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2022/03/05 – Lc 5, 27-32

Jésus voit un collecteur d’impôts du nom de Lévi assis à son bureau de publicain.  Il lui dit : Suis-moi.  Et il se mit à le suivre.  Il offrit un grand repas pour Jésus.  Il y avait de nombreux publicains comme invités et d’autres gens aussi.  Les pharisiens et les scribes protestaient auprès des disciples parce qu’ils mangeaient avec des publicains et des pécheurs.  Jésus leur répondit que ce n’était pas les gens en bonne santé qui avaient besoin du médecin, mais les malades et qu’il était venu appeler à la conversion non pas les justes mais les pécheurs.

La première partie du récit décrit l’appel d’un disciple à suivre Jésus et sa réponse est immédiat. Il se mit à le suivre.  Le temps du verbe utilisé par Luc (imparfait) indique que la réponse n’a pas été seulement l’affaire d’un moment précis, seulement à cette occasion, mais bien qu’il est devenu quelqu’un qui suivait Jésus, qui était un disciple.  Mais le point qui attire l’attention est la profession de ce Lévi : il est un collecteur de taxe.  Il est à Capharnaüm, assis à son bureau à l’extérieur, et collecte vraisemblablement des frais de douane pour les denrées qui viennent de la Syrie et pour le poisson qu’on exporte.

Les publicains, à cause de leurs contacts avec toutes sortes de gens et avec des étrangers, sont considérés comme impurs par les Pharisiens.  Ils sont mis dans le même sac que les pécheurs publics et sont en marge de la société.  Il faut éviter de les fréquenter et il n’est pas question de s’associer à eux dans une occasion aussi intime qu’un repas.  Jésus fait donc quelque chose d’exceptionnel en introduisant parmi ses disciples un publicain.

Or, pour Luc, dont les auditeurs sont des grecs, c’est-à-dire des païens convertis, ces différentes sortes de marginaux, plus ou moins exclus de la société juive, ont eu une place importante dans la vie de Jésus.  Comme les autres évangélistes, il mentionnera tous ces malades impurs que Jésus laisse approcher et même ce lépreux que Jésus touchera.  Mais il aura ces exemples qu’il est seul à mentionner.  Il y aura Zachée, de Jéricho, ce publicain très riche, qu’il fera descendre de son arbre pour aller chez lui.  Il y aura ce Samaritain que Jésus choisit comme exemple de charité dans une parabole.  Pour les Juifs, il n’y a pas de bon Samaritain : ils sont tous des hérétiques.  Il y aura ce centurion de Capharnaüm, un païen, dont le serviteur est malade.  Luc souligne qu’il doit être vraiment bon pour avoir payé pour la construction de la synagogue.  Il y a enfin une catégorie de personnes qui ne sont pas exclues de la société mais qui ne sont pas très importantes et qui ne seraient pas admises à suivre un rabbin : des femmes.  Non seulement Luc mentionne ces femmes qui suivaient Jésus mais encore il donne leurs noms et ajoutent qu’elles les assistaient de leurs biens.  Il les mentionne au Calvaire en ajoutant qu’elles avaient suivi Jésus depuis la Galiléé…comme les autres disciples.  On les retrouve à surveiller la sépulture de Jésus.  Elles seront les premières à annoncer la résurrection aux autres disciples.  Au calvaire, il y avait le bon larron à qui Jésus avait déclaré : En vérité, je te le dis, aujourd’hui tu seras avec moi dans le Paradis.

La seconde partie de notre texte parle de Lévi.  Il veut célébrer son appel à être disciple.  Il offre un grand festin à Jésus.  Ses invités sont évidemment des gens qu’il pouvait fréquenter : d’autres marginaux et des publicains.  C’est ce qui amène la troisième partie du texte, la controverse.

Des Pharisiens et des scribes se rendent compte que Jésus mange et boit avec des gens qu’il ne convient pas de fréquenter.  Ils protestent auprès des disciples.  Jésus lui-même leur répond d’abord en se comparant à un médecin qui va auprès des malades.  Puis il ajoute une déclaration qui révèle le cœur de sa mission : Je suis venu appeler non ps les justes mais les pécheurs pour qu’ils se convertissent.

