2021/03/27 – Jn 11, 45-57

En ressuscitant son ami Lazare, Jésus accomplit le signe suprême de sa mission: il est venu pour donner la vie en abondance à ses brebis (10,10). Ce signe constitue la manifestation suprême de la puissance du Seigneur de don¬ner la vie et la réalisation visuelle de la conversation de Jésus avec Marthe (vv.23-27). Jésus accomplit ce qu’il annonçait en 5,28s, « L’heure vient où tous ceux qui gisent dans les tombeaux entendront sa voix, et ceux qui auront fait le bien en sortiront pour la résurrection qui mène à la vie. »
Placé à la fin du ministère de Jésus, le don de la vie aux croyants, dont Lazare est le type, se trouve lié à l’heure de la glorification du Christ. En contradiction avec Jésus qui donne la vie, le monde manifeste sa haine, refuse définitivement l’Envoyé de Dieu et décide officiellement de mettre à mort le Médiateur de la vie (vv.45-54).

Le don suprême du Christ

Le signe de la résurrection de Lazare a révélé la gloire mutuelle du Père et du Fils: le Père, principe de tout bien, donne la vie au monde par son Fils. Ce thème de la gloire, manifestation de Dieu, rappelle le premier signe, celui du changement de l’eau en vin (2,1-12), pour montrer l’unité du ministère public de Jésus, et, en même temps, il annonce la seconde partie de l’Évangile, celle de la Passion et de la Résurrection (chap.. 13-20). La résurrection de Lazare, le signe suprême, caractérise tout le ministère de Jésus, qui consiste à donner la vie (10,10).
Jésus est source de la vie, parce qu’il est uni à son Père en vertu de sa parfaite disponibilité. C’est son amour qui l’engage à donner la vie à tous ceux qui se confient en lui. Les disciples accueillent l’action du Christ par leur foi, qui leur permet de « voir la gloire de Dieu, » comme il l’a déclaré à Marthe (11,40). Mais, comme toujours, l’action de Jésus, comme ses paroles, provoque la division et le jugement. “Beaucoup de Juifs, qui avaient vu ce que Jésus avait fait, crurent en lui. Mais quelques-uns d’entre eux allèrent trouver les Pharisiens et leur racontèrent ce que Jésus avait fait.”

Condamné à mort, Jésus doit s’éloigner.(vv.45-54)

Le monde manifeste sa perversion en décidant la mort de Jésus, parce qu’il a donné la vie. Le monde transforme la vie en mort. Les conséquences envisagées par les autorités juives (v.48) se sont his¬toriquement réalisées, alors qu’on pensait les éviter en élevant Jésus sur la croix. C’est la seule prudence humaine qui les dirigeait, la fausse sa-gesse des politiciens que les prophètes avaient régulièrement dénoncée.
L’évangéliste insiste sur la prophétie inconsciente de Caïphe (vv.49-52), qu’il rappellera au début du récit de la Passion (18,14). « Le peuple » a un sens politique pour Caïphe et un sens religieux pour Jean. L’ironie tragique, c’est que les prévisions de Caïphe se sont révélées fausses dans l’ordre politique (le seul qui l’intéressait), alors qu’elles s’avérèrent vraies dans l’ordre religieux. Les Juifs espéraient depuis longtemps que le Messie rassemblerait dans la Terre promise les membres dispersés d’Israël, pour qu’ils deviennent défini¬tivement le peuple du Seigneur, uni dans le Royaume de Dieu. Selon l’inter¬prétation de l’évangéliste, Dieu réalisera l’espérance exprimée par les pro-phètes, lorsqu’il rassemblera en son Fils élevé de terre tous les croyants, Juifs et païens, dispersés à travers le monde.

Jésus viendra-t-il pour la Pâque?

Cette brève notice introduit à la Pâque de Jésus. Elle prépare le discours d’adieu (chap. 13-17) de Jésus, suivi de sa passion (chap. 18-19). L’atmosphère sombre qui pèse sur Jérusalem prélude à l’arrestation de Jésus. Les pèlerins venaient à Jérusalem, la ville sainte, pour les rites de purification avant la célébration de Pâque, qui exigeait un état de pureté rituelle.
Les ordres des autorités juives indiquent déjà comment Judas livrera son Maître. Il n’aura qu’à révéler l’endroit où Jésus se cache. Mais, avant l’arrestation de Jésus, l’onction de Béthanie et l’entrée triomphale à Jérusalem démontreront que les autorités n’ont saisi Jésus qu’à son heure. Jésus ne subira pas son arrestation, il se livrera librement.

