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(Français) 2022/04/02 – Jn 7, 40-53

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Dieu offre au monde la lumière de la vérité dans la personne de son Fils Jésus. Devant cet éblouissement, personne ne peut demeurer indifférent. L’indifférence penche déjà vers la ligne du refus. Il faut choisir entre le refus ou l’acceptation par la foi. Le refus, comme la foi, est relatif et peut avoir des degrés. L’auditoire de Jésus se range dans l’une de ces deux tendances opposées: certains s’ouvrent à sa révélation, tandis que d’autres la rejettent. La personne du Christ provoque sans cesse la division dans l’Évangile de Jean entre les croyants et leurs adversaires, car personne ne peut demeurer neutre face à la lumière.

Dans le présent passage de l’Évangile, c’est de nouveau la division entre deux groupes. Les uns reconnaissent en Jésus le Prophète annoncé par Moïse (c’est un des titres du Messie) et le Christ, le titre du roi consacré par Dieu, comme David. À l’opposé, d’autres s’en tiennent à l’apparence humaine: ils savent que Jésus est de Galilée, de Nazareth, et qu’il est le fils de Joseph. Or le Messie doit descendre de David (2 Sam 7,12-16) et naître à Bethléem (Mic 5,1).

La scène se termine encore sur une manifestation de la souveraine li¬berté de Jésus et de l’impuissance de ses adversaires. Jésus accueillera à son “heure”, libre¬ment, son sacrifice sur la croix.

Les chefs rejettent Jésus (vv.45-52).

La réponse des gardes aux notables juifs exprime leur étonnement et leur admiration, comme l’exclamation de la foule devant les miracles de Jésus. Mais l’émerveillement n’est pas la foi, qui est l’unique moyen pour comprendre le message de Jésus. En réac¬tion aux gardes dans l’admirations, les Pharisiens reprennent l’accusation répétée sans cesse contre Jésus: il est un séduc¬teur qui égare la foule.

Les chefs des prêtres et les Pharisiens méprisent ceux qui sont favo¬rables à Jésus: ils sont des ignorants, des gens qui ignorent la Loi et ne peu¬vent l’observer; ils sont donc des impurs et des maudits, séparés de Dieu. Le mépris de la part des Pharisiens deviendra une objection persis¬tante au temps de la communauté de Jean, vers les années 90. Ce Jésus que les chrétiens croyaient être le Messie n’avait re¬cruté autour de lui que quelques disciples dans les classes les plus basses de la société, des ignorants et des pécheurs. À l’opposé, les prêtres et les docteurs, qui étaient qualifiés pour juger de sa mission, avaient refusé unanimement de croire en lui.

À ces chefs qui reprochent à la foule d’ignorer la Loi, Nicodème fait remarquer qu’ils la violent en condamnant Jésus sans l’entendre, manifestant de la sorte leur endurcissement dans leur incroyance et dans leur hostilité. Au lieu de répondre à Nicodème, les notables l’accablent avec le titre méprisant de “Galiléen” et ils justifient leur préjugé, en déniant à Dieu la liberté de choisir son prophète comme il le veut et où il le veut. Dieu n’est plus libre, il n’a pas le droit d’appeler un Galiléen pour être son prophète.

Quelle illusion de prétendre évaluer et juger les actions de Dieu, en le limitant à l’intérieur de nos normes et de nos règles! On est victime fatalement de cette illusion, quand on prétend pénétrer les secrets divins par sa seule intelligence.

On ne peut comprendre la révélation du Fils de Dieu qu’à la lumière de la foi: “Crois pour comprendre” (Saint Augustin). Cette lumière brille dans la confiance qui permet la communion avec Dieu. Seul le coeur animé par la confiance et l’amour peut accueillir la splendeur de la vérité.

