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(Français) 20022/06/11 – Mt 10, 7-13

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Après avoir décidé d’envoyer les douze en mission, Jésus leur donne ses instructions. C’est le début du 2e grand discours de Matthieu, le discours apostolique, c’est-à-dire le discours pour les envoyés, ou discours missionnaire. Ils doivent proclamer que le Royaume des cieux est tout proche. Ils ont le pouvoir de faire des guérisons comme signes du Royaume. Ils ne doivent pas se faire payer pour leur ministère mais ils peuvent accepter leur nourriture. Dans chaque village, ils doivent rester dans la maison qui les accueille jusqu’à leur départ: en d’autres mots, ils ne doivent pas passer de maison en maison, comme le dira explicitement le texte de Luc (10,7). Ils doivent souhaiter la paix sur la maison qui les accueille; si elle en est digne, cette paix restera sur elle.

Dans le but de rejoindre ces foules qui lui faisaient pitié, Jésus envoie les 12 en mission comme pour multiplier sa présence. Cette mission est comme une copie de ce que fait le Christ.

Le premier contact de Jésus avec la foule est de proclamer l’approche du Royaume de Dieu. C’est ce que doivent faire les envoyés.

Comme Jésus qui est le Messie d’Israël, les envoyés ne doivent pas se disperser ailleurs, du moins pour cette mission.

Comme Jésus, avec la proclamation du Royaume, ils doivent avoir ces gestes de bonté pour guérir les possédés et les malades et cela, sans rétribution. Ils ont reçu gratuitement; ils doivent donner gratuitement.

Leur style de vie dans cette mission est très dépouillé: ils ne doivent pas avoir de réserve de vêtement, ni protection (le bâton). Leur seule sécurité est leur confiance en la Providence. Ceci semble bien refléter la façon dont vivait Jésus dans son ministère public alors que les distances étaient toujours assez courtes. Mais avec le temps, quand la mission nécessitera des voyages maritimes, il faudra bien avoir ce qu’il faut pour payer le passage et en outre apporter ses provisions. Mais la leçon de désintéressement n’est peut-être pas superflue pour les ministres chrétiens du temps de Matthieu.

Finalement, il y a la perspective du succès et de l’échec de la mission à un endroit donné. L’envoyé ne fait que transmettre l’offre de Dieu. Les gestes de bonté sont l’oeuvre de Dieu. Le refus de l’offre est le refus de Dieu. Le jugement appartient donc à Dieu seul. En cas de refus, l’envoyé n’a qu’à continuer ailleurs sa mission.

Jean Gobeil SJ

(Français) 2022/06/10 – Mt 5, 27-32

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Après la première antithèse, qui traite de la vie du prochain, Jésus nous instruit dans la deuxième sur la vie du cœur, la sexualité ordonnée pour favoriser l’amour. Cet enseignement du Christ est essentiel pour toutes les époques, parce que son observance conditionne le bonheur de la personne humaine. Lorsqu’on ne contrôle plus sa sexualité, mais qu’on est dominé par elle, on détruit l’amour et on se dirige vers la ruine.

Dans cette section de son enseignement, Jésus envisage trois perversions de la sexualité : l’adultère et le désir mauvais ; les chemins qui mènent au péché et à la ruine ; enfin, le divorce.

Dans presque toutes les civilisations, la sanction pour l’adultère est la peine de mort. Pourquoi une réaction universelle aussi radicale ? C’est qu’on a ressenti partout que cette faute tendait à détruire le lien le plus intime entre deux personnes, la vie du cœur. Si on détruit l’amour, que reste-t-il dans l’existence humaine ?

Comme dans la première antithèse, Jésus va jusqu’à la racine du mal, le désir pervers qui produit l’action mauvaise. Il faut bien comprendre que Jésus ne défend pas le regard d’admiration, l’attrait naturel vers la beauté. En effet, tout dépend de la clarté du regard : « Pour le cœur pur, tout est pur. » Le regard que Jésus condamne est le début d’une jouissance égoïste, qui cherche une satisfaction dans la possession de l’autre pour l’asservir. Les revues, photos, spectacles, livres,… dont on jouit uniquement pour stimuler le désir sans amour, ne peuvent amener que la déchéance.

Le mot « scandale » désignait, à l’origine, une roche sur le chemin qui fait tomber dans une trappe. Une telle chute est devenu l’image du péché qui rend infirme. Un animal qui tombe dans un piège veut instinctivement se sauver ; il est prêt à sacrifier un de ses membres, une patte, pour retrouver sa liberté.

C’est une chirurgie semblable que propose Jésus. Sacrifier un membre pour obtenir le salut de sa personne entière ! Éliminer une liaison qui causera la ruine de son existence !

Dieu nous a tous créés pour aimer, pour sortir de soi-même, de son égoïsme. Ce don de soi est tellement fort qu’on se retrouve dans la personne aimée, avec qui on ne fait qu’un seul être. C’est la déclaration solennelle de Dieu après avoir créé l’homme et la femme : « L’homme quittera père et mère pour s’attacher à sa femme, et ils deviendront tous deux un seul être. » (Gen 2,24) Le Créateur a voulu que l’amour entre un homme et une femme soit exclusif et perpétuel. On découvre le bonheur quand on rend heureuse la personne que l’on aime, en se livrant définitivement à elle par amour.

