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2024/02/29 – Lc 16, 19-31

Parabole du riche qui faisait des festins tandis qu’à sa porte Lazare, un pauvre, couvert de plaies, n’avait rien à manger. Le pauvre mourut. Ce furent les anges qui l’emportèrent auprès d’Abraham. Le riche mourut; on l’enterra. Au séjour des morts, il est dans un lieu de torture d’où il voit Lazare près d’Abraham. Il supplie Abraham d’envoyer Lazare lui porter de l’eau mais c’est impossible. Leurs sorts respectifs sont inchangeables. Le riche demande qu’on avertisse ses frères. Abraham répond que pour cela ils ont Moïse et les prophètes: si ceux-ci sont insuffisants, même un ressuscité ne pourrait les convaincre.

Une parabole n’est pas un exposé pour répondre à toutes les questions. C’est une manière d’illustrer un point précis, ce qu’on appelle la pointe de la parabole et c’est ce que fait la première partie du récit.

Lazare est un pauvre, couvert de plaies, et affamé. Il n’a personne pour l’aider: il n’y a que les chiens qui s’occupent de lui. Il meurt seul: il n’y a personne pour lui faire une sépulture. Avec sa mort, il y a un renversement de situation. Ce sont les anges, des messagers de Dieu, qui s’occupent de sa sépulture et l’emmènent dans le sein d’Abraham. C’est une expression pour désigner une place d’honneur près d’Abraham comme dans l’intimité d’un repas, comme dans le festin messianique pour décrire ceux qui sont venus de loin pour entrer dans le Royaume de Dieu (Matthieu 8,11).

Le riche vit dans le luxe. Il a des banquets somptueux. Il n’est dérangé par rien, surtout pas par Lazare qui est à sa porte. Lorsqu’il meurt, il y a bien des gens pour assurer sa sépulture. Mais maintenant, il y un renversement de situation. Il est maintenant dans les souffrances. Il est dans un lieu de chaleur et de soif, comme le désert que connaissent bien les auditeurs de Jésus. Il n’y a personne qui peut l’aider à cause du grand abîme qui sépare la situation de Lazare de celle du riche. Cet abîme entre les deux représente le fait que leur situation est irréversible. C’est là la pointe de cette partie du texte: l’urgence, maintenant, d’entrer dans le Royaume. Jésus vient de dire qu’il faut s’employer de toute sa force à entrer dans le Royaume (16,16). Il a déclaré aussi, ce qui a fait rire les Pharisiens, que l’argent devait servir à se faire des amis qui nous accueilleraient dans le monde éternel (16,9).

Seconde partie du récit: le riche comprend maintenant l’urgence à se préparer avant la mort et veut faire avertir ses frères. Abraham dit qu’ils ont ce que le riche n’a pas considéré durant sa vie: Moïse et les prophètes.

Dieu s’occupera du pauvre dont personne ne s’occupe parce que, pour Dieu, il est important. Mais pour le riche qui ne s’est pas préoccupé du pauvre à sa porte durant sa vie, il sera trop tard: il a manqué sa vie. Il y a donc pour tous urgence à écouter la parole de Dieu : Tu n’endurciras pas ton coeur ni ne fermeras ta main à ton frère pauvre, mais tu lui ouvriras ta main et tu lui prêteras ce qui lui manque. … Quand tu lui donnes, tu dois lui donner de bon cœur. (Deutéronome 15,7-8.10)

Jean Gobeil SJ

2024/02/26 – Lc 6, 36-38

Dans ce bref  passage, il y a une phrase qui me provoque depuis très longtemps : « Ne jugez pas et vous ne serez pas jugés. » Systématiquement détournée de son sens par tous ceux qui veulent se donner raison sans discussion, cette phrase est souvent ramenée à un lieu commun parfaitement insipide. Je me souviens de la dernière fois qu’une personne me l’a servie lors d’un échange dur, mais poli, où je refusais de ratifier son point de vue qui me semblait saugrenu et irrationnel : « Il ne faut pas juger! Tu es théologien, mais tu oublies facilement que Jésus a dit : Ne jugez pas et vous ne serez pas jugés. »

