2020/12/26 – Matthieu 10, 17-22

2020/12/26 – Matthieu 10, 17-22

Les envoyés peuvent s’attendre à des persécutions. Ils seront livrés aux tribunaux (sanhédrins), flagellés dans les synagogues, traînés devant les gouverneurs et les rois. Ils ne doivent pas s’inquiéter sur leur façon de répondre: c’est l’Esprit du Père qui parlera en eux. Leur appartenance au Christ entraînera des divisions même dans leurs familles. Ils doivent s’attendre à la persécution et être prêts à fuir dans une autre ville. .

Notre texte est la continuation des instructions que Jésus donnait aux 12 au moment de les envoyer en mission. Mais il est clair qu’il déborde ce moment. On peut voir dans le récit de Marc (6,12) et dans celui de Luc (9,6) que les 12 ont proclamé et fait des guérisons mais qu’il n’a pas été question de persécution, d’arrestation et de comparution devant des gouverneurs et des rois.
Matthieu a profité de l’occasion pour grouper des paroles pour faire une sorte de traité du missionnaire.

Il fait ainsi allusion à des situations qui sont arrivées après la vie de Jésus. Par exemple, Paul, alors qu’il est prisonnier avant d’être envoyé à Rome, a comparu devant Félix, le gouverneur, et devant Hérode Agrippa 1 qui était roi à ce moment (vers l’an 60), d’où la mention de gouverneurs et de rois.

La mention des sanhédrins rappelle qu’à part le grand sanhédrin de Jérusalem (71 membres) il y avait des sanhédrins régionaux, composés de 23 notables, qui devinrent très importants après la disparition du grand Sanhédrin lors de la chute de Jérusalem en 70.

La fuite de ville en ville est une description des voyages missionnaires de Paul qui prêchait jusqu’à ce qu’il soit expulsé ou bien jusqu’à ce que la situation devienne trop dangereuse.

Mais il semble bien que Matthieu, dans ses instructions, ne pense pas seulement aux 12 ou aux missionnaires “professionnels”, comme Paul et Barnabé. Jésus parle de persécutions à cause de moi et à cause de mon nom. N’importe quel disciple porte le nom du Christ: c’est l’origine du mot chrétien très tôt (Actes 11,26).

Ainsi tout disciple de Jésus, doit être prêt à témoigner par sa vie de son appartenance au Christ.
Cela ne se fait pas sans difficultés comme l’histoire d’Etienne, racontée dans les Actes (6,8-7,60), nous le montre bien. Mais l’aide de l’Esprit est promise et la fidélité, persévérer jusqu’à la fin, fait partie du devoir de celui qui veut être sauvé:

Le juste vivra par sa fidélité. (Habaquq 2,4)

2020/12/25 – Jean 1, 1-18

2020/12/25 – Jean 1, 1-18

En guise de préface à son Évangile, Jean emprunte une hymne chrétienne déjà existante, qu’il complète pour introduire les idées essentielles que son livre développera. La mission du Verbe incarné, selon Jean, consiste dans une descente d’en haut vers le monde des humains, qui sont d’en bas, et dans une remontée auprès de Dieu. Dans son message d’adieu aux siens, Jésus leur résume ces trois étapes de sa mission: Je suis venu du Père et je suis arrivé dans le monde. Maintenant je quitte le monde et je m’en vais auprès du Père. (Jn 16, 28)

Comme le Prologue offre un résumé de l’Évangile, on y retrouve trois parties: 1) Le Verbe préexistant (avant la création) auprès de Dieu (vv. 1-5); 2) Le ministère du Verbe parmi les humains depuis son incarnation, avec un fort accent sur le refus incompréhensible que lui oppose le monde (vv.6-13; 3) La glorification du Verbe, qui comble ceux qui croient, en leur accordant grâce sur grâce (vv. 14-18).

La Parole de Dieu, Personne divine (vv. 1,14), est la Lumière (vv.5,9) et le Fils unique de Dieu (vv.14,18). Il est devenu chair, c’est-à-dire homme limité et faible (v.14). Bien que rejeté par les siens, il accorde à tous ceux qui l’accueillent par la foi le pouvoir de devenir enfants de Dieu, en sorte qu’ils participent à la plénitude de Dieu. Cette grâce provient de l’amour de Dieu, qui surpasse le don de la Loi par Moïse.
La tradition rattachait le début du ministère de Jésus à celui de Jean Baptiste. Aussi l’évangéliste mentionne Jean avant que la lumière vienne dans le monde, affirmant que sa mission consistait à rendre témoignage au Verbe Lumière (vv.6-8). Uni à ceux qui ont vu la gloire du Verbe venu dans la chair, Jean témoigne qu’il existait avant la création (v.15).

