Skip to main content

2022/01/01 – Lc 2, 16-21

Répondant à l’annonce de l’ange, les bergers viennent à Bethléem et trouvent Marie, Joseph et le nouveau-né dans une mangeoire. Ils racontent ce que l’ange leur a révélé au sujet de l’enfant. Ceux qui les entendent sont étonnés de leur témoignage. Marie retient et médite dans son coeur tout ce qui arrive. Les bergers repartent en glorifiant Dieu. Le huitième jour, pour la circoncision, on donne à l’enfant le nom que l’ange avait annoncé: Jésus.

La mention de la circoncision souligne que Marie et Joseph observaient fidèlement les prescriptions de la Loi. Cela reviendra à l’occasion de la présentation au temple. Mais ce qui est plus important, c’est que le nom est donné à cette occasion. Le nom représente la personne: ce qu’elle est ou encore la mission que Dieu lui donne. C’est l’ange qui, lors de l’annonce à Zacharie, avait donné le nom de Jean à celui qui serait le précurseur du Messie: c’est Dieu qui suscitait la naissance de Jean Baptiste et c’est lui qui donnait sa mission. De même à l’annonciation à Marie, c’est l’ange qui avait donné le nom de Jésus, un nom qui signifie en hébreu Dieu-sauve. Dans l’annonce aux bergers, c’est la première chose que l’ange dit aux bergers: Un Sauveur vous est né.

Le titre de Sauveur évoque d’abord une libération. Il sera le libérateur du péché, de ce qui sépare de Dieu. C’était un titre qui était donné à l’empereur parce qu’il avait apporté la paix, la Pax Romana. Mais pour Israël la paix, Shalom, doit, pour être complète, inclure la relation avec Dieu, l’accès à Dieu. Jésus sera le Sauveur qui procure l’accès à la vie même de Dieu.

Or, c’est à des bergers qu’est faite la première annonce de la naissance du Sauveur. Les bergers qui vivent avec leurs troupeaux et les conduisent à travers des terres non cultivées mènent des vies bien isolées. Ils ne sont pas considérés comme des gens que l’on doit fréquenter. Ils sont en marge de la société et les rabbins les mettent sur le même pied que les collecteurs d’impôts et les publicains: ils sont dans la catégorie des pécheurs. Dans son premier sermon à Nazareth, Jésus dira qu’il accomplit la prophétie d’Isaïe: il a été consacré pour porter la bonne nouvelle aux pauvres. Il sera toujours proches des petits, des humbles, des marginaux et des exclus de la société. A sa naissance, il est déjà proche des bergers et de leurs bêtes: trois fois on mentionne que le nouveau-né est dans une mangeoire. Il déclarera d’ailleurs: le Fils de l’homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu. (Luc 19,10) Il est vraiment le Sauveur comme son nom de Jésus l’indiquait.

Il faut remarquer que pour Luc ces bergers sont le symbole des disciples de Jésus. Ils ont accueilli la bonne nouvelle. Ils ont répondu à cette annonce en allant à Bethléem. Ils ont proclamé le message qu’ils avaient reçu de l’ange. Ils sont repartis dans la joie en louant Dieu, comme les anges avaient fait. C’est vraiment ce que doivent être des disciples.

Jean Gobeil SJ

 

2021/12/31 – Jn 1, 1-18

La semaine dernière, nous avons fêté la nativité. À ceux et celles pour qui Noël ne signifie pas seulement ripailles et échanges de cadeaux, la liturgie a permis d’entendre le récit de la venue au monde de l’Homme-Dieu. Ils ont chanté les hymnes qui ont ravi l’âme chrétienne pendant des siècles. Et maintenant, l’Église nous invite à intérioriser toute la signification de l’événement commémoré en ce temps de Noël. Pour cela, aucun texte ne serait plus adéquat que le prologue du quatrième évangile. Curieusement, devant le seul texte du Nouveau Testament qui m’envoûte irrésistiblement, comme si l’exaltation mystique de l’auteur sacré était contagieuse, j’ai séché pendant des heures sans rien trouver d’intéressant à dire en guise de commentaire. Plutôt que de produire une réflexion sur ce texte, je l’aurais volontiers appris par coeur pour le déclamer comme un poème. De fait, il ne serait pas exagéré d’affirmer que le prologue de Jean est l’un des sommets de la poésie sacrée de tous les temps.