Ce n’était pas la première fois qu’on mobilisait cet argument d’autorité pour tenter de m’imposer le silence, et c’était une fois de trop. Je n’ai pas réussi à me contrôler. Je suis sorti de mes gonds et j’ai rétorqué : « Je suis payé pour juger. Quand je corrige les travaux de mes étudiants, je juge. Quand je participe à un comité d’embauche, je juge. Quand je siège sur un comité d’évaluation d’une thèse, je juge. Quand je vote sur une motion lors d’une réunion où le consensus est impossible,  je juge. Quand j’entre dans l’isoloir pour donner ma voix à un candidat aux élections, je juge. Dis-moi : le jour où un chauffard te rentrera dedans après avoir brûlé un feu rouge, exigeras-tu qu’il répare ta voiture ou appliqueras-tu la maxime de ne pas juger? »

Après un silence embarrassé, j’ai compris que j’étais allé trop loin et que j’avais littéralement assommé mon interlocuteur. Je me suis excusé, et j’ai tenté de livrer plus calmement mon interprétation de la phrase de l’Évangile. Il ne s’agit pas d’une interdiction d’évaluer les choses objectivement et de donner son point de vue. Il ne s’agit même pas d’une interdiction de condamner des actes, et même des personnes clairement répréhensibles. Jésus n’a pas voulu dire qu’il fallait envoyer tous les magistrats au chômage. Par cette seule phrase, il n’a pas déclaré caducs « la loi et les prophètes ».

« Ne jugez pas » veut dire : n’usurpez pas les prérogatives de Dieu. Lui seul sonde les reins et les cœurs. Lui seul peut se prévaloir d’un point de vue absolu. Nous avons à juger et nous ne pouvons pas nous en passer. Mais les plus honnêtes, les plus sérieux et les plus intelligents de nos jugements demeurent relatifs parce qu’ils sont liés à nos limites, à notre finitude. Cependant, cette finitude n’est pas un alibi qui rendrait acceptable l’irresponsabilité ou la lâcheté impliquée dans ces mots, « ne jugez pas », quand on les prend au premier degré, sans interprétation. Souvent, même dans le doute, il n’est ni possible, ni moralement soutenable de s’abstenir.

Pour faire justice au reste du texte, disons qu’il s’agit d’une exhortation qui nous propose un horizon utopique. Personne d’entre nous ne peut avoir l’outrecuidance de se croire aussi miséricordieux que Dieu. Personne ne peut donner ou pardonner comme Dieu lui-même. Le but du texte n’est pourtant pas de nous décourager, mais simplement de disqualifier l’existence paresseuse, car nous avons si facilement l’impression d’avoir assez donné, assez pardonné! L’évangile d’aujourd’hui nous engage à ne pas nous asseoir sur nos lauriers. Il nous donne une mission impossible à réaliser, rien de moins que la perfection. C’est une très bonne nouvelle : l’assurance d’un emploi permanent et à temps plein! Pourrait-on rêver de mieux à l’heure des « délocalisations » et des « suppressions d’emplois » dont les médias nous parlent chaque jour ?

Melchior M’Bonimpa

2024/02/21 – Lc 11, 29-32

La foule s’amasse probablement à la recherche de signes spectaculaires puisque Jésus accuse cette génération de chercher des signes. Le seul signe sera la personne même de Jésus comme la personne de Jonas a été le signe pour la population de Ninive. La reine de Saba n’a pas eu besoin d’autre signe que les paroles de sagesse de Salomon et maintenant il y a ici beaucoup plus que Salomon. Les gens de Ninive se sont convertis lors de la proclamation de Jonas et il y a ici bien plus que Jonas.

Au milieu de controverses et de gens qui réclament un signe dans le ciel, un femme proclame son admiration en déclarant bienheureuse la mère de Jésus. Sans la contredire, Jésus déclare qui sont vraiment bienheureux: ceux qui écoutent la parole de Dieu et qui l’observent. La grandeur de la foi est plus que la maternité charnelle.

Comme la foule s’amasse et que sont encore là ceux qui venaient de réclamer des signes dans le ciel, Jésus va dire quels sont les signes qui sont importants et quelle doit être la réponse à ces signes. Il rappelle d’abord l’exemple des gens de Ninive dans l’histoire du prophète Jonas. Les habitants de Ninive sont des Assyriens qui non seulement sont des païens mais encore un peuple très belliqueux.

