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2022/05/07 – Jn 6, 60-69

Pendant que Jésus révèle progressivement le mystère de sa personne, le nombre de ceux qui croient en lui diminue :

Les Juifs murmurent comme les Hébreux au désert (v. 41; comp. Ex 17, 3).

Les disciples de Jésus, de plus en plus nombreux, se retirent et cessent de                faire route avec lui (v. 66).

Parmi les Douze, l’incroyance s’introduit. Malgré la confession de Pierre, le récit s’achève sur une note pessimiste: C’est Judas, l’un des Douze qui allait le livrer (v. 71)

La lumière provoque la division

L’Incarnation dans sa manifestation la plus humble, l’eucharistie, rebute l’auditoire de Jésus. Il est vrai que le Christ présente cette révélation de son amour pour les siens avec des expressions très réalistes, qu’il répète avec insistance : manger sa chair (répéter 7 fois) et boire son sang (4 fois). Aussi le refus de croire s’étend non plus seulement à des Juifs, mais à beaucoup de ses disciples (par deux fois, vv. 60 et 66), qui délaissent Jésus et l’abandonnent. Si on s’en tient à nos pauvres lumières humaines – la chair et ses limites – on ne voit que les apparences, on ne découvre pas le mystère contenu dans le signe eucharistique. C’est l’Esprit qui fait vivre, car il donne la lumière pour croire et comprendre.

Le Christ montre à quiconque veut devenir son disciple de mesu­rer les exigences de la foi et la place centrale de l’eucharistie dans la vie de l’Église. Quelques années après Jésus, à l’époque de l’évangéliste, plusieurs chrétiens de la communauté de Jean refuseront la réalité de l’Incarnation et de l’eucharistie, comme l’atteste la 1ère Épître de Jean.

Mais le grand défi de la foi consistera dans la croix du Fils de l’homme. Le croyant verra dans ce crucifié le Fils de Dieu, alors qu’il subira l’humiliation propre à un esclave et qu’il sera mis à mort. Pour l’évangéliste Jean, cette élévation en croix de Jésus sera en même temps sa glorification auprès du Père. Pour l’incroyant, la croix sera la preuve que la mission de Jésus fut un échec complet. Pour les autorités juives, Jésus en croix est jugé comme objet de la malédiction divine; Dieu l’a abandonné, montrant par cette condamnation qu’il était un faux prophète, qui se prétendait l’Envoyé de Dieu.

Pierre exprime sa profession de foi au nom de tous les croyants, à la 1ère per­sonne du pluriel: « A qui irions-nous…Nous, nous croyons,…nous savons« . « Le Saint de Dieu » est celui qui possède en propre la sainteté de Dieu, qui est le Tout Autre, distinct de tout le créé.

Mais le récit s’achève sur une note tragique, montrant que la fidélité n’est jamais acquise définitivement, car elle peut bas­culer dans la trahison (v.71).

Jean-Louis D’Aragon SJ

2022/05/06 – Jn 6, 52-59

Les croyants de trois groupes religieux, les juifs, les musulmans et les chrétiens, professent leur foi au Dieu unique. Comment alors les chrétiens sont-ils différents des juifs et des musulmans? Quelle est notre identité, notre visage chrétien, qui nous distingue des deux autres groupes?

Eux croient, comme nous, en un Dieu tout-puissant, qui a créé le monde et qui dirige l’histoire humaine. De leur côté, les chrétiens mettent toute leur confiance dans l’amour de l’unique Dieu, qui « a donné son Fils unique » (Jn 3,16), pour devenir l’un des nôtres, vraiment homme avec ses limites. Il est venu lui-même nous sauver de la mort et nous donner la vie divine. Il s’est abaissé comme un esclave, lavant les pieds de ses disciples, avant d’offrir sa vie sur la croix. Son amour extrême se révèle dans l’eucharistie, où il communique sa vie de Ressuscité sous le signe de la nourriture que nous assimilons.

Après avoir multiplié les pains et nourri la foule, Jésus affirme que lui-même est le pain descendu du ciel, envoyé par le Père. Au-delà du pain matériel, la foule est invitée à découvrir le Christ, Fils de Dieu, venu de l’au-delà. Jésus insiste sur cette vérité, car il s’agit du cœur de la foi : voir l’Envoyé du Père dans le signe central de l’histoire humaine, Jésus de Nazareth.