L’amour qui se disperse de divers côtés perd toute saveur et devient amer, car il se transforme en égoïsme. Au lieu du don de soi, l’amour faussé devient le plaisir de domination et de possession. La personne qu’on prétend aimer devient un objet qu’on utilise. N’étant plus capable de vraiment aimer, de se donner, on se retrouve malheureux, seul avec soi-même.

Jean-Louis D’Aragon SJ 

(Français) 2022/06/09 – Mt 5, 20-26

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Les mots « loi, précepte, obligation » ne sont guère populaires de nos jours. Ils provoquent une réaction de défense, parce que nous avons l’impression qu’ils expriment des contraintes ou même qu’ils attaquent notre liberté.

Pourquoi donc la Loi occupait-elle une telle importance dans les préoccupations de l’élite et du peuple, au temps de Jésus ? Parce qu’elle manifestait la volonté de Dieu et qu’elle protégeait les Juifs contre l’idolâtrie du monde païen qui les entourait.

Cette Loi était-elle une contrainte ou bien une manifestation de bienveillance du Seigneur ? Tout dépend de l’image qu’on se fait du Dieu en qui nous croyons : soit un Maître dominateur, qui surveille et qui punit; ou bien, un Père qui regarde sans cesse les siens avec amour ? Si nous vivons sous le regard aimant de Dieu, la Loi exprime sa volonté pour éclairer la voie de la vie et du bonheur. Sans jamais nous brimer, il nous laisse libres de l’accepter ou de la refuser.

La ‘justice’, dont parle Jésus, désigne la conduite du croyant en accord avec la volonté de Dieu exprimée dans la Loi. L’ensemble de ces lignes de conduite constitue le nouveau programme de Jésus, comparé à celui de Moïse, tel que les rabbins l’enseignaient. “On vous a dit (aux assemblées de  la synagogue), mais, moi, je vous dis.”

La ‘justice’ des Pharisiens, leur morale, était austère et se conformait à une série de 613  commandements, provenant de la Loi écrite et de la tradition. Cette multiplication des commandements visait à protéger le peuple élu contre les influences païennes autour de lui. Même si cet ensemble de prescriptions était pesant, il était possible de les observer, car elles concernaient la conduite extérieure des fidèles et elles étaient donc mesurables.

La ‘justice’ que proclame Jésus ne consiste pas en une nouvelle série de lois. Jésus réduit toutes les lois à une seule, celle d’aimer. Or l’amour parfait est un idéal qui devient une utopie. Il n’est pas mesurable, car il ne pourra jamais être atteint. En conséquence, le chrétien ne peut accomplir cette loi et a toujours conscience d’être pécheur, n’ayant jamais rempli cette loi de l’amour. Il demeure sans cesse dépendant de la miséricorde de Dieu. Il est donc toujours pécheur, mais pécheur pardonné.

Chacun des six exemples, que Jésus présente pour illustrer cette ‘justice’ supérieure, montre qu’il vise non seulement l’action extérieure de la personne humaine, mais surtout l’intention de celle qui agit. Toute la valeur, positive ou négative de l’action extérieure, provient de l’intention qui l’a motivée.

Le premier exemple porte sur la colère et le meurtre. Sans enlever la vie corporelle au prochain, on peut le tuer de bien des manières, par exemple en l’humiliant en parole, en l’insultant, en ternissant sa réputation,…

Défendre seulement la manifestation extérieure de la colère, c’est l’équivalent de l’intervention d’un chirurgien qui se limite à enlever une tumeur maligne, mais qui laisse intacte la racine de cette tumeur. Jésus va à la racine du meurtre, c’est-à-dire la haine, qui tend à détruire son prochain et qui produit de telles actions.

L’amour ne se limite pas à éviter l’agressivité à l’égard du prochain. L’amour n’est pas seulement négatif, il tend à procurer le bonheur de son frère. Aussi l’amour prend l’initiative de la réconciliation. Celui qui a l’amour dans son cœur fait les premiers pas.

Il ne faut pas s’illusionner avec des sacrifices. Qu’ils soient de n’importe quelle sorte, les sacrifices sont extérieurs à la personne qui les offre et n’ont aucune valeur, s’ils ne sont pas animés de l’intérieur par la miséricorde. Cette dénonciation des sacrifices purement extérieurs reprend les diatribes des prophètes contre l’illusion d’offrir des sacrifices pour masquer son injustice.

La ‘justice’ des Pharisiens apparaît comme une morale extrêmement exigeante, mais limitée et fermée. Le fidèle qui a observé tous les commandements, même les plus petits, peut se déclarer satisfait de lui-même. En contraste à cette ‘justice’ fermée, Jésus propose une ‘justice’ ouverte à l’infini, appelant le croyant à toujours progresser dans l’amour, sans qu’un terme mette fin à sa générosité.

