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Semaine Christ Roi de l'Univers

(Français) 2021/11/22 – Lc 21, 1-4

By Thursday September 30th, 2021No Comments

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Le texte proposé aujourd’hui à notre méditation est très bref: il ne comporte que quatre versets. Mais sa brièveté sert très bien le but que vise Jésus: un formidable coup de poing à ceux qui se flattent la bedaine, satisfaits du peu qu’ils font pour soulager la misère du monde. Le texte montre des riches qui versent des offrandes impressionnantes au trésor du temple. J’imagine qu’ils le font très ostensiblement pour se donner en spectacle. Puis une pauvre veuve y dépose deux piécettes, presque en se cachant. Mais, c’est elle que Jésus élève au rang de modèle en matière de générosité, parce qu’elle a donné tout ce qu’elle avait alors que les riches n’ont pris que sur leur superflu.

Ce message est plutôt troublant si l’on tente de le replacer dans son contexte afin d’en tirer des leçons pour notre époque. Ainsi, quand j’ai appris que Bill Gates avait décidé de donner deux ou trois milliards de dollars pour la lutte contre le Sida en Afrique, ma réaction spontanée fut d’applaudir très fort en me disant: pour une fois, richesse et générosité ne s’excluent pas. Les artistes, ces fous désargentés, n’auraient produit rien de grand sans les mécènes qui, à toutes les époques, leur ont assuré le minimum vital pour leur permettre de créer des œuvres qui nous enchantent. Aujourd’hui, dans les pays développés, c’est l’État qui joue le rôle de mécène: sans subventions, nos maisons d’édition francophones, nos théâtres, nos galeries d’art ne survivraient pas. D’aucuns pourraient donc dire qu’attaquer tous les riches sans distinction, c’est jouer à l’enfant qui crache dans la soupe ou mord la main qui le nourrit.

Cela dit, l’éloge de la pauvre veuve qui offre de son indigence me rappelle une scène de mon enfance en Afrique. J’ai été témoin de la sainte colère d’un missionnaire qui hurlait: « Nous ne devons pas gaspiller l’argent des pauvres. » Je ne me souviens pas de ce qui a provoqué l’ire de ce religieux. Il y avait probablement des individus qui essayaient de lui soutirer des sous pour aller se soûler au bar. Dans le contexte, n’importe quel Blanc était considéré comme tout cousu de pistoles. De nos jours, on dirait qu’il est perçu comme un guichet automatique.

Sur le coup, je n’ai pas compris ce qu’il entendait par « l’argent des pauvres ». Longtemps après, je me suis retrouvé chez les Blancs et l’on m’a demandé d’aller prêcher dans diverses paroisses lors d’un « dimanche des missions ». C’était au Québec, dans la région du Lac Saint-Jean. Des trois paroisses où j’ai fait des sermons sur les pays de mission, je me souviens d’un seul lieu dont le nom ne m’aurait pas étonné si je l’avais croisé dans la savane africaine: Péribonka!

Là, j’ai compris ce que le vieux missionnaire voulait dire par « l’argent des pauvres ». Les écoles, les centres de santé et toutes les « œuvres missionnaires » dont j’ai bénéficié plus que personne, étaient financés par de petits fermiers, des ouvriers et tout un tas de gagne-petit occidentaux qui, comme la veuve de cet évangile, donnaient de leur indigence lors de la quête dominicale. Plus que Bill Gates, ces pauvres qui, sans profiter d’une publicité tapageuse, aident d’autres pauvres, méritent d’être célébrés. Le missionnaire avait donc raison de s’irriter contre ceux qui le poussaient à détourner leur argent. Et Jésus a eu raison de surprendre tout le monde en accordant à la veuve une note parfaite et en collant un échec cuisant aux riches qui s’attendaient à avoir dix sur dix.

Melchior M’Bonimpa