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2021/05/08 – Jn 15, 18-21

La haine du monde

Jésus annonce cette vérité centrale à ses disciples: leur mission prolongera celle de Jésus et leur existence sera semblable à la sienne, avec les mêmes traits. Inséré dans la personne du Fils de Dieu par sa foi, tout disciple partage la vie et la destinée de son Seigneur.

Auparavant la pensée de Jésus visait les relations entre ses disciples (15,1-17). Maintenant son regard s’étend à l’extérieur de la communauté chrétienne, vers le monde. À l’amour qui doit régner à l’intérieur s’oppose la haine du monde, qui ne peut accepter que ce qui lui ressemble. Par son existence empreinte d’amour, la Communauté chrétienne devient un jugement vivant pour le monde qui cultive la haine.

Parce qu’ils sont unis d’une manière vitale à leur Seigneur, les chrétiens partageront la souffrance et la persécution du Christ, que la haine du monde suscite contre lui. Cette haine du monde, qui s’oppose à l’amour de la communauté chrétienne, fait partie du conflit général entre les ténèbres et la lumière, qui sévit à travers toute l’histoire du salut.

Unis au Christ dans une même mission

Par le choix de ses disciples en vertu d’un amour prévenant, Jésus les a arrachés de ce monde des ténèbres (v.19). La haine du monde à leur égard montre qu’ils appartiennent au Christ. Aussi, comme leur Maître, ils recevront une double réponse dans leur mission: l’accueil de foi ou le refus allant jusqu’à la haine. Leurs persécuteurs poursuivront au fond le Christ, en qui ils ne peuvent voir le Père qui l’a envoyé et qui est présent en lui (v.21).

Jean-Louis D’Aragon SJ

2021/05/07 – Jn 15, 12-17

Tous les commandements se résument en un seul, celui de l’amour mutuel entre les disciples, unis dans la communion avec le Christ, le médiateur entre ses disciples et son Père. (v.12). Le commandement qui permet de demeurer unis ensemble dans la communion avec le Christ est précisément celui de l’amour. L’amour est le lien vital à l’intérieur de l’union entre le Père, le Fils et les disciples. Il faut permettre au Christ d’aimer en nous et par nous, lui, le bon Pasteur, qui donne sa vie pour ses brebis (10,11; 1 Jn 3,16).

Accepter par amour ce que Jésus commande ne rend pas esclave, mais, au contraire, fait participer à la liberté souveraine de Dieu. Celui qui est entièrement disponible, obéissant, connaît la vérité qui vient de Dieu par l’intermédiaire de Jésus et cette vérité le libère de l’esclavage du péché et de la mort.

C’est à la suite d’un don gratuit, d’un choix bienveillant, que le chrétien devient l’ami de Jésus (v.16). Dans sa prévenance, il fait toujours les premiers pas, il frappe même à notre porte, il appelle et attend patiemment notre réponse (Apoc 3.20). Ce choix découle de son amour et vise l’épanouissement du chrétien, qui produit des fruits parce qu’il est uni au Christ. Cette vie dans le Christ est, de sa nature, conquérante; elle doit s’étendre à toute la mission des disciples.

Jésus conclut avec un rappel de l’unique commandement, l’amour mutuel (v.17), qui forme une transition avec ce qui suit. L’amour qui règne à l’intérieur de la communauté chrétienne contredit la haine qui sévit à l’extérieur, dans le monde.

Jean-Louis D’Aragon SJ 

2021/05/06 – Jn 15, 9-11

« Demeurez dans mon amour »

Après l’allégorie de la vigne, exprimant l’union entre le Christ et les membres de son corps, Jésus traite maintenant des rapports d’amour à l’intérieur de la communauté chrétienne. L’amour forme le cœur de la relation entre le Père et le Fils. C’est le même amour, provenant du Père par le Fils, qui a suscité l’existence de l’Église. Cet amour prend son origine dans le Père, qui le communique, par la médiation du Christ, à tous ceux et celles qui croient dans son Envoyé.