Aussi le chrétien ressent continuellement sa pauvreté face au Seigneur qu’il aime. La célébration de l’eucharistie rappelle sans cesse qu’il doit être humble : au début, il confesse ses fautes et, même juste avant de communier, il répète : « Seigneur, je ne suis pas digne de te recevoir… » Mais la parole de grâce peut le purifier et lui donner gratuitement cette dignité.

Jean-Louis D’Aragon SJ 

(Français) 2022/06/08 – Mt 5, 17-19

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Jésus déclare à ses disciples qu’il n’est pas venu abolir ce qu’il y a dans la Loi et les Prophètes, c’est-à-dire dans l’Ancien Testament. Rien ne sera aboli sans avoir été d’abord amené à sa perfection. Il donne un sérieux avertissement: un disciple qui rejetterait qui enseignerait de rejeter le plus petit des commandements qui y sont contenus serait déclaré le plus petit dans le Royaume de Dieu. Et inversement, celui qui observerait tout serait déclaré le plus grand.

Le sermon sur la montagne a commencé par une proclamation de la venue du Royaume de Dieu avec les béatitudes qui offraient un renversement des valeurs du monde. Ce qui suivait était un rappel et peut-être un encouragement pour la communauté de Matthieu: c’était l’exhortation à des disciples à demeurer le sel de la terre et la lumière du monde. Vient ensuite notre passage qui est à la fois une déclaration et un avertissement.

Jésus déclare qu’il n’est pas venue abolir la Loi et les Prophètes,  mais son rôle est plutôt d’accomplir, c’est-à-dire de porter à sa perfection ce qui était commencé dans l’Ancien Testament. C’est un thème important pour l’évangile de Matthieu qui accumule les citations de la Bible pour montrer que la vie de Jésus est en continuité avec le passé d’Israël.

Mais, il faut le dire tout de suite, cette continuité n’exclura pas de la nouveauté. Il y aura dans le même sermon, une série de déclarations de Jésus commençant par une allusion à la parole de Dieu dans l’Ancien Testament (Vous avez entendu…. Il a été dit….par Dieu) et continuant par une sorte d’antithèse: Et bien, Moi, je vous dis que… Et ce qui suit est plus qu’une répétition!

Il y a donc ce double aspect dans la vie et l’enseignement de Jésus, de la continuité et de la discontinuité. Ceci pouvait poser des difficultés sérieuses dans la vie des communautés primitives. Ainsi, dans les Actes des apôtres, on voit que les apôtres, les Douze, continuent à aller prier au Temple. Même Paul ira au Temple. Or Etienne, un juif converti provenant d’un milieu de culture grecque et un des premiers diacres, dans son discours juste avant d’être lapidé, déclare que le Temple, c’est fini: Dieu n’est pas dans le Temple. Un autre exemple, est celui dont parle Paul: la question des viandes qui reviennent sur le marché après avoir été offertes dans les temples païens. Il dit: toi, tu sais que les idoles sont rien. Tu peux manger cette viande. Mais ton frère, lui, ne sait pas que cette viande n’est pas impure. Pour ne pas scandaliser ton frère faible, tu t’abstiendras d’en manger.

Notre texte comporte donc l’avertissement pour ceux qui diraient que les prescriptions de l’Ancien Testament n’ont plus d’importance et violeraient ou enseigneraient les autres à violer un précepte : on s’attendrait à ce que l’avertissement se termine en disant que ces gens-là sont hors du Royaume….

Mais Matthieu a de ces gens dans sa communauté et il veut les avertir, non pas les exclure de la communauté: il dit donc qu’ils seront les plus petits dans le Royaume. Comme Jésus le répétera, un disciple doit toujours prendre garde aux petits, aux disciples plus faibles ou moins éclairés: la liberté de doit pas s’exprimer à leurs dépens.

 Jean Gobeil SJ 

 

 

 

(Français) 2022/06/07 – Mt 5, 13-16

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S’adressant toujours à des disciples, Jésus déclare : Vous êtes le sel de la terre. Si le sel s’affadit il n’est plus bon qu’à être jeté dehors et foulé aux pieds. Vous êtes la lumière du monde. Pour qu’une lampe donne de la lumière il faut la placer bien haut. De même vos bonnes actions doivent briller pour que soit glorifié votre Père qui est aux cieux.

Nous sommes encore dans le début du sermon sur la montagne. Jésus a commencé avec les béatitudes à proclamer l’heureuse condition des disciples. Maintenant il les avertit du sérieux de leur mission.

Le sel a trois caractéristiques. La première est de donner de la saveur aux aliments. La seconde est de permettre de conserver des denrées périssables: le sel empêche la corruption. Finalement, le sel est considéré comme un élément stable, permanent, qui lui-même ne se corrompt pas. Ainsi, dans la Bible, pour désigner une alliance stable et permanente, on dit que c’est une alliance de sel.

En disant, vous êtes le sel de la terre, Jésus avertit ses disciples: ils doivent avoir un rôle important sur la terre et doivent le remplir avec fidélité et persévérance.