Ce sont eux qui détruiront Samarie, la capitale du royaume d’Israël (royaume du nord) en 722 et feront déporter sa population. Or, le seul signe qui est donné à la population de Ninive est la parole du prophète Jonas qui annonce que Dieu, dans 40 jours,  va détruire Ninive à cause de ses fautes. Toute la population crut à la parole de Dieu et on décréta un jeûne complet du roi jusqu’aux animaux.

Devant cette réaction, Dieu se repentit du mal dont il les avait menacés, il ne le réalisa pas, au grand chagrin de Jonas de voir une belle prédiction complètement gaspillée! C’est pourtant la personne de Jonas et sa parole qui ont été le signe pour ces païens. Ils n’ont pas seulement écouté la parole mais ils ont agi à cause d’elle: ils l’ont observée. Il en sera de même pour le Fils de l’homme: c’est lui et sa parole qui sera le signe.

Il en fut de même pour la reine de Saba: Salomon et ses paroles de sagesse lui ont suffi comme signe.

Jésus déclare que la reine de Saba et les gens de Ninive se lèveront pour condamner cette génération qui n’est pas satisfaite d’un signe qui est plus grand que Jonas et plus grand que Salomon.

Jean Gobeil SJ 

 

2024/02/17 – Lc 5, 27-32

Jésus voit un collecteur d’impôts du nom de Lévi assis à son bureau de publicain.  Il lui dit : Suis-moi.  Et il se mit à le suivre.  Il offrit un grand repas pour Jésus.  Il y avait de nombreux publicains comme invités et d’autres gens aussi.  Les pharisiens et les scribes protestaient auprès des disciples parce qu’ils mangeaient avec des publicains et des pécheurs.  Jésus leur répondit que ce n’était pas les gens en bonne santé qui avaient besoin du médecin, mais les malades et qu’il était venu appeler à la conversion non pas les justes mais les pécheurs.

La première partie du récit décrit l’appel d’un disciple à suivre Jésus et sa réponse est immédiat. Il se mit à le suivre.  Le temps du verbe utilisé par Luc (imparfait) indique que la réponse n’a pas été seulement l’affaire d’un moment précis, seulement à cette occasion, mais bien qu’il est devenu quelqu’un qui suivait Jésus, qui était un disciple.  Mais le point qui attire l’attention est la profession de ce Lévi : il est un collecteur de taxe.  Il est à Capharnaüm, assis à son bureau à l’extérieur, et collecte vraisemblablement des frais de douane pour les denrées qui viennent de la Syrie et pour le poisson qu’on exporte.

Les publicains, à cause de leurs contacts avec toutes sortes de gens et avec des étrangers, sont considérés comme impurs par les Pharisiens.  Ils sont mis dans le même sac que les pécheurs publics et sont en marge de la société.  Il faut éviter de les fréquenter et il n’est pas question de s’associer à eux dans une occasion aussi intime qu’un repas.  Jésus fait donc quelque chose d’exceptionnel en introduisant parmi ses disciples un publicain.

Or, pour Luc, dont les auditeurs sont des grecs, c’est-à-dire des païens convertis, ces différentes sortes de marginaux, plus ou moins exclus de la société juive, ont eu une place importante dans la vie de Jésus.  Comme les autres évangélistes, il mentionnera tous ces malades impurs que Jésus laisse approcher et même ce lépreux que Jésus touchera.  Mais il aura ces exemples qu’il est seul à mentionner.  Il y aura Zachée, de Jéricho, ce publicain très riche, qu’il fera descendre de son arbre pour aller chez lui.  Il y aura ce Samaritain que Jésus choisit comme exemple de charité dans une parabole.  Pour les Juifs, il n’y a pas de bon Samaritain : ils sont tous des hérétiques.  Il y aura ce centurion de Capharnaüm, un païen, dont le serviteur est malade.  Luc souligne qu’il doit être vraiment bon pour avoir payé pour la construction de la synagogue.  Il y a enfin une catégorie de personnes qui ne sont pas exclues de la société mais qui ne sont pas très importantes et qui ne seraient pas admises à suivre un rabbin : des femmes.  Non seulement Luc mentionne ces femmes qui suivaient Jésus mais encore il donne leurs noms et ajoutent qu’elles les assistaient de leurs biens.  Il les mentionne au Calvaire en ajoutant qu’elles avaient suivi Jésus depuis la Galiléé…comme les autres disciples.  On les retrouve à surveiller la sépulture de Jésus.  Elles seront les premières à annoncer la résurrection aux autres disciples.  Au calvaire, il y avait le bon larron à qui Jésus avait déclaré : En vérité, je te le dis, aujourd’hui tu seras avec moi dans le Paradis.

