2021/05/29 – Mc 11, 27-33

Quel est le secret du bonheur? « Le plaisir, l’argent,… » répond le monde. Mais toutes ces frivolités sont superficielles, elles n’atteignent pas le coeur d’une personne humaine et disparaissent vite. Pour celui qui croit, la seule voie du bonheur consiste à découvrir la volonté de Dieu et à y conformer toute sa vie. Pourquoi? Parce que Dieu nous aime mieux que nous-mêmes et veut pour nous le vrai bonheur, celui qui nous comble de joie et qui dure sans fin.

Sa volonté, Dieu nous la manifeste par ses envoyés, les prophètes, et par les signes qu’il place sur notre route. Mais comment savoir si ces prophètes ou ces signes proviennent du Seigneur? Le discernement spirituel, guidé par des critères précis, nous permet de juger et de nous orienter. Au temps de Jésus, ceux qui remplissaient cette fonction essentielle de discerner la vraie route et d’y conduire le peuple, c’étaient les chefs des prêtres, les docteurs de la loi et les anciens.

En chassant hors du temple les vendeurs et les changeurs de monnaie, le Christ a posé un geste révolutionnaire. Son intervention équivalait à une condamnation de la conduite des grands prêtres, qui possédaient l’autorité complète sur le temple et sur les activités qui s’y déroulaient. Ce geste audacieux rappelait la prophétie de Jérémie, annonçant la destruction de ce sanctuaire. En Raison de cette prophétie, on avait réclamé la mort du prophète. (Jér 7,12-15; 26,7-9) Maintenant, ce sont les chefs des prêtres, les scribes et les anciens – c’est-à-dire l’élite de la nation – qui interpellent Jésus pour qu’il explique de quel droit il est intervenu de façon aussi spectaculaire: « Comment as-tu osé? » Au procès de Jésus, son geste et son annonce de la destruction du temple seront au centre des accusations contre lui. (Mc 14,58)

Jésus ne leur répond pas immédiatement, mais il commence par une question, à laquelle ses interlocuteurs ne peuvent, ou plutôt ne veulent pas répondre. Ils vont montrer ainsi qu’ils sont de mauvaise foi. Il serait donc vain que Jésus leur réponde, car leurs préjugés à son égard les empêcheraient d’accepter et de comprendre la vérité. À ceux qui n’ont pas les dispositions nécessaires pour accueillir la vérité, il est préférable de ne pas leur répondre. Jésus avait prévenu ses disciples: « Ne jetez pas vos perles devant les porcs, de peur qu’ils ne les piétinent. » (Mt 7,6)

Jésus, lui, s’était prononcé sur Jean et il avait fait son éloge après le départ des disciples que celui-ci lui avait envoyés: la foule s’était rassemblé auprès de Jean pour l’entendre et se soumettre au rite du baptême, car il était « bien plus qu’un prophète ». (Mt 11,9) Mais, comme tous les envoyés de Dieu, Jean dérangeait; Hérode l’avait violemment écarté pour le réduire au silence. Les grands prêtres et les docteurs de la loi ne l’avaient pas persécuté comme Hérode, mais ils étaient demeurés sourds à son appel à la conversion. Leur indifférence était une autre manière de se fermer les oreilles à la Parole de Dieu.

Jean était-il envoyé du Seigneur et son représentant, ou bien était-il un imposteur? En lui et dans son message, les scribes et les prêtres ont-ils vu Dieu et ont-ils entendu sa voix? À cette question essentielle, les chefs avaient le devoir d’éclairer le peuple. En avouant leur ignorance ou leur refus de se prononcer, ils se discréditent et ne méritent pas le respect du peuple. Ce jugement implicite condamne leurs prétentions d’assumer le rôle de dirigeants. Ce verdict prépare les vives controverses qui vont suivre, dans lesquelles Jésus va montrer qu’ils sont de mauvais pasteurs.