Une seconde image, celle de la lumière, vient renforcer l’idée d’une mission qui nettement déborde les limites d’une communauté. Isaïe avait employé la même image pour parler de la future mission d’Israël dans une perspective universaliste. Jérusalem, située sur une montagne, attirerait les peuples: Les nations marcheront à ta lumière.   (Is.60,3)

Et pour le serviteur, Yahvé dit: Je fais de toi la lumière des nations pour que mon salut atteigne aux extrémités de la terre.   (Is.49,6)

Les disciples doivent être comme cette lumière; pour éclairer, ils ne doivent pas être cachés. On ne garde pas une lampe sous le trépied où elle est quand on ne s’en sert pas. Mais la lampe allumée on la met bien haut pour éclairer toute la maison qui, pour les gens ordinaires, n’a qu’une pièce mais dont les ouvertures sont très petites pour se protéger du froid et de la chaleur. Sans lampe, la maison est toujours obscure: la femme qui a perdu une pièce de monnaie, avant de balayer, allume une lampe en plein jour (Luc,15,8). C’est donc la nécessité de rayonner sur les autres qui est rappelée. Ce rayonnement se fait par “ce que vous faites de bien”, littéralement, “vos bonnes oeuvres” qui, pour des Juifs, veulent dire des oeuvres de charité.

Avec ces avertissements, quelqu’un qui veut être un disciple édifiant se prépare à écouter avec attention le reste du discours qui va donner des exemples de vie appartenant au Royaume de Dieu.

Jean Gobeil SJ

(Français) 2022/06/06 – Jn 19, 25-34

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L’Évangile de Jean présente la mère de Jésus seulement en deux circonstances, au tout début de la mission de son Fils et à la fin, à son sacrifice sur la croix. Aux noces de Cana, elle avoue à Jésus la honte et la pauvreté des époux, qui représentent notre humanité: ils n’ont plus de vin, ils n’ont plus la source de joie. C’est l’aveu de notre pauvreté humaine radicale.  Par la suite, Marie enseigne aux serviteurs la disponibilité, cette ouverture du coeur à la volonté du Christ: “Faites tout ce qu’il vous dira” (Jn 2,5). Les serviteurs représentent tous les disciples de son Fils, qui comblera leur pauvreté en raison de leur accueil dans la confiance.

Au pied de la croix, Marie se retrouve associée au disciple que Jésus aimait. Depuis le repas d’adieu, la veille, ce disciple apparaît pour la première fois dans l’Évangile et il occupe une position privilégiée, sur la poitrine de son Seigneur (Jn 13,23). Il vit dans une communion intime avec Jésus , tout comme celui-ci vit dans l’union avec son Père (Jn 1,18). Ce disciple est l’auteur du 4e Évangile (Jn 21,24), que les membres de sa communauté ont idéalisé pour le hisser comme le modèle de tout chrétien. Ainsi, il se trouve en compagnie de Pierre durant la tragédie de la passion de Jésus: familier du grand prêtre, il peut introduire Pierre dans la cour intérieure où Jésus comparaît (Jn 18,16). Au matin de Pâques, il court plus vite que Pierre pour atteindre le tombeau de Jésus et il est le premier qui croit dans la résurrection de son Seigneur (Jn 20,8).

Lorsque le Christ s’offre en sacrifice sur la croix, il est en mesure de donner à tous ceux qui croient en lui une vie nouvelle et il crée une famille unie par l’amour. S’adressant à sa mère, “Voici ton fils, mère”, puis à son disciple, “Voici ta mère”, Jésus emploie les formules rituelles d’adoption dans le monde ancien. Par cette déclaration, Jésus introduit son disciple, et ceux qu’il représente, dans sa propre famille. Dans ce disciple idéal, Jésus voit tous ses frères et soeurs croyants, qui participeront à sa propre filiation envers sa mère.

Le Seigneur Jésus associe tous les siens dans sa famille humaine. Le matin de Pâques, il les introduira tous dans sa famille divine, en donnant cette mission glorieuse à Marie de Magdala: “Va dire à mes frères que je monte vers mon Père, qui est aussi votre Père, vers mon Dieu, qui est aussi votre Dieu” (Jn 20,17) À la suite de sa glorification, ses disciples sont maintenant ses “frères”, membres de sa famille. Ayant introduit les siens dans sa famille humaine, le Christ leur annonce maintenant que son sacrifice sur la croix les élève dans la famille de Dieu, le Père de tous.

Le monde pervertit encore ici la loi de Dieu. On encourrait une im­pureté rituelle en laissant les cadavres en croix le jour du sabbat, qui, selon l’évangéliste, coïncidait cette année-là avec la fête de Pâque. Les Juifs dési­rent assurer leur sécurité en observant littéralement la prescription de Dieu, alors qu’ils viennent de rejeter Dieu lui-même présent dans son Fils en le conduisant à la mort. La fraction des jambes accélérait l’asphyxie du cruci­fié, qui ne pouvait plus dégager ses poumons pour respirer.