Avec la résurrection de celui que Jésus aimait (11,3.36), qui représente tous les croyants, le Christ a révélé parfaitement la volonté divine d’offrir la vie au monde. Mais celui-ci a refusé cette offre ultime de l’amour. Poursuivi et persécuté par le monde, Jésus s’éloigne et attend “l’heure” fixé par son Père. La séparation entre l’amour et la haine apparaît définitive.

Conclusion

Le signe de la résurrection de Lazare révèle la gloire mutuelle du Père et du Fils: le Père donne la vie par son Fils. Ce thème de la gloire rappelle le premier signe pour montrer l’unité de ce premier Livre et, en même temps, il annonce le second Livre, celui de la « Gloire » (chap.. 13-20). Ce signe de la résurrection caractérise tout le ministère de Jésus, qui consiste à donner la vie (10,10).
Jésus est source de la vie, parce qu’il est uni à son Père en vertu de sa parfaite disponibilité. C’est son amour qui l’engage à leur donner la vie. Les disciples accueillent l’action du Christ par leur foi, qui leur permet de « voir la gloire de Dieu. » Mais l’action de Jésus, comme ses paroles, provoque la division et le jugement.

Jean-Louis D’Aragon SJ

2021/03/26 – Jn 10, 31-42

Les Juifs cherchent encore des pierres pour lapider Jésus qui leur demande pour quelle bonne oeuvre qu’il a faite veulent-ils faire cela. Ils répondent que c’est parce qu’il prétend être Dieu. Jésus donne une citation de la Loi: J’ai dit: Vous êtes des dieux. Alors, pourquoi celui qui est consacré et envoyé ne pourrait-il pas dire qu’il est le Fils de Dieu? Même s’ils refusent de croire en lui, ils devraient pouvoir croire en ses oeuvres qui montrent que le Père est en lui et qu’il est dans le Père. Les Juifs cherchaient à l’arrêter mais lui partit et après cela s’en alla en Transjordanie où beaucoup de gens vinrent à lui et crurent.

Les adversaires de Jésus, que Jean appelle les Juifs sans plus préciser, ont souvent voulu ou essayé de lapider Jésus parce qu’ils ont bien compris que Jésus prétendait avoir une relation unique avec Dieu. C’est d’ailleurs le coeur du témoignage de Jésus.

Dès le début de sa vie publique à Jérusalem où l’évangile de Jean nous montre Jésus purifiant le temple, Jésus parle du temple de son Père. Il parle donc d’une relation tout-à-fait spéciale avec Dieu
qu’il appelle Père. (2,16)

Dans son entretien avec Nicodème qui est venu le voir la nuit, il parle d’abord de lui-même comme du Fils unique de Dieu. C’est donc non seulement une relation spéciale mais encore une relation unique. Il continue en disant que ce Fils Dieu l’a donné au monde et qu’il l’a envoyé pour sauver le monde: tout cela est une oeuvre de l’amour de Dieu. (3,16-17). Non seulement il a une mission, il dira même qu’il a été consacré par Dieu (10,36) pour cette mission, mais encore il connaît le Père, il connaît son dessein et il connaît son amour. Cette connaissance, dont même les synoptiques ont parlé, reviendra souvent et elle suppose une proximité unique entre lui et le Père.

Cette proximité devient de l’intimité quand Jésus parle de son union avec le Père. Il déclare que le Père est toujours avec lui: Le Père qui m’a envoyé est avec moi; il ne m’a pas laissé seul. (8,29). Moi et le Père nous sommes un (10,30). Le Père est en moi et moi dans le Père. (10,38)

Ses oeuvres sont celles du Père. Il répète: Je ne fais rien de moi-même (8,28). C’est pour cela qu’il n’emploie pas le terme miracle mais toujours celui de signe: ses actions sont des signes de la présence de Dieu en lui.

Un peu auparavant, il a affirmé sa préexistence en disant: En vérité, en vérité, je vous le dis, avant qu’Abraham existât, Je Suis. (8,58)
Les Juifs veulent le lapider mais Jésus s’esquive et sort du temple.

Maintenant, dans la nouvelle rencontre que nous avons ici, Jésus s’applique le titre de Fils de Dieu.