Pour entendre la Parole de Dieu, il faut être disponible à entendre un message nouveau, qui pourra déconcerter. Le Seigneur es t le Dieu de l’histoire, il n’est pas le Dieu de la stagnation, de la répétition, il nous entraîne en avant, vers la nouveauté à découvrir. Ses voies ne sont pas les nôtres et ses projets ne sont pas les nôtres. (Isaïe 55.8)

Jean-Louis D’Aragon SJ

2021/05/28 – Mc 11, 11-25

Jésus vient d’entrer à Jérusalem, entouré de ses disciples et d’une foule qui l’acclament, « Que Dieu bénisse celui qui vient au nom du Seigneur!… » Mais Jésus ne se présente pas comme le peuple le souhaite, un chef guerrier, victorieux et libérateur des ennemis. Il monte un âne, la monture des pauvres, et non pas un cheval, marque du conquérant.

À Jérusalem, Jésus prévoit nettement qu’il devra affronter les autorités juives. Cet affrontement amorcera la crise décisive. Une parabole en acte, sous la forme du figuier sans fruits, illustre la stérilité du Judaïsme officiel, qu’il va juger par la purification du temple. Un enseignement sur l’efficacité de la prière conclut cette scène.

En arrivant dans la ville, Jésus se rend au temple, centre de la vie religieuse du peuple. « Il inspecte du regard toutes choses », évaluant lucidement les abus qu’il découvre, sans réagir immédiatement sous le coup d’une émotion subite. Il retourne à Béthanie pour la nuit et il prie pour que sa décision soit conforme à la volonté de Dieu. Il prie pour avoir le courage et la force d’affronter les autorités juives.

Les disciples jugent que la venue de Jésus au temple équivaut presque à un suicide, car il s’aventure sur le terrain où ses adversaires sont tout-puissants. Mais leur attachement au Christ est plus fort que leur peur; ils demeurent avec lui et le suivent.

Un mois avant la saison des fruits, il est anormal de chercher des figues. Le figuier, au printemps, resplendit de feuilles, mais cette belle apparence ne cache aucun fruit. Pourquoi Jésus cherche-t-il ce que le figuier ne pouvait produire à cette époque? Manifestement ce n’est pas le figuier comme tel qui est important, mais la leçon que Jésus veut illustrer.

L’épisode du figuier se divise en deux moments, qui encadrent le jugement du Christ sur le culte qui se déroule dans le temple. La malédiction du figuier ne se comprend pas en elle-même, séparée de la purification du temple. Cet arbre a belle apparence, avec son feuillage, mais il n’a produit aucun fruit. Pour Jésus, le culte dans le temple se revêt de splendeur et de solennité, mais ne remplit pas sa fonction d’introduire les fidèles dans la communion à leur Seigneur.

Depuis le début de son ministère prophétique, Jésus a contesté l’enseignement des scribes et des pharisiens. Sa contestation atteint maintenant
le haut sacerdoce, les grands prêtres sadducéens, cette puissance qui veillait sur le temple et sur le déroulement de son culte. L’intervention de Jésus, qui condamne les activités dans le temple, équivaut à une censure des grands prêtres qui acceptent ce désordre et une telle exploitation des fidèles.

Reprenant une dénonciation du prophète Jérémie (7,11), Jésus accuse les autorités d’avoir dégradé le temple en « une caverne de bandits. » Quel abus Jésus dénonçait-il? Il semble que la puissante famille d’Anne, en particulier Caïphe, le grand prêtre au temps de Jésus, avait introduit dans le temple les commerçants, qui vendaient les animaux pour les sacrifices. Avant cette innovation, les commerçants se tenaient en dehors du sanctuaire.

Jouissant d’une sorte de monopole dans le temple, les commerçants, associés aux prêtres, auraient doublé le prix des animaux pour les sacrifices, en comparaison des prix ordinaires. C’est cette exploitation des fidèles que Jésus dénonce. Ce commerce éhonté et le vacarme profanaient la Maison de Dieu.