L’évangéliste souligne avec une telle insistance l’incident de l’eau et du sang coulant du côté transpercé de Jésus, afin d’inciter son lecteur à en dé­couvrir le sens caché. Il cite tout d’abord deux témoins, dont l’un est Dieu lui-même. L’autre, probablement le disciple bien-aimé, porte explicitement té­moignage, dont on garantit la véracité. Enfin, seul exemple dans les évan­giles, deux prophéties confirment le mystère qui s’est produit. La 1ère épître de Jean (5,5-8) se base sur ce phénomène pour affirmer que l’eau, le sang et l’Esprit convergent dans un unique témoignage, celui par lequel Dieu nous révèle sa vie divine et nous la communique.

Le sang répandu, dans lequel se trouve la vie, montre que le sacrifice de l’Agneau pascal fut bien réel. Cet Agneau, comme toute victime régénérée dans le sacrifice, sera consommé par les croyants pour donner et développer la vie nouvelle et glorieuse du Christ, spécialement dans l’eucharistie (6,53-38). L’eau symbolise l’Esprit Saint (7,38s), qui communique la vie nouvelle au croyant uni au Seigneur ressuscité.

Le cité (Ex 12,46) stipule dans le rituel de la Pâque juive qu’on ne doit pas briser les os de l’agneau. Jésus apparaît ainsi comme le véritable Agneau, dont l’agneau pascal était l’image.

Dans la seconde prophétie (Zach 12,10), ceux qui regardent se sépa­rent en deux groupes d’après leur attitude à l’égard du Crucifié. Les pre­miers sont des révoltés, qui rejettent l’Envoyé de Dieu et qui se condamnent eux-mêmes (Apoc 1,7). Les autres le regardent avec foi pour s’unir à lui et re­cevoir la vie (Jn 3,14s).

Comme partout dans le 4e Évangile, la personne, les actions et les paroles du Christ provoquent la division chez les humains. Cette scène du Calvaire montre le don ultime de Dieu dans son Fils, victime de la brutalité humaine. Tel est le cœur du mystère d’amour du Seigneur : « Dieu a tellement aimé le monde qu’il a donné son Fils unique… » (Jean 3,16). Confronté à ce mystère, toute personne doit décider librement. C’est dans cette décision que consiste le jugement. Ce n’est pas Dieu dans son Fils qui juge, car il le déclare : « Moi, je ne juge personne. » (Jean 8,15) mais bien la personne humaine qui se juge  elle-même, en refusant librement le don de Dieu dans son Fils, ou en adhérant par la foi au sacrifice du Christ, qui transforme la mort en résurrection.

Jean-Louis D’Aragon SJ

(Français) 2021/05/29 – Mc 11, 27-33

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Quel est le secret du bonheur? “Le plaisir, l’argent,…” répond le monde. Mais toutes ces frivolités sont superficielles, elles n’atteignent pas le coeur d’une personne humaine et disparaissent vite. Pour celui qui croit, la seule voie du bonheur consiste à découvrir la volonté de Dieu et à y conformer toute sa vie. Pourquoi? Parce que Dieu nous aime mieux que nous-mêmes et veut pour nous le vrai bonheur, celui qui nous comble de joie et qui dure sans fin.

Sa volonté, Dieu nous la manifeste par ses envoyés, les prophètes, et par les signes qu’il place sur notre route. Mais comment savoir si ces prophètes ou ces signes proviennent du Seigneur? Le discernement spirituel, guidé par des critères précis, nous permet de juger et de nous orienter. Au temps de Jésus, ceux qui remplissaient cette fonction essentielle de discerner la vraie route et d’y conduire le peuple, c’étaient les chefs des prêtres, les docteurs de la loi et les anciens.

En chassant hors du temple les vendeurs et les changeurs de monnaie, le Christ a posé un geste révolutionnaire. Son intervention équivalait à une condamnation de la conduite des grands prêtres, qui possédaient l’autorité complète sur le temple et sur les activités qui s’y déroulaient. Ce geste audacieux rappelait la prophétie de Jérémie, annonçant la destruction de ce sanctuaire. En Raison de cette prophétie, on avait réclamé la mort du prophète. (Jér 7,12-15; 26,7-9) Maintenant, ce sont les chefs des prêtres, les scribes et les anciens – c’est-à-dire l’élite de la nation – qui interpellent Jésus pour qu’il explique de quel droit il est intervenu de façon aussi spectaculaire: “Comment as-tu osé?” Au procès de Jésus, son geste et son annonce de la destruction du temple seront au centre des accusations contre lui. (Mc 14,58)

Jésus ne leur répond pas immédiatement, mais il commence par une question, à laquelle ses interlocuteurs ne peuvent, ou plutôt ne veulent pas répondre. Ils vont montrer ainsi qu’ils sont de mauvaise foi. Il serait donc vain que Jésus leur réponde, car leurs préjugés à son égard les empêcheraient d’accepter et de comprendre la vérité. À ceux qui n’ont pas les dispositions nécessaires pour accueillir la vérité, il est préférable de ne pas leur répondre. Jésus avait prévenu ses disciples: “Ne jetez pas vos perles devant les porcs, de peur qu’ils ne les piétinent.” (Mt 7,6)

Jésus, lui, s’était prononcé sur Jean et il avait fait son éloge après le départ des disciples que celui-ci lui avait envoyés: la foule s’était rassemblé auprès de Jean pour l’entendre et se soumettre au rite du baptême, car il était “bien plus qu’un prophète”. (Mt 11,9) Mais, comme tous les envoyés de Dieu, Jean dérangeait; Hérode l’avait violemment écarté pour le réduire au silence. Les grands prêtres et les docteurs de la loi ne l’avaient pas persécuté comme Hérode, mais ils étaient demeurés sourds à son appel à la conversion. Leur indifférence était une autre manière de se fermer les oreilles à la Parole de Dieu.

