2021/01/02 – Jean 1, 19-28 – St Basile le Grand et St Grégoire de Naziance

Après le prologue de l’évangile qui donnait le sens global de la personne du Christ dans le plan divin, l’évangéliste commence l’annonce de la vie publique de Jésus par le témoignage de Jean Baptiste. Des Juifs, c’est-à-dire des autorités religieuses, viennent demander à Jean Baptiste qui il est et pourquoi il pratique ce rite spécial d’un baptême. Jean déclare qu’il n’est pas le Messie attendu, ni le prophète Elie qui était supposé revenir précéder le Messie, ni le prophète comme Moïse que ce dernier avait promis. Il dit qu’il vient annoncer la présence d’un plus grand que lui et que son baptême n’est qu’un signe de préparation et d’accueil pour celui qui va venir. L’endroit où se tient Jean Baptiste et où les gens vont le trouver est sur le bord gauche du Jourdain et s’appelle Béthanie, à ne pas confondre avec l’autre Béthanie près de Jérusalem où vivait Lazare et ses sœurs.

Le Prologue de l’évangile avait dit que Jean Baptiste n’était pas la lumière mais qu’il était celui qui rendait témoignage à la lumière. C’est par le témoignage de Jean Baptiste que commence la vie publique de Jésus.

Et ce témoignage ressemble déjà à celui qui est fait dans un procès. La mention des Juifs reviendra dans l’évangile pour signifier ceux, parmi la population juive, qui refusent d’accueillir Jésus. On va préciser qu’il s’agit ici des autorités du temple, les prêtres et les lévites, et des autorités en matière d’interprétation de la Loi, les Pharisiens. Ils ne viennent certainement pas pour se faire baptiser. Ils viennent demander à Jean Baptiste de se justifier: qui est-il et quel est son rôle.

Comme dans le Prologue, Jean Baptiste commence par dire ce qu’il n’est pas. Il n’est pas le Christ, c’est-à-dire le Messie attendu. Il n’était pas non plus Élie que Dieu, croyait-on, avait gardé vivant pour la mission d’annoncer un jour la venue de Dieu. Il n’était pas celui qu’avait promis Moïse: Yahvé ton Dieu suscitera pour toi, du milieu de toi, parmi tes frères, un prophète comme moi que vous écouterez. (Deutéronome 18,14)

Il déclare qu’il n’est qu’une voix qui avertit qu’il faut préparer par sa conduite la venue du Seigneur, comme avait prédit Isaïe. Son baptême n’est qu’un signe de préparation. Devant celui qui vient, il n’est qu’un très humble serviteur.

Jésus dira plus tard que c’est Jean Baptiste qui a rempli le rôle qu’on attribuait à Élie et il ajoutera qu’il était même plus qu’un prophète. Dans sa première prédication, Pierre dira que Jésus était ce prophète annoncé par Moïse: il avait apporté la dernière révélation. Mais il devra ajouter qu’en plus d’apporter la révélation, il avait apporter la transformation en donnant le pain de vie.

Jean Gobeil SJ

2021/01/01 – Luc 2, 16-21 – Sainte Marie, Mère de l’Église

Répondant à l’annonce de l’ange, les bergers viennent à Bethléem et trouvent Marie, Joseph et le nouveau-né dans une mangeoire. Ils racontent ce que l’ange leur a révélé au sujet de l’enfant. Ceux qui les entendent sont étonnés de leur témoignage. Marie retient et médite dans son cœur tout ce qui arrive. Les bergers repartent en glorifiant Dieu. Le huitième jour, pour la circoncision, on donne à l’enfant le nom que l’ange avait annoncé: Jésus.

La mention de la circoncision souligne que Marie et Joseph observaient fidèlement les prescriptions de la Loi. Cela reviendra à l’occasion de la présentation au temple. Mais ce qui est plus important, c’est que le nom est donné à cette occasion. Le nom représente la personne: ce qu’elle est ou encore la mission que Dieu lui donne. C’est l’ange qui, lors de l’annonce à Zacharie, avait donné le nom de Jean à celui qui serait le précurseur du Messie: c’est Dieu qui suscitait la naissance de Jean Baptiste et c’est lui qui donnait sa mission. De même à l’annonciation à Marie, c’est l’ange qui avait donné le nom de Jésus, un nom qui signifie en hébreu Dieu-sauve. Dans l’annonce aux bergers, c’est la première chose que l’ange dit aux bergers: Un Sauveur vous est né.