Jésus cite également le prophète Isaïe (56,7), qui rapporte le volonté du Seigneur sur le temple: « Ma maison sera une maison de prière pour toutes les nations. » Jésus dénonce évidemment les cris des commerçants et le beuglement des animaux qui empêchent toute véritable prière. Mais Jésus veut, comme le prophète, éliminer le mur de séparation, avec l’inscription qui prévenait les païens de la peine de mort s’ils pénétraient dans cette enceinte pour prier Dieu. Jésus rejette toute discrimination.

Au nom des disciples, Pierre s’étonne et admire la réalisation rapide de la parole de Jésus, « maudissant » le figuier. Jésus répond que la prière de toute personne peut, comme la sienne, obtenir le même résultat. Pour que notre prière soit vraiment efficace, il faut remplir deux conditions.

Tout d’abord, on doit se mettre en présence de Dieu pour connaître si vraiment nous osons lui demander la faveur que nous désirons. Est-ce seulement pour satisfaire notre égoïsme, en voulant inconsciemment mettre la puissance du Seigneur à notre service et la réduire à nos limites et à nos déviations? « Déplacer une montagne » pour une satisfaction magique, c’est la contradiction de la prière.

La seconde condition consiste à se conformer à la volonté de Dieu. Croire que l’amour de Dieu veut notre bonheur mieux que nous. Épouser le projet de Dieu sur nous consiste à élargir notre volonté et nos désirs aux dimensions du Seigneur. Dans la prière, il ne faut pas attendre de Dieu notre réponse, mais la sienne.

Mais la prière peut rencontrer un obstacle insurmontable: l’hostilité à l’égard d’un parent, d’un proche ou de n’importe quelle personne. Avoir de l’amertume, de la haine dans le coeur, se diviser ou s’opposer à autrui, c’est ériger un mur entre le Seigneur et nous. Il est impossible de communiquer avec Dieu, si on a érigé une muraille de haine quelle qu’elle soit, qui nous sépare de notre prochain et de Dieu.

Rappelons-nous la parabole des deux serviteurs. (Mt 18,21-35) Le premier doit une somme énorme à son maître, qui, par pitié, lui remet toute sa dette. Mais celui-ci, qui vient de tout recevoir gratuitement de son maître, ne veut pas partager cette gratuité avec son camarade. Il perd alors le pardon qu’il avait reçu. Par amour, Dieu fait les premiers pas vers nous, mais le don qu’il nous accorde, il faut qu’il rayonne autour de nous. On ne peut le garder pour soi-même.

Jean-Louis D’Aragon SJ

2021/05/27 – Mc 10, 46b-52

Jésus est en marche, montant vers Jérusalem, où il réalisera le cœur de l’histoire du salut, sa mort et sa résurrection. La ville de Jéricho, à plus de 400 mètres sous le niveau de la mer, se trouve à vingt kilomètres de Jérusalem, qui s’élève à 300 mètres au-dessus du niveau de la mer. La route qui mène de Jéricho à Jérusalem est sinueuse et nécessairement escarpée.
Le récit que nous présente Marc est clairement circonstancié, à la sortie de Jéricho, vers Jérusalem, mais l’évangéliste découvre dans ce miracle un signe d’une valeur universelle. Les détails de l’événement ont une signification pour tous les disciples de Jésus, à toutes les époques.

Ce mendiant, prisonnier dans les ténèbres au bord de la route, représente notre misérable humanité, sans espoir. Comme lui, chaque être humain aspire à la lumière et à la vie. Cette lumière et le salut s’avancent devant l’aveugle dans la personne de Jésus, qui passe également devant nous dans des signes qui nous interpellent. Le Christ, fait route vers Jérusalem, où il va accomplir la libération de l’humanité, en changeant les ténèbres de la mort en la lumière éclatante de la résurrection.

L’aveugle crie « Au secours! », et appelle Jésus comme un désespéré: « Jésus, Fils de David », Messie, Roi idéal, descendant de David. C’est le même titre que la foule enthousiaste adressera à Jésus au moment de son entrée à Jérusalem pour saluer le Messie. Cet aveugle ressemble à l’homme qui se noie et qui implore qu’on lui jette une bouée de sauvetage. S’il hésite et attend, le salut passera et disparaîtra au loin comme un train.