Le Verbe et Dieu

Ce prologue commence en précisant la relation qui unit le Verbe à Dieu (vv. 1-2). Dans une relation personnelle avec Dieu, le Verbe vit de Dieu et en Dieu. Le Verbe, sans cesse tourné vers Dieu, s’ouvre complètement à Dieu, qui lui donne tout, en sorte que le Verbe est lui-même Dieu (v.1c). Mais Dieu n’absorbe pas le Verbe, qui conserve son identité distincte de Dieu. L’Évangile reprendra cette relation étroite avec les termes de Père et de Fils. Jésus exprimera avec force son union à Dieu, affirmant que moi et le Père, nous sommes un (10, 30), non pas seulement unis, mais d’une certaine manière une seule réalité. Aussi Jésus peut-il répondre à Philippe qui lui demande de lui montrer le Père: Celui qui m’a vu a vu le Père,…je suis dans le Père et le Père est en moi. (14,9-10)

L’idéal de vie offerte par le Verbe

La condition humaine ne se comprend que dans une vue globale de son histoire, qu’il s’agisse d’une personne ou d’un groupe. Il faut connaître ses racines et le terme vers lequel tend son cheminement. Aussi Jean évoque le début, la création de l’univers, Tout a été fait par lui (v.3), et le but que doit poursuivre le croyant, devenir enfants de Dieu (v.12) et recevoir du Fils glorifié grâce sur grâce (v.16). L’histoire d’un individu ou d’une communauté ne peut avoir de sens que si elle progresse dans une continuité vers un but. Or cette continuité dépend de la fidélité à un projet. Telle est la loi exigée pour se développer. Le progrès, le bonheur et la vie sont à ce prix.

Jean enseigne au croyant à voir avec optimisme l’univers et l’histoire, car tout vient de Dieu, qui agit par son Verbe: Tout a été fait par lui (v.3). Contrairement à ceux qui, à son époque, enseignaient que la chair et la matière étaient mauvaises, Jean affirme à la suite de la première page de la Bible que tout est bon. Aucune chose n’est mauvaise en elle-même. Après avoir mentionné à quatre reprises que ce qu’il avait créé était bon, le récit de la création concluait: Dieu constata que tout ce qu’il avait fait était vraiment une très bonne chose. (Gn 1,31) Aussi le croyant doit avoir le sens de la beauté et s’émerveiller, car pour lui tout est grâce.

Le projet de Dieu pour l’humanité et pour chaque être humain se résume dans le don de la vie et de la lumière: La vie était la lumière des hommes et, en venant dans le monde, elle illumine tout homme. (vv.4.9) L’amour de Dieu se révèle dans cette offre incessante qu’il adresse par son Verbe incarné à toute personne, malgré les refus du monde.

La lumière et le monde

Le Verbe incarné n’était pas une lumière parmi d’autres qui pourraient la corriger ou la compléter. Il est l’unique lumière, l’unique révélation valable pour l’être humain. Celui-ci ne peut se disperser en adhérant à plusieurs sagesses, révélations ou projets, car on devient le Dieu en qui on croit. Adhérer à Dieu et à des idoles, c’est s’écarteler, se diviser et se détruire. La monition du prophète Élie est toujours d’actualité: Quand cesserez-vous de pencher tantôt d’un côté, tantôt de l’autre? Ou bien c’est le Seigneur qui est le vrai Dieu…ou bien c’est Baal. (1 Rois 18,21)

La tentation à laquelle succombe le monde (l’humanité séparée de Dieu) quand le Verbe incarné lui offre la lumière, c’est de refuser de sacrifier son autonomie et sa fausse sécurité (vv.10-11). Le monde craint Dieu et s’en défie, parce que Dieu n’offre pas de garanties tangibles et mesurables que son projet pour la personne humaine est raisonnable. Ceux qui, au contraire, acceptent de se livrer totalement à Dieu présent dans son Verbe constatent que leur personne est entièrement transformée. Dieu en effet leur a permis d’accéder à un nouveau registre d’existence. Il les a engendrés et ils sont devenus ses enfants (vv.12-13).

