2021/01/30 – Mc 4, 35-41

Un correspondant de Californie me demandait récemment si la présente crise économique annonçait la fin du monde. Pour les spécialistes de la finance en effet, cette crise peut leur paraître la fin de leur monde. Lorsque leur bulle de la spéculation s’évapore, tout semble s’évanouir dans l’espace. Notre sécurité dépend évidemment de la valeur à laquelle on a rattaché sa personne. Or tout est relatif dans notre monde, un coup de vent peut tout balayer. Se raccrocher par la foi à l’Absolu est l’unique moyen d’assurer son avenir et sa sécurité.

La tempête apaisée par le Christ est un événement, qui a toutefois une signification symbolique au-delà de la réalité immédiate. Jésus avait enseigné toute la journée la foule qui l’écoutait sur le rivage. « Le soir de ce même jour », il invite ses disciples à « passer de l’autre côté du lac. » Ce passage vers l’autre rive n’est pas simplement un trait anecdotique, il peut signifier le passage du disciple vers l’au-delà de son existence terrestre. Des obstacles et des épreuves, symbolisés par la tempête sur le lac, rendent ce voyage pénible et périlleux. Le vent s’engouffre subitement dans le couloir au nord du Lac de Galilée, où des vagues violentes peuvent atteindre six mètres de hauteur.

Lorsque cet ouragan s’élève, que les vagues se jettent dans la barque qui se remplit d’eau, les disciples sont effarés devant la perspective d’une mort imminente. Démunis en face des forces de la nature, ils ne voient aucun moyen de salut. Ils sont atterrés, car ils ne comptent que sur eux-mêmes. Jésus leur reprochera de ne pas avoir la foi, la confiance en sa présence, même s’il dort. Déjà auparavant, la même tentation tourmentera le fidèle des psaumes qui accuse le Seigneur d’être silencieux, de dormir : « Réveille-toi, Seigneur ! pourquoi restes-tu inactif ? (Ps 44, 24) Si on avait la foi, on aurait confiance en sa protection en vertu de sa seule présence, même s’il semble absent ou ne pas répondre.
Jésus nous donnera l’exemple parfait de cette confiance au dernier moment de sa mission, lorsqu’il remettra sa personne entre les mains de Dieu: « Père, je remets mon esprit entre tes mains » (Lc 23, 46). Cloué à la croix, Jésus est devenu le plus pauvre, complètement démuni, mais il se livre totalement à Dieu, apparemment absent. Endormi dans la barque qui menace de sombrer, Jésus dort, remettant sa personne entre les mains de Dieu. À son réveil, ressuscité par Dieu présent en lui, il a le pouvoir de commander aux forces du mal et de dominer les démons, que représentent les vagues rugissantes du lac.

L’existence humaine se déroule dans un combat incessant entre les forces de la vie et les puissances de la mort, en nous-mêmes et autour de nous. À certains moments, les épreuves nous amènent presque à l’anéantissement, à la mort. Nous nous sentons démunis, incapables de faire face à des défis qui nous paraissent démesurés, qui vont nous écraser. Si nous fixons notre regard seulement sur nous-mêmes, sur nos limites, l’angoisse s’empare de nous. Devant un cancer généralisé, que pouvons-nous faire? Regarder plus haut et au-delà de nos possibilités humaines.

Il faut se rappeler sans cesse que la peur surgit en nous dans la mesure où nous manquons de foi. Au général Abner, demeuré fidèle au Dieu d’Israël, mais apeuré par les menaces de la reine impie Athalie, le grand prêtre lui répond fermement: « Je crains Dieu, cher Abner, et n’ai point d’autre crainte »  (Jean Racine, Athalie, 1er acte).  La foi bannit toute peur!

Jean-Louis D’Aragon SJ 

 

2021/01/29 – Mc 4, 26-34

Dès notre naissance, nous sommes en nous-mêmes le théâtre d’un combat entre le bien et le mal, entre les virus qui nous attaquent et notre système immunitaire. Au niveau moral, des tentations nous sollicitent auxquelles nous résistons de notre mieux. Autour de nous, la haine et la violence livrent un combat de destruction contre les forces de stabilité et de paix. Une sorte de guerre universelle sévit partout, entre la haine et l’amour, entre la mort et la vie.

