Skip to main content

2021/03/23 – Jn 8, 21-30

Jésus parle de son départ pour un endroit où ses auditeurs ne peuvent aller à cause de leurs péchés. Les Juifs se demandent: Veut-il se suicider? Jésus continue en leur disant: Vous, vous êtes de ce monde-ci mais moi, je suis d’en haut. La seule façon de ne pas rester dans le monde de péché est de croire en lui, de croire qu’Il est. A la demande, qui es-tu, il répond en disant qu’il est celui qui a été envoyé pour dire au monde ce qu’il a entendu. Le rédacteur précise pour les lecteurs: Ils ne comprirent pas qu’il leur parlait du Père. Jésus continue: Quand vous aurez élevé le Fils de l’homme , alors vous comprendrez que moi, JE SUIS, et que je ne fais rien par moi-même. Celui qui m’a envoyé est avec moi.

Lorsque Jésus a dit, Là où je suis, vous ne pouvez venir (7,34), les auditeurs supposèrent qu’il parlait d’aller dans la diaspora, le monde grec en dehors de la Palestine. Ici, ils comprennent qu’il parle encore d’un départ et se demandent s’il veut se suicider. Ils sont plus proches de la vérité puisque Jésus parle bien de sa mort.

Mais cette mort sera pour lui un passage, un retour dans sa patrie, le monde d’en haut, le monde du Père. Les auditeurs, eux, appartiennent à ce monde et ils mourront dans leurs péchés à moins de croire en lui.

L’évangile de Jean donne des sens différents à ce mot. Le monde est d’abord l’univers, créé par le Verbe: Et le monde fut par lui (le Verbe) (Jean 1,10b). Il peut ensuite représenter le genre humain: Dieu n’a pas envoyé son Fils dans le monde pour juger (condamner) le monde mais pour que le monde soit sauvé par lui (Jean 3,17). Enfin, il peut représenter ceux qui rejettent le Christ et les valeurs du Royaume de Dieu: Et le monde ne l’a pas reconnu (le Verbe) (Jean1,10c).

Dans notre texte, c’est ce dernier sens qui s’applique à l’expression ce monde. Les auditeurs appartiennent à ce monde: ils sont encore prisonniers du pouvoir de Satan. Pour en être libéré, il faut avoir la foi en Jésus. On demande alors à Jésus: Qui donc es-tu? C’est une question qui a été continuellement posée dans l’évangile. La réponse est plutôt pour les lecteurs de l’évangile que pour les auditeurs de Jésus.

Quand vous aurez élevé le Fils de l’Homme, alors vous comprendrez…

Cette élévation fait allusion à la mort sur la croix mais elle fait aussi allusion au retour dans la gloire du Père. Elle ne se comprend qu’à la suite de la Résurrection. Jésus était l’envoyé du Père. Comme tel, il ne faisait rien de lui-même, ce que Jésus mentionne pour la troisième fois, mais toutes ses actions étaient des reflets de ce qu’il avait vu du Père. Celui qui l’a envoyé ne l’a jamais laissé seul. C’est pour cela qu’il peut dire JE SUIS: il partage la divinité du Père. C’est pour cela qu’il est aussi le seul Sauveur: c’est seulement en croyant en lui qu’on peut être sauvé.

Jean Gobeil SJ 

 

2021/03/22 – Jn 8, 1-11

On amène à Jésus une femme surprise en adultère. Selon la Loi de Moïse, elle doit être lapidée. On veut savoir ce que Jésus dit à ce sujet et profiter de ses paroles pour le compromettre. Après un silence, Jésus finit par dire: Que celui qui est sans péché lui jette la première pierre. Les uns après les autres, ils se retirent. Quand Jésus est seul avec la femme il lui déclare: Moi, non plus, je te condamnerai pas. Va et désormais ne pèche plus.

