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(Français) 2021/11/27 – Lc 21, 34-36

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Jésus multiplie les avertissements et les exhortations relatives à la venue du Fils de l’homme. La rencontre de ce personnage venant du ciel est à ses yeux d’une importance décisive. Jésus veut tellement notre bonheur qu’il répète à satiété ses conseils de prudence et de vigilance, comme des parents qui désirent de tout coeur que leur enfant soit heureux.

Le Christ craint pour nous l’usure du temps, qui enlève progressivement l’élan de la ferveur et qui nous enlise dans la routine. Rien de nouveau chaque jour, puisque nous répétons les mêmes gestes, sans ouverture sur l’avenir! Nous perdons de vue le but vers lequel toute notre existence devrait tendre. Nous en arrivons à l’impression de piétiner sur place, sans le ressort d’une vive espérance.

Ne pas se noyer dans le présent!

Dans l’Évangile d’aujourd’hui, Jésus craint pour nous les plaisirs immédiats qui risquent de nous noyer dans le présent et qui accaparent toutes nos énergies pour nous enlever tout espoir dans l’avenir. Ils sont bien connus tous ces faux plaisirs, qui dansent autour de nous pour nous étourdir et nous alourdir: la recherche insatiable de l’argent, les jouissances sexuelles jusqu’à la débauche, la drogue et la boisson pour rêver d’une autre existence, en nous aliénant à nous-mêmes. Toutes ces fausses joies débouchent sur la déception et sur la tristesse, quand ce n’est pas le désespoir.

Peut-on rappeler la fable des trois démons comparaissant devant leur chef, pour lui expliquer le plan que chacun d’eux a imaginé afin d’entraîner les humains dans l’illusion, vers la ruine, le désespoir et la mort. Le premier a centré toute sa stratégie sur un slogan: “Dieu n’existe pas, vous avez toute liberté pour faire ce que vous voulez.” Mais Lucifer secoue la tête: “Ton plan ne réussira pas. Les chefs communistes en Russie ont propagé pendant des années une telle propagande et n’ont pas réussi. Dieu éclate tellement dans toute la création qu’il est impossible de nier son existence.”

Le second diable pense tromper les humains en les convainquant que leurs actions n’ont aucune conséquence, qu’ils peuvent agir selon leurs goûts, car il n’y a pas ni jugement, ni enfer. “L’homme est libre!” Mais son chef demeure sceptique: “Tu oublies que chaque être humain a une conscience qui le juge et dont le remords le torture. Un début de jugement et d’enfer existe déjà sur terre.”

Le troisième propose un projet qui semble, au premier abord, insignifiant et inefficace. “Moi, je vais leur dire et les convaincre qu’ils ont tout le temps, qu’ils doivent vivre et jouir dans le présent, le seul moment qu’ils possèdent vraiment. Pourquoi se torturer pour un avenir dont ils ne savent rien?” Le chef des démons esquisse un sourire sadique, en approuvant ce plan: “Toi, tu réussiras. Les humains vont se relâcher et profiter de la vie, jusqu’à perdre toute leur énergie vers le vrai bonheur.”

“Soyez vigilants!”

À l’encontre de ce programme diabolique, Jésus s’écrie: “Restez éveillés et priez en tout temps.” Nous sommes des êtres humains, ne vivant pas dans les rêves du sommeil, mais éveillés, libres et responsables, pour progresser dans l’espérance de la venue du Fils de l’homme, dont l’amour nous attend. Pour persévérer dans cette veille qui semble sans fin, le secours du Seigneur est absolument nécessaire. La communion dans la prière procure la force de surnager et d’avancer vers la rencontre bienheureuse de Celui qui nous a créés pour l’aimer.

Quel bonheur!