Face à de nombreuses critiques contre la foi chrétienne, nous sommes parfois découragés dans la crainte d’être submergés. Comment répandre la Bonne Nouvelle « jusqu’au bout du monde » (Actes 1,8), comme le Seigneur ressuscité nous l’a commandé? Les disciples de Jésus et les premiers chrétiens subissaient la même tentation de découragement. Ils étaient peu nombreux. noyés dans la masse du monde perverti de l’époque, méprisés et sans prestige.

Mystère de la vie

Pour contrer cette tentation de découragement, Jésus présente aux siens deux paraboles qui illustrent la puissance invisible de la croissance. Du grain jeté sur la terre ne semble donner aucune garantie d’avenir. Ce geste peut même paraître stupide. Si nous n’avions jamais vécu l’expérience du grain qui, de lui-même, pousse, mûrit et devient une gerbe, nous penserions que ce geste de semer est insignifiant. La preuve, c’est que les premiers humains n’ont découvert qu’après des siècles ce mystère de l’agriculture, qu’il fallait semer pour récolter. Le grain pousse de lui-même, jour et nuit, sans intervention humaine. Nous ne pouvons qu’admirer ce mystère de la croissance, mais sans l’accélérer. Un brin d’herbe qui apparaît dans une fissure du trottoir révèle la puissance de la vie qui surgit partout, même là où le béton s’y oppose et semble la comprimer. La patience et l’espérance débouchent sur la moisson.

Nous avons souvent l’illusion enfantine que des interventions extérieures, des actes de puissance pourraient écraser le mal, pour permettre au bien de fleurir. Dieu est tout-puissant et pourrait transformer le monde en un instant. Mais un tel rêve « enfantin » n’atteindrait que l’extérieur de la réalité, tandis que le Créateur intervient discrètement, en profondeur. La puissance de la vie qu’il suscite est invisible, mais rien ne lui résiste.

Comprendre les paraboles

Tout l’enseignement de Jésus est une parabole pour la foule, avec une face visible et une autre, invisible, qui lui correspond. Pour comprendre, il faut être au diapason du Christ, sur la bonne longueur d’ondes, avoir de l’empathie. Sans cette ouverture à une parole nouvelle, tout devient énigmatique. Quand une personne nous est antipathique, nous ne voyons que ses défauts. Il faut l’aimer pour la comprendre et l’apprécier. Il en est de même pour le message du Christ, surtout lorsqu’il nous déconcerte. Au-delà de l’apparence, celui qui croit découvre la vérité, la lumière, qui projette ses rayons sur le chemin de la vie et du bonheur. C’est la pédagogie qu’emploie Jésus pour instruire ses disciples, qui finiront par comprendre.

L’Évangile est une puissance de lumière et de vie, qui peut transformer le monde. Mais ce n’est pas une force fulgurante qui bouscule, qui détruit tout pour recréer en un clin d’œil. Pour un effet durable, il faut l’enracinement dans le cœur des humains. C’est par la patience et la persévérance que le grain de blé parvient à produire une gerbe.

Les combats sanguinaires entre les gladiateurs, qui devaient s’entretuer pour le plaisir sadique des spectateurs, ont continué à Rome, même après le christianisme. Mais un ermite, scandalisé par ces spectacles, décida d’intervenir. Lui seul contre une populace, quelle témérité! Telemachus se rendit à Rome, entra dans le Colisée où se déroulaient des combats et s’interposa entre les gladiateurs. La foule, furieuse, réclama et obtint sa mort. On aurait pu penser que cet ermite avait sacrifié inutilement sa vie. Mais sa dénonciation courageuse de cette barbarie sadique suscita la réflexion du peuple, qui prit conscience de sa culpabilité. Ce fut la fin de ces ignobles spectacles. L’intervention non violente d’un seul eut finalement raison de la passion sanguinaire des foules.

Jean-Louis D’Aragon SJ 

2021/01/28 – Mc 4, 21-25 – St Thomas d’Aquin

Jésus nous propose dans ce passage trois conseils qui s’apparentent à la tradition sapientiale. À toutes les époques et dans tous les pays, des sages ont exprimé des principes de vie dont l’expérience a prouvé la valeur. Jésus déclare ici que la lumière, par nature, brille pour tous, que rien ne peut demeurer secret et, enfin, cette loi universelle que celui qui possède par exemple de l’argent accumule des profits, à l’encontre du pauvre qui n’a rien et qui glisse dans la misère.