L’unique Médiateur

L’offre constante du Verbe, la vie et la lumière, trouve son couronnement lorsqu’il assume complètement, dans sa personne, la condition humaine (v.14). L’incarnation véritable du Fils, unissant en lui le divin et l’humain, paraîtra toujours un mystère scandaleux. À l’encontre d’un large groupe de la communauté de Jean, la 1ère épître proclamera sa foi dans cette manifestation inouïe de l’amour de Dieu (1 Jn 4,2-3.14-16). Tout au long de l’histoire de l’Église, plusieurs voudront éliminer en Jésus, soit Dieu, soit l’homme. L’union étroite de Dieu et de l’humanité dans le Christ constitue pourtant le cœur et le trait distinctif de la révélation, dont les conséquences sont essentielles pour la vie chrétienne.

La médiation du Christ (v.18) est absolument nécessaire, car aucun être humain ne peut atteindre par lui-même Dieu, la source unique de toute vie. Quand il a l’illusion de communiquer avec Dieu, il le déforme et le caricature, le réduisant à ses limites humaines, à ses défauts et à ses passions. Aussi la révélation, venant d’en haut vers l’être humain, par amour et gratuitement, est nécessaire pour qu’il dépasse sa condition terrestre et qu’il atteigne un au-delà de lui-même. La veille de sa mort, le Christ résume sa mission dans ce mouvement du haut vers le bas et du bas vers Dieu: Je suis sorti du Père et je suis venu dans le monde; tandis qu’à présent je quitte le monde et je vais au Père (Jn 16,28).

Cette médiation du Fils de Dieu incarné parmi nous est unique, la seule qui permet d’aller vers le Père. Elle englobe toutes les autres médiations, qui n’ont qu’une valeur relative, dans la mesure où elles préfigurent celle du Christ qui viendra ou qu’elles explicitent celle du Fils, qui contient toute la Parole de Dieu (v.17). C’est par référence à cette révélation unique qu’il faut juger tout message qu’on présente comme provenant de Dieu.

Jean-Louis D’Aragon SJ

2020/12/24 – Luc 2, 1-14

2020/12/24 – Luc 2, 1-14

La naissance de Jésus

En ce temps-là, l’empereur Auguste donna l’ordre de recenser tous les habitants de l’empire romain. Ce recensement, le premier, eut lieu alors que Quirinius était gouverneur de la province de Syrie. Tout le monde allait se faire enregistrer, chacun dans sa ville d’origine. Joseph lui aussi partit de Nazareth, un bourg de Galilée, pour se rendre en Judée, à Bethléem, où est né le roi David. Il alla s’y faire enregistrer avec Marie, sa fiancée, qui était enceinte. Pendant qu’ils étaient à Bethléem, le jour de la naissance arriva. Elle mit au monde un fils, son premier-né. Elle l’enveloppa de langes et le coucha dans une crèche, parce qu’il n’y avait pas de place pour eux dans l’abri destiné aux voyageurs.

L’annonce d’un ange aux bergers

Dans cette même région, il y avait des bergers qui passaient la nuit dans les champs pour garder leur troupeau. Un ange du Seigneur leur apparut et la gloire du Seigneur les entoura de lumière. Ils eurent alors très peur. Mais l’ange leur dit: “N’ayez pas peur, car je vous apporte une bonne nouvelle, qui réjouira beaucoup tout le peuple: cette nuit, dans la ville de David, est né pour vous un Sauveur; c’est le Christ, le Seigneur. Et voici le signe qui vous le fera reconnaître: vous trouverez un petit enfant enveloppé de langes et couché dans une crèche.” Tout à coup, il y eut avec l’ange une troupe nombreuse d’anges du ciel, qui louaient Dieu en disant:
“Gloire à Dieu dans les cieux très hauts
et paix sur la terre pour ceux qu’il aime.”

Avec le temps, nous avons embelli les crèches de nos églises, au point d’oublier la pauvreté et l’humiliation de Jésus et de ses parents. Nous n’avons pu nous résoudre à voir la réalité brutale que le Fils de Dieu a choisie pour venir habiter dans notre monde. Et pourtant, c’est l’enseignement qu’il nous donne dans les circonstances qui entourent sa naissance et dans les pauvres bergers qui viennent reconnaître et vénérer leur Sauveur. L’apôtre Paul résume la signification profonde de la Nativité de notre Sauveur, afin d’encourager les Corinthiens à se montrer généreux: Jésus Christ, qui était riche, s’est fait pauvre en votre faveur, afin de vous enrichir par sa pauvreté. (2 Cor 8,9)

Les circonstances

Tous les détails nous révèlent un Messie pauvre. Son dénuement à sa naissance annonce la pauvreté radicale qu’il subira à la fin de sa mission, lorsqu’il sera fixé à la croix, dans un dénuement et une impuissance totale.