Amour et obéissance

L’authenticité de cet amour se manifeste dans la disponibilité d’accueillir l’Autre, en s’ouvrant totalement à Lui et se donnant dans la pratique de l’obéissance, qui suppose la confiance totale envers celui qu’on aime. Celui qui obéit renonce à sa volonté propre, à ses désirs et à ses inclinations, pour se conformer au désir de l’Autre, à son « commandement », pour épouser la volonté de celui en qui on met sa confiance.

Il y a toujours une humiliation apparente dans l’obéissance, parce qu’on accepte que sa liberté soit brimée, semble-t-il, par celle d’un autre. C’est une sorte d’invasion dans ce qu’on a de plus intime, la conscience et la responsabilité de sa personne. L’obéissance, comme le renoncement et l’abnégation, désigne quelque chose de négatif, en quelque sorte inhumain, s’il n’est pas animé par l’amour, le don libre de soi. La véritable obéissance ne peut être que l’expression de la confiance et de l’amour.

Communion de joie

Dans sa relation à son Père, Jésus est le modèle de l’union que les chrétiens doivent avoir avec lui, l’Envoyé de Dieu. Bien plus, c’est dans l’amour obéissant de Jésus au Père que les disciples puisent la force exaltante de vivre cet idéal. De cette union du Fils au Père par l’amour qui s’exprime dans son obéissance, découle la joie de Jésus, l’épanouissement de tout son être dans cette communion intime avec Celui qu’il aime. En prolongeant cet amour de service, les chrétiens feront l’expérience de la même joie. Seul l’amour de Dieu, présent dans son Fils Jésus, procure la vraie joie.

Jean-Louis D’Aragon SJ 

2021/05/05 – Jn 15-1-8

Jésus déclare qu’il est la vraie vigne et que le Père est le vigneron qui cultive la vigne pour qu’elle porte du fruit. Il enlève les sarments improductifs et nettoie ceux qui produisent. Les disciples sont des sarments qui ont déjà été purifiés du fait qu’ils demeurent en Jésus et que Jésus demeure en eux. Demeurer en Jésus est nécessaire pour produire du fruit et demeurer en Jésus suppose que ses paroles demeurent dans les disciples. Alors ils peuvent demander ce qu’ils voudront et ils l’obtiendront. En produisant du fruit, ils font la gloire du Père et ils sont les disciples de Jésus.

La vigne est souvent une image du peuple d’Israël. Une vigne requiert beaucoup d’ouvrage, de soin et de protection. Elle est donc une bonne image pour parler du rôle de Dieu dans l’origine, la libération et la protection du peuple d’Israël.
Il était une vigne: tu l’arraches d’Égypte, tu chasses des nations pour la planter; devant elle tu fais place nette, elle prend racine et remplit le pays. (Psaume 80,9-10)

Mais elle a aussi servi d’image de l’infidélité et de l’ingratitude d’Israël. Après tout l’ouvrage et les soins qu’une vigne a demandés elle n’a pas produit les fruits attendus. Isaïe, entre autres, dira qu’Israël est comme cette vigne.
Mon bien-aimé avait une vigne.

Il la bêcha, il l’épierra, il y planta du raisin vermeil.
Au milieu il bâtit une tour, il y creusa même un pressoir.
Il attendait de beaux raisins: elle donna des raisins sauvages. …
La vigne de Yahvé Sabaoth, c’est la maison d’Israël. …
Il attendait le droit et voici l’iniquité, la justice et voici les cris.
(Isaïe 5,1-2.7)

Quand Jésus dit: Je suis la vigne, la vraie…, cela signifie que c’est lui qui donne à Dieu la réponse attendue, les fruits. Il est le véritable Israël. Il est celui qui donne la vie au peuple nouveau, aux sarments qui donnent des fruits. Les sarments ne peuvent donner des fruits à moins de demeurer unis à la vigne qui donne la vie : En dehors de moi, vous ne pouvez rien faire. (Jean 15,5)

Le Père est le vigneron. Il purifie la vigne. Il enlève ce qui ne porte pas de fruit. Mais les disciples n’ont pas à craindre, leur dit Jésus.
Vous voici nets et purifiés par cette parole: Demeurez en moi comme moi en vous (15,3-4).