Le monde autour de l’aveugle veut lui imposer le silence. Le monde déteste être dérangé dans sa fausse quiétude et tentera toujours de faire taire celui qui croit et espère. Mais, comme l’aveugle, il faut persévérer en dépit des reproches des gens qui préfèrent leurs ténèbres (Jean 3,19). L’aveugle sait par sa foi que celui qui peut lui rendre la vue est là, que le moment favorable est court, qu’il disparaîtra vite. Son cri, inspiré par une sorte de désespoir, vient du fond de son coeur. Le psalmiste a bien raison de nous dire qu’il faut profiter du salut qui passe: « Aujourd’hui, si vous entendez sa voix, n’endurcissez pas votre cœur. » C’est le train du salut qui passe. Il faut saisir l’occasion de son passage.

La guérison physique est évidemment l’image de la guérison du cœur et de toute la personne de l’aveugle. Jésus répond à la demande de l’aveugle en lui disant non pas « Ta foi t’a guéri », mais « Ta foi t’a sauvé. » La guérison physique est le symbole du salut de sa personne, de la vie éternelle. Il voit et reconnaît en Jésus l’Envoyé de Dieu. Sa foi est active, car il ne se contente de se réjouir de la guérison obtenue, il « suit Jésus sur le chemin » vers Jérusalem, vers la croix et la résurrection.

Cet aveugle, qui gît comme un mendiant au bord du chemin, nous représente tous, nous qui essayons de cheminer dans l’obscurité. Nous sommes tous plus ou moins des aveugles. Notre guérison peut nous venir uniquement du Christ, l’Envoyé de Dieu, qui nous offre la lumière. Pour l’accueillir, nous devons croire avec persévérance, en dépit des sirènes et des sourires sceptiques qui tentent de nous distraire ou de nous décourager. Mais il ne suffit pas de croire tout simplement; notre foi doit être active et se réaliser dans la suite du Christ montant à Jérusalem.

Jean-Louis D’Aragon SJ

2021/05/26 – Mc 10, 32-45

Jésus, en route pour Jérusalem, fait une troisième annonce détaillée de la Passion. Jacques et Jean demandent d’avoir les premières places pour siéger (dans le Royaume). Les dix autres disciples s’indignent de la demande. Jésus les appelle tous et leur donne la seule façon d’être grand: ils doivent servir comme lui, le Fils de l’homme l’a fait.

Selon l’évangile de Marc, Jésus est en route pour Jérusalem pour la première fois. Jésus précède ses disciples: il sait où il va et ce qui l’attend. Les disciples sont effrayés. C’est un point que Marc souligne pour ses auditeurs de Rome qui subissent des persécutions: être effrayé, avoir une foi qui a des difficultés, subir la persécution ne sont pas des choses exceptionnelles pour un disciple.

Jésus avertit les Douze de ce qui l’attend: c’est la troisième annonce de la Passion et elle est détaillée. Cette fin fait partie de sa mission. Son messianisme n’est pas une position de conquête ou de domination. Son œuvre de révéler l’amour du Père va jusqu’à l’acceptation du rejet.

En dépit de leur peur, les disciples ont encore le rêve d’un messie qui serait un libérateur politique et un maître absolu. Sa manifestation ne pourrait se faire qu’à Jérusalem. C’est dans cette perspective que Jacques et Jean veulent faire des réservations! Ils veulent avoir les meilleures places. Les dix autres disciples sont indignés, non pas de la demande mais bien de s’être faits damer le pion. Ils ont le même rêve. Eux aussi ils attendent une bonne place quand Jésus se manifestera comme le roi puissant qui a triomphé de tous ses ennemis et fait disparaître les forces du mal.

Cette incompréhension est tellement en opposition à la véritable personne de Jésus qu=elle semble avoir été mise là par Marc justement pour faire ressortir la vraie identité de Jésus.