Ses parents habitent la province du nord, cette Galilée méprisée par l’élite de Jérusalem. Leur modeste village, Nazareth, n’avait aucun éclat, puisque les Écritures sacrées l’ignoraient. Sa mère et son père ne peuvent même pas l’accueillir à sa naissance dans leur demeure; une contrainte imposée par la puissance romaine oblige ses parents à franchir les 120 kilomètres environ qui les séparent de Bethléem, la patrie de leur ancêtre David. Au terme de ce trajet épuisant pour une femme enceinte, ils découvrent qu’il n’y a pas de place pour des pauvres dans le caravansérail. Ils en sont réduits à chercher refuge dans un abri pour les animaux. C’est dans cette misère la plus totale qu’apparaît parmi nous le Fils de Dieu, le Sauveur du monde. Ce nouveau-né fragile, on ne peut que le déposer dans une crèche, une mangeoire pour les animaux.

Telle est la réalité provocante de la naissance de Dieu dans notre monde! Scandale de la Nativité qui correspond au scandale de la croix! Où se trouve ce Messie, sauveur, puissant et victorieux de toutes les puissances du mal? Dans l’espérance juive, comme dans la nôtre, le Sauveur ne pouvait être un enfant frêle et démuni. Il devait apparaître subitement, d’une manière mystérieuse, sur les nuées du ciel, tel un nouveau David, triomphant de tous les Philistins, oppresseurs de ses fidèles. L’apôtre Paul a raison de s’écrier que la croix, préfigurée par la naissance de Jésus, est un scandale pour les Juifs et une folie pour les Grecs, c’est-à-dire pour les humains que nous sommes (1 Cor 1, 23). Qui donc peut accueillir le mystère d’un Sauveur pauvre, sinon ceux qui ont un coeur de pauvres?

Le Messie des pauvres

Selon nos manières de voir et d’agir, nous avons transformé et auréolé les bergers qui ont reçu le message de l’ange et qui sont venus vénérer leur Sauveur. Pourtant les gens de cette époque ne les estimaient guère ces gens frustes. Ils n’étaient pas propriétaires des troupeaux sur lesquels ils veillaient, ils étaient de simples journaliers. Ne pouvant observer la Loi en raison de leur métier, ils étaient méprisés comme impurs et même comme des voleurs. Leur pauvreté devenait, pensait-on, une occasion de voler leur maître. C’est à ces pauvres, de mauvaise réputation, que Dieu envoie son ange pour annoncer le Sauveur. Remarquons que, dans l’Évangile de Matthieu, ceux qui viennent adorer le Christ sont également des marginaux, des païens, des magiciens, que l’Écriture juge sévèrement. Ces deux groupes, les bergers et les mages, sont les seuls qui accueillent le message céleste du salut et qui obéissent à l’invitation divine. Les évangélistes ne mentionnent que ces deux groupes de marginaux, qui sont disponibles pour discerner leur Sauveur dans un pauvre enfant.

À l’apparition de l’ange du Seigneur et de la gloire céleste qui les entoure, les bergers ressentent la crainte, non pas la peur. La crainte dans la Bible provient de l’attrait pour le sacré, pour le divin, mais en même temps exprime le respect inspiré par l’indignité humaine. Comme dans toutes les apparitions, l’ange les exhorte à bannir la peur, car Dieu ne veut pas nous écraser, mais nous combler de sa paix et de sa joie.
Après leur avoir annoncé la venue du Sauveur, l’ange leur donne un signe déconcertant, pour ne pas dire scandaleux. Ce grand roi, le fils du prestigieux ancêtre David, le Christ, celui qui est marqué du sceau divin, le Seigneur, celui en qui Dieu s’incarne, vous le trouverez « enveloppé de langes et couché dans une crèche », nouveau-né fragile et démuni. Quoi de plus contraire à ce que ces bergers imaginaient! Le Sauveur Dieu! un bébé de pauvres, réfugié dans une mangeoire pour les animaux! Et pourtant ces gens simples croient, ils ont confiance dans ce message de joie, car leur pauvreté les rend libres d’esprit et de cœur.