Jean-Louis D’Aragon SJ

(Français) 2022/04/01 – Jn 7, 1-2.10.14.25-30

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A l’occasion de la fête des Tentes, Jésus attend que ses frères soient montés à la fête pour y aller lui-même en secret. Jésus va au temple au milieu de la semaine de cette fête. Des gens s’étonnent de le voir en liberté car ils sont au courant que les autorités veulent le tuer. Ils ne pensent pas qu’on ait pu le reconnaître pour le Messie parce qu’on sait d’où il vient. En réponse à cette croyance, Jésus déclare qu’il a été envoyé, qu’il connaît celui qui l’a envoyé parce qu’il était auprès de lui, mais qu’eux ne le connaissent pas. On cherche à l’arrêter mais on ne peut le faire encore.

La fête des Tentes était une des trois fêtes où devaient aller ceux qui le pouvaient. C’était la fête la plus spectaculaire. A l’origine, c’était une fête des vendanges. Pendant huit jours on devait rester dans des huttes qui rappelaient les coutumes lorsqu’on restait dans les vignobles ou les vergers au moment des récoltes. La fête devint ensuite un rappel historique de la protection de Yahvé pendant le séjour au désert. C’était une fête très joyeuse d’action de grâce mais aussi de demande de la pluie pour la prochaine saison : chaque matin, après avoir dansé toute la nuit, les gens allaient en procession pour chercher de l’eau à la maison du puisage parce que, disent les commentaires juifs, c’est là à Sion qu’on puise l’Esprit. Comme on fêtait beaucoup durant la nuit, il y avait au temple une illumination spectaculaire pour l’époque: des chandeliers en or de 22 mètres de haut étaient alignés dans la cour des femmes. D’après l’historien Flavius Joseph, un contemporain de la fin du culte au temple, cette lumière se voyait dans toute la ville. Donc, l’eau et la lumière sont deux thèmes importants de la fête.

Les proches de Jésus (les frères) lui ont suggéré de profiter de la fête pour aller rester en Judée et se faire connaître avec des signes. Jésus a refusé leur suggestion. Il veut bien leur montrer que ce ne sont pas les hommes qui déterminent sa mission. Il en sera de même pour ceux qui voulaient le tuer : ils ne réussiront pas à le faire arrêter pendant cette fête. Quand la fête est commencée, il monte à Jérusalem mais en secret, peut-être pour ne pas susciter des manifestations en faveur d’un type de Messie qu’il ne voulait pas être.

En le voyant en liberté au milieu de la fête, les gens se posent des questions: Est-ce que les autorités auraient reconnu qu’il est le Christ? Mais ce ne peut être lui parce qu’on sait d’où il vient : Nazareth. Jésus les contredit ouvertement : Vous ne savez pas d’où je viens parce que vous ne connaissez pas Celui qui m’a envoyé.

On voudrait bien l’arrêter mais on ne peut pas: son heure n’est pas arrivée.

Le septième jour de la fête (ou le huitième), Jésus proclame:
Si quelqu’un a soif, qu’il vienne à moi et qu’il boive celui qui croit en moi. De son sein couleront des fleuves d’eau vive. Il parlait de l’Esprit… (7,37-38)
Un peu plus loin (8,12), Jésus déclare:
Je suis la lumière du monde.
Qui me suit ne marche pas dans les ténèbres, mais il aura la lumière de la vie.

Jésus est l’eau et la lumière: c’est lui, la véritable fête des Tentes.

Jean Gobeil SJ

(Français) 2022/03/31 – Jn 5, 31-47

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Dans un discours pour justifier son oeuvre le jour du sabbat, Jésus a commencé par invoquer son union étroite au Père: ses oeuvres sont les oeuvres du Père et par lui le Père donne la vie. Il donne maintenant les sources qui rendent témoignage à sa personne. Il commence par un témoignage humain, celui de Jean Baptiste. Puis il cite le témoigne de ses oeuvres, c’est-à-dire des miracles. Il parle ensuite du témoignage du Père surtout à travers les Écritures. Il attaque en suite très fort l’incroyance des Juifs qui est due à leur manque d’amour de Dieu.