La seconde partie de notre texte parle de Lévi.  Il veut célébrer son appel à être disciple.  Il offre un grand festin à Jésus.  Ses invités sont évidemment des gens qu’il pouvait fréquenter : d’autres marginaux et des publicains.  C’est ce qui amène la troisième partie du texte, la controverse.

Des Pharisiens et des scribes se rendent compte que Jésus mange et boit avec des gens qu’il ne convient pas de fréquenter.  Ils protestent auprès des disciples.  Jésus lui-même leur répond d’abord en se comparant à un médecin qui va auprès des malades.  Puis il ajoute une déclaration qui révèle le cœur de sa mission : Je suis venu appeler non ps les justes mais les pécheurs pour qu’ils se convertissent.

Il répètera cela à la fin de l’épisode de Zachée, cet autre publicain chez qui il s’était invité à manger : Le Fils de l’homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu. (Luc 19, 10)

Jean Gobeil SJ 

2024/02/15 – Lc 9, 22-25

La première lecture aujourd’hui reproduit l’exhortation divine qui conclut les cinq livres de la Loi, le Pentateuque (Deut 30, 15-20). Après avoir décrit en détail les préceptes qui expriment sa volonté, le Seigneur dit qu’il offre deux chemins à son peuple et à tout être humain : celui du bonheur et de la vie ou celui du malheur et de la mort. Les préceptes de la Loi n’ont pas pour but de condamner ou d’humilier l’homme, mais de l’éclairer sur la voie du bonheur et de la vie, en l’associant à la volonté de Dieu. Ce projet divin vise uniquement l’épanouissement et la joie de son peuple. Après avoir indiqué les deux voies possibles, le Seigneur lance cet appel d’amour : « Choisis donc la vie pour que vous viviez, toi et ta descendance, en aimant le Seigneur ton Dieu et en écoutant sa voix. »

Mais ce chemin du Seigneur paraît rebutant, alors que la désobéissance pour défendre son autonomie séduit l’humanité. C’est la tentation que le monde fait sans cesse miroiter : l’argent et les plaisirs. Telle est la voie large et facile, mais Jésus nous affirme qu’elle ne mène pas au Royaume de Dieu, elle conduit, au contraire, à sa perte celui qui la prend. Le chemin du Christ, suivant la volonté de son Père, c’est celui qui va vers la croix. Quelle stupidité apparente !

Première annonce de la Passion

Jésus prévoit et annonce ici pour la première fois la fin tragique de sa mission. Cette prédiction se situe après la proclamation de Pierre que Jésus est le Messie. Mais quel Messie ?  Un chef militaire, victorieux des Romains, celui qui libérera son peuple de l’humiliation et de la servitude ? Le Christ répondrait ainsi à l’espoir de Pierre et du peuple d’Israël. Ce serait la voie large et facile, celle que le diable proposait à Jésus dans l’ultime tentation, lorsqu’il lui offrait tous les royaumes du monde et leur gloire (Mt 4, 8-10).

Jésus est lucide et prévoit l’issue tragique de son ministère. L’exécution de Jean Baptiste lui montre le sort qui l’attend. Les autorités de Jérusalem se préoccupent et s’inquiètent à son sujet. Ils ont envoyé des docteurs de la Loi pour scruter son enseignement et pour juger ses actions. Jésus s’est montré libre à l’égard des traditions que les Pharisiens ont multipliées pour protéger le peuple des influences païennes, mais le fardeau de ces traditions étouffe les gens. Le Christ veut libérer son peuple et il critique ces traditions au point d’irriter ses adversaires, qui ne voudront pas le tolérer longtemps.