Un chœur céleste exalte le mystère du Seigneur qui veut sauver de cette manière l’humanité qu’il aime. Tous les dons proviennent de cet amour insondable, qui procure sécurité et paix à tous ceux et celles qui acceptent d’être aimés.

Jean-Louis D’Aragon SJ

2020/12/23 – Luc 57-66

2020/12/23 – Luc 57-66

Au temps d’Hérode le Grand, Zacharie, un prêtre de la descendance d’Aaron, remplit son tour de service sacerdotal au temple. Au moment de la prière du soir, il entre dans le Saint, la première partie du temple, pour faire brûler de l’encens. L’ange Gabriel lui apparaît pour lui annoncer qu’il aura un fils qu’il nommera Jean. Sa naissance sera une cause d’allégresse. L’esprit du Seigneur l’accompagnera et il aura la puissance du prophète Elie pour préparer au Seigneur un peuple capable de l’accueillir. A cause de son âge et de la stérilité d’Elisabeth, Zacharie a des doutes. L’ange se nomme et dit qu’il a été envoyé par Dieu pour annoncer-cette-bonne-nouvelle (“évangéliser”). A cause de son doute, Zacharie devra rester muet. Le peuple qui attend dehors comprend que Zacharie a eu une vision. Quelque temps plus tard, Elisabeth devint enceinte. Elle loue le Seigneur pour lui avoir accordé cette grâce.

Parmi les thèmes qui reviennent dans l’évangile de l’enfance, il y a d’abord celui du temple. Il commence ici; il reviendra pour la présentation de Jésus au temple et plus tard pour le recouvrement de Jésus au temple. Le prophète Malachie avait annoncé que le Seigneur viendrait dans son temple à un moment décisif. Ce que tout l’évangile de l’enfance suggère, c’est qu’il y a maintenant une nouvelle présence de Dieu au milieu de son peuple.

Un second thème est celui de la prière qui revient à travers tout l’évangile de Luc. Il est celui qui mentionne le plus souvent la prière de Jésus avant les moments importants. La première parole de l’ange à Zacharie est que sa prière (de demande) a été exaucée. Pendant la vision de Zacharie, toute l’assemble du peuple est en prière devant le temple. Ceci représente l’attente d’Israël comme pour le vieillard Syméon qui accueille Jésus lors de la Présentation au temple: on le décrit comme celui qui attendait la consolation d’Israël. La vision de Zacharie est donc la réponse à cette prière d’Israël: le Seigneur est venu dans son temple.

Le thème, sans doute le plus évident, est celui de la joie et l’allégresse. Les hymnes de louange et d’action de grâce d’Elisabeth, de Marie, de Zacharie, du vieillard Syméon sont des hymnes de joie devant l’action de Dieu. Ici, l’ange a annoncé l’allégresse et la joie et il a parlé de la bonne nouvelle qu’il apportait en employant le mot évangéliser.

Il ne faut pas oublier le thème de l’Esprit Saint. Il est le signe de la nouvelle présence de Dieu. Jean Baptiste sera rempli de l’Esprit Saint, dit l’ange. Il deviendra très important dans l’Annonciation à Marie et, de Jean Baptiste, il se communiquera à sa mère pour son action de grâce.

La présence de Dieu, une nouvelle présence, est accompagnée de son action. C’est lui qui donnera à Zacharie le fils qu’il ne pouvait avoir. C’est pour cette raison que c’est aussi lui qui donne le nom comme il le fera pour le fils de Marie. Ce don et cette bonne nouvelle n’est pas seulement pour Zacharie et pour le peuple d’Israël. C’est la bonne nouvelle que nous recevons, nous aussi: Dieu est venu parmi nous.

Jean Gobeil SJ

 

2020/12/22 – Luc 1, 46-56

2020/12/22 – Luc 1, 46-56

La première lecture parle de Anne, une femme qui était stérile et qui avait déposé son chagrin devant Dieu au sanctuaire de Silo. Le prêtre Eli lui avait alors souhaité: Que le Dieu d’Israël t’accorde ce que tu lui a demandé. Anne avait eu un enfant, Samuel. Elle est revenue au sanctuaire pour offrir cet enfant au service du sanctuaire. Son cantique d’action de grâce suit cette lecture. Marie est venue visiter sa cousine. Après la salutation inspirée d’Élisabeth, Marie, à son tour, chante son action de grâce, le Magnificat.