Affirmer sa foi devant le monde

Celui qui est différent semble défier les gens, parce qu’il est difficile d’accepter la différence. Elle dérange et met en question. La réaction est facilement négative face à celui qui parle une langue inconnue et dont les habitudes de vie nous sont étrangères. La société force inconsciemment les humains à se conformer aux mêmes normes d’habillement, de coutumes… À l’adolescence, les jeunes, en recherche d’identité, se révoltent parfois contre ces règles qui briment leur liberté, mais ils finissent par plier sous la pression sociale.

S’il est difficile de résister à cette pression dans des domaines superficiels, il faut une conviction profonde pour affirmer et manifester sa foi à l’encontre d’un monde qui ne croit pas. La foi engage ce qui est le plus profond en soi-même, le coeur qui caractérise notre identité. Même si le monde autour de nous ne manifeste pas d’hostilité ou de violence envers les croyants, il se montre souvent sceptique et moqueur. Aussi nombre de chrétiens sont gênés d’exprimer leur foi, ils craignent même d’être remarqués.

Or la foi est la lumière qui ne peut être dissimulée. Il serait stupide d’allumer une lampe pour la cacher, car un tel geste serait contre la nature de la lumière. Lorsqu’un chrétien camoufle sa foi, il refuse d’affirmer ce qu’il est, il se divise entre sa foi refoulée dans son intérieur et sa conduite extérieure. Comme toute division, cette contradiction entre son cœur et son attitude extérieure conduit progressivement à la ruine, à la mort.

Impossibilité du secret

Cultiver le secret est toujours une tentation. Nous avons souvent peur de nous regarder, nous essayons de nous voiler les yeux pour ne pas voir en nous-mêmes. Quel est celui qui aime faire son examen de conscience ? Nous craignons de découvrir des coins désagréables dans notre subconscient.

Si on se défie de soi-même, qu’en est-il de notre ouverture aux autres ? Quand la défiance devient une forme régulière de défense, toute véritable amitié s’avère impossible. On s’isole, replié sur soi-même, dans la pauvreté de sa solitude. Au contraire, les personnes franches, ouvertes, suscitent l’amitié autour d’elles. Même si leur franchise verse parfois dans la brutalité, on les estime parce qu’elles ne cachent rien, elles sont, comme on dit, « d’une seule pièce ».

Il est donc dans notre nature de ne rien cacher. C’est même un soulagement d’avouer une mauvaise action, fût-ce un crime. Ouvrir sa conscience à Dieu s’inscrit donc dans une exigence de notre être. Cette ouverture produit une libération, car on n’est plus seul à porter le poids de sa conscience. D’ailleurs serait-il possible de tenir secret quelque chose dans un repli de sa conscience face au Souverain Juge ?

Une loi universelle

Celui/celle qui possède un talent peut en acquérir d’autres, mais celui/celle qui n’a rien est condamné à subir sa solitude et sa misère. L’expérience nous montre que les riches qui disposent de capitaux accumulent des profits, souvent même d’une manière scandaleuse. Dans tous les domaines de la science, en médecine par exemple, les découvertes du passé permettent de progresser plus rapidement en une année que pendant un siècle auparavant.

Jésus applique cette norme générale à l’audition de sa parole. Celui/celle qui se montre disposé à l’écouter, qui a le désir de l’entendre et de comprendre, a la consolation d’accueillir sa parole dans une terre qui produira des fruits. Sa parole, comme la vie qu’elle proclame, n’a pas de limites, c’est nous qui n’en recueillons qu’une parcelle.

Sous-jacente à la pensée de Jésus se trouve une règle fondamentale de la condition humaine: aucune personne ne peut demeurer stable, immobile, sans avancer ou reculer. La stabilité, pour ne pas dire l’immobilité, est impossible chez l’être humain soumis au temps et à l’évolution. Celui/celle qui, par souci de sécurité ou par paresse, refuse de progresser, est condamné à reculer.

