2021/05/01 – Jn 14, 7-14

Jésus vient de déclarer qu’il est le chemin, l’unique voie pour atteindre Dieu, la source de la vie éternelle. La condition, c’est de connaître Jésus et, par lui, de connaître le Père.

« Connaître » ne signifie pas dans l’Évangile la simple connaissance humaine d’un fait ou d’une personne, mais la relation personnelle de la personne humaine à Dieu (v.7). Par la connaissance du Père, qu’ils connaissent par Jésus, les disciples sont établis à l’égard du Père dans une relation similaire à celle qui unit Jésus à son Père: relation d’amour, d’obéissance et d’habitation mutuelle. Aussi la vie éternelle consiste dans la connaissance du Père par le Christ (17,3).

La demande de Philippe, « Montre-nous le Père » exprime l’aspiration universelle de voir Dieu, la source de tout bien. L’union du Fils à son Père est si parfaite, que Jésus peut reprocher à Philippe de ne pas le connaître, s’il n’a pas vu Dieu en lui (v.9). La demande de Philippe supposait que l’homme peut voir directement Dieu, alors que c’est uniquement par la médiation de Jésus qu’il devient possible de communiquer avec le Père. L’aspiration religieuse de l’humanité peut se réaliser depuis que le Fils de Dieu s’est incarné: dans ses actions, ses paroles et sa personne, Jésus révèle Dieu (1,18).

Jésus parle et agit au nom de son Père, en sorte que ses paroles et ses œuvres ne sont pas les siennes, mais celles du Père. Le développement de cette pensée conclut le ministère public de Jésus : « Je n’ai pas parlé de ma propre initiative, mais le Père qui m’a envoyé m’a ordonné lui-même ce que je devais dire et enseigner » (12,49s). Le Christ caractérise l’ensemble de son ministère comme l’exacte correspondance au « commandement » qu’il a reçu de son Père. La répétition de ce mot souligne l’obéissance de Jésus, lien qui le rattache à son Père et qui, comme la « nourriture », entretient sa vie (4,34).

Si on refuse de se laisser convaincre par les affirmations de Jésus, on doit croire au moins en raison des œuvres que le Père accomplit par lui. Cette foi qui a besoin d’être suscitée par les œuvres et les signes n’est pas la meilleure, car « si vous ne voyez des signes et des prodiges, vous ne croi¬rez donc jamais. » (4,48).

Avec son retour au Père, le ministère de Jésus ici-bas prend fin. Par son Incarnation, il a assumé par amour les limites humaines. Mais il continue sa mission par et dans ses disciples, qui feront « les œuvres que je fais. » (v.12)

Non seulement ces œuvres des chrétiens seront celles de Jésus, mais elles seront plus grandes que les siennes. Comment comprendre une assertion aussi déconcertante? Les « œuvres » des chrétiens prolongeront l’œuvre même du Christ agissant dans son Église, mais elles ne seront plus limitées par le temps et l’espace comme celles de Jésus durant son ministère. Aussi les chrétiens amèneront plus de personnes à croire que Jésus lui-même. Le contraste entre les œuvres de Jésus et celles « plus grandes » de ses disciples porte donc sur le nombre des convertis. Jésus a déjà annoncé cette mission de ses disciples et son succès (4,35-38). La pêche miraculeuse, accordée par le Ressuscité, en sera le symbole (21,1-14).

La montée de Jésus vers le Père produira l’efficacité missionnaire des disciples. L’œuvre de Jésus était nécessairement incomplète avant cette consommation de son ministère. Lorsque le Père glorifie son Fils, il « remet tout entre ses mains » (13,3). Jésus glorifié peut donner l’Esprit à ses disciples et il peut accomplir ainsi par eux des « œuvres plus grandes » qu’avant sa glorification.

Lorsque le chrétien invoque la personne de Jésus, en union avec lui, il demande en son « nom » (vv.13s). Cette prière n’est pas magique, comme si le disciple pouvait, selon sa fantaisie, amener son Seigneur à abaisser et réduire sa volonté à la sienne. Le lien avec le v.12 montre que l’objet de cette prière concerne l’activité du chrétien, en tant que celle-ci prolonge l’œuvre du Christ et qu’elle en dépend (1 Jn 5,14: demander « selon sa volonté »).