Il répètera cela à la fin de l’épisode de Zachée, cet autre publicain chez qui il s’était invité à manger : Le Fils de l’homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu. (Luc 19, 10)

Jean Gobeil SJ 

2022/03/04 – Mt 9, 14-15

Des disciples de Jean Baptiste viennent demander à Jésus pourquoi ses disciples ne jeûnent pas comme eux et comme les Pharisiens. Jésus répond que sa présence a priorité sur des pratiques de pénitence.

Il y avait des jeûnes obligatoires pour les Juifs à certains moments de l’année. Mais les Juifs pieux pouvaient aussi pratiquer des jeûnes occasionnels. Le jeûne, la prière et l’aumône constituaient trois pratiques religieuses importantes: elles sont mentionnées dans le sermon sur la montagne. Les Pharisiens et les disciples de Jean avaient aussi leurs jours de jeûne propres à leur groupe.

Les disciples de Jean Baptiste sont probablement agacés par le contraste entre la façon de vivre de Jésus et celle de leur maître. Jean Baptiste qui se présente comme un ascète sorti du désert proclame avec sévérité l’approche d’un jugement alors que Jésus et ses disciples ne refusent pas les repas qu’on leur offre.

La réponse de Jésus est de dire que sa présence est comme celle de l’Époux: c’est un temps de noces et de réjouissance. Lorsqu’il ne sera plus visiblement présent, on pourra revenir à ces pratiques que Jésus évite ainsi de condamner. Pourtant, juste après notre texte, l’image qu’il emploie du vin nouveau qui ne doit pas être mis dans de vieilles outres sinon et le vin et les outres sont perdus peut diminuer l’importance du jeûne. Cela pourrait justifier les églises primitives de ne pas donner autant d’importance que les Juifs à la pratique du jeûne. L’Époux est visiblement absent mais il a assuré les disciples de sa présence.

L’accueil de cette présence demeure plus important que des pratiques particulières.

Jean Gobeil SJ 

 

2022/03/03 – Lc 9, 22-25

La première lecture aujourd’hui reproduit l’exhortation divine qui conclut les cinq livres de la Loi, le Pentateuque (Deut 30, 15-20). Après avoir décrit en détail les préceptes qui expriment sa volonté, le Seigneur dit qu’il offre deux chemins à son peuple et à tout être humain : celui du bonheur et de la vie ou celui du malheur et de la mort. Les préceptes de la Loi n’ont pas pour but de condamner ou d’humilier l’homme, mais de l’éclairer sur la voie du bonheur et de la vie, en l’associant à la volonté de Dieu. Ce projet divin vise uniquement l’épanouissement et la joie de son peuple. Après avoir indiqué les deux voies possibles, le Seigneur lance cet appel d’amour : “Choisis donc la vie pour que vous viviez, toi et ta descendance, en aimant le Seigneur ton Dieu et en écoutant sa voix.”

Mais ce chemin du Seigneur paraît rebutant, alors que la désobéissance pour défendre son autonomie séduit l’humanité. C’est la tentation que le monde fait sans cesse miroiter : l’argent et les plaisirs. Telle est la voie large et facile, mais Jésus nous affirme qu’elle ne mène pas au Royaume de Dieu, elle conduit, au contraire, à sa perte celui qui la prend. Le chemin du Christ, suivant la volonté de son Père, c’est celui qui va vers la croix. Quelle stupidité apparente !

Première annonce de la Passion

Jésus prévoit et annonce ici pour la première fois la fin tragique de sa mission. Cette prédiction se situe après la proclamation de Pierre que Jésus est le Messie. Mais quel Messie ?  Un chef militaire, victorieux des Romains, celui qui libérera son peuple de l’humiliation et de la servitude ? Le Christ répondrait ainsi à l’espoir de Pierre et du peuple d’Israël. Ce serait la voie large et facile, celle que le diable proposait à Jésus dans l’ultime tentation, lorsqu’il lui offrait tous les royaumes du monde et leur gloire (Mt 4, 8-10).

Jésus est lucide et prévoit l’issue tragique de son ministère. L’exécution de Jean Baptiste lui montre le sort qui l’attend. Les autorités de Jérusalem se préoccupent et s’inquiètent à son sujet. Ils ont envoyé des docteurs de la Loi pour scruter son enseignement et pour juger ses actions. Jésus s’est montré libre à l’égard des traditions que les Pharisiens ont multipliées pour protéger le peuple des influences païennes, mais le fardeau de ces traditions étouffe les gens. Le Christ veut libérer son peuple et il critique ces traditions au point d’irriter ses adversaires, qui ne voudront pas le tolérer longtemps.