La première lecture d’aujourd’hui (Apoc 22,1-7) nous décrit, en traits éblouissants, cette rencontre dans la béatitude. Dieu et l’Agneau sont l’unique source de l’eau qui donne la vie. Ceux et celles qui auront part à ce monde nouveau ne subiront ni souffrance, ni maladie, ni mort. Le trône, lieu de la présence de Dieu, remplace maintenant le temple. Le service liturgique évoque la communion intime des saints et des saintes avec Dieu et le Christ. La vision de Dieu, suprême bonheur, comblera les élus. Marqués au front, ils lui appartiennent de façon définitive, dans un règne sans fin.

À travers la voix de l’ange, le Christ répète le thème central de toutes les visions de l’Apocalypse: sa venue imminente. Dans sa prière de tous les instants, le chrétien répète : Marana tha, “Viens, Seigneur.”

Jean-Louis D’Aragon SJ

(Français) 2021/11/26 – Lc 21, 29-33

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Commentaire

Pourquoi Jésus insiste-t-il si souvent sur la fin des temps et sur sa venue? Le terme de tout mouvement est le moment suprême, celui qui donne un sens à tout ce qui précède, soit, négativement, le vide et la ruine de ce qu’on pensait avoir réalisé, ou, positivement, le couronnement d’une histoire qui atteint son plein épanouissement. Le Christ annonce ici la Pâques ultime, le passage éblouissant du monde présent à l’ère de l’au-delà.

À l’époque de l’Exode, Dieu avait appelé son peuple à quitter l’esclavage en Égypte pour passer à la liberté, d’abandonner la mort pour aller vers la vie de la Terre promise. Cette “Pâque” était la préfiguration du passage que le Christ nous invite à franchir pour quitter ce monde de misère pour celui de la vie éternelle, qu’il nous invite à partager avec lui.

L’avenir demeure toujours l’inconnu qui inquiète ou même qui fait peur. Il suscite l’effroi, parce qu’on se regarde, pour estimer que nous n’avons pas la force pour dominer une situation nouvelle. Au contraire de cette réaction apeurée, Jésus nous enseigne la confiance et l’espérance. Pour la personne croyante, qui regarde avec foi son Seigneur et non pas elle-même, l’avenir n’est plus source de peur, mais d’espoir.

Jésus et les premiers chrétiens

Jésus aborde la dernière semaine de sa mission terrestre, qui culminera le vendredi suivant. Ce n’est ni l’angoisse, ni le doute qui l’agitent, mais c’est avec un regard de confiance et de sérénité qu’il aborde ce moment crucial. Son attitude héroïque devient l’exemple et la source de la persévérance des premiers chrétiens. Ils forment un groupe peu nombreux, pauvre, qui subit la persécution des Juifs et des Romains. Cette persécution s’étendra sur près de trois siècles, durant lesquels l’Église n’aura pas le droit légalement d’exister. Pour les Juifs devenus chrétiens, leur patrie, la Palestine, Jérusalem leur capitale, et le Temple, le sanctuaire sacré, ne sont plus que des ruines. Tout paraît susciter le désespoir.

L’enseignement de Jésus

La destruction du monde présent prélude à la naissance d’un monde nouveau. Jésus nous exhorte à ne pas nous installer dans le présent de l’esclavage. Un regard lucide sur les conditions dans notre monde nous révèle combien nous sommes esclaves, dépendant de la boisson, de la drogue, du plaisir sexuel,… La destruction de ce monde marque le début de notre salut, l’aurore du Règne de Dieu. Créés pour la liberté, nous devons couper les liens qui nous retiennent prisonniers, qui nous aliènent et qui nous empêchent d’être nous-mêmes.

L’espérance se ravive à la vue des bougeons de cette vie nouvelle. Jésus offre l’exemple du figuier. Toute la nature qui fleurit, au printemps, annonce la splendeur de l’été. La venue du Seigneur apportera cette explosion de lumière, de liberté et de vie. Pour y prendre part, il faut toujours être prêts, guetter l’aurore avec confiance et raviver sans cesse notre espérance.