Plus loin, il leur dit : Mes paroles demeurent en vous (15,7). C’est une présence mystérieuse mais bien réelle. On se rappelle que Jésus est la Parole, le Verbe incarné. C’est par la Parole que Dieu a créé l’univers. Et Jésus dit que ses paroles demeurent dans ses disciples, que sa présence les purifie pour qu’ils soient reliés à la vigne et portent du fruit. Mais pour cela, il leur recommande de demeurer en lui. Les disciples doivent eux-mêmes rester présents à cette mystérieuse présence en eux: ils doivent rester à l’écoute. Alors ils pourront demander tout ce qu’ils voudront et vous l’obtiendrez (Jean 15,7).

Jean Gobeil SJ 

 

 

 

 

 

 

 

 

2021/05/04 – Jn 14, 27-31a

C’est la fin du premier discours d’adieu. Au moment de quitter le cénacle (14,31b: Levez-vous. Partons d’ici.), Jésus laisse la paix à ses disciples en précisant que c’est lui qui la leur donne. Il promet de revenir mais invite les disciples à se réjouir puisqu’il retourne au Père qui est plus grand que lui. L’heure du prince de ce monde (le pouvoir du mal) approche. Il les invite à croire, c’est-à-dire à voir dans la Passion non pas la victoire du mal mais bien l’amour du Fils pour le Père.

Jésus laisse la paix. Il donne sa paix. Ce n’est pas celle du monde, ajoute Jésus. Paix, Shalom, a servi et sert encore de salutation. Elle sert aussi d’adieu. Comme salutation, elle comporte un souhait comme dans la version arabe, salamalec, Paix à toi. Elle peut représenter une absence de guerre et une sécurité matérielle mais elle a plus d’importance que cela. Elle un aspect positif; l’idée de quelque chose de complet. Elle représente l’existence de quelqu’un qui est en harmonie avec la nature, avec lui-même et avec Dieu. Il n’est donc pas surprenant qu’elle soit une caractéristique de l’Alliance: comme elle, la paix est un don de Dieu.

La paix est quelque chose qui accompagne le Règne de Dieu, ce que Isaïe voyait comme le but de l’histoire du salut quand il disait:
Qu’ils sont beaux, sur les montagnes, les pieds du messager qui annonce la paix, du messager de bonnes nouvelles qui annonce le salut, qui dit à Sion: “Ton Dieu règne.” (Isaïe 52,7)

La paix est l’état de salut qu’apporte le Règne de Dieu. C’est un don qui sera réalisé complètement quand le Règne de Dieu sera manifesté à la fin des temps. Mais avec la présence du Christ, cette paix commence à se manifester: les anges annoncent la paix. Gloire à Dieu au plus haut des cieux et sur la terre paix aux hommes, objets de sa complaisance. (Luc 2,14) Jésus est la source et la réalité de la paix :  Je vous laisse la paix; c’est ma paix que je vous donne. (Jean 14,27) Cette paix ne doit pas être affectée par la perspective de son départ, c’est-à-dire par la Passion et par la victoire apparente du mal. C’est pourquoi Jésus ajoute : Que votre cœur ne se trouble pas et ne s’effraie. (Jean14,27d)

 

C’est la paix qu’il a laissée aux chrétiens:
Que la paix du Christ règne dans vos coeurs: tel est bien le terme de l’appel qui vous a rassemblés dans un même Corps. (Colossiens 3,15)

Je pars vers le Père car le Père est plus grand que moi.

L’interprétation commune est que le Père, en tant que l’envoyeur, est plus grand que l’envoyé qui, lui, a dû laisser sa gloire pour prendre la nature humaine.

Jésus déclare son amour pour le Père. C’est ce qui justifie son acceptation de la Passion en toute liberté et non à cause d’un pouvoir supérieur du prince de ce monde. Jésus avait déjà déclaré que personne ne pouvait lui enlever sa liberté:
Le Père m’aime parce que je donne ma vie pour la reprendre. Personne ne me l’enlève mais je la donne de moi-même. (Jean 10,17-18)

La Passion est donc le retour au Père, le retour à la gloire qu’il avait laissée pour prendre la nature humaine.
Jésus déclare que les disciples devraient se réjouir de ce qu’il retourne à l’amour du Père.