“Le Fils de l’homme” est ce personnage glorieux envoyé par Dieu pour sauver son peuple soumis à la persécution du roi Antiochus Épiphane, l’an 167 av. J.C. (Daniel, 7, 13s). Jésus s’attribue ce titre et affirme par là qu’il est le Sauveur d’Israël, l’espérance de son peuple. Mais Dieu veut sauver son peuple et toute l’humanité d’une manière déconcertante, par “la folie de la croix”, dira saint Paul (1 Cor 1,18). “Les anciens, les chefs des prêtres et les docteurs de la loi”, c’est-à-dire le Sanhédrin, l’autorité suprême, l’élite entière d’Israël le condamnera. Mais la mort ne sera pas l’issue finale, dans laquelle sombrerait le Christ. L’humanité pécheresse et homicide n’aura pas la victoire finale. De la mort, Dieu ramènera “le Fils de l’homme” et tous les siens dans la gloire d’une vie nouvelle.

Disciples du Fils de l’homme

Après cette annonce de sa passion, Jésus s’adresse “à tous”, donc à nous aujourd’hui, et non pas seulement à ses disciples. Pour nous sauver, le Christ nous incorpore comme ses membres dans sa personne. Dans la prophétie de Daniel, c’est “le peuple saint”, celui qui participe à la sainteté de Dieu, que “le Fils de l’homme” vient sauver de la persécution et de la mort.

Cette union de chacun de nous avec “le Fils de l’homme” a pour conséquence notre participation à sa destinée, à la route étroite et difficile qu’il a parcourue. La croix du Christ, au terme, signifie le dénuement complet, le renoncement à tout pour être libre d’accueillir l’amour de Dieu. Cette conversion, qui consiste à renoncer à tout ce qui nous détourne du chemin qui nous conduit vers Dieu et nous élève à Lui, se réalise peu à peu, “chaque jour”. C’est la croix qu’il faut porter sans cesse jusqu’au don total et final de soi-même, pour répondre à l’amour divin.

Jésus remet sous nos yeux les deux voies qui s’offre à chacun(e) de nous. “Sauver sa vie”, c’est se cramponner à ce qu’on pense posséder présentement, aux biens qu’on accumule pour s’enfermer dans une apparente sécurité. C’est se contenter des plaisirs superficiels, de tout ce qui passe si vite, que la mort montrera comme vanité et fumée. Se replier sur soi-même, penser “sauver sa vie”, c’est la perdre. Cultiver l’égoïsme. C’est s’enfermer dans sa solitude, dans une sclérose qui aboutit à la mort définitive. À François Xavier qui cultivait l’ambition de devenir un éminent universitaire, Ignace de Loyola répétait souvent l’avertissement du Christ : “Que sert à l’homme de gagner le monde entier, s’il se perd lui-même?” Ce rappel salutaire qui provoqua la conversion de François !

Conclusion

Nous sommes des pèlerins sur cette terre, des voyageurs, qui ne peuvent ni s’arrêter, ni s’installer, ni surtout se noyer dans la vie présente. Que nous le voulions ou non, le temps nous entraîne, nous avançons sans souvent nous en rendre compte. Serait-il sage de marcher sans connaître la fin du voyage et, surtout, sans prévoir le but de notre pèlerinage ?

Jean-Louis D’Aragon SJ

2022/03/02 – Mt 6, 1-6.16-18 – Mercredi des Cendres

…Si vous voulez vivre comme des justes, évitez d’agir devant les hommes pour vous faire remarquer… Ainsi quand tu fais l’aumône, ne fais pas sonner de la trompette devant toi. …Mais toi quand tu fais l’aumône que ta main gauche ignore ce que fait ta main droite, afin que ton aumône reste dans le secret; ton Père voit ce que tu fais en secret; il te le revaudra. … Et quand vous priez, ne soyez pas comme ceux qui se donnent en spectacle.   Mais toi, quand tu pries, retire-toi au fond de ta maison, et prie ton Père qui est présent dans le secret; ton Père voit ce que tu fais dans le secret; il te le revaudra. … Et quand vous jeûnez, ne prenez pas un air abattu, comme ceux qui se donnent en spectacle. … Mais toi, quand tu jeûnes, parfume-toi la tête et lave-toi le visage; ainsi, ton jeûne ne sera pas connu des hommes, mais seulement de ton Père qui est présent dans le secret; ton Père voit ce que tu fais en secret; il te le revaudra.