La fête des Tentes qui rappelle le séjour d’Israël au désert est une des trois fêtes de pèlerinage au Temple. Elle dure huit jours et attire beaucoup de monde. Jésus est venu à Jérusalem et durant le jour il enseigne au temple. Le soir il va passer la nuit au Mont des Oliviers. Son enseignement fait beaucoup de bruit et inquiète les Pharisiens qui font envoyer les gardiens du temple pour arrêter Jésus. Ils reviennent sans l’avoir arrête et déclarent au grand prêtre: “Jamais homme n’a parlé comme cela!”

C’est dans ce contexte que le récit de la femme adultère a été placé. Les scribes et les Pharisiens font une autre tentative pour compromettre Jésus. L’incident rappelle une tentative semblable décrite par Marc. Alors que Jésus enseigne, des Pharisiens et des Hérodiens, c’est-à-dire des supporteurs du pouvoir politique établi, viennent lui demander sa position sur l’impôt à payer à Rome. S’il dit qu’on n’est pas tenu de le payer, on va immédiatement le dénoncer à Pilate comme révolutionnaire contre le pouvoir des Romains. S’il dit qu’il faut le payer, on va le dénoncer auprès du peuple comme un faux Messie qui ne veut pas la libération d’Israël. Jésus demande de montrer une pièce de monnaie et demande de qui est l’effigie: évidemment, c’est la figure de l’empereur, même pour la petite monnaie en bronze frappée localement. Jésus déclare alors: Rendez à César ce qui appartient à César et à Dieu ce qui appartient à Dieu. (Marc 12,17)

Le cas de la femme prise en état d’adultère est beaucoup plus difficile. La Loi de Moïse prescrit la peine de mort pour un couple convaincu d’adultère. Jésus pourrait donc être accusé d’être contre la Loi de Moïse s’il la libérait, mais s’il déclarait qu’elle devait être lapidée, il pourrait être dénoncé à Pilate comme usurpant la peine capitale réservée au préfet de Rome. Un grand prêtre essaiera de contourner ce privilège des Romains. Après la mort du procurateur Festus, le grand prêtre Annan, profitant du retard du nouveau procurateur (Albinus), fait lapider Jacques, le frère du Seigneur. A cause de cela, il sera démis de ses fonctions.

Et toi, qu’en dis-tu? demandent les interlocuteurs de Jésus. Au lieu de répondre, Jésus se met à griffonner sur le sol. Le silence se fait. On attend et il y a un certain suspense. Jésus se redresse et il les renvoie à eux-mêmes: “Celui d’entre vous qui est sans péché, qu’il soit le premier à lui jeter la pierre.” Et il continue à griffonner. Ils s’en vont l’un après l’autre. C’est à la femme qu’il donne finalement la réponse: “Moi, non plus, je ne te condamne pas. Va et désormais ne pèche plus.”

Cette déclaration reflète le coeur de la mission du Christ. Au Pharisien Nicodème qui était venu le voir la nuit, il avait déclaré:
Dieu n’a pas envoyé son Fils dans le monde pour juger le monde mais pour que le monde soit sauvé par lui. (Jn.3,17) Juger, en hébreu, implique l’idée de la condamnation. Il n’est pas venu pour condamner mais pour sauver. Et en disant le monde, cela veut dire qu’il n’y a personne d’exclu de cette offre de salut.

Après l’épisode de la femme adultère, Jésus répètera pour les Pharisiens: Moi, je ne juge personne. (Jn.8,15)

A Zachée, le publicain de Jéricho, il dira: Le Fils de l’homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu. (Luc 19,10)

Va et désormais ne pèche plus. Jésus est bien contre le mal, le monde du mal, le monde des ténèbres, comme dans l’attente de Jean Baptiste et de ses disciples. Mais il n’était pas contre ceux qui étaient prisonniers de ce monde: il voulait leur libération. A ces mêmes disciples, pour les éclairer, il avait énuméré ses oeuvres de libération: guérisons de maladies, guérisons d’infirmités, guérisons des mauvais esprits. Il dira:
Je suis venu pour qu’on ait la vie et qu’on l’ait en surabondance. (Jn.10,10)

Jean Gobeil SJ