« Le Fils de l’homme » est ce personnage glorieux envoyé par Dieu pour sauver son peuple soumis à la persécution du roi Antiochus Épiphane, l’an 167 av. J.C. (Daniel, 7, 13s). Jésus s’attribue ce titre et affirme par là qu’il est le Sauveur d’Israël, l’espérance de son peuple. Mais Dieu veut sauver son peuple et toute l’humanité d’une manière déconcertante, par « la folie de la croix », dira saint Paul (1 Cor 1,18). « Les anciens, les chefs des prêtres et les docteurs de la loi », c’est-à-dire le Sanhédrin, l’autorité suprême, l’élite entière d’Israël le condamnera. Mais la mort ne sera pas l’issue finale, dans laquelle sombrerait le Christ. L’humanité pécheresse et homicide n’aura pas la victoire finale. De la mort, Dieu ramènera « le Fils de l’homme » et tous les siens dans la gloire d’une vie nouvelle.

Disciples du Fils de l’homme

Après cette annonce de sa passion, Jésus s’adresse « à tous », donc à nous aujourd’hui, et non pas seulement à ses disciples. Pour nous sauver, le Christ nous incorpore comme ses membres dans sa personne. Dans la prophétie de Daniel, c’est « le peuple saint », celui qui participe à la sainteté de Dieu, que « le Fils de l’homme » vient sauver de la persécution et de la mort.

Cette union de chacun de nous avec « le Fils de l’homme » a pour conséquence notre participation à sa destinée, à la route étroite et difficile qu’il a parcourue. La croix du Christ, au terme, signifie le dénuement complet, le renoncement à tout pour être libre d’accueillir l’amour de Dieu. Cette conversion, qui consiste à renoncer à tout ce qui nous détourne du chemin qui nous conduit vers Dieu et nous élève à Lui, se réalise peu à peu, « chaque jour ». C’est la croix qu’il faut porter sans cesse jusqu’au don total et final de soi-même, pour répondre à l’amour divin.

Jésus remet sous nos yeux les deux voies qui s’offre à chacun(e) de nous. « Sauver sa vie », c’est se cramponner à ce qu’on pense posséder présentement, aux biens qu’on accumule pour s’enfermer dans une apparente sécurité. C’est se contenter des plaisirs superficiels, de tout ce qui passe si vite, que la mort montrera comme vanité et fumée. Se replier sur soi-même, penser « sauver sa vie », c’est la perdre. Cultiver l’égoïsme. C’est s’enfermer dans sa solitude, dans une sclérose qui aboutit à la mort définitive. À François Xavier qui cultivait l’ambition de devenir un éminent universitaire, Ignace de Loyola répétait souvent l’avertissement du Christ : « Que sert à l’homme de gagner le monde entier, s’il se perd lui-même? » Ce rappel salutaire qui provoqua la conversion de François !

Nous sommes des pèlerins sur cette terre, des voyageurs, qui ne peuvent ni s’arrêter, ni s’installer, ni surtout se noyer dans la vie présente. Que nous le voulions ou non, le temps nous entraîne, nous avançons sans souvent nous en rendre compte. Serait-il sage de marcher sans connaître la fin du voyage et, surtout, sans prévoir le but de notre pèlerinage ?

Jean-Louis D’Aragon SJ

2024/02/02 – Lc 2, 22-40

Les parents de Jésus vont au temple pour offrir le sacrifice qui représente le rachat de l’enfant: comme tout premier-né, il doit être consacré au Seigneur. Syméon, un homme juste et religieux qui attendait la Consolation d’Israël, vient au temple poussé par l’Esprit. Il prend l’enfant dans ses bras et prononce une bénédiction: Mes yeux ont vu le salut préparé à la face de tous les peuples, lumière pour éclairer les nations païennes et gloire d’Israël ton peuple. Il bénit les parents et prédit qu’il sera un signe de division. Anne, une femme prophète, à son tour proclamait les louanges de Dieu et parlait de l’enfant à tous ceux qui attendaient la délivrance d’Israël. Après avoir rempli tout ce que demandait la Loi, les parents retournèrent à Nazareth. Et l’enfant grandissait en sagesse.

La scène veut montrer la réalisation de ce qui a été préparé dans l’histoire d’Israël. Le texte commence en disant littéralement: Quand furent accomplis les jours…. C’est une formule ordinairement pour parler d’un moment du plan de Dieu qui est arrivé: c’est l’aujourd’hui de Dieu dont parle l’épître aux Hébreux (3,13). S’accomplit maintenant ce que le prophète Malachie annonçait dans la première lecture : Soudain viendra dans son temple le Seigneur que vous cherchez.