Jésus commence par offrir comme témoignage celui que Jean Baptiste lui a rendu. Il souligne qu’un témoignage humain n’est pas bien fort. Pour les affirmations inouïes qu’il a faites, il n’y a que le témoignage de Dieu qui soit adéquat. En passant, Jésus loue Jean Baptiste en le décrivant comme une lampe qu’on allume et qui brille. Il rappelle que beaucoup de Juifs ont reçu son baptême de son vivant.

Plus grand que le témoignage de Jean Baptiste est celui des oeuvres de Jésus: ses miracles attestent que Jésus est l’envoyé du Père.

Il y a aussi le témoignage du Père. Ceci ne vise pas les paroles du Père au baptême de Jésus mais plutôt le témoignage global des Écritures qui sont les paroles de Dieu. Mais pour que ce témoignage soit perçu, il faut savoir écouter les Écritures pour que sa parole demeure en soi. Mais c’est là le problème des adversaires de Jésus.

Jésus dénonce l’incroyance des Juifs dans les versets suivants (5,41-47). La parole de Dieu ne peut demeurer en celui qui ne croit pas en Jésus comme l’envoyé du Père. A cause de cela, les adversaires de Jésus ne peuvent recevoir la vie éternelle. Ils peuvent chercher dans les Écritures mais la parole ne peut demeurer en eux parce qu’ils n’ont pas en eux l’amour de Dieu (5,42).

Finalement ce sera Moïse qui sera leur accusateur, Moïse dont ils ont scruté les écrits et pour qui le vrai sens de la Loi était d’orienter vers la révélation qui se fait en Jésus.

Ce texte est une occasion pour Jean de dire en passant comment il faut aborder les Écritures. D’abord il faut l’amour de Dieu sans lequel on ne peut rien voir. Ensuite il faut que la Parole demeure en soi : c’est ce que le Psaume 1 appelle murmurer la Loi jour et nuit. Finalement, c’est à la lumière de la gloire du Christ que la Parole nous fait recevoir la vie éternelle.

Jean Gobiel SJ

(Français) 2022/03/30 – Jn 5, 17-30

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Jésus est venu à Jérusalem à l’occasion d’une fête. Il vient de guérir un paralysé à la piscine de Bézatha, alors que c’est un jour de sabbat. Celui-ci est venu au Temple avec son grabat sur le dos ce qui a causé de l’émoi parmi les Juifs et suscité de l’opposition à l’action de Jésus. Il justifie son oeuvre par sa relation au Père ce qui fait que les Juifs veulent le faire mourir parce qu’il se déclare l’égal de Dieu. La controverse continue: Jésus se déclare la vie et le juge.

Jésus est dans le Temple, à l’occasion d’une fête et il vient de faire une guérison alors que c’est le sabbat. Il répond à des objections des Juifs. Jean englobe dans ce terme les adversaires de Jésus. Jésus justifie son action par sa relation particulière à Dieu qu’il appelle Mon Père. Il déclare que l’action de son Père n’est pas limitée par les prescriptions religieuses et celle de Jésus est comme la sienne. Pour les Juifs, se mettre aussi proche de Dieu est l’équivalent de se mettre à l’égal de Dieu. Pour eux, c’est un blasphème qui mérite la mort.

Ce qui suit, les versets 19 à 30, explique cette relation spéciale entre Jésus et son Père: c’est une union exceptionnelle qui fait que l’action du Fils, le jugement qui se fait par lui, la vie qu’il donne, proviennent directement du Père.

Il ne fait rien de lui-même, déclare Jésus (Vv,19-20). Ses actions ne sont pas indépendantes: elles correspondent à sa vision et sa connaissance du Père.

Il donne la vie comme le Père peut donner la vie à des morts (v.21).

Honorer le Fils, c’est honorer le Père. C’est ce qui constitue le jugement qui donne la vie (Vv.22-23).