Je ne suis pas le seul à considérer l’introduction du quatrième évangile comme un bijou sans prix. Ainsi, la théologie féministe contemporaine d’expression française a pris possession de ce texte pour en donner une version qui remplace systématiquement le mot « Verbe » par le mot « Parole ». Cette ruse permet de féminiser même le mot Dieu : « Au commencement était la Parole, et la Parole était tournée vers Dieu, et la Parole était Dieu… » Tout cela me rappelle une fable orientale à propos d’un artiste génial qui, ayant peint un tableau d’une beauté superlative, décida de disparaître dans son œuvre d’art pour l’habiter définitivement, comme si ce n’était pas assez de l’admirer avec les yeux. C’est effectivement plus facile d’habiter le prologue de Jean ou de se laisser imprégner par lui que d’en faire un objet de réflexion.

Que dire de plus après ces aveux? Il me semble que ce texte révèle le code génétique et l’identité complète de celui dont nous célébrons la naissance à Noël. Les deux premiers versets insistent sur sa transcendance et sa divinité. Il était « au commencement ». Ce n’est pas un hasard que sont repris ici les premiers mots de la Genèse. Cela veut dire qu’en un sens, le Verbe n’est pas comme nous qui sommes marqués par la finitude. Il existe hors du temps qui, dans la conception biblique, a un commencement et une fin : en deçà de la création et au-delà du jugement dernier, le temps n’existe pas.

L’affirmation de la divinité du Verbe est tout aussi claire dès le départ : « …et le Verbe était tourné vers Dieu. Et le verbe était Dieu. » Ensuite, le prologue souligne l’idée que le Verbe transcende le cosmos puisqu’il est la parole créatrice, le démiurge, l’artisan qui fit venir le monde à l’existence: « Tout fut par lui, et sans lui rien ne fut. » La métaphore de la lumière qui brille dans les ténèbres revient dans plusieurs versets. Elle sert à renforcer le rôle créateur du Verbe parce que, dans la Genèse, les ténèbres sont associées au tohu-bohu originel.

Cela dit, le prologue de Jean ignore « la logique des solides » qui obéit au principe de la non-contradiction. La transcendance du Verbe n’annule pas toute possibilité d’immanence. Après avoir présenté le Verbe comme le tout Autre, Jean affirme qu’il est devenu l’un d’entre nous : « Et le Verbe s’est fait chair et il a habité parmi nous. » Cette décision inouïe ne signifie rien de moins que l’anéantissement de l’absolu. Les théologiens ont désigné cette annihilation de Dieu en son Fils par un terme savant : kénose. La naissance du Verbe est le premier acte d’un processus qui mènera vers la passion, vers la mort de l’Homme-Dieu. Cela rappelle un thème très récurrent dans l’histoire des religions, celui de « la divinité assassinée » pour que les humains aient la vie (ou le salut). Ce drame est clairement évoqué dans les versets 11 et 12 : « … et le monde ne l’a pas reconnu… et les siens ne l’ont pas accueilli… ».

La passion ainsi annoncée signifie une chose et son contraire. Le Verbe s’est anéanti par amour. En lui Dieu s’est épris de l’humanité et a pris plaisir à nous approcher, à dresser sa tente parmi nous. Mais dans l’amour il n’y a pas que le côté délicieux. L’aventure coûtera au Verbe un prix presque impossible à payer : elle le conduira jusqu’à la croix. Jean-Baptiste, le précurseur du Verbe prédit cette tragédie : « Voici l’agneau de Dieu », l’agneau promis au sacrifice, aux noces de sang. Mais dans le quatrième évangile, l’anéantissement et l’exaltation coïncident, la mort, la résurrection et l’ascension sont concomitantes : « Quand je serai élevé de terre, j’attirerai tout à moi. »

Melchior M’Bonimpa

 

202/12/30 – Lc 2, 36-40

Lors de la présentation de Jésus au temple, le vieillard Syméon, un homme juste et pieux, l’a accueilli et il a prononcé son chant d’action de grâce. Luc ajoute maintenant le témoignage d’une femme de quatre vingt quatre ans qui est une prophète et qui servait Dieu par ses prières au temple. Elle loue Dieu et parle de l’enfant à tous ceux qui attendaient la délivrance de Jérusalem. Les parents retournent ensuite à Nazareth où Jésus grandit, rempli de sagesse et de la grâce de Dieu.