Le temple a toujours représenté la présence de Dieu dans l’histoire d’Israël. On savait bien que Dieu ne pouvait être contenu dans le temple mais on avait quand même là un accès à sa présence. Comme disait le Psaume 18 : Vers mon Dieu je lançai mon cri; il entendit de son temple ma voix et mon cri parvint à ses oreilles.

Mais c’est d’une nouvelle présence dont parle le prophète Malachie et que le vieillard Syméon appelle la Consolation d’Israël. Ces deux personnages, Syméon, un homme juste et pieux, et la prophétesse Anne, qui étaient assidus à la prière au temple, représentent ceux qui étaient humbles et fidèles à cette attente. Avec la présence de Jésus au temple, l’Esprit Saint commence à agir: c’est lui qui pousse Syméon au temple à ce moment précis.

Il y a un autre trait qui souligne le lien avec l’histoire d’Israël et le plan de Dieu. Par trois fois est mentionné le fait que les parents de Jésus agissent par fidélité à la Loi de Moïse. Ils observent le temps fixé par la Loi et viennent accomplir deux rites prescrits par cette Loi: la purification de la mère et le rachat du premier-né. Il ne s’agit pas de la Loi telle qu’expliquée par les Pharisiens mais bien de cette Loi qui représentait la réponse du peuple de Dieu à l’Alliance qu’il lui avait offerte.

C’est cette nouvelle présence de Dieu qui sera caractérisée par la présence de l’Esprit Saint, comme nous le montrent les premiers chrétiens dans le livre des Actes.

La présentation de l’enfant au temple représente donc la réalisation de cette attente.

Jean Gobeil SJ

2024/01/26 – Mc Lc 10, 1-9

Le Seigneur en choisit soixante-douze parmi ses disciples et les envoie deux par deux dans les endroits où il doit aller lui-même. Il leur demande de prier d’abord le maître de la moisson d’envoyer des ouvriers pour sa moisson, ensuite de n’emporter rien avec eux comme sécurité: ils doivent faire confiance en la Providence. Ils doivent offrir la paix à la maison qui veut les recevoir et accepter ce qu’on leur offre à manger. Ils doivent aussi se contenter de la maison qui les a reçus. Ils doivent annoncer que le Règne de Dieu est proche et ils ont le pouvoir comme Jésus de faire des guérisons.

Les Douze avaient reçu la mission d’aller annoncer la venue du Règne de Dieu. Ils avaient même reçu les mêmes pouvoirs que Jésus. Comme 72 est le chiffre de toutes les nations dans la Bible, la même mission est maintenant confiée aux disciples en général. Ils devront être les témoins devant toutes les nations de la réalisation des Ecritures dans la personne du Christ, comme cela sera confirmé à la fin de l’évangile de Luc (24, 47-48).

Mais en même temps, notre texte souligne que c’est Dieu qui est réellement à l’oeuvre. C’est lui qui envoie les ouvriers. C’est sur lui que doivent compter ceux qui sont envoyés. Mais, et c’est là le paradoxe qu’on retrouve à travers toute la Bible, Dieu a besoin des hommes, comme disait le titre d’un ancien film. Abraham n’aurait pas eu d’alliance ni de descendant s’il n’avait pas donné sa réponse à Dieu. Et Dieu avait besoin de la réponse de Marie pour l’Incarnation de son Fils. C’est Dieu qui sauvait Israël en se servant des Juges et pourtant il avait besoin de leur réponse d’abord. La réponse de ceux que Dieu choisit pour être ses prophètes est particulièrement importante dans les récits de leur vocation.

Timothée et Tite, des disciples de Paul appelés à travailler dans des communautés chrétiennes naissantes alors qu’on n’avait pas de modèle tout fait qu’on pouvait suivre, devaient se reconnaître parmi ces 72.

Ignace de Loyola certainement se reconnaissait dans ce modèle, lui qui disait qu’il fallait tout faire comme si le succès dépendait de nous mais, une fois qu’on avait tout fait, il fallait se rappeler que c’est Dieu qui fait tout.