Il donne la vie éternelle à ceux qui écoutent sa parole (qui reconnaissent que c’est la parole qui vient du Père et qui la suivent). Ainsi, ils sont déjà passés de la mort à la vie: ils échappent donc au jugement, à la condamnation. (Vv.24-25)

Le Fils a en lui-même la vie comme le Père a la vie en lui-même (v.26).

Le jugement de Jésus est juste parce qu’il relève uniquement du Père (Vv.27-29).

Jésus termine cette partie du discours en répétant ce qu’il disait au point départ: Moi, je ne peux rien faire de moi-même….Je ne cherche pas à faire ma propre volonté mais la volonté de celui qui m’a envoyé (v.30).

Jean Gobeil SJ

(Français) 2022/03/29 – Jn 5, 1-16

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Il y avait à Jérusalem une piscine appelée Bézatha près de la Porte des Brebis. Il y avait là beaucoup de malades et d’infirmes parce qu’on croyait que les eaux avaient des vertus curatives quand il se faisait un bouillonnement. Un invalide, depuis 38 ans, était couché là. Jésus lui demande s’il veut être guéri, puis lui dit de se lever et de prendre son grabat, ce qu’il fait: il est guéri. Comme c’est un jour de sabbat et qu’il porte son grabat cela déclenche un scandale et des questions. Mais l’infirme ne connaît pas celui qui l’a guéri. Rendu dans le temple, il rencontre Jésus qui lui dit que maintenant qu’il est guéri, il doit être fidèle et ne pas pécher. L’infirme annonce aux Juifs que c’est Jésus qui l’a guéri.

La première partie du récit souligne la puissance de Jésus. L’infirme est malade depuis très longtemps. Il est seul: il n’y a personne pour l’aider à descendre dans la piscine au moment où il y a le bouillonnement qui est supposé guérir le premier qui se plonge dans l’eau. C’est à lui que Jésus s’adresse: Veux-tu être guéri? L’infirme qui pense à la façon ordinaire de guérison explique qu’il n’a personne pour l’aider et qu’ainsi il y a toujours quelqu’un qui arrive à l’eau avant lui. Jésus lui dit alors de se lever, de prendre son grabat et de marcher. Le malade accepte la parole de Jésus et aussitôt il fut guéri. La puissance de la parole de Jésus est sans comparaison avec le bouillonnement de l’eau. Elle est aussi sans comparaison avec l’ordre ancien que représente la piscine.

La seconde partie passe de la piscine au Temple. Si Jésus est à Jérusalem, c’est parce que c’est une des trois fêtes où les Juifs sont supposés de s’y rendre: Pâque, Pentecôte et les Tentes. Et c’est un jour de sabbat. L’infirme aussi est rendu au temple dont la partie nord de l’esplanade du temple est très proche de la piscine Bézatha. Il est peut-être allé rendre grâce à Dieu pour sa guérison. Il est fidèle à la parole de Jésus: il porte toujours son grabat et ne passe pas inaperçu! Il se fait avertir qu’il n’a pas le droit de faire cela le jour du sabbat. Mais pour l’infirme la parole de celui qui l’a guéri, même s’il ne sait pas son nom, passe avant le sabbat.

Jésus, qui est au Temple lui aussi, le retrouve et lui dit: Te voilà en bonne santé (sain). On va découvrir, au cours du récit, que Jésus n’a pas seulement fait une guérison physique mais bien une guérison de toute la personne qui comprend le pardon des péchés. C’est pour cela que Jésus dit: Ne pèche plus. Il pourrait t’arriver pire encore. Il ne faut pas voir là un lien que Jésus mettrait entre le péché et une maladie physique qui en serait la conséquence. Plus tard, les disciples, en voyant un aveugle, demanderont à Jésus: Qui a péché pour qu’il soit né aveugle? Jésus sera catégorique: Ni lui ni ses parents n’ont péché. (Jean 9,2-3) De même, Luc rapporte le cas de ceux qui furent victimes des représailles de Pilate et un autre cas où les victimes ont été tuées par l’effondrement d’une tour: Jésus exclut un lien entre le malheur et le péché (Luc 13,1-5). Mais quiconque a reçu cette bonne santé dont parle Jésus a désormais une responsabilité plus grande que ceux qui n’ont rien reçu. Il y a donc là un avertissement qui vise aussi les lecteurs de l’évangile. Eux aussi, avant la rencontre du Christ, étaient paralysés comme cet homme. Eux aussi ont été guéris et à cause de cela sont appelés à une fidélité plus grande. Mais pour les autorités juives, qui sont plus intéressées dans la règle du sabbat que dans la guérison de l’infirme, Jésus devient quelqu’un qu’ils doivent poursuivre.