Le titre de Sauveur évoque d’abord une libération. Il sera le libérateur du péché, de ce qui sépare de Dieu. C’était un titre qui était donné à l’empereur parce qu’il avait apporté la paix, la Pax Romana. Mais pour Israël la paix, Shalom, doit, pour être complète, inclure la relation avec Dieu, l’accès à Dieu. Jésus sera le Sauveur qui procure l’accès à la vie même de Dieu.

Or, c’est à des bergers qu’est faite la première annonce de la naissance du Sauveur. Les bergers qui vivent avec leurs troupeaux et les conduisent à travers des terres non cultivées mènent des vies bien isolées. Ils ne sont pas considérés comme des gens que l’on doit fréquenter. Ils sont en marge de la société et les rabbins les mettent sur le même pied que les collecteurs d’impôts et les publicains: ils sont dans la catégorie des pécheurs. Dans son premier sermon à Nazareth, Jésus dira qu’il accomplit la prophétie d’Isaïe: il a été consacré pour porter la bonne nouvelle aux pauvres. Il sera toujours proches des petits, des humbles, des marginaux et des exclus de la société. A sa naissance, il est déjà proche des bergers et de leurs bêtes: trois fois on mentionne que le nouveau-né est dans une mangeoire. Il déclarera d’ailleurs: le Fils de l’homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu. (Luc 19,10) Il est vraiment le Sauveur comme son nom de Jésus l’indiquait.

Il faut remarquer que pour Luc ces bergers sont le symbole des disciples de Jésus. Ils ont accueilli la bonne nouvelle. Ils ont répondu à cette annonce en allant à Bethléem. Ils ont proclamé le message qu’ils avaient reçu de l’ange. Ils sont repartis dans la joie en louant Dieu, comme les anges avaient fait. C’est vraiment ce que doivent être des disciples.

Jean Gobeil SJ 

2020/12/31 – Jean 1, 1-8 – St Sylvestres 1er

En guise de préface à son Évangile, Jean emprunte une hymne chrétienne déjà existante, qu’il complète pour introduire les idées essentielles que son livre développera. La mission du Verbe incarné, selon Jean, consiste dans une descente d’en haut vers le monde des humains, qui sont d’en bas, et dans une remontée auprès de Dieu. Dans son message d’adieu aux siens, Jésus leur résume ces trois étapes de sa mission: Je suis venu du Père et je suis arrivé dans le monde. Maintenant je quitte le monde et je m’en vais auprès du Père. (Jn 16, 28)

Comme le Prologue offre un résumé de l’Évangile, on y retrouve trois parties: 1) Le Verbe préexistant (avant la création) auprès de Dieu (vv. 1-5); 2) Le ministère du Verbe parmi les humains depuis son incarnation, avec un fort accent sur le refus incompréhensible que lui oppose le monde (vv.6-13; 3) La glorification du Verbe, qui comble ceux qui croient, en leur accordant grâce sur grâce (vv. 14-18).

La Parole de Dieu, Personne divine (vv. 1,14), est la Lumière (vv.5,9) et le Fils unique de Dieu (vv.14,18). Il est devenu chair, c’est-à-dire homme limité et faible (v.14). Bien que rejeté par les siens, il accorde à tous ceux qui l’accueillent par la foi le pouvoir de devenir enfants de Dieu, en sorte qu’ils participent à la plénitude de Dieu. Cette grâce provient de l’amour de Dieu, qui surpasse le don de la Loi par Moïse.
La tradition rattachait le début du ministère de Jésus à celui de Jean Baptiste. Aussi l’évangéliste mentionne Jean avant que la lumière vienne dans le monde, affirmant que sa mission consistait à rendre témoignage au Verbe Lumière (vv.6-8). Uni à ceux qui ont vu la gloire du Verbe venu dans la chair, Jean témoigne qu’il existait avant la création (v.15).