Les Juifs comprennent cette expression dans son sens fort: il partage le mode divin d’existence.
Les Juifs veulent l’arrêter mais il leur échappe. Il doit s’éloigner de Jérusalem et de la Judée: il s’en va en Transjordanie, à l’endroit où Jean Baptiste avait prêché et baptisé. C’est un signe de ce que devront faire les chrétiens quand les autorités juives refuseront leur message.

Jean Gobeil SJ 

2021/03/25 – Lc 1, 26-38 – Annonciation du Seigneur

Dieu vient à notre secours

L’Annonciation du Seigneur est une fête dont la liturgie marque la solennité à l’eucharistie avec deux lectures précédant l’évangile, le Gloria et le Credo. Mais, cette année, la célébration de cette fête est reportée du mardi de la semaine pascale au lundi suivant, la date normale étant le 25 mars. Immédiatement après l’octave de Pâques, le sommet où culmine la mission de Jésus, on nous rappelle le tout début, rapprochant de la sorte les deux moments extrêmes de son pèlerinage terrestre.
Pourquoi cette fête est-elle aussi importante? C’est que l’incarnation du Fils de Dieu, venant partager complètement notre condition humaine, commence avec ce premier instant de sa conception. Il n’a pas commencé son existence comme un adulte, ni même comme l’enfant de Noël, mais de la manière la plus humble, la plus fragile, dans le sein de la Vierge Marie. Il s’est abaissé à commencer son existence comme nous tous, il a débuté comme un foetus à peine perceptible. Les chrétiens célèbrent ce moment unique dans l’histoire, Dieu qui vient parmi nous, le Sauveur qui se fait l’un des nôtres.
L’incarnation de Dieu constitue le coeur de notre foi chrétienne, qui la distingue des autres religions monothéistes, le Judaïsme et l’Islam. Pour nos frères juifs et musulmans, Dieu est l’être transcendant, le Tout autre, le Tout-Puissant, qui domine et régit l’univers. Il assure l’ordre de l’univers qu’il a créé et il veille sur chacun de nous, mais de haut et de loin. Pour la foi chrétienne, Dieu a tellement aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne soit pas perdu, mais qu’il ait la vie éternelle (Jean 3, 16). Nous étions perdus dans notre misère, en raison de notre défiance et de notre séparation de Dieu, incapables de nous sauver nous-mêmes. Pour venir à notre secours, le Seigneur n’intervient pas de l’extérieur, de loin, il se compromet personnellement, en s’insérant dans le tissu humain de notre histoire, en vivant jusqu’au bout notre aventure humaine pour lui donner un sens de vie.

L’ange du Seigneur

Pour annoncer l’intervention centrale de l’histoire humaine, Dieu envoie son messager, qui, cette fois, est identifié par son nom, Gabriel, le héros de Dieu. Pour ne pas attirer indûment l’attention sur le messager, l’ange du Seigneur est très rarement nommé dans la Bible. Son message s’adresse à une jeune femme, ignorée de son milieu, dans une modeste localité et dans une province méprisée. La puissance divine peut se manifester dans une personne pauvre, qui ne peut offrir que l’ouverture de son coeur. Dieu est avec elle, selon la traditionnelle assurance qu’il donne à celui ou à celle qui reçoit une mission impossible à remplir. Le Seigneur est avec toi, il te comble de ses faveurs.
L’irruption de Dieu, du mystère, attire et, en même temps, effraie Marie, qui prend conscience de son indignité et de sa bassesse. C’est la crainte de Dieu, la réaction régulière d’attrait et de recul face à l’au-delà mystérieux; c’est la fascination et, en même temps, le sentiments d’indignité devant la présence divine. Aussi Gabriel rassure Marie, car le Seigneur de la paix ne veut jamais nous effrayer: Sois sans crainte.
La mission de Marie consiste à s’ouvrir au Fils du Très-Haut, pour lui permettre de s’insérer dans le tissu de l’histoire humaine. Les titres de ce fils relèvent du mystère et éblouissent Marie. Elle ne comprend pas ce déroulement de l’avenir que Dieu lui propose par son ange. Il en est toujours ainsi des interpellations du Seigneur. Il ne s’agit pas de comprendre pour accepter, comme si on adhérait à un calcul logique et raisonnable. La seule réponse à Dieu, c’est la foi qui permet de comprendre plus tard le mystère. Marie devient notre modèle par excellence par son accueil simple, mais sans réticence: Fiat, en latin, qu’il en soit ainsi!