Jean Gobeil SJ

 

 

 

 

(Français) 2022/03/28 – Jn 4, 43-54

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Venant de Jérusalem, Jésus poursuit sa route vers la Galilée, après une halte de deux jours chez les Samaritains. Le témoignage de la femme, à qui Jésus a révélé “l’eau vive” et le culte “en Esprit et en vérité“, a entraîné ses compatriotes vers le Messie.

Une transition (4,43-45) introduit au récit de la venue du fonctionnaire royal vers Jésus. Le jugement sévère du Christ sur ses compatriotes, exprimé par le dicton sur le prophète ignoré des siens (4, 44), semble contredire leur admiration pour ses actions éclatantes à Jérusalem. Pourquoi? C’est que l’accueil enthousiaste des Galiléens n’est pas valable, parce qu’il est aussi superficiel que celui des habitants de Jérusalem (2,23-25). Même s’ils l’accueillent avec admiration, les Galiléens, ses compatriotes, ne l’honorent pas, parce qu’ils n’ont pas vraiment foi en lui. Leur accueil superficiel est déjà jugé par Jésus en conclusion de son séjour à Jérusalem. D’un côté, l’évangéliste constate que “beaucoup crurent en lui en voyant les signes miraculeux qu’il faisait.” Mais comment Jésus apprécie-t-il leur foi? “Il n’avait pas confiance en eux” (Jn 2, 23s), parce qu’ils s’en tenaient au miracle, au merveilleux, sans essayer de pénétrer au-delà de cette apparence pour comprendre les signes.

Jésus reprendra le même reproche en s’adressant au fonctionnaire qui vient le supplier et qui représente les Galiléens : “Vous serez toujours incapables de croire, si vous ne voyez pas des signes miraculeux et des prodiges” (Jn 4, 48). Honorer Jésus, c’est croire et discerner qu’il est le Christ, l’Envoyé du Père, en pénétrant la matérialité du signe pour en découvrir le sens qu’il exprime. La fragilité de leur foi sera mise à l’épreuve après la multiplication des pains et elle dis­paraîtra rapidement à l’audition de la parole du Christ révélant la significa­tion du signe, “le pain de la vie” (Jn 6, 2.14.26.30s.41-43.52.61s). De la même manière, l’évangé­liste dira que les frères de Jésus, pourtant enthousiasmés par ses “oeuvres“, ne croyaient pas en lui (7.2-5).

La parole guérit à distance (4,43-54)

La scène qui suit se déroule à Cana, comme au début de la section pré­cédente Jn 2,1). Le signe accordé par Jésus, à ces deux occasions, se produit d’une manière similaire dans deux détails importants. À la demande de sa mère, Jésus avait opposé un refus pour ensuite accomplir le miracle. De même, la réponse qu’il oppose à la démarche de l’officier paraît dure, mais Jésus agit ensuite selon sa demande. De plus, dans les deux cas, Jésus produit le signe par sa seule parole, sans aucun geste de sa part.