La prière chrétienne est donc toujours exaucée, puisqu’elle est faite en union avec la volonté de Dieu. La répétition et la persévérance dans la prière n’ont pas pour but de changer la volonté de Dieu, mais de parvenir à conformer la nôtre à celle de notre Seigneur. De même, Jésus affirme que le Père l’exauce toujours (11,41s), parce qu’il fait toujours ce qui plaît à son Père (8,29). Le Christ lui-même exaucera cette prière du chrétien, car le Père, présent dans son Fils, agit par lui (15,16; 16,23). C’est ainsi que le Père sera glorifié dans le Fils et dans ses disciples, en qui il se montrera.

Jean-Louis D’Aragon SJ

2021/04/30 – Jn 14, 1-6

Le texte que nous avons aujourd’hui est le commencement des discours d’adieux. Jésus va passer de son existence terrestre à son existence céleste. Il annonce son départ et dit aux disciples qu’ils ne peuvent le suivre maintenant. Mais il vient de leur annoncer : ils doivent maintenant faire quelque chose qu’il appelle un commandement nouveau.  (Jn.13,34)

Nous connaissons déjà, par les évangiles de Matthieu, Marc et Luc le commandement de l’amour du prochain. Le prochain c’est n’importe qui. Ce peut même être un ennemi. Mais Jésus parle maintenant de l’amour ‘’les uns pour les autres’’, c’est-à-dire l’amour à l’intérieur de la communauté. Il sera un signe de celui qui est absent maintenant. Ce sera le devoir de la communauté de montrer la présence de l’amour du Christ.

Pour le moment, les disciples sont frappés de l’annonce de son absence et il doit les aider à retrouver leur paix intérieure. ‘’Ne soyez donc pas bouleversés.’’ On perd ordinairement la paix parce qu’on regarde mal ou qu’on regarde uniquement un aspect. Jésus leur demande donc d’avoir la foi en lui. Il ne les oublie pas : il va leur préparer une place.

Il fait ensuite une promesse : ‘’Je reviendrai vous prendre.’’ L’attente de cette réalisation se retrouve en de nombreux endroits des premiers écrits chrétiens. Ce sera le retour glorieux du Christ qui fera participer à sa gloire les disciples fidèles.

Il conclut en déclarant que pour atteindre le Père, Jésus est le Chemin, la Vérité et la Vie. Il est le Chemin : pour atteindre le Père il faut le suivre. Il est la Vérité : il vient révéler que Dieu est comme un Père, qu’il a donné son Fils et qu’il est proche. Il est la Vie. Très tôt il a déclaré qu’il était venue sauver et non pas détruire et qu’il apportait une vie nouvelle en ‘’surabondance’’ (Jn.10,10).

2021/04/29 – Jn 13, 16-20

L’humiliation du lavement des pieds des disciples par Jésus exprimait dans un geste symbolique le sacrifice de la croix. Jésus explicite maintenant la manière d’agir des chrétiens à la suite du geste posé par leur « Maître » (celui qui enseigne) « et Seigneur  » (celui qui commande).

Dans les trois évangiles précédents (Mc 10,32-45; Mt 20,17-28; Lc 22,25-29), Jésus enseignait qu’il était le Serviteur et que son disciple devait servir de la même manière que son Seigneur. Ce service volontaire découlait du sacrifice de Jésus.

« Comme » ne signifie pas seulement que le service des chrétiens imitera celui de Jésus. Ils doivent servir comme le Christ Jésus, parce qu’ils ont accepté, par la foi et le baptême, la vie du Crucifié. Le geste de Jésus devient en eux un ferment d’amour qui s’épanouit dans le service.

Les vv. 16 et 20 signalent deux autres motifs d’imiter et de suivre Jésus dans la voie du service. L’esclave partage la destinée de son Maître, parce qu’il a voulu librement se livrer à lui et lui appartenir. L’envoyé représente et prolonge celui qui l’envoie. En lui, apparaît la figure de son Maître. À son serviteur qui pratique à sa suite ce qu’il enseigne, le Seigneur Jésus promet le vrai bonheur. (v.17).

En citant le Ps 41,10, Jésus associe Judas à cet ami intime de David, qui commet un acte subit de traîtrise et de violence contre son hôte, dont il partage la table. L’image est celle de la ruade subite du cheval ou de l’âne. Cette trahison marquera le début de la Passion, « l’heure » de la glorification du Christ. L’amour du Fils pour son Père se manifestera parfaitement dans le don de sa personne. Lorsque « l’heure » sera accomplie, les disciples seront en mesure de croire que Dieu, le Seigneur, est parfaitement présent en Jésus, qui peut affirmer lui aussi « Je Suis ».