Jean Gobeil SJ 

2023/12/30 – Lc 2, 36-40

Lors de la présentation de Jésus au temple, le vieillard Syméon, un homme juste et pieux, l’a accueilli et il a prononcé son chant d’action de grâce. Luc ajoute maintenant le témoignage d’une femme de quatre vingt quatre ans qui est une prophète et qui servait Dieu par ses prières au temple. Elle loue Dieu et parle de l’enfant à tous ceux qui attendaient la délivrance de Jérusalem. Les parents retournent ensuite à Nazareth où Jésus grandit, rempli de sagesse et de la grâce de Dieu.

Pour Luc, la présentation de Jésus au temple est importante. C’est une nouvelle présence de Dieu qui réalise la prophétie de Malachie : Voici que je vais envoyer mon messager pour qu’il fraye un chemin devant moi. Et soudain il entrera dans son sanctuaire le Seigneur que vous cherchez. (Mal.3,1)

Depuis l’Annonciation, la présence de l’Esprit Saint s’est manifestée plusieurs fois. Elle se manifeste de nouveau pour le vieillard Syméon, un homme juste et pieux qui attendait la consolation d’Israël et l’Esprit Saint reposait sur lui. Il vint au Temple poussé par l’Esprit au moment où Marie arrivait avec son petit enfant et il le reçut dans ses bras. Il fait ensuite sa prière de louange au Seigneur.

Syméon n’est pas un membre du personnel du Temple. Il n’y en a aucun de mentionné d’ailleurs pour accueillir l’enfant Jésus. Luc ajoute un autre personnage pour faire cet accueil, Anne, une prophète qui était assidue à servir Dieu dans la prière au Temple. Elle survient elle aussi juste à ce moment: elle loue Dieu. Luc ajoute qu’elle parlait de l’enfant à tous ceux qui attendait la délivrance de Jérusalem c’est-à-dire à tous ceux qui étaient ouverts à la venue du Messie. Elle joue ainsi le rôle d’une disciple missionnaire. Luc soulignera dans son évangile les présences féminines parmi ceux qui suivaient Jésus. Ce seront des femmes aussi qui viendront annoncer la résurrection aux apôtres et Luc donnera même leur nom: Marie de Magdala, Jeanne et Marie, mère de Jacques.

Luc conclut l’évangile de l’enfance en mentionnant le retour à Nazareth et la croissance normale de Jésus, rempli de sagesse et de la grâce de Dieu.

Jean Gobeil SJ

2023/12/23 – Lc 1, 57-66

La naissance de Jean- Baptiste est cause de joie pour la famille et les voisins d’Elisabeth. A la circoncision, Elisabeth et Zacharie, séparément, ont l’inspiration de lui donner le nom de Jean, un nom qui n’appartient pas à la tradition de la famille, pour souligner l’action de Dieu et le présage d’une vocation spéciale. Zacharie retrouve alors la parole et loue le Seigneur. La main du Seigneur était avec Jean et les gens se demandaient quelle serait sa vocation.

Pour Jean, l’évangéliste, Jean-Baptiste est celui qui témoigne. En voyant Jésus il déclare : “Voici l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde.”
L’Agneau est une référence à l’agneau pascal, un symbole de libération. Il enlève le péché du monde: c’est une référence à la prédiction d’Isaïe sur le personnage futur du serviteur qui portera ou enlèvera les péchés. Il est donc le Sauveur qui vient libérer.
“Celui qui m’avait envoyé m’avait dit: “Celui sur qui tu verras l’Esprit descendre et demeurer, c’est lui qui baptise dans l’Esprit Saint”. Et moi j’ai vu et je témoigne que celui-ci est l’Élu de Dieu.” (1,29.33-34)

Pour les synoptiques, il est le précurseur, celui qui prépare la venue du Messie. Mais pour Luc, c’est à l’intérieur de l’évangile de l’enfance et Jean-Baptiste participe à la présence de l’Esprit Saint et à la joie qui entoure l’Incarnation. Comme pour Jésus, il y a une annonciation par un ange; comme Marie, Zacharie le père a un chant d’action de grâce. Comme pour Jésus, il y a la cérémonie du nom qui est donné.