Jean-Louis D’Aragon SJ

(Français) 2021/11/25 – Lc 21, 20-28

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Avant de parler de la venue glorieuse du Fils de l’homme, Jésus parle, dans une première partie, de la fin de Jérusalem qui sera piétinée par les païens. Ce temps des païens doit se dérouler jusqu’à ce que le temps des païens soit achevé. Dans la deuxième partie qui suit, Jésus décrit, en termes apocalyptiques, ce que sera la fin de ce monde ancien qui précèdera la venue glorieuse du Fils de l’homme qui apporte la délivrance.

Notre texte fait partie d’un ensemble (19,28 – 21-37) qui relate l’enseignement de Jésus à Jérusalem. Cet enseignement, à part quelques attaques et controverses avec les sadducéens, est adressé aux disciples et ce sera le dernier enseignement avant la Passion. Il y a donc un élément de préparation pour des temps très difficiles. On entend Jésus avertir ses disciples:
C’est par votre constance que vous sauverez vos vies. (21,19)

Le prophète Habaquq, en des temps difficiles s’était plaint énergiquement à Dieu et s’attendait à une réponse sévère. Au lieu de cela, Yahvé était venu lui dire: prends une tablette et écris car c’est important. Si le terme tarde, attends-le: il viendra sûrement, sans faillir. Mais en attendant : Le juste vivra par sa fidélité. (Hab.2,4) A la fidélité de Dieu doit répondre la fidélité du croyant.

Jésus terminera son enseignement en déclarant : Veillez donc et priez en tout temps afin d’avoir la force d’échapper à tout ce qui doit arriver et de vous tenir debout devant le Fils de l’homme. (21,36)

Une difficulté pour les premiers disciples et ensuite pour les premiers chrétiens sera celle de croire que la manifestation visible et glorieuse du Royaume de Dieu était pour bientôt. Ainsi, après avoir été témoin de la Passion, devant le Christ ressuscité des disciples demandent : Seigneur, est-ce maintenant le temps où tu vas restaurer la royauté en Israël? (Actes 1,6)

Après l’Ascension, on pense au retour glorieux du Christ et à l’avènement du Royaume. Ainsi, les Thessaloniciens de Paul s’inquiètent pour ceux qui sont morts avant le retour du Christ et Paul les rassurent en disant : Nous, les vivants, nous qui seront encore là pour l’avènement du Seigneur, nous ne devancerons pas ceux qui seront endormis. (1 Thess.4,15) Les Thessaloniciens sont rassurés mais certains, dans l’attente de ce retour prochain du Christ, arrêtent de travailler, ce qui requiert une seconde lettre de Paul.

Au temps où Luc recueille les traditions et écrit son évangile, après la destruction du temple de Jérusalem, le problème est encore là: celui de vivre dans l’attente du monde nouveau. Il va donc réussir à mettre une séparation entre les paroles de Jésus qui parlent de la fin du monde suivi de son retour glorieux et des autres paroles qui parlent de la destruction du temple, de la fin d’Israël, des persécutions et des épreuves des chrétiens.

Le retour glorieux est important pour soutenir l’espérance dans les épreuves. Mais il faut avoir de l’espérance non pas pour attendre un futur qui est hors de notre portée mais bien pour faire face à un présent et se tenir debout devant le Fils de l’homme qui est invisible mais qui est là. (Luc 21,36)

Jean Gobeil SJ

(Français) 2021/11/24 – Lc 21, 12-19

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Après avoir parlé de la fin du monde qui sera le temps de sa venue dans la gloire, Jésus parle du temps présent qui est le temps de l’Église. C’est un temps où le mal est encore présent et où les disciples de Jésus, à cause de leur appartenance, seront persécutés, arrêtés et amenés en jugement. Ils n’auront pas à s’inquiéter comment rendre ce témoignage. Jésus lui-même sera là pour inspirer leur langage et leur sagesse. Les contradictions et les dénonciations pourront venir de partout: à cause de leur appartenance à Jésus ils seront détestés de tous. Ils ne doivent pas s’inquiéter pour eux-mêmes mais pour obtenir la vie ils doivent continuer à persévérer.