Jean était-il envoyé du Seigneur et son représentant, ou bien était-il un imposteur? En lui et dans son message, les scribes et les prêtres ont-ils vu Dieu et ont-ils entendu sa voix? À cette question essentielle, les chefs avaient le devoir d’éclairer le peuple. En avouant leur ignorance ou leur refus de se prononcer, ils se discréditent et ne méritent pas le respect du peuple. Ce jugement implicite condamne leurs prétentions d’assumer le rôle de dirigeants. Ce verdict prépare les vives controverses qui vont suivre, dans lesquelles Jésus va montrer qu’ils sont de mauvais pasteurs.

Pour entendre la Parole de Dieu, il faut être disponible à entendre un message nouveau, qui pourra déconcerter. Le Seigneur es t le Dieu de l’histoire, il n’est pas le Dieu de la stagnation, de la répétition, il nous entraîne en avant, vers la nouveauté à découvrir. Ses voies ne sont pas les nôtres et ses projets ne sont pas les nôtres. (Isaïe 55.8)

Jean-Louis D’Aragon SJ

(Français) 2021/05/28 – Mc 11, 11-25

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Jésus vient d’entrer à Jérusalem, entouré de ses disciples et d’une foule qui l’acclament, “Que Dieu bénisse celui qui vient au nom du Seigneur!…” Mais Jésus ne se présente pas comme le peuple le souhaite, un chef guerrier, victorieux et libérateur des ennemis. Il monte un âne, la monture des pauvres, et non pas un cheval, marque du conquérant.

À Jérusalem, Jésus prévoit nettement qu’il devra affronter les autorités juives. Cet affrontement amorcera la crise décisive. Une parabole en acte, sous la forme du figuier sans fruits, illustre la stérilité du Judaïsme officiel, qu’il va juger par la purification du temple. Un enseignement sur l’efficacité de la prière conclut cette scène.

En arrivant dans la ville, Jésus se rend au temple, centre de la vie religieuse du peuple. “Il inspecte du regard toutes choses”, évaluant lucidement les abus qu’il découvre, sans réagir immédiatement sous le coup d’une émotion subite. Il retourne à Béthanie pour la nuit et il prie pour que sa décision soit conforme à la volonté de Dieu. Il prie pour avoir le courage et la force d’affronter les autorités juives.

Les disciples jugent que la venue de Jésus au temple équivaut presque à un suicide, car il s’aventure sur le terrain où ses adversaires sont tout-puissants. Mais leur attachement au Christ est plus fort que leur peur; ils demeurent avec lui et le suivent.

Un mois avant la saison des fruits, il est anormal de chercher des figues. Le figuier, au printemps, resplendit de feuilles, mais cette belle apparence ne cache aucun fruit. Pourquoi Jésus cherche-t-il ce que le figuier ne pouvait produire à cette époque? Manifestement ce n’est pas le figuier comme tel qui est important, mais la leçon que Jésus veut illustrer.

L’épisode du figuier se divise en deux moments, qui encadrent le jugement du Christ sur le culte qui se déroule dans le temple. La malédiction du figuier ne se comprend pas en elle-même, séparée de la purification du temple. Cet arbre a belle apparence, avec son feuillage, mais il n’a produit aucun fruit. Pour Jésus, le culte dans le temple se revêt de splendeur et de solennité, mais ne remplit pas sa fonction d’introduire les fidèles dans la communion à leur Seigneur.

Depuis le début de son ministère prophétique, Jésus a contesté l’enseignement des scribes et des pharisiens. Sa contestation atteint maintenant
le haut sacerdoce, les grands prêtres sadducéens, cette puissance qui veillait sur le temple et sur le déroulement de son culte. L’intervention de Jésus, qui condamne les activités dans le temple, équivaut à une censure des grands prêtres qui acceptent ce désordre et une telle exploitation des fidèles.

Reprenant une dénonciation du prophète Jérémie (7,11), Jésus accuse les autorités d’avoir dégradé le temple en “une caverne de bandits.” Quel abus Jésus dénonçait-il? Il semble que la puissante famille d’Anne, en particulier Caïphe, le grand prêtre au temps de Jésus, avait introduit dans le temple les commerçants, qui vendaient les animaux pour les sacrifices. Avant cette innovation, les commerçants se tenaient en dehors du sanctuaire.