La condition du salut de l’humanité

La condition essentielle pour accueillir le salut de Dieu, c’est la disponibilité. Dans son amour respectueux, le Seigneur ne s’impose pas et ne nous oblige pas à accepter ses dons. L’annonce de l’ange Gabriel à Marie résume les promesses que Dieu avait proclamées à son peuple par les prophètes. Au nom de notre humanité, la Sainte Vierge a acquiescé au projet de Dieu, même si elle ne comprenait pas ce qu’il lui proposait. Par sa foi, elle faisait confiance au Seigneur. Au contraire d’Ève, qui s’était défiée du Créateur, Marie se confie et se livre totalement au projet mystérieux de Dieu: Que tout se passe pour moi comme tu l’as dit.

La venue du Fils de Dieu dans notre monde pour nous sauver était devenue possible par ce oui de Marie. Par son accueil de la Parole, elle s’unit à son Fils, qui avait la mission de rétablir la communion de notre humanité révoltée avec Dieu, son Père.

Fécondité de la foi

La question de Marie à l’ange Gabriel ne signifie pas qu’elle doute de la promesse de Dieu. Sa foi n’exclut ni la prudence, ni l’intelligence. Marie ne met pas en doute la promesse de Dieu comme Zacharie, mais elle veut savoir comment se comporter devant cette demande du Seigneur. Dieu, par son ange, lui donne un signe, sans que Marie l’ait demandé : même âgée et stérile, sa cousine Élisabeth attend un enfant, contrairement à tout espoir humain. Dieu nous donne de lui-même des signes pour se révéler et nous faire mieux comprendre le mystère de son projet de salut.
Par suite de son consentement et de son obéissance, Marie pourra offrir au monde son Libérateur, tout en demeurant vierge. Rien n’est impossible à Dieu. Pour celle qui croit et aime, tout devient possible dans un émerveillement sans cesse renouvelé. Marie est une pauvre jeune fille de quatorze ans environ, vierge, et pourtant elle donnera la vie au Sauveur du monde, parce qu’elle est entièrement disponible à l’intervention du Seigneur. Par son accueil, elle contribue au premier instant de notre rédemption. Gabriel lui promet que, grâce à son oui, Dieu instaurera son règne de paix et de joie.

Conclusion

Notre histoire humaine se déroule dans un combat incessant entre le bien et le mal, entre le bonheur et le malheur, entre la vie et la mort. La condition essentielle de notre salut et de notre victoire, c’est de mettre en pratique l’exemple de Marie et son enseignement aux serviteurs de Cana, qui contribuèrent par leur obéissance au miracle du changement de l’eau en vin : Faites tout ce qu’il pourra bien vous dire. (Jn 2,5)

Jean-Louis D’Aragon, S.J.

2021/03/24 – Jn 8, 31-42

Jésus parle à des Juifs qui croyaient en lui. Il déclare que s’ils sont fidèles à sa parole, ils connaîtront la vérité et la vérité les rendra libres. Les Juifs lui répondent qu’ils sont des descendants d’Abraham et qu’ils n’ont jamais été esclaves. La vraie libération de l’esclavage du péché, c’est le Fils qui la fait. Jésus leur déclare qu’ils sont des descendants d’Abraham mais qu’ils n’agissent pas comme lui: ils veulent le faire mourir. Il ajoute qu’ils disent ce qu’ils ont entendu chez leur père alors que Jésus dit ce qu’il a entendu chez son Père. Les Juifs répètent qu’ils sont des enfants d’Abraham et même qu’ils ont un seul Père qui est Dieu. Jésus reprend: S’il en était ainsi, alors ils l’aimeraient puisque il est venu de Dieu qui l’a envoyé.

Dans l’échange qui précédait, Jésus avait parlé de son union avec le Père. L’échange s’était terminé par la mention que beaucoup crurent en lui. C’est à eux que Jésus s’adresse, du moins au début. Pour être vraiment ses disciples, il faut qu’ils soient fidèles à sa parole: alors ils connaîtront la vérité et la vérité les rendra libres.

La liberté dont parle Jésus provient de la libération des péchés. Dans l’échange précédent, Jésus avait conclu en disant:
Je vous ai donc dit que vous mourrez dans vos péchés. Car si vous ne croyez pas que Je Suis, vous mourrez dans vos péchés. (Jean 8,24)
En parlant d’une façon qui le relie à la divinité (Je Suis), Jésus se donne comme le seul et unique sauveur.