Le Verbe et Dieu

Ce prologue commence en précisant la relation qui unit le Verbe à Dieu (vv. 1-2). Dans une relation personnelle avec Dieu, le Verbe vit de Dieu et en Dieu. Le Verbe, sans cesse tourné vers Dieu, s’ouvre complètement à Dieu, qui lui donne tout, en sorte que le Verbe est lui-même Dieu (v.1c). Mais Dieu n’absorbe pas le Verbe, qui conserve son identité distincte de Dieu. L’Évangile reprendra cette relation étroite avec les termes de Père et de Fils. Jésus exprimera avec force son union à Dieu, affirmant que moi et le Père, nous sommes un (10, 30), non pas seulement unis, mais d’une certaine manière une seule réalité. Aussi Jésus peut-il répondre à Philippe qui lui demande de lui montrer le Père: Celui qui m’a vu a vu le Père,…je suis dans le Père et le Père est en moi. (14,9-10)

L’idéal de vie offerte par le Verbe

La condition humaine ne se comprend que dans une vue globale de son histoire, qu’il s’agisse d’une personne ou d’un groupe. Il faut connaître ses racines et le terme vers lequel tend son cheminement. Aussi Jean évoque le début, la création de l’univers, Tout a été fait par lui (v.3), et le but que doit poursuivre le croyant, devenir enfants de Dieu (v.12) et recevoir du Fils glorifié grâce sur grâce (v.16). L’histoire d’un individu ou d’une communauté ne peut avoir de sens que si elle progresse dans une continuité vers un but. Or cette continuité dépend de la fidélité à un projet. Telle est la loi exigée pour se développer. Le progrès, le bonheur et la vie sont à ce prix.

Jean enseigne au croyant à voir avec optimisme l’univers et l’histoire, car tout vient de Dieu, qui agit par son Verbe: Tout a été fait par lui (v.3). Contrairement à ceux qui, à son époque, enseignaient que la chair et la matière étaient mauvaises, Jean affirme à la suite de la première page de la Bible que tout est bon. Aucune chose n’est mauvaise en elle-même. Après avoir mentionné à quatre reprises que ce qu’il avait créé était bon, le récit de la création concluait: Dieu constata que tout ce qu’il avait fait était vraiment une très bonne chose. (Gn 1,31) Aussi le croyant doit avoir le sens de la beauté et s’émerveiller, car pour lui tout est grâce.

Le projet de Dieu pour l’humanité et pour chaque être humain se résume dans le don de la vie et de la lumière: La vie était la lumière des hommes et, en venant dans le monde, elle illumine tout homme. (vv.4.9) L’amour de Dieu se révèle dans cette offre incessante qu’il adresse par son Verbe incarné à toute personne, malgré les refus du monde.

La lumière et le monde

Le Verbe incarné n’était pas une lumière parmi d’autres qui pourraient la corriger ou la compléter. Il est l’unique lumière, l’unique révélation valable pour l’être humain. Celui-ci ne peut se disperser en adhérant à plusieurs sagesses, révélations ou projets, car on devient le Dieu en qui on croit. Adhérer à Dieu et à des idoles, c’est s’écarteler, se diviser et se détruire. La monition du prophète Élie est toujours d’actualité: Quand cesserez-vous de pencher tantôt d’un côté, tantôt de l’autre? Ou bien c’est le Seigneur qui est le vrai Dieu…ou bien c’est Baal. (1 Rois 18,21)
La tentation à laquelle succombe le monde (l’humanité séparée de Dieu) quand le Verbe incarné lui offre la lumière, c’est de refuser de sacrifier son autonomie et sa fausse sécurité (vv.10-11). Le monde craint Dieu et s’en défie, parce que Dieu n’offre pas de garanties tangibles et mesurables que son projet pour la personne humaine est raisonnable. Ceux qui, au contraire, acceptent de se livrer totalement à Dieu présent dans son Verbe constatent que leur personne est entièrement transformée. Dieu en effet leur a permis d’accéder à un nouveau registre d’existence. Il les a engendrés et ils sont devenus ses enfants (vv.12-13).