Jouissant d’une sorte de monopole dans le temple, les commerçants, associés aux prêtres, auraient doublé le prix des animaux pour les sacrifices, en comparaison des prix ordinaires. C’est cette exploitation des fidèles que Jésus dénonce. Ce commerce éhonté et le vacarme profanaient la Maison de Dieu.

Jésus cite également le prophète Isaïe (56,7), qui rapporte le volonté du Seigneur sur le temple: “Ma maison sera une maison de prière pour toutes les nations.” Jésus dénonce évidemment les cris des commerçants et le beuglement des animaux qui empêchent toute véritable prière. Mais Jésus veut, comme le prophète, éliminer le mur de séparation, avec l’inscription qui prévenait les païens de la peine de mort s’ils pénétraient dans cette enceinte pour prier Dieu. Jésus rejette toute discrimination.

Au nom des disciples, Pierre s’étonne et admire la réalisation rapide de la parole de Jésus, “maudissant” le figuier. Jésus répond que la prière de toute personne peut, comme la sienne, obtenir le même résultat. Pour que notre prière soit vraiment efficace, il faut remplir deux conditions.

Tout d’abord, on doit se mettre en présence de Dieu pour connaître si vraiment nous osons lui demander la faveur que nous désirons. Est-ce seulement pour satisfaire notre égoïsme, en voulant inconsciemment mettre la puissance du Seigneur à notre service et la réduire à nos limites et à nos déviations? “Déplacer une montagne” pour une satisfaction magique, c’est la contradiction de la prière.

La seconde condition consiste à se conformer à la volonté de Dieu. Croire que l’amour de Dieu veut notre bonheur mieux que nous. Épouser le projet de Dieu sur nous consiste à élargir notre volonté et nos désirs aux dimensions du Seigneur. Dans la prière, il ne faut pas attendre de Dieu notre réponse, mais la sienne.

Mais la prière peut rencontrer un obstacle insurmontable: l’hostilité à l’égard d’un parent, d’un proche ou de n’importe quelle personne. Avoir de l’amertume, de la haine dans le coeur, se diviser ou s’opposer à autrui, c’est ériger un mur entre le Seigneur et nous. Il est impossible de communiquer avec Dieu, si on a érigé une muraille de haine quelle qu’elle soit, qui nous sépare de notre prochain et de Dieu.

Rappelons-nous la parabole des deux serviteurs. (Mt 18,21-35) Le premier doit une somme énorme à son maître, qui, par pitié, lui remet toute sa dette. Mais celui-ci, qui vient de tout recevoir gratuitement de son maître, ne veut pas partager cette gratuité avec son camarade. Il perd alors le pardon qu’il avait reçu. Par amour, Dieu fait les premiers pas vers nous, mais le don qu’il nous accorde, il faut qu’il rayonne autour de nous. On ne peut le garder pour soi-même.

Jean-Louis D’Aragon SJ

(Français) 2021/05/27 – Mc 10, 46b-52

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Jésus est en marche, montant vers Jérusalem, où il réalisera le cœur de l’histoire du salut, sa mort et sa résurrection. La ville de Jéricho, à plus de 400 mètres sous le niveau de la mer, se trouve à vingt kilomètres de Jérusalem, qui s’élève à 300 mètres au-dessus du niveau de la mer. La route qui mène de Jéricho à Jérusalem est sinueuse et nécessairement escarpée.
Le récit que nous présente Marc est clairement circonstancié, à la sortie de Jéricho, vers Jérusalem, mais l’évangéliste découvre dans ce miracle un signe d’une valeur universelle. Les détails de l’événement ont une signification pour tous les disciples de Jésus, à toutes les époques.

Ce mendiant, prisonnier dans les ténèbres au bord de la route, représente notre misérable humanité, sans espoir. Comme lui, chaque être humain aspire à la lumière et à la vie. Cette lumière et le salut s’avancent devant l’aveugle dans la personne de Jésus, qui passe également devant nous dans des signes qui nous interpellent. Le Christ, fait route vers Jérusalem, où il va accomplir la libération de l’humanité, en changeant les ténèbres de la mort en la lumière éclatante de la résurrection.

L’aveugle crie “Au secours!”, et appelle Jésus comme un désespéré: “Jésus, Fils de David”, Messie, Roi idéal, descendant de David. C’est le même titre que la foule enthousiaste adressera à Jésus au moment de son entrée à Jérusalem pour saluer le Messie. Cet aveugle ressemble à l’homme qui se noie et qui implore qu’on lui jette une bouée de sauvetage. S’il hésite et attend, le salut passera et disparaîtra au loin comme un train.

Le monde autour de l’aveugle veut lui imposer le silence. Le monde déteste être dérangé dans sa fausse quiétude et tentera toujours de faire taire celui qui croit et espère. Mais, comme l’aveugle, il faut persévérer en dépit des reproches des gens qui préfèrent leurs ténèbres (Jean 3,19). L’aveugle sait par sa foi que celui qui peut lui rendre la vue est là, que le moment favorable est court, qu’il disparaîtra vite. Son cri, inspiré par une sorte de désespoir, vient du fond de son coeur. Le psalmiste a bien raison de nous dire qu’il faut profiter du salut qui passe: “Aujourd’hui, si vous entendez sa voix, n’endurcissez pas votre cœur.” C’est le train du salut qui passe. Il faut saisir l’occasion de son passage.

