3e Semaine de Carême

(Français) 2021/03/13 – Lc 18, 9-14

By Tuesday March 9th, 2021 No Comments

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Jésus dit la parabole suivante à l’intention de ceux qui se croyaient justes aux yeux de Dieu et méprisaient les autres : 10 « Deux hommes montèrent au temple pour prier ; l’un était Pharisien, l’autre collecteur d’impôts. 11 Le Pharisien, debout, priait ainsi en lui-même : «Ô Dieu, je te remercie de ce que je ne suis pas comme le reste des hommes, qui sont voleurs, mauvais et adultères . Je te remercie de ce que je ne suis pas comme ce collecteur d’impôts. 12 Je jeûne deux jours par semaine et je te donne le dixième de tous mes revenus.» 13 Le collecteur d’impôts, lui, se tenait à distance et n’osait pas même lever les yeux vers le ciel, mais il se frappait la poitrine et disait : «Ô Dieu, aie pitié de moi, qui suis un pécheur.» 14 Je vous le dis, ajouta Jésus, cet homme était en règle avec Dieu quand il retourna chez lui, mais pas le Pharisien. En effet, quiconque s’élève sera abaissé, mais celui qui s’abaisse sera élevé. »

“C’est scandaleux!”

Telle a dû être l’exclamation des auditeurs de Jésus à l’audition de cette parabole. Comment? Ce pharisien est un homme religieux fervent, qui appartient à une secte observant rigoureusement les moindres commandements de Dieu. Par cette rigoureuse observance, il communie à la volonté de son Maître et Seigneur. Il est ce qu’on appellerait aujourd’hui un croyant pratiquant et respectant les enseignements de l’Église.

En face de ce “saint”, se trouve son opposé, un misérable publicain, ce mécréant douanier, qui pressure et exploite le peuple, De plus, il collabore avec l’ennemi, ces Romains détestés, qui occupent la Terre Sainte d’Israël. Il fait partie d’une pègre financière, haïe et méprisée de tous. Le peuple estime le premier comme un modèle de sainteté, tandis qu’il stigmatise le second comme un pécheur public.

En conclusion de sa parabole, Jésus a l’audace d’annoncer que ce misérable publicain sort du Temple en communion avec Dieu; il est un “juste”. Au contraire, le pharisien s’en va chez lui, séparé de Dieu, dans une condition de pécheur. Après une conduite rigoureusement conforme à la volonté de Dieu, il n’entrerait pas dans le Royaume de Dieu? Quant au publicain, il lui suffit de se frapper la poitrine en avouant tout bas qu’il est pécheur, pour devenir disponible pour accueillir le Royaume. Le Christ confirmera ce jugement déconcertant par une déclaration solennelle: “Je vous le déclare, c’est la vérité: les collecteurs d’impôts et les prostituées arriveront avant vous dans le Royaume de Dieu.” (Mt 21, 31)

“Scandale” lumineux!

Comment Jésus peut-il justifier une déclaration aussi déconcertante? Elle doit être très importante puisqu’il recourt à l’introduction solennelle, “En vérité je vous le déclare…” Pour comprendre la pensée de Jésus, examinons la prière du pharisien. Il s’adresse à Dieu, mais sans s’adresser vraiment à lui; il se regarde sans cesse lui-même, c’est le “je” qui commande chaque phrase: “Je te remercie” (deux fois), “je jeûne”, “je te donne”. De plus, quel est le contenu de sa prière? Il étale ses “bonnes actions”: “Je ne suis pas comme le reste des hommes”; “Je ne suis pas comme ce collecteur d’impôts”; “Je jeûne deux fois par semaine et je te donne le dixième de tous mes revenus.” Il fallait une volonté forte pour observer les moindres détails de la Loi. Ce pharisien est fier de ses prouesses. Il étale ses hauts faits en accord avec la Loi, il se complaît en lui-même et s’admire. Son regard n’est pas tourné vers Dieu, mais vers sa propre personne. Parfait à ses yeux, il s’enferme en lui-même, incapable de s’ouvrir au don gratuit de Dieu.

L’égoïsme du pharisien l’amène à s’arroger le droit de juger les autres. Satisfait de lui-même, il méprise les autres qui n’observent pas la Loi comme lui. “Je ne suis pas comme le reste des hommes, qui sont voleurs, mauvais et adultères,…je ne suis pas comme ce collecteur d’impôts.” Comme il est tentant de mépriser les autres quand on s’estime purs et parfaits!

En comparaison du pharisien, qu’est-ce que le publicain peut offrir pour justifier l’éloge du Christ? Rien! Mais il sait, il ne s’illusionne pas, il constate qu’il ne vaut rien: “Je suis un pécheur.” Son attitude manifeste combien il a conscience de sa pauvreté: il se tient à distance, il n’ose même pas lever les yeux vers le ciel, il répète en se frappant la poitrine, “Ô Dieu, aie pitié de moi.” Ce publicain ne se regarde pas, car il n’a en lui aucun signe d’espérance. Désespéré de lui-même, il cherche en Dieu seul une lueur d’espoir. Il est ouvert à l’intervention miséricordieuse de Dieu. Il se range parmi les pauvres de la béatitude fondamentale, la première, ceux qui comprennent que rien en nous-mêmes peut nous procurer le bonheur. Notre seule garantie de vivre se trouve dans l’amour de Dieu, qui donne gratuitement.

Jésus répète à diverses reprises que, pour être grand, pour obtenir la vie et le bonheur, il faut se faire petit comme un enfant, se mettre au service des autres et leur laver les pieds comme il s’est abaissé lui-même devant ses disciples.

Jean-Louis D’Aragon SJ