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2e Semaine de Pâques

(Français) 2021/04/16 – Jn 6, 1-15

By Sunday March 21st, 2021No Comments

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Chez les trois premiers évangiles, l’enseignement de Jésus sur l’eucharistie se rattache à la dernière Cène, à Jérusalem, avec les seuls disciples ou apôtres comme témoins. Dans le 4e Évangile, l’enseignement eucharistique ne s’adresse pas seulement aux disciples, mais à la foule. De plus, l’eucharistie se rattache à la multiplication des pains, avec des allusions à la mort et à l’ascension de Jésus. Le but de Jean consiste à montrer que Jésus n’a pas réalisé le salut du monde seulement à l’heure finale de son ministère, mais durant toute sa vie, pour l’ensemble de l’humanité et non pour ses seuls disciples.

Le motif du départ de Jésus pour l’autre côté du lac est le besoin de repos pour les disciples et de prière pour lui-même. Pour la foule qui franchit à pied la distance autour du lac, c’est une marche de quinze kilomètres. La foule devient plus nombreuse en raison probablement des pèlerins en route vers Jérusalem, pour la fête de Pâque.

Les circonstances (vv. 1-4)

Dès le début, l’expression suivre Jésus annonce l’idée maîtresse de tout le chapitre. La proximité de la Pâque, la montagne et le rappel des signes (guérison des malades) créent un rapprochement qui va devenir de plus en plus précis du Christ avec l’Exode et Moïse.
Jésus s’assoit pour enseigner, comme les pères de familles juives et les rabbins. Ceux-ci faisaient mémoriser un enseignement court, qu’ils expliquaient ensuite longuement. Dans les traditions orales, la mémorisation exacte est très importante en raison de l’absence de livres et de l’analphabétisme largement répandu dans le peuple.

Le signe (vv. 5-13)

Dans le rituel de la Pâque, la famille et les enfants se nourrissaient abondamment des enseignements traditionnels sur l’Exode (la sortie d’Égypte), sur la manne et la Loi, les deux nourritures essentielles pour la vie du peuple. On interprétait la manne comme le symbole de la Loi et de la Sagesse.

Jésus construit son enseignement autour d’un geste, une énigme prophétique: il nourrit la foule en plein désert. La fête des pains azymes deviendra la Pâque de la Nouvelle Alliance, le mémorial du don d’une nouvelle loi et d’une nouvelle manne.

Comme tous les interlocuteurs de Jésus, Philippe ne comprend la situation qu’au niveau apparent, matériel. Deux cents deniers correspondent à la moitié d’une année de travail. Le jeune garçon avait cinq pains d’orge, le pain des pauvres, et deux petits poissons séchés et salées pour aider à manger les pains. Les Juifs apportaient régulièrement un panier en forme de bouteille, qui contenait leur nourriture, car ils ne voulaient pas être rendus impurs par la nourriture achetée chez des païens. Ce petit garçon offre tout ce qu’il a, mais c’est la matière du miracle. Pour le chrétien, cette modeste offrande de tout ce qu’il possède manifeste sa disponibilité, qui permet au Christ d’accomplir un miracle avec cette pauvre offrande.

Le récit se centre sur Jésus, qui dirige tout: il voit la foule, il interroge Philippe en sachant ce qu’il va faire, il ordonne de faire asseoir la foule, il distribue les pains. Toujours conduit par sa connaissance qu’on va, de force, le faire roi, il se retire seul dans la montagne.
Jésus ordonne à ses disciples de faire asseoir les foules comme pour un repas (v.10), alors qu’il n’y a rien d’autre à manger dans ce désert que son enseignement de sagesse. Jésus agit avec autorité comme s’il s’agissait d’organiser le bivouac et le recensement d’une armée aux ordres de son roi.

En contraste avec l’Exode, où le peuple recevait une quantité limitée de la manne, ici c’est la démesure, car la foule mange autant qu’elle veut, en sorte que tous sont repus (vv.11s); les restes remplissent douze paniers. Au lieu du désert de l’Exode, l’herbe ici est abondante, comme dans la promesse messianique du Ps 23, 1-2, où le pasteur conduit son troupeau vers de verts pâturages.

Tout en étant éclairé par la préfiguration de l’Exode, le récit de la multiplication des pains évoque l’eucharistie: le langage est celui que les chrétiens de la communauté de Jean avaient coutume d’entendre au cours des célébrations eucharistiques, il prit les pains, il rendit grâce (v. 11). Comme au soir de la Cène, Jésus lui-même distribue la nourriture, et non les disciples comme dans les récits de la multiplication des pains chez les autres évangiles. Jésus accorde une nourriture surabondante: Il leur en donna autant qu’ils en désiraient (v. 11); lorsqu’ils furent repus (v.12); vous avez mangé des pains à satiété (v. 26).

Rien ne doit se perdre (v. 12). Jésus donne avec excès (Jn 2, 6), pour que l’Église, elle aussi, bénéficie du don de la vie en abondance (Jn 10, 10). Il en faut suffisamment pour toutes les générations chrétiennes. Douze paniers correspondent aux douze apôtres. Chaque apôtre devient le dépositaire de ce qui reste des longs enseignements de Jésus. Ils reçoivent symboliquement la mission de garder et de transmettre fidèlement le dépôt reçu. Les apôtres conservent dans la corbeille de leur mémoire l’enseignement oral de Jésus. En milieu de tradition orale, il y a un responsable de la collection et de la transmission des récitatifs de l’ancien du groupe.

Réactions opposées de la foule et de Jésus

Le récit se termine sur un malentendu. Le signe a révélé une dimension de l’identité de Jésus: il est prophète et Messie. La foule identifie Jésus au prophète annoncé par Moïse en Dt 18, 15: Yahvé ton Dieu suscitera pour toi, du milieu de toi, parmi tes frères, un prophète comme moi que vous écouterez. Les Juifs du temps de Jésus étaient divisés sur le rôle de ce prophète. Comme Moïse, il devait être pour son peuple le libérateur de la servitude. Aussi Jésus se retire, car il n’est pas prophète comme le souhaite le peuple, en attente d’un Messie vengeur des ennemis.

Jésus se retire seul dans la montagne (v. 15), il se conforme à la volonté de son Père, qui lui demande d’instaurer dans le cœur de ses disciples un royaume intérieur, qui n’est pas de ce monde. Il s’arrache à l’influence de l’opinion populaire, en renvoyant la foule pour demeurer seul avec son Père. La fidélité de Jésus envers son Père lui donne la force d’accepter d’être incompris par les humains, mais d’être fidèle à sa mission, même s’il lui faut demeurer seul.

Conclusion

Ce récit comprend trois temps différents: 1) Le temps de l’Exode, qui marque le début de l’histoire d’Israël; 2) La rencontre historique avec Jésus; 3) Le temps de l’Église. Une même question se pose à ces trois niveaux: comment croire en Dieu dans le désert (la manne), présent dans son Fils incarné (Jésus) et dans l’Église (l’eucharistie) ?

L’objectif de Jésus selon Jean est moins de manifester sa compassion pour la foule sans nourriture, affamé, que de révéler sa véritable identité. La suite du récit montrera que celui qui donnait le pain était lui-même le véritable pain pour l’humanité.

Jean-Louis D’Aragon SJ