Notre foi se rattache à notre vie et à la loi du temps qui la conditionne. Si nous entretenons l’illusion d’une foi acquise définitivement, sans des défis, des doutes, des tentations et de la recherche, nous nous condamnons à la sclérose, à la sécheresse et…à une mort lente. Notre nature humaine, telle que voulue par le Créateur, nous stimule à chercher, pour découvrir et nous émerveiller dans l’action de grâce.

Jean-Louis D’Aragon SJ

2021/01/27 – Mc 4, 1-20 – Ste Angèle Merici

Jésus, assis dans une barque, parle à la foule qui est sur le rivage. Pour leur enseigner, il leur parle en paraboles. Un semeur jette du grain sur la terre. Une partie tombe sur le bord du chemin et elle est mangée par les oiseaux. Une autre partie est tombée sur un sol pierreux: le gain lève mais sèche faute de racines. D’autres graines tombent parmi les ronces et sont vite étouffées. D’autres finalement tombent dans de la bonne terre et donnent du fruit à trente, soixante, cent pour un. Jésus termine avec un avertissement: Que celui qui a des oreilles pour entendre, qu’il entende. Plus tard, c’est-à-dire loin de la foule, les Douze et d’autres compagnons demandent à Jésus le sens de la parabole, ce qui surprend Jésus. La semence, c’est la Parole qui est semée chez les gens. Les oiseaux représentent Satan qui vient enlever la Parole chez ceux qui l’avaient reçue. Les terrains pierreux représentent ceux qui croient un moment mais n’ont pas de persévérance. Les ronces représentent les soucis du monde qui peuvent étouffer la Parole. La bonne terre sont ceux qui accueillent la Parole et portent du fruit.

Il faut remarquer le début de ce texte. Il a des caractéristiques qui reviennent dans Marc comme ces explications mais qui sont plutôt des répétitions: Jésus monte dans une barque et s’assoit …..Il était sur le lac….la foule était au bord du lac……sur le rivage…. Ce n’est pas un style écrit; c’est un style parlé. C’est quelqu’un qui raconte en revivant ses souvenirs. Il a besoin de confirmer ou vérifier chaque étape. On peut voir et entendre un pêcheur assis sur le quai, en train de réparer ses filets, racontant, avec beaucoup de pauses, une scène où il était présent, comme Pierre, que la tradition donne comme source de l’évangile de Marc.

La parabole que nous avons ici est plutôt une allégorie puisqu’elle contient plusieurs significations. Mais elle a le même but que la parabole. C’est ce que l’avertissement de Jésus vient rappeler. L’auditeur est invité à se demander quelle est sa place dans ce récit. A quelle catégorie appartient-il? Il peut ignorer la question et refuser de répondre. Il sera alors un de ceux qui regardent sans voir ou qui entendent sans comprendre. C’est le sens de la citation d’Isaïe que Jésus utilise. La parabole n’a pas pour but d’obscurcir. Mais comme elle est une offre qui suggère, la conséquence est que la liberté de l’auditeur peut la refuser.

La parabole a l’avantage de toujours rester actuelle. Elle invite à la réflexion mais non pas d’une façon théorique. Elle demeure une interpellation pour le lecteur.

Celui qui a des oreilles pour entendre, qu’il entende.

Jean Gobeil SJ 

 

 

2021/01/26 – Lc 10, 1-9 – St Timothée et St Tite

Le Seigneur en choisit soixante-douze parmi ses disciples et les envoie deux par deux dans les endroits où il doit aller lui-même. Il leur demande de prier d’abord le maître de la moisson d’envoyer des ouvriers pour sa moisson, ensuite de n’emporter rien avec eux comme sécurité: ils doivent faire confiance en la Providence. Ils doivent offrir la paix à la maison qui veut les recevoir et accepter ce qu’on leur offre à manger. Ils doivent aussi se contenter de la maison qui les a reçus. Ils doivent annoncer que le Règne de Dieu est proche et ils ont le pouvoir comme Jésus de faire des guérisons.

Les Douze avaient reçu la mission d’aller annoncer la venue du Règne de Dieu. Ils avaient même reçu les mêmes pouvoirs que Jésus. Comme 72 est le chiffre de toutes les nations dans la Bible, la même mission est maintenant confiée aux disciples en général. Ils devront être les témoins devant toutes les nations de la réalisation des Écritures dans la personne du Christ, comme cela sera confirmé à la fin de l’évangile de Luc (24, 47-48).