Le pain désigne, au début du discours, la révélation de Jésus, ses actions et ses paroles, c’est-à-dire la mission que le Père lui a donnée pour communiquer la vie au monde. C’est la révélation du salut à laquelle le croyant adhère et qu’il doit assimiler en lui-même.

Le verbe  manger, répété quatre fois dans cet extrait, exprime à la fois l’insistance sur la nécessité de recevoir le Fils de l’homme et le réalisme de la manducation. Le croyant s’approprie la vie du Christ dans le signe de la nourriture qu’il assimile et qui devient sa propre substance.  L’eucharistie, chair et sang, communique au croyant ces deux dons es­sentiels à son bonheur: la vie éter­nelle dès ici-bas et l’union à Jésus, le Fils de Dieu incarné et ressuscité.

Le chrétien reçoit dans le moment présent la vie éternelle par son union avec le Ressuscité. Il demeure dans le Père, qui est présent dans son Fils. L’amour nous sort de nous-mêmes pour nous retrouver dans l’Autre, le Christ. Aussi nous invite-t-il à demeurer en lui comme il demeure en nous. La vie qu’il nous donne dans cette communion se développe en vie éternelle, jusque dans l’au-delà de notre existence humaine.

Les auditeurs de Jésus refusent de croire. De même, plusieurs disciples du Christ, des chrétiens au temps de l’évangéliste Jean, refusent de croire dans ce don extrême de l‘amour divin. L’eucharistie est un défi à nos sens de la vue et du goût. Nous savons pourtant que notre vue est limitée et il en est de même pour notre audition. Ces limites devraient nous rendre humbles et nous disposer à croire dans le mystère, qui dépasse les limites de notre intelligence.

La foi est spontanée et facile dans les circonstances ordinaires de notre existence : voyage en train ou en avion, opération chirurgicale, confiance spontanée dans la nourriture qu’on nous présente,… Mais la foi dans ce qui nous dépasse complètement, dans l’au-delà, dans le mystère de Dieu, devient un défi. Pour croire dans l’amour infini du Père, qui se donne dans son Fils unique, il faut aimer. Seul, l’amour peut donner des yeux pour accueillir l’Amour. Telle est la marque distinctive du chrétien, s’écrie Jean : « Nous, nous avons cru dans l’Amour. » (1 Jn 4,16)

Jean-Louis D’Aragon SJ

2022/05/05 – Jn 6, 44-51

Jésus révèle une nouvelle dimension de lui-même, en s’identifiant à ce pain descendu du ciel et en affirmant qu’il comblera la faim et la soif de vie et de bonheur de tous ceux et celles qui croiront en lui. Jésus l’a déjà dit, mais ses interlocuteurs n’ont vu que l’aspect extérieur de l’image du pain, sans pénétrer jusqu’à la vérité que cette image veut signifier. Cette incompréhension correspond à celui qui entend une langue étrangère; pour lui, ce ne sont que des sons dont il ne comprend pas la signification. De même, les auditeurs de Jésus ne comprennent pas et ne croient pas. Dans la multiplication des pains, ils n’ont vu que le prodige, ils se sont arrêtés à l’apparence, à la superficie, sans pénétrer jusqu’à la révélation que le signe contenait.

Dieu donna la manne pour que le peuple vive selon la Loi. La manne et la Loi étaient associées pour être déposées ensemble dans l’Arche d’Alliance. En multi­pliant les pains au désert, Jésus, nouveau Moïse, donne une nouvelle Loi. Il apporte une nouvelle manne, lui-même, pour accorder la force de vivre comme lui. De même que la manne était considérée par les Juifs comme le signe de la Loi, Jésus, pain descendu du ciel, se présente comme la Révélation définitive, qui donne la vie au monde.