Les objections commencent: ils n’ont pas besoin de la liberté car ils n’ont jamais été esclaves. Ils sont des descendants d’Abraham. Ils oublient ce que le Baptiste disait à propos de la descendance automatique d’Abraham:
Dieu peut, des pierres que voici, faire surgir des enfants à Abraham. (Matthieu 3,9)

Ce ne sont plus des disciples de Jésus qui parlent, mais bien des adversaires. Et ils sont dangereux. Ils chercheront à le faire disparaître comme blasphémateur. Et Jésus souligne que leurs actions ne sont pas comme Abraham et qu’ainsi ce n’est pas Abraham qui est leur père.
Eux protestent: ils ne sont pas des enfants illégitimes.
Nous n’avons qu’un seul Père, qui est Dieu.

Jésus réplique: Si Dieu était votre Père, vous m’aimeriez, car moi, c’est de Dieu que je suis sorti et que je viens. Je ne suis pas venu de moi-même: c’est lui qui m’a envoyé.

Il est d’en haut, comme il l’a dit plus tôt. Il a été envoyé pour apporter la vraie vie et la vraie liberté. Il est le seul Sauveur.

Jean Gobeil SJ 

2021/03/23 – Jn 8, 21-30

Jésus parle de son départ pour un endroit où ses auditeurs ne peuvent aller à cause de leurs péchés. Les Juifs se demandent: Veut-il se suicider? Jésus continue en leur disant: Vous, vous êtes de ce monde-ci mais moi, je suis d’en haut. La seule façon de ne pas rester dans le monde de péché est de croire en lui, de croire qu’Il est. A la demande, qui es-tu, il répond en disant qu’il est celui qui a été envoyé pour dire au monde ce qu’il a entendu. Le rédacteur précise pour les lecteurs: Ils ne comprirent pas qu’il leur parlait du Père. Jésus continue: Quand vous aurez élevé le Fils de l’homme , alors vous comprendrez que moi, JE SUIS, et que je ne fais rien par moi-même. Celui qui m’a envoyé est avec moi.

Lorsque Jésus a dit, Là où je suis, vous ne pouvez venir (7,34), les auditeurs supposèrent qu’il parlait d’aller dans la diaspora, le monde grec en dehors de la Palestine. Ici, ils comprennent qu’il parle encore d’un départ et se demandent s’il veut se suicider. Ils sont plus proches de la vérité puisque Jésus parle bien de sa mort.

Mais cette mort sera pour lui un passage, un retour dans sa patrie, le monde d’en haut, le monde du Père. Les auditeurs, eux, appartiennent à ce monde et ils mourront dans leurs péchés à moins de croire en lui.

L’évangile de Jean donne des sens différents à ce mot. Le monde est d’abord l’univers, créé par le Verbe: Et le monde fut par lui (le Verbe) (Jean 1,10b). Il peut ensuite représenter le genre humain: Dieu n’a pas envoyé son Fils dans le monde pour juger (condamner) le monde mais pour que le monde soit sauvé par lui (Jean 3,17). Enfin, il peut représenter ceux qui rejettent le Christ et les valeurs du Royaume de Dieu: Et le monde ne l’a pas reconnu (le Verbe) (Jean1,10c).

Dans notre texte, c’est ce dernier sens qui s’applique à l’expression ce monde. Les auditeurs appartiennent à ce monde: ils sont encore prisonniers du pouvoir de Satan. Pour en être libéré, il faut avoir la foi en Jésus. On demande alors à Jésus: Qui donc es-tu? C’est une question qui a été continuellement posée dans l’évangile. La réponse est plutôt pour les lecteurs de l’évangile que pour les auditeurs de Jésus.

Quand vous aurez élevé le Fils de l’Homme, alors vous comprendrez…

Cette élévation fait allusion à la mort sur la croix mais elle fait aussi allusion au retour dans la gloire du Père. Elle ne se comprend qu’à la suite de la Résurrection. Jésus était l’envoyé du Père. Comme tel, il ne faisait rien de lui-même, ce que Jésus mentionne pour la troisième fois, mais toutes ses actions étaient des reflets de ce qu’il avait vu du Père. Celui qui l’a envoyé ne l’a jamais laissé seul. C’est pour cela qu’il peut dire JE SUIS: il partage la divinité du Père. C’est pour cela qu’il est aussi le seul Sauveur: c’est seulement en croyant en lui qu’on peut être sauvé.