Pour Luc, la présentation de Jésus au temple est importante. C’est une nouvelle présence de Dieu qui réalise la prophétie de Malachie : Voici que je vais envoyer mon messager pour qu’il fraye un chemin devant moi. Et soudain il entrera dans son sanctuaire le Seigneur que vous cherchez. (Mal.3,1)

Depuis l’Annonciation, la présence de l’Esprit Saint s’est manifestée plusieurs fois. Elle se manifeste de nouveau pour le vieillard Syméon, un homme juste et pieux qui attendait la consolation d’Israël et l’Esprit Saint reposait sur lui. Il vint au Temple poussé par l’Esprit au moment où Marie arrivait avec son petit enfant et il le reçut dans ses bras. Il fait ensuite sa prière de louange au Seigneur.

Syméon n’est pas un membre du personnel du Temple. Il n’y en a aucun de mentionné d’ailleurs pour accueillir l’enfant Jésus. Luc ajoute un autre personnage pour faire cet accueil, Anne, une prophète qui était assidue à servir Dieu dans la prière au Temple. Elle survient elle aussi juste à ce moment: elle loue Dieu. Luc ajoute qu’elle parlait de l’enfant à tous ceux qui attendait la délivrance de Jérusalem c’est-à-dire à tous ceux qui étaient ouverts à la venue du Messie. Elle joue ainsi le rôle d’une disciple missionnaire. Luc soulignera dans son évangile les présences féminines parmi ceux qui suivaient Jésus. Ce seront des femmes aussi qui viendront annoncer la résurrection aux apôtres et Luc donnera même leur nom: Marie de Magdala, Jeanne et Marie, mère de Jacques.

Luc conclut l’évangile de l’enfance en mentionnant le retour à Nazareth et la croissance normale de Jésus, rempli de sagesse et de la grâce de Dieu.

Jean Gobeil SJ

2021/12/29 – Lc 2, 22-35

Les parents de Jésus vont au temple pour remplir les obligations de la purification de la mère et de la consécration du premier-né à Dieu. Poussé par l’Esprit, Syméon, un homme juste et religieux qui attendait le Messie, vient au temple au moment où les parents de Jésus y entraient. Il prend l’enfant dans ses bras et adresse à Dieu une prière d’action de grâce. Puis il bénit les parents et dit à Marie que son fils sera un signe de division puisqu’il sera la cause du relèvement et l’occasion de la chute d’un grand nombre. Elle-même aura le coeur transpercé.

La Loi est mentionnée trois fois dans le texte comme pour souligner que les parents de Jésus observent fidèlement les prescriptions de la Loi. Jésus lui-même dira qu’il n’est pas venu abolir la Loi ou les prophètes (Matthieu 5,17). Ceci indique que les actions et la personne de Jésus font partie du plan de Dieu et se relient donc avec l’action de Dieu dans le passé.

C’est pour observer cette Loi que les parents de Jésus viennent faire la consécration du premier-né et la purification de la mère. Mais pour observer ces deux rites, il n’est nullement nécessaire de se présenter au temple. La mention du temple est donc là pour attirer notre attention. L’annonce de la naissance de Jean Baptiste est le commencement de l’histoire de Jésus. C’est au temple que tout commence, alors que le peuple est en prière et que Zacharie va faire brûler du parfum dans le sanctuaire. Avec la Présentation ici, le temple est encore significatif. Il reviendra une troisième fois dans l’évangile de l’enfance avec le recouvrement de Jésus au temple. Voilà pour le commencement de l’évangile. Mais le temple revient dans la conclusion de l’évangile. Après l’Ascension, les disciples retournèrent à Jérusalem en grande joie, et ils étaient constamment dans le temple à louer Dieu. (Luc 24,52-53)

Comme les trois mentions de la Loi dans notre texte, le temple, qui était à l’origine le lieu où était gardée l’arche d’alliance, rappelle l’histoire de l’action de Dieu pour son peuple. A cause de cela, il était l’endroit d’une certaine présence de Dieu. Les psaumes diront que du fond du temple Dieu entend la plainte du malheureux.