Venir vers Jésus est un don de Dieu, qui « attire » le croyant (v.44), mais qui n’enlève aucunement la responsabilité d’une libre décision. La volonté du Père, que Jésus accomplit, c’est de sauver tous ceux et celles qu’il lui donne et qui croient en lui. Croire, c’est « voir le Fils » dans l’homme Jésus de Nazareth. Le croyant découvre dans le signe central, qui est le Christ Jésus, sa communion unique qui l’unit au Père et qui le fait vivre. Par sa foi, le chrétien, de son côté, peut communier au  Seigneur ressuscité et accueillir le don de la résurrection et de la vie éternelle. (vv.39-40).

L’incrédulité consiste dans le refus de voir au-delà de l’immédiat. Les Juifs ne voient que l’homme Jésus : « N’est-ce pas Jésus, le fils de Joseph? Ne connaissons-nous pas son père et sa mère » ? » Comment peut-il dire qu’il est descendu du ciel ?

 Les prophètes avaient déjà annoncé que Dieu lui-même instruirait son peuple (Jér 31,33; Éz 11,19s; 36,26s). Celui que le Père instruit vient vers son Envoyé, le seul Médiateur, car personne autre que lui a vu Dieu le Père. Seule la grâce du Père permet de découvrir le Fils dans l’homme Jésus.

Jésus répète qu’il est le pain qui donne la vie éternelle à celui qui croit en lui. La manne accordée aux ancêtres n’était qu’une image, qui ne pouvait pas par elle-même donner la vraie vie. Jésus ajoute une précision dans le sens eu­charistique, car le pain qu’il identifiait déjà à sa personne, c’est sa chair, c’est-à-dire lui-même incarné, dans sa dimension phy­sique. Rebutée par cette dernière déclaration, la foule refuse de croire et de comprendre, « Comment cet homme-là peut-il nous donner sa chair à manger ? »

Dans la conclusion de ce passage, Jé­sus fait allusion à sa mort comme source de vie. « Le pain que je donnerai, c’est ma chair donnée pour que le monde ait la vie. » Telle est la pointe extrême de l’Incarnation: le Fils de Dieu s’est abaissé à notre niveau humain, il livre sa vie et se donne en nourriture.  Il y a donc continuité entre l’Incarnation, la mort en croix, la résurrection et le sacrement eucharistique.

Jean-Louis D’Aragon SJ 

 

 

 

2022/05/04 – Jn 6, 35-40

Le jour suivant la multiplication des pains, la foule rejoint Jésus. Jésus déclare qu’il est le pain de la vie. Il fait disparaître la faim et la soif la plus profonde pour ceux qui, envoyés par le Père, viennent à lui. Jésus, qui fait la volonté du Père, ne veut perdre aucun de ceux-là. Ils voient en Jésus le Fils du Père et ils croient en lui. C’est à eux que Jésus donne le pain, c’est-à-dire la vie éternelle et il les ressuscitera au dernier jour.

La foule qui a été impressionnée par le miracle de la multiplication des pains vient rejoindre Jésus. Mais cette foule ne pense qu’au pain matériel et Jésus leur en fait la remarque. Le pain qu’ils ont mangé n’est qu’un signe d’une nourriture qui donne la vie éternelle. Les gens demandent quelles sont les oeuvres qu’ils doivent accomplir pour avoir cette nourriture. Jésus répond en disant qu’il s’agit d’une seule oeuvre: croire en celui que Dieu leur a envoyé. Mais eux voudraient un autre signe du genre de la manne que Moïse avait obtenue et qui assurait la nourriture quotidienne. Ils ont à l’idée un messie qui assure la prospérité matérielle. Croire en Jésus qui leur parle d’autre chose est une épreuve pour leur foi.

L’approche de Jésus ici, rappelle l’épisode de la Samaritaine venue puiser de l’eau. Au lieu du pain Jésus a parlé de l’eau, une eau qui était un don de Dieu et qui apaiserait la soif la plus profonde. Elle avait demandé alors d’en avoir pour ne plus avoir à venir puiser. A la révélation qu’il était le Messie, et qu’il était lui-même cette eau, elle avait cru et avait été transformée.