La guérison physique est évidemment l’image de la guérison du cœur et de toute la personne de l’aveugle. Jésus répond à la demande de l’aveugle en lui disant non pas “Ta foi t’a guéri”, mais “Ta foi t’a sauvé.” La guérison physique est le symbole du salut de sa personne, de la vie éternelle. Il voit et reconnaît en Jésus l’Envoyé de Dieu. Sa foi est active, car il ne se contente de se réjouir de la guérison obtenue, il “suit Jésus sur le chemin” vers Jérusalem, vers la croix et la résurrection.

Cet aveugle, qui gît comme un mendiant au bord du chemin, nous représente tous, nous qui essayons de cheminer dans l’obscurité. Nous sommes tous plus ou moins des aveugles. Notre guérison peut nous venir uniquement du Christ, l’Envoyé de Dieu, qui nous offre la lumière. Pour l’accueillir, nous devons croire avec persévérance, en dépit des sirènes et des sourires sceptiques qui tentent de nous distraire ou de nous décourager. Mais il ne suffit pas de croire tout simplement; notre foi doit être active et se réaliser dans la suite du Christ montant à Jérusalem.

Jean-Louis D’Aragon SJ

(Français) 2021/05/26 – Mc 10, 32-45

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Jésus, en route pour Jérusalem, fait une troisième annonce détaillée de la Passion. Jacques et Jean demandent d’avoir les premières places pour siéger (dans le Royaume). Les dix autres disciples s’indignent de la demande. Jésus les appelle tous et leur donne la seule façon d’être grand: ils doivent servir comme lui, le Fils de l’homme l’a fait.

Selon l’évangile de Marc, Jésus est en route pour Jérusalem pour la première fois. Jésus précède ses disciples: il sait où il va et ce qui l’attend. Les disciples sont effrayés. C’est un point que Marc souligne pour ses auditeurs de Rome qui subissent des persécutions: être effrayé, avoir une foi qui a des difficultés, subir la persécution ne sont pas des choses exceptionnelles pour un disciple.

Jésus avertit les Douze de ce qui l’attend: c’est la troisième annonce de la Passion et elle est détaillée. Cette fin fait partie de sa mission. Son messianisme n’est pas une position de conquête ou de domination. Son œuvre de révéler l’amour du Père va jusqu’à l’acceptation du rejet.

En dépit de leur peur, les disciples ont encore le rêve d’un messie qui serait un libérateur politique et un maître absolu. Sa manifestation ne pourrait se faire qu’à Jérusalem. C’est dans cette perspective que Jacques et Jean veulent faire des réservations! Ils veulent avoir les meilleures places. Les dix autres disciples sont indignés, non pas de la demande mais bien de s’être faits damer le pion. Ils ont le même rêve. Eux aussi ils attendent une bonne place quand Jésus se manifestera comme le roi puissant qui a triomphé de tous ses ennemis et fait disparaître les forces du mal.

Cette incompréhension est tellement en opposition à la véritable personne de Jésus qu=elle semble avoir été mise là par Marc justement pour faire ressortir la vraie identité de Jésus.

Il n’est pas venu pour juger, c’est-à-dire pour condamner et détruire mais pour sauver:
Dieu n’a pas envoyé son Fils dans le monde pour juger le monde
mais pour que le monde soit sauvé par lui. (Jean 3,17)

Pour les pauvres et les petits, pour ceux qui sont laissés en marge de la société, il réalise la prophétie d’Isaïe où Dieu dit:
J’ai mis sur mon serviteur mon esprit…il ne crie pas, il n’élève pas le ton Y il ne brise pas le roseau froissé, il n’éteint pas la mèche qui faiblit. (Isaïe 42,1-3)

Lui qui était grand s’est fait petit dans l’abaissement de l’Incarnation. De même pour le disciple:
Celui qui voudra devenir grand parmi vous, sera votre serviteur (diakonos)

Son service à lui est allé jusqu’à donner sa vie pour nous et en même temps nous donner la Vie qui était la sienne et sans laquelle nous ne pourrions pas être vraiment ses disciples:
Le Fils de l’homme n’est pas venu pour être servi, mais pour servir et donner sa vie en rançon pour la multitude.

Le disciple n’est pas plus grand que le Maître. Donc:
Celui qui veut être le premier sera l’esclave de tous. (doulos: serviteur-esclave)

Nous ne sommes pas seuls dans ce service:
C’est l’unique et même Esprit qui distribue ses dons à chacun en particulier comme il l’entend. (1 Cor.12,11)

Ces dons nous sont confiés pour servir:
Chacun selon la grâce reçue, mettez-vous au service les uns des autres, comme de bons intendants d’une multiple grâce de Dieu. (1 Pierre 4,10)

Comme le Christ, un disciple doit être une personne pour les autres.

Jean Gobeil SJ