L’unique Médiateur

L’offre constante du Verbe, la vie et la lumière, trouve son couronnement lorsqu’il assume complètement, dans sa personne, la condition humaine (v.14). L’incarnation véritable du Fils, unissant en lui le divin et l’humain, paraîtra toujours un mystère scandaleux. À l’encontre d’un large groupe de la communauté de Jean, la 1ère épître proclamera sa foi dans cette manifestation inouïe de l’amour de Dieu (1 Jn 4,2-3.14-16). Tout au long de l’histoire de l’Église, plusieurs voudront éliminer en Jésus, soit Dieu, soit l’homme. L’union étroite de Dieu et de l’humanité dans le Christ constitue pourtant le cœur et le trait distinctif de la révélation, dont les conséquences sont essentielles pour la vie chrétienne.

La médiation du Christ (v.18) est absolument nécessaire, car aucun être humain ne peut atteindre par lui-même Dieu, la source unique de toute vie. Quand il a l’illusion de communiquer avec Dieu, il le déforme et le caricature, le réduisant à ses limites humaines, à ses défauts et à ses passions. Aussi la révélation, venant d’en haut vers l’être humain, par amour et gratuitement, est nécessaire pour qu’il dépasse sa condition terrestre et qu’il atteigne un au-delà de lui-même. La veille de sa mort, le Christ résume sa mission dans ce mouvement du haut vers le bas et du bas vers Dieu: Je suis sorti du Père et je suis venu dans le monde; tandis qu’à présent je quitte le monde et je vais au Père (Jn 16,28).

Cette médiation du Fils de Dieu incarné parmi nous est unique, la seule qui permet d’aller vers le Père. Elle englobe toutes les autres médiations, qui n’ont qu’une valeur relative, dans la mesure où elles préfigurent celle du Christ qui viendra ou qu’elles explicitent celle du Fils, qui contient toute la Parole de Dieu (v.17). C’est par référence à cette révélation unique qu’il faut juger tout message qu’on présente comme provenant de Dieu.

Jean-Louis D’Aragon SJ

2020/12/30 – Luc 2, 36-40

Lors de la présentation de Jésus au temple, le vieillard Syméon, un homme juste et pieux, l’a accueilli et il a prononcé son chant d’action de grâce. Luc ajoute maintenant le témoignage d’une femme de quatre vingt quatre ans qui est une prophète et qui servait Dieu par ses prières au temple. Elle loue Dieu et parle de l’enfant à tous ceux qui attendaient la délivrance de Jérusalem. Les parents retournent ensuite à Nazareth où Jésus grandit, rempli de sagesse et de la grâce de Dieu.

Pour Luc, la présentation de Jésus au temple est importante. C’est une nouvelle présence de Dieu qui réalise la prophétie de Malachie:
Voici que je vais envoyer mon messager pour qu’il fraye un chemin devant moi. Et soudain il entrera dans son sanctuaire le Seigneur que vous cherchez. (Mal.3,1)

Depuis l’Annonciation, la présence de l’Esprit Saint s’est manifestée plusieurs fois. Elle se manifeste de nouveau pour le vieillard Syméon, un homme juste et pieux qui attendait la consolation d’Israël et l’Esprit Saint reposait sur lui. Il vint au Temple poussé par l’Esprit au moment où Marie arrivait avec son petit enfant et il le reçut dans ses bras. Il fait ensuite sa prière de louange au Seigneur.

Syméon n’est pas un membre du personnel du Temple. Il n’y en a aucun de mentionné d’ailleurs pour accueillir l’enfant Jésus. Luc ajoute un autre personnage pour faire cet accueil, Anne, une prophète qui était assidue à servir Dieu dans la prière au Temple. Elle survient elle aussi juste à ce moment: elle loue Dieu. Luc ajoute qu’elle parlait de l’enfant à tous ceux qui attendait la délivrance de Jérusalem c’est-à-dire à tous ceux qui étaient ouverts à la venue du Messie. Elle joue ainsi le rôle d’une disciple missionnaire. Luc soulignera dans son évangile les présences féminines parmi ceux qui suivaient Jésus. Ce seront des femmes aussi qui viendront annoncer la résurrection aux apôtres et Luc donnera même leur nom: Marie de Magdala, Jeanne et Marie, mère de Jacques.