C’est à une révélation analogue que correspond le texte d’aujourd’hui. Le pain que Jésus offre donne la vie éternelle et ce pain c’est lui-même:

Moi, je suis le pain de la vie.     (6,35)

Il ne dit pas le pain de vie mais bien le pain de la vie, une vie bien spécifique. Il s’agit de la vie de Dieu, de sa vie à lui. C’est la vie qu’il veut donner et qu’il donnera à ses disciples quand il dira: Ceci est mon sang.

Ceci est comme le dernier mot de la communication de Dieu.

Tout au long du Prologue de l’évangile, Jean emploie le terme le Verbe qui est un équivalent de la Parole. En parlant ainsi du Verbe de Dieu, Jean se trouve à dire que c’est de l’essence de Dieu de communiquer, de communiquer quelque chose de lui-même. Qu’on parle de la parole de Dieu, qu’on parle de la lumière, qu’on parle du pain, qu’on parle de l’amour de Dieu, on parle toujours de quelque chose d’essentiel de Dieu qui est de vouloir communiquer.

Et c’est par le Verbe, la Parole, que commence la création.

 Tout fut par lui (le Verbe), et rien de ce qui fut ne fut sans lui.   (1,3)

En lui était la vie et la vie était la lumière des hommes. (1,4)

La Parole, qui est lumière, dans la création qu’elle fait, dit quelque chose de la bonté de Dieu:

Dieu vit tout ce qu’il avait fait: cela était très bon.  (Gn.1,31)

Au long de l’histoire d’Israël, cette Parole a été présente dans les prophètes jusqu’au dernier, Jean Baptiste, qui est mentionné dans le Prologue pour dire qu’il n’était pas la lumière mais qui fut “un témoin de la lumière”.

Cette lumière, c’est le Christ; c’est la Parole qui s’est faite chair, qui a pris notre condition humaine.  Il dit aujourd’hui: “Je suis le pain de la vie”. (6,35)

Ce que le Christ communique maintenant c’est la vie même de Dieu.

L’image de l’eau qu’il offrait à la Samaritaine et l’image de la lumière évoquent la communication que Dieu offre. L’image du pain, une nourriture qui devient partie de nous-mêmes, dit que Dieu veut vivre en nous-mêmes pour que nous partagions sa vie. La communication divine va jusqu’à la communion qui fait de nous des enfants de Dieu.

Jean Gobeil SJ 

2022/05/03 – Jn 14, 6-14

         Il est impossible, par nous-mêmes, de parcourir le chemin qui mène à notre patrie, car elle se situe à un niveau infiniment élevé, où le bonheur dépasse toute imagination humaine.  Thomas a raison, car nous ne connaissons même pas ce chemin de l’amour et de la vie. Même en le connaissant, nous n’aurions pas la capacité de le parcourir.

         Dans sa réponse à Thomas, Jésus recourt à l’expression caractéristique, « Je suis« , qui révèle les attributs divins de sa personne. Comment Jésus est-il « le chemin » vers le Père? Parce qu’il est la vérité, c’est-à-dire la révélation du Père, en sorte que les humains, en le connaissant, découvrent le Père en lui. Lorsque les croyants le voient, ils voient le Père. Il est aussi le chemin parce qu’il est la vie, car il vit dans le Père et le Père vit en lui. Il est le Médiateur, le canal, par lequel la vie de Dieu parvient aux chrétiens. Jésus, « le chemin« , désigne donc l’essentiel, que « la vérité » et « la vie » explicitent.

         Jésus est « le chemin » qui mène au Père de trois manières.  Il ouvre la voie en passant le premier par le sacrifice volontaire de sa vie pour ressusci­ter dans la gloire. De plus, il accorde la grâce de parcourir le même chemin en donnant aux siens l’Esprit. Enfin Jésus incorpore les chrétiens en lui-même pour franchir la route avec nous et nous en lui. Il meurt avec nous et res­suscite avec nous. « Aucun de nous ne vit pour soi-même et aucun ne meurt pour soi-même. Si nous vivons, nous vivons pour le Seigneur, et si nous mourons, nous mourons pour le Seigneur. Ainsi, soit que nous vivions, soit que nous mourions, nous appartenons au Seigneur » (Rom 14, 7s). Cette image traditionnelle du « chemin » rappelle la marche du peuple vers la Terre promise et la réalisa­tion progressive de la destinée du croyant.