Il n’est pas venu pour juger, c’est-à-dire pour condamner et détruire mais pour sauver:
Dieu n’a pas envoyé son Fils dans le monde pour juger le monde
mais pour que le monde soit sauvé par lui. (Jean 3,17)

Pour les pauvres et les petits, pour ceux qui sont laissés en marge de la société, il réalise la prophétie d’Isaïe où Dieu dit:
J’ai mis sur mon serviteur mon esprit…il ne crie pas, il n’élève pas le ton Y il ne brise pas le roseau froissé, il n’éteint pas la mèche qui faiblit. (Isaïe 42,1-3)

Lui qui était grand s’est fait petit dans l’abaissement de l’Incarnation. De même pour le disciple:
Celui qui voudra devenir grand parmi vous, sera votre serviteur (diakonos)

Son service à lui est allé jusqu’à donner sa vie pour nous et en même temps nous donner la Vie qui était la sienne et sans laquelle nous ne pourrions pas être vraiment ses disciples:
Le Fils de l’homme n’est pas venu pour être servi, mais pour servir et donner sa vie en rançon pour la multitude.

Le disciple n’est pas plus grand que le Maître. Donc:
Celui qui veut être le premier sera l’esclave de tous. (doulos: serviteur-esclave)

Nous ne sommes pas seuls dans ce service:
C’est l’unique et même Esprit qui distribue ses dons à chacun en particulier comme il l’entend. (1 Cor.12,11)

Ces dons nous sont confiés pour servir:
Chacun selon la grâce reçue, mettez-vous au service les uns des autres, comme de bons intendants d’une multiple grâce de Dieu. (1 Pierre 4,10)

Comme le Christ, un disciple doit être une personne pour les autres.

Jean Gobeil SJ

2021/05/25 – Mc 10, 28-31

Pierre déclare à Jésus: Voilà que nous avons tout quitté pour te suivre. C’est une sorte de question. Jésus répond: Qui aura quitté des parents, une maison ou une terre recevra dès maintenant au centuple parents, terre, maison et des persécutions et dans le monde à venir la vie éternelle. Beaucoup de premiers seront les derniers et les derniers seront les premiers.

Ce texte est à relier à ce qui précède. Jésus a offert à un jeune homme riche de le suivre à condition de se dégager de ses richesses. Le jeune homme, incapable de faire cette séparation, s’en est allé tout triste. Jésus, alors, a déclaré qu’il était plus facile à un chameau de passer à travers le trou d’une aiguille qu’à un riche d’entrer dans le Royaume de Dieu. C’est une façon imagée (et peut-être humoristique) de dire que c’était impossible. Les disciples sont consternés et demandent qui sera alors sauvé. Jésus répond que ce qui est impossible aux hommes est possible à Dieu. Dieu seul peut sauver, répètera Paul. Et pour suivre Jésus,.il faut le suivre, lui: car on ne peut le suivre en restant attaché à un autre maître, a déclaré Jésus. Il a illustré cela de différentes façons.

Le premier appel des disciples a été: Viens et suis-moi. Pour le suivre dans ses missions en Galilée comme Jacques et Jean, ils ont dû abandonner bateau, filets et père (Marc 1,9).Ensuite, quand il les a envoyés en mission, il leur a défendu de compter sur des sécurités matérielles (Marc 6,8). Ils doivent être détachés et libres pour être au service d’un seul Maître.

Tous ces exemples servent de rappel aux premiers chrétiens comme les lecteurs de Marc. La conversion, pour eux, a parfois sinon souvent, exigé des ruptures avec le clan ou la famille. Par contraste avec le jeune homme riche qui n’a pu faire une telle séparation Pierre pose la question: Et nous, qui avons tout quitté pour te suivre, qu’est-ce qu’on a? A-t-il quitté réellement tant que cela? Nous y reviendrons mais Jésus répond quand même.

Sa réponse veut attirer l’attention de Pierre sur ce qu’il a reçu. Ils ont parents, maison, terre au centuple…Des images qui montrent qu’ils ont reçu un amour que Dieu seul peut donner et qu’il déborde les anciennes limites. Il peut demander une rupture mais la loi de l’amour du prochain n’est pas disparue. Et, par ailleurs, il peut demander une rupture mais une exclusion n’est pas toujours nécessaire, comme on peut le voir avec Pierre.

