4e semainde de l'Avent

(Français) 2020/12/24 – Luc 2, 1-14

By Saturday November 28th, 2020 November 30th, 2020 No Comments

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2020/12/24 – Luc 2, 1-14

La naissance de Jésus

En ce temps-là, l’empereur Auguste donna l’ordre de recenser tous les habitants de l’empire romain. Ce recensement, le premier, eut lieu alors que Quirinius était gouverneur de la province de Syrie. Tout le monde allait se faire enregistrer, chacun dans sa ville d’origine. Joseph lui aussi partit de Nazareth, un bourg de Galilée, pour se rendre en Judée, à Bethléem, où est né le roi David. Il alla s’y faire enregistrer avec Marie, sa fiancée, qui était enceinte. Pendant qu’ils étaient à Bethléem, le jour de la naissance arriva. Elle mit au monde un fils, son premier-né. Elle l’enveloppa de langes et le coucha dans une crèche, parce qu’il n’y avait pas de place pour eux dans l’abri destiné aux voyageurs.

L’annonce d’un ange aux bergers

Dans cette même région, il y avait des bergers qui passaient la nuit dans les champs pour garder leur troupeau. Un ange du Seigneur leur apparut et la gloire du Seigneur les entoura de lumière. Ils eurent alors très peur. Mais l’ange leur dit: “N’ayez pas peur, car je vous apporte une bonne nouvelle, qui réjouira beaucoup tout le peuple: cette nuit, dans la ville de David, est né pour vous un Sauveur; c’est le Christ, le Seigneur. Et voici le signe qui vous le fera reconnaître: vous trouverez un petit enfant enveloppé de langes et couché dans une crèche.” Tout à coup, il y eut avec l’ange une troupe nombreuse d’anges du ciel, qui louaient Dieu en disant:
“Gloire à Dieu dans les cieux très hauts
et paix sur la terre pour ceux qu’il aime.”

Avec le temps, nous avons embelli les crèches de nos églises, au point d’oublier la pauvreté et l’humiliation de Jésus et de ses parents. Nous n’avons pu nous résoudre à voir la réalité brutale que le Fils de Dieu a choisie pour venir habiter dans notre monde. Et pourtant, c’est l’enseignement qu’il nous donne dans les circonstances qui entourent sa naissance et dans les pauvres bergers qui viennent reconnaître et vénérer leur Sauveur. L’apôtre Paul résume la signification profonde de la Nativité de notre Sauveur, afin d’encourager les Corinthiens à se montrer généreux: Jésus Christ, qui était riche, s’est fait pauvre en votre faveur, afin de vous enrichir par sa pauvreté. (2 Cor 8,9)

Les circonstances

Tous les détails nous révèlent un Messie pauvre. Son dénuement à sa naissance annonce la pauvreté radicale qu’il subira à la fin de sa mission, lorsqu’il sera fixé à la croix, dans un dénuement et une impuissance totale.

Ses parents habitent la province du nord, cette Galilée méprisée par l’élite de Jérusalem. Leur modeste village, Nazareth, n’avait aucun éclat, puisque les Écritures sacrées l’ignoraient. Sa mère et son père ne peuvent même pas l’accueillir à sa naissance dans leur demeure; une contrainte imposée par la puissance romaine oblige ses parents à franchir les 120 kilomètres environ qui les séparent de Bethléem, la patrie de leur ancêtre David. Au terme de ce trajet épuisant pour une femme enceinte, ils découvrent qu’il n’y a pas de place pour des pauvres dans le caravansérail. Ils en sont réduits à chercher refuge dans un abri pour les animaux. C’est dans cette misère la plus totale qu’apparaît parmi nous le Fils de Dieu, le Sauveur du monde. Ce nouveau-né fragile, on ne peut que le déposer dans une crèche, une mangeoire pour les animaux.

Telle est la réalité provocante de la naissance de Dieu dans notre monde! Scandale de la Nativité qui correspond au scandale de la croix! Où se trouve ce Messie, sauveur, puissant et victorieux de toutes les puissances du mal? Dans l’espérance juive, comme dans la nôtre, le Sauveur ne pouvait être un enfant frêle et démuni. Il devait apparaître subitement, d’une manière mystérieuse, sur les nuées du ciel, tel un nouveau David, triomphant de tous les Philistins, oppresseurs de ses fidèles. L’apôtre Paul a raison de s’écrier que la croix, préfigurée par la naissance de Jésus, est un scandale pour les Juifs et une folie pour les Grecs, c’est-à-dire pour les humains que nous sommes (1 Cor 1, 23). Qui donc peut accueillir le mystère d’un Sauveur pauvre, sinon ceux qui ont un coeur de pauvres?

Le Messie des pauvres

Selon nos manières de voir et d’agir, nous avons transformé et auréolé les bergers qui ont reçu le message de l’ange et qui sont venus vénérer leur Sauveur. Pourtant les gens de cette époque ne les estimaient guère ces gens frustes. Ils n’étaient pas propriétaires des troupeaux sur lesquels ils veillaient, ils étaient de simples journaliers. Ne pouvant observer la Loi en raison de leur métier, ils étaient méprisés comme impurs et même comme des voleurs. Leur pauvreté devenait, pensait-on, une occasion de voler leur maître. C’est à ces pauvres, de mauvaise réputation, que Dieu envoie son ange pour annoncer le Sauveur. Remarquons que, dans l’Évangile de Matthieu, ceux qui viennent adorer le Christ sont également des marginaux, des païens, des magiciens, que l’Écriture juge sévèrement. Ces deux groupes, les bergers et les mages, sont les seuls qui accueillent le message céleste du salut et qui obéissent à l’invitation divine. Les évangélistes ne mentionnent que ces deux groupes de marginaux, qui sont disponibles pour discerner leur Sauveur dans un pauvre enfant.

À l’apparition de l’ange du Seigneur et de la gloire céleste qui les entoure, les bergers ressentent la crainte, non pas la peur. La crainte dans la Bible provient de l’attrait pour le sacré, pour le divin, mais en même temps exprime le respect inspiré par l’indignité humaine. Comme dans toutes les apparitions, l’ange les exhorte à bannir la peur, car Dieu ne veut pas nous écraser, mais nous combler de sa paix et de sa joie.
Après leur avoir annoncé la venue du Sauveur, l’ange leur donne un signe déconcertant, pour ne pas dire scandaleux. Ce grand roi, le fils du prestigieux ancêtre David, le Christ, celui qui est marqué du sceau divin, le Seigneur, celui en qui Dieu s’incarne, vous le trouverez “enveloppé de langes et couché dans une crèche”, nouveau-né fragile et démuni. Quoi de plus contraire à ce que ces bergers imaginaient! Le Sauveur Dieu! un bébé de pauvres, réfugié dans une mangeoire pour les animaux! Et pourtant ces gens simples croient, ils ont confiance dans ce message de joie, car leur pauvreté les rend libres d’esprit et de cœur.

Un chœur céleste exalte le mystère du Seigneur qui veut sauver de cette manière l’humanité qu’il aime. Tous les dons proviennent de cet amour insondable, qui procure sécurité et paix à tous ceux et celles qui acceptent d’être aimés.

Jean-Louis D’Aragon SJ