Deux choses sont frappantes dans ce texte: la présence de Jésus et le devoir de persévérance.

Jésus avait déjà prévenu ses disciples que comme leur maître ils auraient à subir des attaques et des persécutions. Le même avertissement est donné ici mais il va plus loin que les disciples immédiats: les premiers chrétiens auront à subir la présence du mal à travers des pouvoirs religieux comme les synagogues et des pouvoirs politiques comme les rois et les gouverneurs. Mais les disciples n’auront pas à s’inquiéter pour rendre leur témoignage: le Seigneur sera présent avec eux. Cette assurance de la présence du Seigneur est d’ailleurs, dans Matthieu, la dernière parole de Jésus à ses disciples : Et voici que je suis avec vous pour toujours jusqu’à la fin du monde. (Matt.28,20)

Forts de cette présence, les disciples ont quand même le devoir de persévérer : C’est par votre persévérance que vous obtiendrez la vie.

Nous avons déjà dit que pour Luc, le temps après la résurrection est le temps où le Règne de Dieu est déjà présent; c’est le temps de l’Église. C’est le temps où la patience, la persévérance et la prière sont importantes et sont des thèmes majeurs de l’évangile de Luc.

Jean Gobeil SJ

(Français) 2021/11/23 – Lc 21, 5-11

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Ce sont probablement des disciples qui sont avec Jésus dans le temple et qui admirent la beauté des pierres et les décorations faites par les offrandes votives. Jésus annonce qu’un jour tout cela sera détruit. Les disciples demandent quand cela arrivera et quels seront les signes que le moment est proche. Jésus les prévient de ne pas se laisser tromper par ceux qui annoncent que la fin est proche. S’ils entendent parler de guerres et de soulèvements ce ne sera pas tout de suite la fin.
Jésus continue (au verset 10) en donnant une description apocalyptique de cette fin qui est la venue du jugement final de Dieu: guerre nation contre nation, tremblements de terre, épidémies, famine, et des signes terrifiants dans le ciel.

Au temps de Jésus, le temple n’était pas encore complètement fini. Les travaux avaient été commencés 46 ans plus tôt (Jean 2,20) par Hérode le Grand qui, même à l’échelle de l’empire romain, était un grand constructeur. On peut encore voir un mur, le mur de l’ouest où les Juifs vont prier, qui soutenait l’esplanade sur laquelle était bâti le temple. Les pierres de ce mur nous font soupçonner ce que pouvait être les portiques et le sanctuaire. Parfaitement rectangulaires et polies, avec une lisière légèrement encavée comme bordure, elles pèsent au minimum 2 tonnes mais des pierres angulaires qui forment les coins vont jusqu’à 50 tonnes.

Quelle peut être la réaction des disciples quand Jésus leur déclare que, de cette construction qu’ils admirent, il ne restera pas pierre sur pierre? Ils ont dû penser qu’il fallait que ce soit la fin du monde. On en parle et on écrit beaucoup sur cette fin du monde au temps du Christ. Il y a, dans la Bible, la conviction que Dieu conduit l’histoire vers un but bien précis où le monde ancien, le nôtre, sera remplacé par le Monde nouveau. Pour redonner du courage à ceux qui souffrent de la présence du mal, la littérature apocalyptique, abondante au temps du Christ, donnent des images symboliques de cette fin pour essayer d’en transmettre l’importance. C’est ce que fait Jésus au moment où il parle de La Fin: des guerres, des tremblements de terre, des épidémies, des famines et surtout des signes dans le ciel comme les astres qui se décrochent de la voûte céleste. Mais ce ne sont pas des informations photographiques et Jésus les a avertis: si vous voyez des guerres n’allez pas croire que La Fin est proche. Surtout n’allez pas croire ceux qui disent que le moment est arrivé.

