

 

 

 

 

 

2023/06/010 – Mc 12, 38-44

Juste auparavant, Jésus a dénoncé la faiblesse de l’enseignement des docteurs de la loi. Maintenant, il condamne leur manière de se conduire et il la met en contraste avec la générosité d’une pauvre veuve.

De longues études dans les écoles rabbiniques étaient exigées pour être reconnus docteurs de la loi. Le scribe était fier de cette reconnaissance, qui lui attirait l’admiration du peuple. Jésus, au contraire, n’avait jamais étudié dans les écoles officielles. D’où la méfiance et même le mépris que ressentaient les scribes à l’égard de ce prétendant, qui n’avait que lui-même pour se recommander et qui, d’ailleurs, venait de la Galilée, cette région méprisée du nord.

Le présent passage rapporte le dernier conflit entre Jésus et les scribes. Jésus a revendiqué, tout au long de son ministère, les droits de la liberté humaine, dénonçant les minuties contraignantes des docteurs de la loi. Ici, Jésus ne dénonce plus leur enseignement, mais leur manière de se conduire..

Ce que Jésus condamne

L’habillement luxueux rehausse la prestance d’une personne. Mais cette apparence extérieure peut masquer le vide intérieur. Une scène du film sur François d’Assise correspond à la dénonciation par Jésus du luxe ostentatoire des docteurs de la loi. Le groupe de François et de ses compagnons, debout en haillons, comparaissent devant la cour pontificale, composée du pape et des cardinaux siégeant sur une haute estrade, dans des tenues resplendissantes. Un contraste flagrant oppose les deux groupes, chez qui le coeur, l’intérieur, contredit l’apparence.

Non seulement les scribes accueillent avec satisfaction les marques de respect, mais ils les recherchent dans les synagogues et dans les dîners. Telle est la tentation de tout groupe riche et dont le rang lui assure respect et considération. Les privilèges sont toujours une occasion de tentation. Pourquoi certains membres du clergé ou des religieux avaient-ils autrefois le privilège de passer avant les autres, qui attendaient, dans des services publics ?

Jésus va jusqu’à condamner les scribes qui exploitent les pauvres, en particulier les veuves. Celles-ci sont traditionnellement considérées, avec les étrangers et les orphelins, comme des personnes démunies. Une veuve, dans le monde ancien, est ordinairement seule, sans le soutien d’un père ou d’un mari.

On a toujours été révolté par les manigances de Tartuffe, dans la comédie de Molière, dont le nom a passé dans le langage courant pour dénoncer l’hypocrisie aux apparences religieuses. Le vieux dicton dit bien : « Le meilleur devient le pire. »

Pour être juste, il faut nuancer cette condamnation générale des scribes. Des documents historiques montrent que de nombreux scribes étaient pauvres et qu’ils offraient gratuitement leurs services au peuple. Ils vivaient des dons provenant de gens souvent démunis, en particulier des veuves.

Jésus recourt souvent à l’accusation d’hypocrisie. Pourquoi ? Parce que cette division entre l’extérieur et l’intérieur, entre ce qu’on veut montrer de soi-même et ce que l’on est vraiment, entre son masque et son cœur, est fréquente dans le monde et tellement destructrice. Toute division provoque peu à peu la ruine d’une personne.

Le don de la veuve

Dans son appréciation des dons offerts au temple, Jésus distingue les apparences de l’intérieur chez les riches et chez la veuve. Extérieurement et financièrement, les premiers ont donné de « grosses sommes », avec lesquelles les deux sous de la veuve ne peuvent se comparer. Deux récipients en forme de trompettes renversées, étaient placées à l’entrée du temple pour recevoir les aumônes. Les dons, tous en métal, résonnaient dans ces récipients en cuivre. Les « grosses sommes » des riches attiraient l’attention, tandis que les deux cents de la veuve ont passé inaperçus.

Mais Jésus ne juge pas la générosité des uns et de l’autre d’après le montant de l’aumône. Les riches ont pu donner par ostentation. Pour Jésus, la valeur d’un geste se mesure au degré d’amour et de don de soi qui l’anime. Il nous rappelle que « l’essentiel est invisible. » La veuve a sacrifié ce qu’elle avait pour vivre, alors que les riches ont donné de leur superflu. Le Seigneur le rappelle à Samuel, qui a mission de découvrir le futur roi d’Israël : « Dieu ne regarde pas les apparences, mais le cœur. » (1 Sam 16,7)

Conclusion

Jésus nous enseigne le chemin de la vie et du bonheur. Pour être heureux, il faut réaliser l’unité dans notre personne entre l’extérieur et l’intérieur, entre nos paroles, nos actions et notre cœur. Il faut bannir toute forme d’hypocrisie ! Enseigner l’idéal de l’Évangile devient un défi énorme pour tout chrétien et, tout particulièrement, pour ceux qui ont la mission officielle de proclamer la Bonne Nouvelle. Est-ce une proclamation des lèvres seulement, ou un idéal vécu qui interpelle ?

Aux yeux de Dieu, la charge d’amour dans nos actions est tout ce qui compte, seulement cela a de la valeur. Une mère apprécie le geste de son enfant qui lui offre une fleur. Cette fleur, en elle-même n’a peut-être aucune valeur, mais elle est embaumée par l’amour de l’enfant.

Jean-Louis D’Aragon SJ