Or, au temps de Jésus, on attendait qu’avec la venue du Messie il y ait une nouvelle présence de Dieu dans son temple. Le prophète Malachie avait dit: Soudain il entrera dans son sanctuaire, le Seigneur que vous cherchez. (Mal.3,1) La Présentation réalise cette attente. Il y a une nouvelle présence de Dieu. Elle se manifeste à quelqu’un qui n’est pas un membre du personnel du temple: Syméon. Il est décrit comme un homme juste et religieux, quelqu’un qui est fidèle à la Loi et à la prière. Il représente tous ces humbles et ces petits qui attendaient le Messie dans la fidélité. Pour lui, avec la venue de l’enfant, l’Esprit le conduit vers lui pour l’accueillir et pour recevoir la joie de sa présence.

Jean Gobeil SJ

2021/12/28 – Mt 2, 13-18

Dans notre humanité corrompue par le péché, l’injustice et la violence, ce sont les êtres les plus fragiles qui sont les victimes. Pensons aux enfants devenus soldats malgré eux, qu’on oblige à tuer et … à se faire tuer, à ceux qui doivent travailler dans des conditions révoltantes, … Le monde ancien n’était pas meilleur que le nôtre, il écrasait les enfants d’une manière encore plus cruelle. Quand on ne s’en était pas débarrassé avant leur naissance, on les abandonnait souvent. Chez les Romains, la coutume voulait qu’on dépose l’enfant nouveau-né sur les genoux de son père, qui décidait si son enfant vivrait ou non.

Dans cette veine de la violence et de la cruauté, Hérode dépassait les tyrans de son époque. Comme tous les ambitieux, il était hanté par le soupçon et il éliminait sans hésitation toutes les personnes qu’il soupçonnait, même celles qui lui étaient les plus proches. C’est ainsi qu’il fit exécuter sa belle-mère, son épouse et trois de ses fils. Pour l’évangéliste Matthieu, Hérode réincarne le terrible pharaon, qui, au temps de Moïse, voulait exterminer, par un génocide programmé, tous les enfants mâles des Juifs.

Consultées par Hérode, les autorités juives avaient indiqué exactement le lieu où le Messie devait naître, mais personne d’entre eux ne s’est déplacé. Ce sont des étrangers, les Mages, qui ont cru et qui ont manifesté leur foi par leur démarche. Ces autorités juives, associées ici à Hérode, préfigurent celles qui rejetteront et condamneront à la crucifixion le Christ Jésus.

Les enfants de Bethléem, massacrés par Hérode, nous rappellent les bébés juifs que le pharaon noyait dans le Nil. Pourquoi célèbre-t-on leur sainteté, alors qu’ils ne étaient ni conscients, ni libres pour croire en Dieu et en son Envoyé? Très tôt, la piété populaire, confirmée par l’Église, a célébré leur mémoire en les déclarant « Saints Innocents. » Nous oublions trop facilement que nous ne sommes pas des êtres isolés, indépendants, repliés sur nous-mêmes. Ces enfants se rattachaient inconsciemment au Sauveur qui venait de naître parmi eux. Ils étaient solidaires, associés au Christ Jésus, et participaient par avance à sa passion.

En dépit de ce stratagème d’Hérode et de ce massacre répugnant, la cruauté de la violence et de la haine n’aura jamais le dernier mot. La sagesse et l’amour de Dieu l’emportent toujours sur la force brutale. Par son ange, Dieu déjoue le stratagème du tyran. Il ordonne à Joseph de partir avec « l’enfant et sa mère » pour l’Égypte, la terre traditionnelle des réfugiés. Mais il ne lui donne pas d’autres précisions, sur l’endroit exact de son séjour et sur le temps de cet exil. Joseph ne pose pas de questions, il obéit, modèle de disponibilité, qui accomplit exactement ce que l’ange lui a ordonné. Le salut dépend toujours de cette parfaite confiance dans le plan mystérieux de Dieu.

À son retour d’Égypte, Jésus réactualise l’Exode de son peuple, que Dieu a délivré de la terre de l’esclavage, pour l’orienter à travers le désert vers la liberté, vers la Terre promise. Dans cette citation du prophète Osée (11,1), le Seigneur prend son peuple près de lui et lui donne le titre de « Mon Fils ». En appliquant cette déclaration divine à Jésus, Matthieu veut signifier que le Christ est le peuple de Dieu, qu’il l’incorpore en lui, pour cheminer avec lui vers la Terre promise, la terre de la liberté, de la vie et du bonheur.