Tout en respectant le caractère unique de la personne de Jésus, Luc souligne l’importance de la naissance de Jean-Baptiste. Elisabeth est âgée et n’a jamais eu d’enfant: sa grossesse est due à la Providence et la comble de joie. La rencontre de Marie est aussi une rencontre de l’Esprit Saint. Le don du nom de Jean souligne l’importance du rôle que Dieu lui réserve.
Zacharie est un prêtre; à cause de cela, il serait normal que Jean-Baptiste reçoive le même nom que son père ou au moins le nom d’un ancêtre important. Or lorsqu’on demande à Elisabeth, puisque Zacharie est encore muet, quel sera le nom de l’enfant, elle répond sans avoir pu se concerter avec son mari que ce sera Jean. A son tour, Zacharie écrit sur une tablette: son nom est Jean. La raison est que c’est Dieu, par l’intermédiaire de l’ange dans la vision de Zacharie au temple, qui a imposé le nom de Jean. Or quand Dieu donne un nom, comme Jésus le fera pour Simon, c’est pour indiquer une vocation à une mission.

Et cette mission réalisera la promesse que Dieu avait faite par l’intermédiaire du prophète Malachie que nous avons entendue dans la première lecture:
Ainsi parle le Seigneur Dieu: Voici que j’envoie mon messager pour qu’il prépare le chemin devant moi. (Malachie 3,1)

Jean Gobeil SJ

2023/12/29 – Lc 2, 22-35

Les parents de Jésus vont au temple pour offrir le sacrifice qui représente le rachat de l’enfant: comme tout premier-né, il doit être consacré au Seigneur. Syméon, un homme juste et religieux qui attendait la Consolation d’Israël, vient au temple poussé par l’Esprit. Il prend l’enfant dans ses bras et prononce une bénédiction: Mes yeux ont vu le salut préparé à la face de tous les peuples, lumière pour éclairer les nations païennes et gloire d’Israël ton peuple. Il bénit les parents et prédit qu’il sera un signe de division. Anne, une femme prophète, à son tour proclamait les louanges de Dieu et parlait de l’enfant à tous ceux qui attendaient la délivrance d’Israël. Après avoir rempli tout ce que demandait la Loi, les parents retournèrent à Nazareth. Et l’enfant grandissait en sagesse.

La scène veut montrer la réalisation de ce qui a été préparé dans l’histoire d’Israël. Le texte commence en disant littéralement: Quand furent accomplis les jours…. C’est une formule ordinairement pour parler d’un moment du plan de Dieu qui est arrivé: c’est l’aujourd’hui de Dieu dont parle l’épître aux Hébreux (3,13). S’accomplit maintenant ce que le prophète Malachie annonçait dans la première lecture : Soudain viendra dans son temple le Seigneur que vous cherchez.
Le temple a toujours représenté la présence de Dieu dans l’histoire d’Israël. On savait bien que Dieu ne pouvait être contenu dans le temple mais on avait quand même là un accès à sa présence.

Comme disait le Psaume 18 :

Vers mon Dieu je lançai mon cri ;

il entendit de son temple ma voix et mon cri parvint à ses oreilles.

Mais c’est d’une nouvelle présence dont parle le prophète Malachie et que le vieillard Syméon appelle la Consolation d’Israël. Ces deux personnages, Syméon, un homme juste et pieux, et la prophétesse Anne, qui étaient assidus à la prière au temple, représentent ceux qui étaient humbles et fidèles à cette attente. Avec la présence de Jésus au temple, l’Esprit Saint commence à agir: c’est lui qui pousse Syméon au temple à ce moment précis.

Il y a un autre trait qui souligne le lien avec l’histoire d’Israël et le plan de Dieu. Par trois fois est mentionné le fait que les parents de Jésus agissent par fidélité à la Loi de Moïse. Ils observent le temps fixé par la Loi et viennent accomplir deux rites prescrits par cette Loi: la purification de la mère et le rachat du premier-né. Il ne s’agit pas de la Loi telle qu’expliquée par les Pharisiens mais bien de cette Loi qui représentait la réponse du peuple de Dieu à l’Alliance qu’il lui avait offerte.

C’est cette nouvelle présence de Dieu qui sera caractérisée par la présence de l’Esprit Saint, comme nous le montrent les premiers chrétiens dans le livre des Actes.

La présentation de l’enfant au temple représente donc la réalisation de cette attente.

Jean Gobeil SJ