Ainsi la destruction du temple sera une fin: ce sera la fin du culte de l’Ancien Testament. Ce ne sera pas la Fin du monde. Et dans le verset qui suit immédiatement notre texte, Jésus revient sur l’avertissement qu’il faut conserver la vigilance et la persévérance : Mais avant tout cela, on portera la main sur vous et on vous persécutera … à cause de mon Nom. Ce sera pour vous l’occasion de rendre témoignage. (Luc 21,12-13)

Jean Gobeil SJ

 

 

(Français) 2021/11/22 – Lc 21, 1-4

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Le texte proposé aujourd’hui à notre méditation est très bref: il ne comporte que quatre versets. Mais sa brièveté sert très bien le but que vise Jésus: un formidable coup de poing à ceux qui se flattent la bedaine, satisfaits du peu qu’ils font pour soulager la misère du monde. Le texte montre des riches qui versent des offrandes impressionnantes au trésor du temple. J’imagine qu’ils le font très ostensiblement pour se donner en spectacle. Puis une pauvre veuve y dépose deux piécettes, presque en se cachant. Mais, c’est elle que Jésus élève au rang de modèle en matière de générosité, parce qu’elle a donné tout ce qu’elle avait alors que les riches n’ont pris que sur leur superflu.

Ce message est plutôt troublant si l’on tente de le replacer dans son contexte afin d’en tirer des leçons pour notre époque. Ainsi, quand j’ai appris que Bill Gates avait décidé de donner deux ou trois milliards de dollars pour la lutte contre le Sida en Afrique, ma réaction spontanée fut d’applaudir très fort en me disant: pour une fois, richesse et générosité ne s’excluent pas. Les artistes, ces fous désargentés, n’auraient produit rien de grand sans les mécènes qui, à toutes les époques, leur ont assuré le minimum vital pour leur permettre de créer des œuvres qui nous enchantent. Aujourd’hui, dans les pays développés, c’est l’État qui joue le rôle de mécène: sans subventions, nos maisons d’édition francophones, nos théâtres, nos galeries d’art ne survivraient pas. D’aucuns pourraient donc dire qu’attaquer tous les riches sans distinction, c’est jouer à l’enfant qui crache dans la soupe ou mord la main qui le nourrit.

Cela dit, l’éloge de la pauvre veuve qui offre de son indigence me rappelle une scène de mon enfance en Afrique. J’ai été témoin de la sainte colère d’un missionnaire qui hurlait: « Nous ne devons pas gaspiller l’argent des pauvres. » Je ne me souviens pas de ce qui a provoqué l’ire de ce religieux. Il y avait probablement des individus qui essayaient de lui soutirer des sous pour aller se soûler au bar. Dans le contexte, n’importe quel Blanc était considéré comme tout cousu de pistoles. De nos jours, on dirait qu’il est perçu comme un guichet automatique.

Sur le coup, je n’ai pas compris ce qu’il entendait par « l’argent des pauvres ». Longtemps après, je me suis retrouvé chez les Blancs et l’on m’a demandé d’aller prêcher dans diverses paroisses lors d’un « dimanche des missions ». C’était au Québec, dans la région du Lac Saint-Jean. Des trois paroisses où j’ai fait des sermons sur les pays de mission, je me souviens d’un seul lieu dont le nom ne m’aurait pas étonné si je l’avais croisé dans la savane africaine: Péribonka!

Là, j’ai compris ce que le vieux missionnaire voulait dire par « l’argent des pauvres ». Les écoles, les centres de santé et toutes les « œuvres missionnaires » dont j’ai bénéficié plus que personne, étaient financés par de petits fermiers, des ouvriers et tout un tas de gagne-petit occidentaux qui, comme la veuve de cet évangile, donnaient de leur indigence lors de la quête dominicale. Plus que Bill Gates, ces pauvres qui, sans profiter d’une publicité tapageuse, aident d’autres pauvres, méritent d’être célébrés. Le missionnaire avait donc raison de s’irriter contre ceux qui le poussaient à détourner leur argent. Et Jésus a eu raison de surprendre tout le monde en accordant à la veuve une note parfaite et en collant un échec cuisant aux riches qui s’attendaient à avoir dix sur dix.

Melchior M’Bonimpa