2021/05/03 – Jn 14, 6-14

Il est impossible, par nous-mêmes, de parcourir le chemin qui mène à notre patrie, car elle se situe à un niveau infiniment élevé, où le bonheur dépasse toute imagination humaine. Thomas a raison, car nous ne connaissons même pas ce chemin de l’amour et de la vie. Même en le connaissant, nous n’aurions pas la capacité de le parcourir.

Dans sa réponse à Thomas, Jésus recourt à l’expression caractéristique, « Je suis », qui révèle les attributs divins de sa personne. Comment Jésus est-il « le chemin » vers le Père? Parce qu’il est la vérité, c’est-à-dire la révélation du Père, en sorte que les humains, en le connaissant, découvrent le Père en lui. Lorsque les croyants le voient, ils voient le Père. Il est aussi le chemin parce qu’il est la vie, car il vit dans le Père et le Père vit en lui. Il est le Médiateur, le canal, par lequel la vie de Dieu parvient aux chrétiens. Jésus, « le chemin », désigne donc l’essentiel, que « la vérité » et « la vie » explicitent.

Jésus est « le chemin » qui mène au Père de trois manières. Il ouvre la voie en passant le premier par le sacrifice volontaire de sa vie pour ressusciter dans la gloire. De plus, il accorde la grâce de parcourir le même chemin en donnant aux siens l’Esprit. Enfin Jésus incorpore les chrétiens en lui-même pour franchir la route avec nous et nous en lui. Il meurt avec nous et ressuscite avec nous. « Aucun de nous ne vit pour soi-même et aucun ne meurt pour soi-même. Si nous vivons, nous vivons pour le Seigneur, et si nous mourons, nous mourons pour le Seigneur. Ainsi, soit que nous vivions, soit que nous mourions, nous appartenons au Seigneur » (Rom 14, 7s). Cette image traditionnelle du « chemin » rappelle la marche du peuple vers la Terre promise et la réalisation progressive de la destinée du croyant.

« Personne ne va au Père sans passer par moi » reprend une affirmation fondamentale que l’évangéliste avait déjà proposée (1,18; 3,13). Jésus est donc l’unique Médiateur entre Dieu et l’humanité. En rappelant cette affirmation de Jésus, Jean pensait aux multiples mouvements religieux de son époque. Il n’y a pas plusieurs voies pour atteindre Dieu. À une époque comme la nôtre, la prétention de Jésus pourra paraître intransigeante, mais c’est l’intransigeance de la vérité, qui est unique.

Jésus est l’unique voie pour atteindre Dieu, la source de la vie éternelle. La condition, c’est de connaître Jésus et, par lui, de connaître le Père.

« Connaître » ne signifie pas dans l’Évangile la simple connaissance humaine d’un fait ou d’une personne, mais la relation personnelle de la personne humaine à Dieu (v.7). Par la connaissance du Père, qu’ils connaissent par Jésus, les disciples sont établis à l’égard du Père dans une relation similaire à celle qui unit Jésus à son Père: relation d’amour, d’obéissance et d’habitation mutuelle. Aussi la vie éternelle consiste dans la connaissance du Père par le Christ (17,3).

La demande de Philippe, « Montre-nous le Père » exprime l’aspiration universelle de voir Dieu, la source de tout bien. L’union du Fils à son Père est si parfaite, que Jésus peut reprocher à Philippe de ne pas le connaître, s’il n’a pas vu Dieu en lui (v.9). Par la foi, le croyant découvre Dieu dans la personne de Jésus. La demande de Philippe supposait que l’homme peut voir directement Dieu, alors que c’est uniquement par la médiation de Jésus qu’il devient possible de communiquer avec le Père. L’aspiration religieuse de l’humanité peut se réaliser depuis que le Fils de Dieu s’est incarné: dans ses actions, ses paroles et sa personne, Dieu est apparu parmi nous en Jésus (1,18).

Jean-Louis D’Aragon SJ