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2021/01/05 – Mc 6, 34-44

Jésus a invité les disciples qui revenaient de leur mission à venir à l’écart, dans un lieu désert, pour se reposer. Mais la foule qui ne leur laissait pas de répit devine par la direction du bateau l’endroit où ils vont et elle est déjà là quand ils arrivent. Jésus est saisi d’émotion de les voir comme un troupeau sans berger. Il se met à les instruire. Avec l’heure tardive, les disciples s’inquiètent et suggèrent de les renvoyer mais Jésus leur dit de leur donner à manger. Ils ramassent ce qu’ils peuvent et c’est trop peu. Jésus dit aux disciples de les faire asseoir par groupes. Puis il prend le pain, fait la bénédiction, rompt le pain et le donne aux disciples pour le faire distribuer. Tous mangent à leur faim et il reste douze paniers.

Jésus a pitié de la foule: c’est sa première réaction. Le mot employé est très fort: il traduit une émotion viscérale. Il la voit comme des brebis sans berger. L’image du berger comporte deux aspects qui vont revenir dans le texte. D’abord, des brebis sans berger ne sont pas un troupeau. C’est le berger qui rassemble un troupeau. Ensuite, la vie du troupeau dépend du berger pour trouver de la nourriture et de l’eau. C’est ce que le Christ veut apporter: une nourriture qui donne la vie et qui rassemble un peuple nouveau.

Les gens sont venus pour l’entendre: ils ont la faim de ses paroles. Jésus se met à les instruire. Il leur parle certainement longuement puisque c’est l’approche du soir qui inquiète les disciples: il faut que cette foule se mette en marche pour aller trouver de la nourriture quelque part. Mais Jésus leur donne la tâche de leur donner à manger indiquant par là que les disciples devront continuer son œuvre. Tout ce que trouvent les disciples c’est cinq pains et deux poissons. C’est trop maigre et pourtant c’est avec cela que Jésus va nourrir la foule. Il a toujours besoin de cette pauvre contribution des disciples et, avec elle, il va faire des miracles. Mais auparavant, il veut faire une autre chose.

Il dit à ses disciples de rassembler la foule en groupes de cinquante et de cent. Juste avant notre texte, la mention d’un lieu désert où allait Jésus avec ses disciples suggérait qu’il allait peut-être faire un geste qui rappellerait Israël au désert. Or, à la sortie d’Égypte, les Hébreux étaient accompagnés d’un ramassis de gens (Ex.12,38): il étaient une foule mais pas encore un peuple. Ce n’est qu’au Sinaï, avec le don de l’Alliance que naîtra le peuple de Dieu composé des douze tribus. En mettant la foule en groupes, Jésus montre qu’il est celui qui rassemble le peuple de Dieu. La mention des douze corbeilles de restes montre que cette foule est maintenant l’image du peuple nouveau dont Israël avait été la préparation et l’image.

Les paroles de Jésus sont suivies de la multiplication des pains. Jésus prend les pains et les poissons, prononce la bénédiction, rompt les pains, les donne aux disciples pour qu’ils les distribuent. Les quatre gestes, prendre, bénir, rompre, donner, sont comme ceux de la dernière Cène où Jésus institue l’Eucharistie.

C’est maintenant dans l’Eucharistie que Jésus rassemble la communauté qui est membre du peuple de Dieu et lui donne la nourriture de sa Parole.

Jean Gobeil SJ 

2021/01/04 – Mt 4, 12-17.23-25

Quand Jésus apprend l’arrestation de Jean Baptiste, il quitte le Jourdain et se retire en Galilée. Il laisse Nazareth pour adopter Capharnaüm comme centre de son rayonnement. Matthieu en profite pour souligner que son séjour en Galilée accomplit une prophétie d’Isaïe au sujet de la Galilée qu’il qualifie de Galilée des nations (ce qui équivaut à carrefour des païens). Jésus proclame que c’est le temps de la conversion parce que le Royaume de Dieu est proche. Notre texte omet le choix des quatre premiers disciples à Capharnaüm pour donner un sommaire de l’activité de Jésus à travers la Galilée: il proclame la Bonne Nouvelle (euaggelion, l’évangile) à travers toute la Galilée en faisant des guérisons. Des grandes foules, venues de partout se mettent à le suivre.

Cette partie de l’évangile de Matthieu est comme une introduction à la vie publique de Jésus. Elle montre à la fois le lien avec le plan de Dieu dans le passé et annonce ce que sera la vie publique de Jésus. Au baptême, il a reçu la manifestation de l’Esprit Saint qui l’a conduit ensuite au désert pour refaire l’expérience d’Israël. Mais là où Israël a manqué de fidélité, Jésus, lui, reste fidèle à sa mission d’être au service de la volonté du Père. Des essais de le détourner de sa mission ne manqueront pas dans le reste de sa vie.

Avec l’arrestation de Jean Baptiste, le rôle de celui-ci est terminé. Il avait prêché la conversion en annonçant l’approche du Royaume de Dieu. Maintenant c’est le rôle de Jésus qui commence. Il doit annoncer la présence du Royaume de Dieu, que Matthieu appelle le Royaume des cieux: par respect pour le nom de Dieu, les Juifs évitent de prononcer ce Nom. C’est cette présence qui est la Bonne Nouvelle.

Au lieu de rester au Jourdain et d’attendre que les gens viennent à lui, Jésus veut aller vers les gens. Il retourne donc en Galilée, réalisant ainsi la prophétie d’Isaïe à propos d’une grande lumière qui apparaîtrait en Galilée pour dissiper les ténèbres. Matthieu répètera 41 fois ce genre de référence aux Écritures pour montrer que Jésus continue le plan de Dieu et vient le réaliser. Ses auditeurs sont des judéo-chrétiens et peuvent apprécier cette continuité entre Jésus et les Écritures. Mais Matthieu semble voir la nécessité de leur rappeler que si Jésus a commencé par s’adresser à Israël il n’a pourtant pas exclu les non-juifs. D’ailleurs, il a déjà souligné que les premiers à reconnaître le Messie ont été des étrangers: les Mages. Ici, il semble souligner que Jésus a commencé par la Galilée des nations et non par la Judée et Jérusalem. La Galilée en effet a eu beaucoup d’infiltration étrangère: elle n’est pas juive cent pour cent et l’orthodoxie des galiléens est toujours suspecte pour les gens de Jérusalem. C’est bien là que Jésus a voulu faire la plus grande partie de sa mission.

Il apporte la Bonne Nouvelle à travers toute la Galilée. Encore là, Matthieu pense peut-être non seulement à la Galilée géographique mais aussi à la Galilée sociale. Il ne refusera pas d’aller chez des pharisiens mais il ira aussi bien manger chez des collecteurs d’impôts. Il se laissera approcher par des gens considérés comme pécheurs ou comme impurs. Aucune barrière sociale ne l’arrêtera. Il est bien celui qui est venu chercher et sauver ce qui était perdu.

Jean Gobeil SJ