Luc conclut l’évangile de l’enfance en mentionnant le retour à Nazareth et la croissance normale de Jésus, rempli de sagesse et de la grâce de Dieu.

Jean Gobeil SJ

2020/12/29 – Luc 2, 22-35 – St Thomas Becket

Les parents de Jésus vont au temple pour remplir les obligations de la purification de la mère et de la consécration du premier-né à Dieu. Poussé par l’Esprit, Syméon, un homme juste et religieux qui attendait le Messie, vient au temple au moment où les parents de Jésus y entraient. Il prend l’enfant dans ses bras et adresse à Dieu une prière d’action de grâce. Puis il bénit les parents et dit à Marie que son fils sera un signe de division puisqu’il sera la cause du relèvement et l’occasion de la chute d’un grand nombre. Elle-même aura le cœur transpercé.

La Loi est mentionnée trois fois dans le texte comme pour souligner que les parents de Jésus observent fidèlement les prescriptions de la Loi. Jésus lui-même dira qu’il n’est pas venu abolir la Loi ou les prophètes (Matthieu 5,17). Ceci indique que les actions et la personne de Jésus font partie du plan de Dieu et se relient donc avec l’action de Dieu dans le passé.

C’est pour observer cette Loi que les parents de Jésus viennent faire la consécration du premier-né et la purification de la mère. Mais pour observer ces deux rites, il n’est nullement nécessaire de se présenter au temple. La mention du temple est donc là pour attirer notre attention. L’annonce de la naissance de Jean Baptiste est le commencement de l’histoire de Jésus. C’est au temple que tout commence, alors que le peuple est en prière et que Zacharie va faire brûler du parfum dans le sanctuaire. Avec la Présentation ici, le temple est encore significatif. Il reviendra une troisième fois dans l’évangile de l’enfance avec le recouvrement de Jésus au temple. Voilà pour le commencement de l’évangile. Mais le temple revient dans la conclusion de l’évangile. Après l’Ascension, les disciples retournèrent à Jérusalem en grande joie, et ils étaient constamment dans le temple à louer Dieu. (Luc 24,52-53)

Comme les trois mentions de la Loi dans notre texte, le temple, qui était à l’origine le lieu où était gardée l’arche d’alliance, rappelle l’histoire de l’action de Dieu pour son peuple. A cause de cela, il était l’endroit d’une certaine présence de Dieu. Les psaumes diront que du fond du temple Dieu entend la plainte du malheureux.

Or, au temps de Jésus, on attendait qu’avec la venue du Messie il y ait une nouvelle présence de Dieu dans son temple. Le prophète Malachie avait dit: Soudain il entrera dans son sanctuaire, le Seigneur que vous cherchez. (Mal.3,1) La Présentation réalise cette attente. Il y a une nouvelle présence de Dieu. Elle se manifeste à quelqu’un qui n’est pas un membre du personnel du temple: Syméon. Il est décrit comme un homme juste et religieux, quelqu’un qui est fidèle à la Loi et à la prière. Il représente tous ces humbles et ces petits qui attendaient le Messie dans la fidélité. Pour lui, avec la venue de l’enfant, l’Esprit le conduit vers lui pour l’accueillir et pour recevoir la joie de sa présence.

Jean Gobeil SJ 

2020/12/28 – Mt 2, 13-18 – Les Saints Innocents

Dans notre humanité corrompue par le péché, l’injustice et la violence, ce sont les êtres les plus fragiles qui sont les victimes. Pensons aux enfants devenus soldats malgré eux, qu’on oblige à tuer et… à se faire tuer, à ceux qui doivent travailler dans des conditions révoltantes, … Le monde ancien n’était pas meilleur que le nôtre, il écrasait les enfants d’une manière encore plus cruelle. Quand on ne s’en était pas débarrassé avant leur naissance, on les abandonnait souvent. Chez les Romains, la coutume voulait qu’on dépose l’enfant nouveau-né sur les genoux de son père, qui décidait si son enfant vivrait ou non.