         « Personne ne va au Père sans passer par moi » reprend une affir­mation fondamentale que l’évangéliste avait déjà proposée (1,18; 3,13). Jésus est donc l’unique Médiateur entre Dieu et l’humanité. En rappelant cette af­firmation de Jésus, Jean pensait aux multiples mouvements religieux de son époque. Il n’y a pas plusieurs voies pour atteindre Dieu. À une époque comme la nôtre, la prétention de Jésus pourra paraître intransigeante, mais c’est l’intransigeance de la vérité, qui est unique.

Jésus est l’unique voie pour atteindre Dieu, la source de la vie éternelle. La condition, c’est de connaître  Jésus et, par lui, de connaître le Père.

         « Connaître » ne signifie pas dans l’Évangile la simple connaissance hu­maine d’un fait ou d’une personne, mais la relation personnelle de la per­sonne humaine à Dieu (v.7). Par la connaissance du Père, qu’ils connaissent par Jésus, les disciples sont établis à l’égard du Père dans une relation simi­laire à celle qui unit Jésus à son Père: relation d’amour, d’obéis­sance et d’habitation mutuelle. Aussi la vie éternelle consiste dans la connais­sance du  Père par le Christ (17,3).

          La demande de Philippe, « Montre-nous le Père » exprime l’aspiration universelle de voir Dieu, la source de tout bien. L’union du Fils à son Père est si parfaite, que Jésus peut reprocher à Philippe de ne pas le connaître, s’il n’a pas vu Dieu en lui (v.9). Par la foi, le croyant découvre Dieu dans la personne de Jésus. La demande de Philippe supposait que l’homme peut voir directement Dieu, alors que c’est uniquement par la médiation de Jésus qu’il devient possible de communiquer avec le Père. L’aspiration reli­gieuse de l’humanité peut se réaliser depuis que le Fils de Dieu s’est incarné: dans ses actions, ses paroles et sa personne, Dieu est apparu parmi nous en Jésus (1,18).

         Jésus parle et agit au nom de son Père, en sorte que ses paroles et ses oeuvres ne sont pas les siennes, mais celles du Père. Le développement de cette pensée concluait le ministère public de Jésus : « Je n’ai pas parlé de ma propre initiative, mais le Père qui m’a envoyé m’a ordonné lui-même ce que je devais dire et enseigner » (12,49s). Le Christ carac­térise l’ensemble de son ministère comme l’exacte correspondance au « com­mandement » qu’il a reçu de son Père. La répétition de ce mot souligne l’obéissance de Jésus, lien qui le rattache à son Père et qui, comme la « nourriture« , entretient sa vie (4,34).

         Si on refuse de se laisser convaincre  par les affirmations de Jésus, on doit croire au moins en raison des oeuvres que le Père accomplit par lui. Cette foi, qui a besoin d’être suscitée par les oeuvres et les signes, est imparfaite, car « si vous ne voyez des signes et des prodiges, vous ne croi­rez donc jamais. » (4,48).

         Avec son retour au Père, le ministère de Jésus ici-bas prend fin. Par son Incarnation, il a assumé par amour les limites humaines. Mais il continue sa mission par et dans ses disciples, qui feront « les oeuvres que je fais » (v.12).

         Non seulement les oeuvres des chrétiens seront celles de Jésus, mais elles seront plus grandes que les siennes. Comment comprendre une assertion aussi déconcertante?  Les « oeuvres » des chrétiens prolongeront  l’oeuvre même du Christ agissant dans son Église, mais elles ne seront plus limitées par le temps et l’espace comme celles de Jésus durant son ministère. Aussi les chrétiens amèneront plus de personnes à croire que Jésus lui-même. Le contraste entre les oeuvres de Jésus et celles « plus grandes » de ses disciples porte donc sur le nombre des convertis. Jésus a déjà annoncé cette mission de ses disciples et son succès (4,35-38). La pêche miraculeuse, accordée par le Ressuscité, en sera le symbole (21,1-14).