À Nicodème, Jésus avait annoncé une naissance qui produira une nou­velle vie. À la Samaritaine, il avait offert “l’eau vive…, source jaillissant en vie éternelle.” Maintenant, ce n’est plus seulement une annonce ou une pro­messe, mais le don actuel de la vie au fils d’un officier royal. Tout ceci pré­pare la déclaration capitale de la section suivante, “Le Fils donne la vie à qui il veut.” (5,21)

L’officier royal est un individu qui représente un groupe: “Il vint trouver Jésus et le priait...” Dans sa réponse, Jésus s’adresse, non plus à une seule personne, mais à un groupe: “Si vous ne voyez signes et prodiges, vous ne croirez donc jamais!” Ce groupe est celui des Galiléens (vv.43-45), qui croient seulement sur la base du mer­veilleux des signes. C’est ainsi que s’explique la réponse sévère de Jésus à l’officier, dont la démarche est motivée par la foi. Jésus réagit contre le désir superficiel du merveilleux, parce que celui qui se satisfait d’un accueil aussi mince empêche la foi de grandir en lui et de parvenir à maturité. Après cette épreuve, le fonctionnaire progressera, car il croira à la parole de Jésus, sans signe immédiat. Il deviendra un modèle pour les Galiléens.

Nicodème, de même, a représenté les habitants de Jérusalem. Aussi Jésus lui adresse des paroles sévères. Mais Nicodème progressera dans sa foi, car il défendra Jésus devant le Sanhédrin (7,50) et il se compromettra défi­nitivement après la mort de Jésus (19,39), devenant lui aussi un modèle de croyant pour les Juifs de Jérusalem.

L’épreuve de l’officier correspond à celle de Marie (2,4) et à celle de la femme syro-phénicienne (Mc 7,27), qui persévèrent malgré ce défi. Le dan­ger imminent de la mort pour l’enfant de l’officier est mentionné deux fois (vv.47 et 49), auquel s’oppose la triple affirmation que l’enfant vit (vv.50,51,53). Ce contraste délibéré affirme implicitement que cette guéri­son est l’équivalent d’une résurrection.

L’officier progresse dans sa foi d’abord par sa persistance, en dépit de la rebuffade de Jésus face à sa démarche (v.48) Il franchit une nouvelle étape dans sa foi, lorsqu’il a confiance dans la seule parole de Jésus, qui lui dit: “Retourne chez toi, ton fils vit” (v. 50). Jésus ne l’accompagne pas pour se rendre à Capharnaüm et, sur place, guérir son fils. Cet homme n’a aucune garantie sensible, sauf la parole de Jésus, et il croit: “L’homme crut à ce que Jésus lui disait et partit” (v. 50). Finalement il vérifie avec précision l’efficacité de la parole de Jésus : “le père se rendit compte que c’était l’heure même où Jésus lui avait dit: ‘Ton fils a repris vie” (v. 53).

La révélation de Dieu bouleversera toujours nos normes humaines et nos préjugés. On pense que ce qui vient de Dieu doit être éclatant et fulgurant. On fixe à Dieu les modalités de son action. Le désir du mer­veilleux qui surgit un peu partout au moindre phénomène étrange ne dé­coule-t-il pas d’un tel préjugé? Par contre, on ne distinguera pas la présence divine dans un simple acte d’amour. La manifestation de la présence de Dieu au prophète Élie dans “le bruit d’un souffle léger” est significative (1 Rois 19,11-13). Au contraire, nous désirons que le merveilleux se renouvelle, car il n’atteint que notre perception sensible, superficielle. À Jésus qui vient de multiplier les pains, la foule demande un autre signe: “Quel signe miraculeux peux-tu nous faire voir?” (6.30)

La foi, comme la vie, progresse, sinon elle meurt. L’évangéliste si­gnale trois étapes dans la progression de la foi du fonctionnaire. L’homme vient vers Jésus, animé par une foi fondée sur cette réputation de thauma­turge, “faiseur de miracles“. Il croit par la suite à la parole de Jésus, qui explique la portée du signe. L’officier s’en retourne avec comme seule ga­rantie la parole de Jésus, “Ton fils vit“. Sa foi est devenue obéissance et reddition de lui-même. Enfin la foi constate la réalité historique du signe et adhère globalement au Christ, sans condition, ni limitation.

Jean-Louis D’Aragon SJ