En conclusion, Matthieu rappelle la prophétie du prophète Jérémie (31,15), qui décrit la tragédie des Juifs exilés à Babylone, sur lesquels leur mère, Rachel, se lamente. Jésus prend sur lui toutes les misères, toutes les souffrances, celles des exilés et celles des mères éprouvées par la violence et la cruauté. Les mères des « Saints Innocents » et toutes celles et ceux qui ont mis leur confiance en Dieu semblent écrasés et vaincus par les violents, comme le Christ condamné et exécuté. Mais la réponse de Dieu éclatera dans la résurrection de Jésus, qui prouvera que son amour n’est jamais vaincu. Les exilés de Babylone et tous ceux qui gisent loin de Dieu reviendront dans la Terre, dans la patrie qu’il leur avait promise.

Jean-Louis D’Aragon SJ

 

 

2021/12/27 – Jn 20, 2-8

Pour commémorer l’apôtre Jean, la liturgie nous présente aujourd’hui le disciple bien aimé de Jésus, qui accompagne Simon-Pierre au sépulcre de Jésus. Très tôt, la tradition de l’Église a identifié ce disciple avec l’apôtre Jean, l’auteur du quatrième Évangile. Dans le présent passage, il apparaît supérieur à Pierre, parvenant le premier au tombeau de Jésus et il est le premier qui croit à la résurrection, alors qu’on ne dit rien de la foi de Pierre.

Après le sabbat, Marie se rend très tôt au tombeau, entre trois et six heures du matin. Elle ne vient pas pour compléter l’ensevelissement, comme le mentionnaient les trois autres évangiles, mais par amour et fidélité à son Maître. Elle ne croit pas encore à la résurrection de Jésus, même après avoir vu le tombeau vide. Pensant à la violation du tombeau, comme il survenait parfois à l’époque, elle court prévenir les deux disciples: « On a enlevé le Seigneur de son tombeau, et nous ne savons pas où on l’a mis. » Le pluriel « nous » laisse entendre que Marie n’est pas seule, même si l’évangéliste concentre son attention sur elle.

L’association de Pierre et du disciple bien aimé apparaît pour la première fois au repas d’adieu de Jésus (Jn 13, 23; comp. 21, 7.20-23). Ce disciple « courut plus vite que Pierre », manifestant mieux que Pierre sa fidélité et sa générosité à l’égard de son Maître. Il laisse Pierre entrer dans le sépulcre, qui en examine l’intérieur et constate que tout est en ordre, bien plié, ce que n’auraient certainement pas fait des violeurs de tombeau, qui craignaient la peine de mort, s’ils étaient pris. Pourtant on ne dit rien de la foi de Pierre face à ces indices.

Le disciple bien aimé entre à son tour dans le sépulcre, en examine comme Pierre l’intérieur et devient le premier et le modèle de tous les croyants: « Il vit et il crut ». Il voit des détails secondaires, les bandelettes d’un côté et le suaire roulé à part. Tel fut le signe que Dieu lui présenta pour susciter sa foi. De même, il sera le premier à reconnaître le Seigneur au bord du lac, après le signe de la pêche miraculeuse (21, 7).

Le disciple voit et comprend le message contenu dans ces quelques signes. La révélation de Dieu s’incarne dans notre histoire et dans notre monde par des signes, dont le centre et le coeur est la personne de Jésus, à la fois parfaitement homme (la dimension visible du signe) et Dieu (le sens contenu dans le signe). Tout ce qui vient du Christ Jésus contient cette double dimension, ils sont des symboles qui nous suggèrent la révélation de Dieu.

Dieu nous parle constamment dans l’histoire en général et dans notre histoire personnelle par des signes. Il faut être attentif pour les entendre et les comprendre. Le roi Charles VII, jaloux de Jeanne d’Arc, se plaignait: « Pourquoi vos voix vous parlent-elles, et non à moi? » Et Jeanne de répondre naïvement: « Elles vous parlent, mais vous n’écoutez pas. » Telle est la leçon que le disciple bien aimé enseigne à tous les chrétiens et à tous les humains : s’oublier soi-même et ses préoccupations pour entendre et comprendre la Parole. « Il vit et il crut » résume pour l’Évangéliste l’essentiel de l’attitude chrétienne. « Voir » les signes, les interpellations de Dieu dans le domaine sensible de notre histoire. « Croire » que Dieu est présent et nous parle dans ces signes.

Jean-Louis D’Aragon SJ