Dans cette veine de la violence et de la cruauté, Hérode dépassait les tyrans de son époque. Comme tous les ambitieux, il était hanté par le soupçon et il éliminait sans hésitation toutes les personnes qu’il soupçonnait, même celles qui lui étaient les plus proches. C’est ainsi qu’il fit exécuter sa belle-mère, son épouse et trois de ses fils. Pour l’évangéliste Matthieu, Hérode réincarne le terrible pharaon, qui, au temps de Moïse, voulait exterminer, par un génocide programmé, tous les enfants mâles des Juifs.

Consultées par Hérode, les autorités juives avaient indiqué exactement le lieu où le Messie devait naître, mais personne d’entre eux ne s’est déplacé. Ce sont des étrangers, les Mages, qui ont cru et qui ont manifesté leur foi par leur démarche. Ces autorités juives, associées ici à Hérode, préfigurent celles qui rejetteront et condamneront à la crucifixion le Christ Jésus.

Les enfants de Bethléem, massacrés par Hérode, nous rappellent les bébés juifs que le pharaon noyait dans le Nil. Pourquoi célèbre-t-on leur sainteté, alors qu’ils ne étaient ni conscients, ni libres pour croire en Dieu et en son Envoyé? Très tôt, la piété populaire, confirmée par l’Église, a célébré leur mémoire en les déclarant « Saints Innocents. » Nous oublions trop facilement que nous ne sommes pas des êtres isolés, indépendants, repliés sur nous-mêmes. Ces enfants se rattachaient inconsciemment au Sauveur qui venait de naître parmi eux. Ils étaient solidaires, associés au Christ Jésus, et participaient par avance à sa passion.

En dépit de ce stratagème d’Hérode et de ce massacre répugnant, la cruauté de la violence et de la haine n’aura jamais le dernier mot. La sagesse et l’amour de Dieu l’emportent toujours sur la force brutale. Par son ange, Dieu déjoue le stratagème du tyran. Il ordonne à Joseph de partir avec « l’enfant et sa mère » pour l’Égypte, la terre traditionnelle des réfugiés. Mais il ne lui donne pas d’autres précisions, sur l’endroit exact de son séjour et sur le temps de cet exil. Joseph ne pose pas de questions, il obéit, modèle de disponibilité, qui accomplit exactement ce que l’ange lui a ordonné. Le salut dépend toujours de cette parfaite confiance dans le plan mystérieux de Dieu.

À son retour d’Égypte, Jésus réactualise l’Exode de son peuple, que Dieu a délivré de la terre de l’esclavage, pour l’orienter à travers le désert vers la liberté, vers la Terre promise. Dans cette citation du prophète Osée (11,1), le Seigneur prend son peuple près de lui et lui donne le titre de « Mon Fils ». En appliquant cette déclaration divine à Jésus, Matthieu veut signifier que le Christ est le peuple de Dieu, qu’il l’incorpore en lui, pour cheminer avec lui vers la Terre promise, la terre de la liberté, de la vie et du bonheur.

En conclusion, Matthieu rappelle la prophétie du prophète Jérémie (31,15), qui décrit la tragédie des Juifs exilés à Babylone, sur lesquels leur mère, Rachel, se lamente. Jésus prend sur lui toutes les misères, toutes les souffrances, celles des exilés et celles des mères éprouvées par la violence et la cruauté. Les mères des « Saints Innocents » et toutes celles et ceux qui ont mis leur confiance en Dieu semblent écrasés et vaincus par les violents, comme le Christ condamné et exécuté. Mais la réponse de Dieu éclatera dans la résurrection de Jésus, qui prouvera que son amour n’est jamais vaincu. Les exilés de Babylone et tous ceux qui gisent loin de Dieu reviendront dans la Terre, dans la patrie qu’il leur avait promise.

Jean-Louis D’Aragon SJ