Jean Gobeil SJ 

 

2021/03/22 – Jn 8, 1-11

On amène à Jésus une femme surprise en adultère. Selon la Loi de Moïse, elle doit être lapidée. On veut savoir ce que Jésus dit à ce sujet et profiter de ses paroles pour le compromettre. Après un silence, Jésus finit par dire: Que celui qui est sans péché lui jette la première pierre. Les uns après les autres, ils se retirent. Quand Jésus est seul avec la femme il lui déclare: Moi, non plus, je te condamnerai pas. Va et désormais ne pèche plus.

La fête des Tentes qui rappelle le séjour d’Israël au désert est une des trois fêtes de pèlerinage au Temple. Elle dure huit jours et attire beaucoup de monde. Jésus est venu à Jérusalem et durant le jour il enseigne au temple. Le soir il va passer la nuit au Mont des Oliviers. Son enseignement fait beaucoup de bruit et inquiète les Pharisiens qui font envoyer les gardiens du temple pour arrêter Jésus. Ils reviennent sans l’avoir arrête et déclarent au grand prêtre: “Jamais homme n’a parlé comme cela!”

C’est dans ce contexte que le récit de la femme adultère a été placé. Les scribes et les Pharisiens font une autre tentative pour compromettre Jésus. L’incident rappelle une tentative semblable décrite par Marc. Alors que Jésus enseigne, des Pharisiens et des Hérodiens, c’est-à-dire des supporteurs du pouvoir politique établi, viennent lui demander sa position sur l’impôt à payer à Rome. S’il dit qu’on n’est pas tenu de le payer, on va immédiatement le dénoncer à Pilate comme révolutionnaire contre le pouvoir des Romains. S’il dit qu’il faut le payer, on va le dénoncer auprès du peuple comme un faux Messie qui ne veut pas la libération d’Israël. Jésus demande de montrer une pièce de monnaie et demande de qui est l’effigie: évidemment, c’est la figure de l’empereur, même pour la petite monnaie en bronze frappée localement. Jésus déclare alors: Rendez à César ce qui appartient à César et à Dieu ce qui appartient à Dieu. (Marc 12,17)

Le cas de la femme prise en état d’adultère est beaucoup plus difficile. La Loi de Moïse prescrit la peine de mort pour un couple convaincu d’adultère. Jésus pourrait donc être accusé d’être contre la Loi de Moïse s’il la libérait, mais s’il déclarait qu’elle devait être lapidée, il pourrait être dénoncé à Pilate comme usurpant la peine capitale réservée au préfet de Rome. Un grand prêtre essaiera de contourner ce privilège des Romains. Après la mort du procurateur Festus, le grand prêtre Annan, profitant du retard du nouveau procurateur (Albinus), fait lapider Jacques, le frère du Seigneur. A cause de cela, il sera démis de ses fonctions.

Et toi, qu’en dis-tu? demandent les interlocuteurs de Jésus. Au lieu de répondre, Jésus se met à griffonner sur le sol. Le silence se fait. On attend et il y a un certain suspense. Jésus se redresse et il les renvoie à eux-mêmes: “Celui d’entre vous qui est sans péché, qu’il soit le premier à lui jeter la pierre.” Et il continue à griffonner. Ils s’en vont l’un après l’autre. C’est à la femme qu’il donne finalement la réponse: “Moi, non plus, je ne te condamne pas. Va et désormais ne pèche plus.”

Cette déclaration reflète le coeur de la mission du Christ. Au Pharisien Nicodème qui était venu le voir la nuit, il avait déclaré:
Dieu n’a pas envoyé son Fils dans le monde pour juger le monde mais pour que le monde soit sauvé par lui. (Jn.3,17) Juger, en hébreu, implique l’idée de la condamnation. Il n’est pas venu pour condamner mais pour sauver. Et en disant le monde, cela veut dire qu’il n’y a personne d’exclu de cette offre de salut.

Après l’épisode de la femme adultère, Jésus répètera pour les Pharisiens: Moi, je ne juge personne. (Jn.8,15)

A Zachée, le publicain de Jéricho, il dira: Le Fils de l’homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu. (Luc 19,10)

Va et désormais ne pèche plus. Jésus est bien contre le mal, le monde du mal, le monde des ténèbres, comme dans l’attente de Jean Baptiste et de ses disciples. Mais il n’était pas contre ceux qui étaient prisonniers de ce monde: il voulait leur libération. A ces mêmes disciples, pour les éclairer, il avait énuméré ses oeuvres de libération: guérisons de maladies, guérisons d’infirmités, guérisons des mauvais esprits. Il dira:
Je suis venu pour qu’on ait la vie et qu’on l’ait en surabondance. (Jn.10,10)

Jean Gobeil SJ