L’aumône, la prière et le jeûne sont trois pratiques fondamentales de la piété juive. Elles garderont de l’importance pour les premiers chrétiens.

L’aumône était souvent considérée comme une oeuvre de justice plutôt qu’une oeuvre de charité: on ne donnait pas en faisant l’aumône; on s’acquittait plutôt d’une dette qui finalement était vis-à-vis de Dieu. Cette perspective de l’aumône et de l’aide à quelqu’un dans le besoin est passée dans l’Islam où elle se retrouve encore aujourd’hui. Au temps de Jésus, le nombre de gens très pauvres était particulièrement important et l’aumône représentait la seule forme d’aide sociale.

Ceux qui pouvaient faire une aumône un peu importante pouvaient en profiter pour se faire valoir: Jésus les appelle des hypocrites, ce qui vient d’un mot grec signifiant des acteurs.

A part les prières reliées au culte, les prières individuelles ont une longue tradition dans la religion juive. Le meilleur exemple sont les psaumes. Beaucoup des psaumes, au départ ont été des prières individuelles qui ont d’ailleurs souvent gardé des traces de détresse, d’impatience ou de révolte devant l’injustice de situations particulières. Les détails de la situation historique ont été perdus quand la prière individuelle a été adoptée par la communauté. Par ailleurs, différents groupes pouvaient avoir leurs propres prières. Jean Baptiste avait montré des prières à ses disciples. C’est ce qui a amené les disciples de Jésus à lui demander de leur montrer à eux aussi comment prier. Jésus lui-même a prié, dans le secret, comme il le recommande dans notre texte.

Enfin, le jeûne était une forme de piété dans les moments de deuil, dans les moments de détresse nationale ou même dans la vie courante.

Jésus donne les conditions et l’esprit qu’il faut avoir pour que ces pratiques soient vraiment religieuses. D’abord elles doivent avoir pour but uniquement Dieu. Quand elles se terminent à un avantage personnel, elles ne sont plus religieuses. Ceux qui se servent des pratiques religieuses pour eux-mêmes, Jésus les appelle des hupocritès, des acteurs.

La seconde condition est contenue dans la mention du secret: donner en secret, prier dans le secret, le Père qui est là et qui voit dans le secret. L’expression suggère une connotation d’intimité. Dans ces actions faites pour Dieu, il y a une présence de Dieu qui veut une rencontre intime, personnelle.

C’est à cette présence que le juste doit chercher à s’ouvrir par ces pratiques de piété.

Jean Gobeil SJ 

2022/03/01 – Mc 10, 28-31

Pierre déclare à Jésus: Voilà que nous avons tout quitté pour te suivre. C’est une sorte de question. Jésus répond: Qui aura quitté des parents, une maison ou une terre recevra dès maintenant au centuple parents, terre, maison et des persécutions et dans le monde à venir la vie éternelle. Beaucoup de premiers seront les derniers et les derniers seront les premiers.

Ce texte est à relier à ce qui précède. Jésus a offert à un jeune homme riche de le suivre à condition de se dégager de ses richesses. Le jeune homme, incapable de faire cette séparation, s’en est allé tout triste. Jésus, alors, a déclaré qu’il était plus facile à un chameau de passer à travers le trou d’une aiguille qu’à un riche d’entrer dans le Royaume de Dieu. C’est une façon imagée (et peut-être humoristique) de dire que c’était impossible. Les disciples sont consternés et demandent qui sera alors sauvé. Jésus répond que ce qui est impossible aux hommes est possible à Dieu. Dieu seul peut sauver, répètera Paul. Et pour suivre Jésus,.il faut le suivre, lui: car on ne peut le suivre en restant attaché à un autre maître, a déclaré Jésus. Il a illustré cela de différentes façons.

Le premier appel des disciples a été: Viens et suis-moi. Pour le suivre dans ses missions en Galilée comme Jacques et Jean, ils ont dû abandonner bateau, filets et père (Marc 1,9).Ensuite, quand il les a envoyés en mission, il leur a défendu de compter sur des sécurités matérielles (Marc 6,8). Ils doivent être détachés et libres pour être au service d’un seul Maître.