 

         La montée de Jésus vers le Père produira l’efficacité missionnaire des disciples. L’oeuvre de Jésus était nécessairement incomplète avant cette consommation de son ministère. Lorsque le Père glorifie son Fils, il « remet tout entre ses mains » (13,3). Jésus glorifié peut donner l’Esprit à ses disciples et il peut accomplir ainsi par eux des « oeuvres plus grandes » qu’avant  sa glorification.

        

Prier en son nom

 

Lorsque le chrétien invoque la personne de Jésus, en union avec lui, il demande en son « nom » (vv.13s). Cette prière n’est pas magique, comme si le disciple pouvait, selon sa fantaisie, amener son Seigneur à abaisser et réduire sa vo­lonté à la sienne. Le lien avec le v.12 montre que l’objet de cette prière concerne l’activité du chrétien, en tant que celle-ci prolonge l’oeuvre du Christ et qu’elle en dépend (1 Jn 5,14: demander « selon  sa volonté« ).

 

La prière chrétienne est donc toujours exaucée, puisqu’elle est faite en union avec la volonté de Dieu. La répétition et la persévérance dans la prière n’ont pas pour but de changer la volonté de Dieu, mais de parvenir à conformer la nôtre à celle de notre Seigneur. De même, Jésus affirme que le Père l’exauce toujours (11,41s), parce qu’il fait toujours ce qui plaît à son Père (8,29). Le Christ lui-même exaucera cette prière du chrétien, car le Père, présent dans son Fils, agit par lui (15,16; 16,23). C’est ainsi que le Père sera glorifié dans le Fils et dans ses disciples, en qui il se révélera.

 

Jean-Louis D’Aragon, s.j.

 

 

 

 

2022/05/02 – Jn 6, 22-29

De l’autre côté du lac, Jésus a fait la multiplication des pains pour nourrir la foule. Il s’est éloigné de la foule quand elle se préparait à le faire roi. A la faveur de la nuit, il a marché sur les eaux pour rejoindre les disciples et se révéler à eux. Ils ont fini la traversée à Capharnaüm. Le lendemain, la foule l’a cherché puis l’a rejoint à Capharnaüm. Jésus dit à ceux qui le cherchent qu’ils le font pour la mauvaise raison. Pour le suivre parce qu’il est celui qui est envoyé de Dieu et le connaître véritablement il faut d’abord croire en lui.

Cet épisode est une sorte de transition entre la multiplication des pains, symbole de la vie que Jésus apporte, et le discours sur le pain de vie, le reste du chapitre six, dans lequel Jésus révèle son identité et son véritable rôle.

L’ensemble de ce chapitre peut aussi être vu comme une confrontation entre une croyance populaire en un messie politique, bien terrestre, et la foi en un Messie envoyé par Dieu pour apporter une vie nouvelle. La foule l’a d’abord cherché parce qu’il avait fait des guérisons. La multiplication des pains leur a fait penser au genre de roi qu’ils aimeraient. Ils l’ont cherché et maintenant ils montrent bien qu’ils sont plus intéressés au merveilleux qu’à lui-même, à ce qu’il fait plus qu’à ce qu’il est. Ils veulent savoir comment il a pu se rendre à Capharnaüm sans qu’ils voient comment. Ils soupçonnent une autre action merveilleuse.

Les gens sont toujours fascinés par le merveilleux. La mort accidentelle d’un héros est sans intérêt; mais c’est plus fascinant si on peut imaginer qu’elle est le résultat d’un complot. Dans le monde moderne, avec le développement de la science, les anges ont été remplacés par la croyance dans les extra-terrestres: le désir de merveilleux est très créateur. La foi dans le futur est plus facile s’il y a du merveilleux comme des billets de loterie.

C’est un peu tout cela qui joue dans l’imagination de la foule de Capharnaüm. Un Messie qui est capable de guérir et de nourrir la foule sans qu’il n’y ait rien à débourser devrait être capable de faire disparaître les Romains et de redonner la liberté à Israël.

Dès que Jésus va parler de son pouvoir de donner la vie qui est plus forte que la mort et de sa relation avec Dieu on va demander des preuves, un signe, c’est-à-dire quelque chose de merveilleux dans le ciel pour les éblouir.