Jésus a demandé à Pierre de le suivre mais ne lui a pas demandé de vendre son bateau puisqu’après la résurrection Pierre y est revenu pour aller pêcher. Et c’est en revenant de la pêche qu’il a vu quelqu’un qui l’attendait sur la rive. Il finit par reconnaître le Seigneur qui lui demanda d’apporter quelques-uns de ses poissons. Bien sûr, pour le suivre, Pierre avait abandonné sa maison à Capharnaüm, et sa belle-mère… mais son épouse? Il semble bien que, du temps de Paul, elle l’accompagnait dans ses missions, puisque ce dernier dit aux Corinthiens:

N’avons-nous pas le droit d’emmener avec nous une femme chrétienne, comme les autres apôtres, et les frères du Seigneur et Céphas (Pierre)? (1 Cor,9,5)

Mais, pour Pierre, elle n’enlevait certainement pas la première place à Jésus.

Jean Gobeil SJ

2021/05/24 – Jn 19, 25-34

L’Évangile de Jean présente la mère de Jésus seulement en deux circonstances, au tout début de la mission de son Fils et à la fin, à son sacrifice sur la croix. Aux noces de Cana, elle avoue à Jésus la honte et la pauvreté des époux, qui représentent notre humanité: ils n’ont plus de vin, ils n’ont plus la source de joie. C’est l’aveu de notre pauvreté humaine radicale. Par la suite, Marie enseigne aux serviteurs la disponibilité, cette ouverture du cœur à la volonté du Christ: « Faites tout ce qu’il vous dira » (Jn 2,5). Les serviteurs représentent tous les disciples de son Fils, qui comblera leur pauvreté en raison de leur accueil dans la confiance.

Au pied de la croix, Marie se retrouve associée au disciple que Jésus aimait. Depuis le repas d’adieu, la veille, ce disciple apparaît pour la première fois dans l’Évangile et il occupe une position privilégiée, sur la poitrine de son Seigneur (Jn 13,23). Il vit dans une communion intime avec Jésus , tout comme celui-ci vit dans l’union avec son Père (Jn 1,18). Ce disciple est l’auteur du 4e Évangile (Jn 21,24), que les membres de sa communauté ont idéalisé pour le hisser comme le modèle de tout chrétien. Ainsi, il se trouve en compagnie de Pierre durant la tragédie de la passion de Jésus: familier du grand prêtre, il peut introduire Pierre dans la cour intérieure où Jésus comparaît (Jn 18,16). Au matin de Pâques, il court plus vite que Pierre pour atteindre le tombeau de Jésus et il est le premier qui croit dans la résurrection de son Seigneur (Jn 20,8).

Lorsque le Christ s’offre en sacrifice sur la croix, il est en mesure de donner à tous ceux qui croient en lui une vie nouvelle et il crée une famille unie par l’amour. S’adressant à sa mère, « Voici ton fils, mère », puis à son disciple, « Voici ta mère », Jésus emploie les formules rituelles d’adoption dans le monde ancien. Par cette déclaration, Jésus introduit son disciple, et ceux qu’il représente, dans sa propre famille. Dans ce disciple idéal, Jésus voit tous ses frères et soeurs croyants, qui participeront à sa propre filiation envers sa mère.

Le Seigneur Jésus associe tous les siens dans sa famille humaine. Le matin de Pâques, il les introduira tous dans sa famille divine, en donnant cette mission glorieuse à Marie de Magdala: « Va dire à mes frères que je monte vers mon Père, qui est aussi votre Père, vers mon Dieu, qui est aussi votre Dieu » (Jn 20,17) À la suite de sa glorification, ses disciples sont maintenant ses « frères », membres de sa famille. Ayant introduit les siens dans sa famille humaine, le Christ leur annonce maintenant que son sacrifice sur la croix les élève dans la famille de Dieu, le Père de tous.

Jean-Louis D’Aragon SJ