Tous ces exemples servent de rappel aux premiers chrétiens comme les lecteurs de Marc. La conversion, pour eux, a parfois sinon souvent, exigé des ruptures avec le clan ou la famille. Par contraste avec le jeune homme riche qui n’a pu faire une telle séparation Pierre pose la question: Et nous, qui avons tout quitté pour te suivre, qu’est-ce qu’on a?  A-t-il quitté réellement tant que cela? Nous y reviendrons mais Jésus répond quand même.

Sa réponse veut attirer l’attention de Pierre sur ce qu’il a reçu. Ils ont parents, maison, terre au centuple…Des images qui montrent qu’ils ont reçu un amour que Dieu seul peut donner et qu’il déborde les anciennes limites. Il peut demander une rupture mais la loi de l’amour du prochain n’est pas disparue. Et, par ailleurs, il peut demander une rupture mais une exclusion n’est pas toujours nécessaire, comme on peut le voir avec Pierre.

Jésus a demandé à Pierre de le suivre mais ne lui a pas demandé de vendre son bateau puisqu’après la résurrection Pierre y est revenu pour aller pêcher. Et c’est en revenant de la pêche qu’il a vu quelqu’un qui l’attendait sur la rive. Il finit par reconnaître le Seigneur qui lui demanda d’apporter quelques-uns de ses poissons. Bien sûr, pour le suivre, Pierre avait abandonné sa maison à Capharnaüm, et sa belle-mère… mais son épouse? Il semble bien que, du temps de Paul, elle l’accompagnait dans ses missions, puisque ce dernier dit aux Corinthiens:

N’avons-nous pas le droit d’emmener avec nous une femme chrétienne, comme les autres apôtres, et les frères du Seigneur et Céphas (Pierre)?    (1 Cor,9,5)

Mais, pour Pierre, elle n’enlevait certainement pas la première place à  Jésus.

Jean Gobeil SJ

2022/02/28 – Mc 10, 17-27

On pourrait appeler notre texte “l’histoire d’une vocation”. Un homme vient à Jésus et l’empêche de partir. Il s’agenouille devant lui ce qui est un signe d’une vénération bien spéciale et lui dit:

“Bon Maître, que dois-je faire pour avoir la vie éternelle?”

Jésus lui fait la remarque qu’il n’y a que Dieu qui est bon. C’est peut-être pour lui rappeler que “les choses à faire” ne sont rien en elles-mêmes: elles n’ont d’importance que dans leur relation à Dieu.

Jésus lui cite alors la partie du décalogue qui concerne les devoirs vis-à-vis du prochain en ajoutant le résumé: “ne fais de tort à personne”.

L’homme répond qu’il a toujours fait cela.

Il est donc un bon Juif, religieux et fidèle à observer les commandements de Dieu.

“Alors Jésus le regarda et se mit à l’aimer.”

Comme dans l’Alliance avec Israël, l’amour de Dieu a toujours précédé sa parole et son action de salut. Il a évidemment précédé la réponse d’Israël. Ici, l’amour de Jésus précède l’appel qu’il va faire: “Viens et suis-moi.”

Cet appel n’est pas fait à tout le monde mais bien à un particulier. C’est le même appel qui a été fait à Simon et André qui ont aussitôt laissé leurs filets, de même pour Jacques et Jean qui ont quitté leur père et leur barque. Ici, son appel est très exigeant mais cette exigeance sera retenue dans l’Eglise primitive: le partage des biens au service des pauvres de la communauté sera considéré comme quelque chose d’essentiel.

On découvre après l’appel de Jésus que cet homme était très riche. Les richesses ne sont pas présentées comme une mauvaise chose ou comme une faute mais elles empêchent cet homme de répondre à l’appel: il n’est pas libre à cause d’elles.

Le sens global du récit n’est pas l’abandon des richesses mais plutôt l’attachement à Jésus qui doit être primordial. L’homme était un bon Juif, fidèle à observer le décalogue et qui n’avait rien fait de mal. Mais Jésus demande plus, un dépassement pour s’attacher à lui-même.

L’attachement aux richesses sont pour Jésus un obstacle insurmontable pour les seules ressources humaines. Mais pour Dieu, déclare Jésus, il n’y a rien d’impossible. Dieu peut pourvoir à la libération qui permettra le don total au Christ.

Jean Gobeil SJ