Jean-Louis D’Aragon SJ 

2021/04/28 – Jn 12, 44-50

Jésus fait une dernière proclamation en public. Il déclare que croire en lui c’est croire en celui qui l’a envoyé et le voir, c’est voir celui qui l’a envoyé. Il dit qu’il est la lumière venu dans le monde, non pas pour juger le monde mais pour le sauver. Mais rejeter ses paroles, c’est avoir son propre juge dans ses paroles. Ces paroles viennent du Père; elles transmettent les paroles du Père.

C’est la fin de ce qui s’adresse à un public en général. Ce qui va suivre sera la dernière cène avec les disciples. Le texte est introduit par la mention que Jésus disait et qu’il criait, sans doute pour indiquer que c’est une proclamation finale qui est une sorte de résumé de ce qu’il a déjà dit et qui représente le cœur de son message.

Jésus a déjà déclaré, dans le milieu de l’évangile : Je suis la lumière du monde. Qui me suit ne marchera pas dans les ténèbres mais aura la lumière de la vie. (Jean 8,12) La lumière est une comparaison qui est importante parce qu’elle recouvre différents aspects de l’identité du Christ.

Dès le début de l’évangile, il avait déclaré à Nicodème, pour indiquer une position différente de celle de Jean Baptiste, que le Messie n’était pas venu pour juger le monde : Car Dieu n’a pas envoyé son Fils dans le monde pour juger le monde mais pour que le monde soit sauvé par lui. (Jean 3,17) Et en parlant de son rôle comme pasteur, il a dit ce qu’il voulait pour son troupeau : Moi je suis venu pour qu’on ait la vie et qu’on l’ait surabondante. (Jean 10,10) Cette vie qu’il appelle parfois divine a une qualité proprement divine. Elle est parfois comparée à l’eau; elle est nourrie par la parole. Elle est victorieuse de la mort. Elle est déjà donnée à ceux qui accueillent la parole du Christ et sera pleinement manifestée lors de la glorification. C’est le don par excellence qu’il est venu apporter à l’humanité.

La lumière parle de l’identité de Jésus. En dissipant les ténèbres elle évoque la Révélation qui apporte les paroles du Père. Moi et le Père, nous sommes Un, avait dit Jésus au grand scandale des Juifs (Jean 10,30). Qui m’a vu a vu le Père, dira Jésus à Philippe (Jean 14, 9). Et les paroles qu’il dit, il les a reçues du Père. En l’accueillant, on accueille le Père et sa présence. On accueille sa Parole, le Verbe, et on reçoit sa Vie.

Jean Gobeil SJ

2021/04/27 – Jn 10, 22-30

Jésus est à Jérusalem pour la fête anniversaire de la Dédicace du temple qui rappelle la purification du temple par Judas Maccabée après la profanation faite par Antiochus Épiphane. On mentionne la colonnade de Salomon qui était un portique le long du mur sud de l’esplanade du temple où enseignaient et discutaient les docteurs de la Loi. Les Juifs somment Jésus de dire s’il est le Messie comme le fera le grand prêtre à son procès. Jésus répond: Je vous l’ai dit et vous ne croyez pas. S’ils étaient comme les brebis de son troupeau, ils écouteraient sa voix et auraient la vie éternelle. Personne ne pourrait les séparer de lui parce que c’est le Père qui les lui a confiées. Le Père et moi, nous sommes Un, déclare Jésus.

A la question, Es-tu le Messie, Jésus répond indirectement: Je vous l’ai dit. Jésus se défie du titre qui a souvent des connotations politiques. Ce que Jésus a dit, il l’a dit à travers ses œuvres. Mais pour entendre ou voir ce que reflètent ces œuvres il faut la foi en lui. C’est pour cela qu’il ajoute: Je vous l’ai dit et vous ne croyez pas. Même avec les disciples de Jean Baptiste qu’il a envoyé demander, Es-tu celui qui doit venir ou devons-nous en attendre un autre, Jésus donne comme réponse des exemples de ses œuvres. Pourtant Jean Baptiste n’avait pas en tête un Messie politique. Ce n’est qu’avec la Samaritaine qui était venue puiser de l’eau qu’il répond directement à ce qu’elle attend. Elle parle du Messie qui doit venir, qu’on appelle Christ, et qui expliquera tout. Jésus lui dit: Je le suis, moi qui te parle. La conversation qu’elle avait eue avec Jésus l’avait préparée: elle était prête à croire en lui. Elle ne cherchait plus de l’eau matérielle: elle l’avait oubliée. En fait, elle oublie même sa cruche pour aller annoncer aux gens du village celui qu’elle a rencontré.