Mais en même temps, notre texte souligne que c’est Dieu qui est réellement à l’œuvre. C’est lui qui envoie les ouvriers. C’est sur lui que doivent compter ceux qui sont envoyés. Mais, et c’est là le paradoxe qu’on retrouve à travers toute la Bible, Dieu a besoin des hommes, comme disait le titre d’un ancien film. Abraham n’aurait pas eu d’alliance ni de descendant s’il n’avait pas donné sa réponse à Dieu. Et Dieu avait besoin de la réponse de Marie pour l’Incarnation de son Fils. C’est Dieu qui sauvait Israël en se servant des Juges et pourtant il avait besoin de leur réponse d’abord. La réponse de ceux que Dieu choisit pour être ses prophètes est particulièrement importante dans les récits de leur vocation.

Timothée et Tite, des disciples de Paul appelés à travailler dans des communautés chrétiennes naissantes alors qu’on n’avait pas de modèle tout fait qu’on pouvait suivre, devaient se reconnaître parmi ces 72.

Ignace de Loyola certainement se reconnaissait dans ce modèle, lui qui disait qu’il fallait tout faire comme si le succès dépendait de nous mais, une fois qu’on avait tout fait, il fallait se rappeler que c’est Dieu qui fait tout.

Jean Gobeil SJ 

2021/01/25 – Mc 16, 15-18 – Conversion de St Paul

Avant de quitter les disciples, le Christ leur donne la mission d’aller proclamer la Bonne Nouvelle dans le monde entier. Il leur promet que la puissance de Dieu les protégera et fera des signes à travers leurs actions. Après que le Christ soit retourné dans sa gloire auprès du Père, les disciples travaillent à la mission et le Seigneur travaille avec eux.

Le disciple qui a écrit la conclusion de l’évangile de Marc (ce qui est ajouté après Mc.16,8) a utilisé des traditions qu’on retrouve dans les autres évangiles. Le texte aujourd’hui rappelle la finale de Matthieu où Jésus confiait aux disciples la mission d’aller baptiser “toutes les nations”. Mais ce qu’il fait est quand même en continuité avec la pensée de Marc.

L’auditoire de Marc semble bien être une communauté qui a des difficultés et des doutes; elle est peut-être en proie à de la persécution, comme Rome. Marc suggère que les chrétiens de cette communauté ne devraient pas être surpris par les difficultés et les doutes: il leur montre l’exemple des apôtres qui, même s’ils étaient avec le Seigneur, souvent ne comprenaient pas. Plusieurs fois, Jésus leur reprochent de ne pas avoir de foi (dans Matthieu et Luc, Jésus parle plutôt de leur peu de foi). Dans les moments difficiles, ils dorment ou sont absents ou ont peur. Jésus lui-même, dit Marc, à Gethsémani, commença à ressentir effroi et angoisse (Marc 14,33).

La conclusion de l’évangile rappelle donc aux chrétiens qu’en dépit de leurs difficultés et de leurs craintes ils ont la mission de proclamer partout la Bonne Nouvelle. Ils doivent ranimer leur foi et se rappeler que le Seigneur travaillait avec eux.

La première lecture aujourd’hui est tirée de la première épître de Pierre et elle accompagne merveilleusement bien l’évangile. Pierre met par écrit pour d’autres églises ce qu’il prêchait de vive voix à la communauté de Rome, qu’il appelle dans l’épître la communauté de Babylone.
Il leur recommande: Tenez-vous humblement sous la main puissante de Dieu. L’humilité vient de la foi qui compte sur le travail de Dieu, sur sa main puissante. Si Dieu travaille avec ceux qui proclament la Bonne Nouvelle, le résultat ne dépend pas de nos faibles moyens: il est l’œuvre de Dieu

Il ajoute (1 Pierre 5,7): Déchargez-vous sur Dieu de tous vos soucis, puisqu’il s’occupe de vous.

La foi en la main puissante de Dieu qui agit à travers notre proclamation de la Bonne Nouvelle, si faible soit-elle à nos yeux, nous libère de nos craintes, de nos soucis et de nous-mêmes.

Jean Gobeil SJ