Et Jésus n’a pas le choix. Pour qu’il apporte la révélation, il faut que les gens acceptent celui qui l’apporte. Et pour accepter celui qui l’apporte, il faut abandonner les images qu’on s’est fabriquées comme ces images d’un Messie très puissant, très glorieux et très commode. Certains refuseront cette frustration. C’est pourtant ce qui est requis pour accepter l’Autre. Il est plus merveilleux que nos images de merveille.

Jean Gobeil SJ 

2021/12/18 – Mt 1, 18-24

Dans le film « Jésus de Nazareth », du cinéaste Zeffirelli, Marie rapporte à Joseph l’intervention de l’Esprit de Dieu pour expliquer sa grossesse. Joseph croit le récit de Marie et il lui fait confiance, mais il ajoute : « Qui croira une telle histoire ? »
De nombreux rationalistes par la suite se sont écriés : « Qui peut croire une telle histoire ? » Même des croyants, comme ce pasteur suisse, avouent souffrir d’une division en eux-mêmes : ils veulent croire en la conception virginale, mais, en même temps, leur raison leur dit qu’un tel miracle se situe au-delà de toute logique.

« Mes pensées ne sont pas vos pensées et mes voies ne sont pas vos voies », avait déjà prévenu le Seigneur. (És 55,8) Dieu nous déconcerte toujours. Ses pensées et ses projets dépassent sans cesse les limites de notre sagesse humaine. Quand l’action du Seigneur nous déconcerte, nous devons l’accueillir comme un mystère, que notre foi nous permettra un jour de comprendre.

Attente humaine – projet divin

À l’époque de Marie et de Joseph, les Juifs espéraient de tout cœur la venue du Sauveur, l’Envoyé suprême de Dieu, qui donnerait un sens à toute l’histoire humaine. Ils pensaient que le Messie apparaîtrait d’une manière mystérieuse et fulgurante, pour les libérer de tous leurs ennemis, en particulier des Romains qui dominaient le peuple élu. Comme nous tous, les Juifs transposaient en Dieu leurs rêves bien humains. Aussi, ils n’attendaient pas leur Sauveur dans la personne d’un enfant, fragile et pauvre, naissant comme tous les hommes.

Matthieu commence son Évangile par la généalogie de Jésus, pour montrer comment le Christ est vraiment l’un des nôtres, inséré dans la lignée de ses ancêtres. Selon le plan de Dieu, il s’est abaissé à notre niveau, s’incarnant pleinement dans notre monde, assumant toute la condition humaine, sauf le péché, qui n’appartient pas à notre nature telle que voulue par le Créateur. C’est l’amour infini de Dieu qui s’est révélé dans son Fils venu partager notre misère humaine.

Il est entré dans le monde sans aucun éclat extérieur, mais d’une manière mystérieuse, sans père humain. De même, il quittera notre monde par une intervention spéciale de Dieu, sans aucun témoin au moment de sa résurrection. Son entrée et sa sortie de notre monde seront de l’ordre du mystère, parce qu’elles proviennent de Dieu, le Mystère par excellence.

Il est « Dieu avec nous »

Certains peuples ont utilisé ce titre du Messie pour inclure Dieu dans leur armée et leur guerre, pour l’accaparer et le réduire à leur image. L’homme a toujours cédé à cette tentation de se représenter Dieu à son image, de la réduire à son niveau, au contraire du projet du Créateur, qui voulait le hausser et l’associer à son œuvre d’amour.

L’évangéliste Matthieu dégage la signification de cet événement en affirmant que la prophétie de l’Emmanuel se réalise en Jésus. Le contexte historique d’Isaïe 7,14 est celui du désespoir du roi Achaz et du peuple de Jérusalem, qui se voient menacés par les armées de Damas et de Samarie, par les araméens de Syrie et par leurs frères du Royaume du nord. Mais le prophète, au nom du Seigneur, annonce que la jeune épouse du roi Achaz aura un fils, auquel on donnera le nom significatif d’Emmanuel, « Dieu avec nous ». La dynastie royale se perpétuera et Jérusalem sera sauvé de ces dangereux envahisseurs. Le désespoir du roi et de son peuple représente la détresse de notre humanité, dont la mort paraît la seule issue. Seule l’intervention de Dieu par son Fils peut libérer le monde de la perdition et du désastre de la mort.