Sans la foi on ne peut entendre ce que Jésus dit. Et c’est par la foi qu’on fait partie de son troupeau. Jésus ajoute que ceux qui font partie de son troupeau, rien ne peut les séparer de lui. On pense à la phrase de saint Paul: Qui pourra nous séparer de l’amour du Christ? (Romains 8,35)
Et c’est cette union au Christ qui implique union avec le Père et amène la déclaration finale: Moi et le Père sommes Un.

Les Juifs voudront le lapider en disant à Jésus qu’il blasphème: parce que n’étant qu’un homme, tu te fais Dieu. La foi chrétienne est juste l’inverse: le Verbe s’est fait chair. Dieu s’est fait homme.

Jean Gobeil SJ 

 

2021/04/26 – Jn 10, 1-10

La première partie (10,1-6) est une parabole, un texte énigmatique pour l’auditeur et qui l’invite indirectement à voir un sens qui l’interpelle. Il est question d’une bergerie, avec une entrée et un gardien. Elle contient plusieurs troupeaux. Ceux qui ne passent pas par l’entrée sont des voleurs qui vont tuer des brebis. Celui qui passe par la porte est un pasteur légitime. Pour rassembler son troupeau à lui, il appelle ses brebis, chacune par son nom. Elles écoutent sa voix et ainsi le reconnaissent. Il les fait sortir; il marche à leur tête et elles le suivent. Elles fuiraient une autre voix.

La seconde partie veut expliciter la parabole (10,7-10). Je suis la porte, dit Jésus. Si quelqu’un entre par moi, il sera sauvé. Il pourra aller et venir. Les voleurs détruisent et tuent mais Jésus, lui, est venu pour qu’on ait la vie en surabondance.

Dans la première partie, le pasteur légitime est celui qui rassemblera son troupeau et le fera sortir de la bergerie. Faire sortir est l’expression employée par Dieu pour parler de l’exode. Il est celui qui fait sortir d’Égypte son peuple et lui donne la liberté. Le pasteur qui fait sortir les brebis de son troupeau leur donne la liberté parce que maintenant elles peuvent paître. Jésus fait allusion à un nouvel exode, une nouvelle libération qu’il donnera à ceux qui feront partie de son troupeau, à ceux qui auront reconnu sa voix, c’est-à-dire à ceux qui l’auront accepté. Les brebis qui n’auront pas reconnu sa voix ne feront pas partie de son troupeau et ne profiteront pas de cette libération.

Le pasteur marche à la tête des brebis et elles le suivent. Après la libération d’Égypte, Dieu a agi comme un pasteur: il a été présent à son peuple pour le guider et le protéger pour marcher à leur tête. C’est son action qui a fait d’Israël le peuple de son bercail comme le répètent les Psaumes.

La parabole suggère donc que Jésus peut réaliser un nouvel Exode, que ceux qui répondront à son appel constitueront un peuple nouveau. La parabole suppose aussi de la fidélité. Répondre à sa voix, le suivre, sont des images d’une fidélité à préserver. Mais ceci ressort davantage dans l’explication de la parabole.

En introduisant la figure de la porte comme illustration de son œuvre Jésus reprend un thème dont il a parlé dans le discours sur le pain de vie et qu’il utilisera encore avec l’image de la voie ou du chemin: Je suis le Chemin, la Vérité et la Vie. (Jean 14,6) C’est le thème du médiateur unique. Ce n’est que par lui qu’on peut connaître le Père et avoir accès à lui et à sa Vie. Je suis la Porte. Si quelqu’un entre par moi il sera sauvé. (Jean 10,9)

Pour la brebis, cela veut dire qu’elle entrera et sortira et trouvera un pâturage. L’expression est employée pour dire le contraire d’être perdu ou d’errer sans but. Elle est employée pour décrire Josué qui doit prendre la succession de Moïse et guider le peuple : Il entrera et sortira à leur tête. (Nb.27,17)  Le troupeau en liberté ne va pas n’importe où: il va, guidé par le pasteur, vers un pâturage. De même, la liberté qu’apporte Jésus à ceux qui répondent à sa voix a un but précis : pour qu’on ait la vie et qu’on l’ait surabondante. (Jean 10,10)

Jean Gobeil SJ