Il y a des points communs entre les deux chants. Dieu se penche sur les faibles; Dieu élève les humbles. Marie est son humble servante. L’humilité et les humbles sont des thèmes qui passent à travers l’Ancien Testament et le Nouveau.

On peut commencer avec Moïse:
Moïse était l’homme le plus humble que la terre ait porté. (Nombres 12,3)

Les prophètes parleront d’abord des pauvres, ceux qui n’ont ni richesse ni prestige dans la société et qui savent qu’ils ne peuvent compter que sur Dieu. Puis on parlera des humbles, les pauvres de coeur qui savent qu’ils sont des créatures de Dieu, le Dieu très saint, et qui en attendent le pardon et le salut.

Aux humbles, Dieu donne la sagesse et ils sont ordinairement pourvu de la douceur: ils sont les doux, qui n’ont pas de prétention et n’oppriment personne. On les appelle aussi les humbles de Yahvé parce que Yahvé a de la prédilection pour eux et qu’ils sont prêts à l’accueillir.

Dans Luc, les premiers à recevoir la nouvelle de la naissance de Jésus sont des humbles, les bergers. Ils sont très mal considérés dans la société du temps. A l’annonce de la naissance, ils partent aussitôt pour Bethléem.

Maris se donne comme l’humble servante du Seigneur. C’est une caractéristique de quelqu’un qui a la vraie humilité de reconnaître que ce qu’il a, il l’a reçu.

Jésus dira qu’il est doux et humble de coeur (Mt.11,29), la description des humbles de Yahvé.
Il dira aussi qu’il est venu non pour être servi mais pour servir. Il prendra la position d’un humble serviteur dans la scène du lavement des pieds des disciples.

Jésus parlera de ceux qui l’accueillent en les appelant les tout-petits à qui Dieu a révélé sa sagesse. C’est un terme qui s’applique littéralement à des petits enfants, qui sont des bons exemples dans la société d’alors, de personnes sans droit, sans prestige ni pouvoir propre.
Doux et humble de cœur, pour servir, illustre ce que nous voyons dans la nativité et l’idéal que Jésus a laissé pour ses disciples.

Jean Gobeil SJ

2020/12/21 – Luc 1, 39-45

2020/12/21 – Luc 1, 39-45

Marie se met en route en toute hâte pour aller visiter sa cousine Élisabeth. Arrivée dans la maison de Zacharie, elle salue Élisabeth. Cette salutation fait tressaillir l’enfant que porte celle-ci. L’Esprit remplit Élisabeth qui accueille Marie comme la mère du Seigneur et la déclare bienheureuse parce qu’elle a accueilli les paroles du Seigneur.

Le dernier mot d’Élisabeth sous l’inspiration de l’Esprit est que la grandeur de Marie lui était venue de son accueil de la parole du Seigneur. Or la parole du Seigneur, la parole par excellence, le Verbe de Dieu, elle le porte en elle. Ce voyage chez Élisabeth représente donc la première mission de la Parole. Avec l’arrivée de la Parole, la présence de l’Esprit se manifeste dans Jean Baptiste d’abord puis dans Élisabeth qui est la première à proclamer que Marie est la Mère de Dieu. La scène est donc une anticipation de ce qui viendra par la suite.

Jésus sera la Parole qui, sous la conduite de l’Esprit manifesté depuis le baptême de Jésus proclamera la venue du Règne de Dieu avec des actes de puissance. A la différence de Jean Baptiste qui restait au Jourdain, Jésus ira en mission à travers les villes et villages de Galilée pour finir sa mission à Jérusalem.

Après l’Ascension, la mission des chrétiens est d’être les témoins de cette parole jusqu’aux extrémités de la terre, selon la parole de Jésus à ses disciples (Actes 1,8). Luc, dans le livre des Actes, continue l’évangile pour montrer la réalisation de cette mission. La Bonne Nouvelle, accompagnée des manifestations de l’Esprit, est d’abord annoncée à Jérusalem. Puis elle se propage à travers la Syrie, puis l’Asie mineure, ensuite la Grèce. Quand elle est à Rome avec la présence de Paul, Luc termine le livre des Actes. Avec la présence de la Parole au cœur de l’empire romain, elle est virtuellement présente aux extrémités du monde.

C’est la présence de la Parole dans Marie qui la fait aller en toute hâte vers Élisabeth et commencer ainsi la mission de la Parole. C’est de la présence de cette Bonne Nouvelle que les chrétiens doivent continuer de témoigner.

Jean Gobeil SJ