L’accueil de Joseph

L’évangéliste Matthieu insiste sur la réaction de Joseph face à la condition de sa fiancée. C’est dans un rêve que la conduite à tenir lui est indiquée. Le songe, ce phénomène mystérieux pour les anciens, était considéré comme un moyen que Dieu utilisait pour révéler sa volonté. Le songe agit sur un homme complètement passif, qui accueille le projet que le Seigneur veut accomplir par lui. C’est ainsi que Joseph, droit et juste, discerne la présence du sacré dans sa fiancée enceinte.

Rempli de respect envers cette intervention de Dieu en Marie, il estime humblement qu’il doit se retirer à l’écart, en dehors de cette réalisation divine. Mais Dieu lui-même lui attribue une fonction dans l’Incarnation de son Fils, en insérant Jésus dans la lignée d’Abraham et de David. Héritier de tous ces ancêtres du peuple élu, le Christ réalisera la promesse de salut que les prophètes ont proclamée au nom du Seigneur. Par son obéissance silencieuse et par sa disponibilité inspirée par la foi, Joseph permet au Seigneur d’accomplir la Bonne Nouvelle, son plan de vie et de bonheur pour l’humanité.

Conclusion

Dieu présente aux chrétiens le signe mystérieux de la conception virginale pour montrer à notre monde qu’il ne peut se donner par lui-même un sauveur. C’est l’Esprit de Dieu qui nous donne le Sauveur, par pure grâce, manifestation suprême de l’amour du Seigneur. Il nous offre tout, gratuitement, dans son Fils unique. En Lui, il est l’Emmanuel, il habite avec nous, sur notre terre, il nous montre son visage.

Jésus n’a pas de père humain, il a un seul Père, qui l’a engendré de toute éternité. Légalement, il est le fils de Joseph, mais Jésus vit toujours dans l’intimité de Dieu, son Père.

Jean-Louis D’Aragon SJ

 

2021/04/24 – Jn 6, 60-69

Pendant que Jésus révèle progressivement le mystère de sa personne, le nombre de ceux qui croient en lui diminue :

– Les Juifs murmurent comme les Hébreux au désert (v. 41; comp. Ex 17, 3).
– Les disciples de plus en plus nombreux se retirent et cessent de faire route avec lui (v. 66).
– Parmi les Douze, l’incroyance s’introduit. Malgré la confession de Pierre, le récit s’achève sur une note pessimiste: « C’est Judas, l’un des Douze qui allait le livrer » (v. 71).

L’Incarnation dans sa manifestation la plus humble, l’eucharistie, rebute l’auditoire de Jésus. Il est vrai qu’il présente cette révélation de son amour pour les siens par des expressions très réalistes : manger sa chair et boire son sang. Aussi le refus de croire s’étend non plus seulement à des Juifs, mais à « beaucoup de disciples » (par deux fois, vv. 60 et 66), qui s’en vont. Si on s’en tient à nos pauvres lumières naturelles – « la chair » – on n’aperçoit que l’apparence, on ne distingue pas le mystère contenu dans le signe eucharistique. C’est « l’esprit qui fait vivre », car il donne la lumière pour croire et comprendre.

Le Christ montre à quiconque veut devenir son disciple de mesurer les exigences de la foi et la place centrale de l’eucharistie dans la vie de l’Église. Quelques années plus tard, plusieurs chrétiens de la communauté de Jean refuseront la réalité de l’Incarnation et de l’eucharistie.
Mais le grand défi de la foi consistera dans la croix du « Fils de l’homme ». Le croyant verra dans ce crucifié le Fils de Dieu, alors qu’il subira l’humiliation propre à un esclave et qu’il sera mis à mort. Pour l’évangéliste, cette élévation en croix de Jésus sera en même temps sa glorification.

Pierre exprime sa profession de foi au nom de tous les croyants, à la 1ère personne du pluriel: « A qui irions-nous…Nous, nous croyons,…nous savons ». « Le Saint de Dieu » est celui qui possède en propre la sainteté de Dieu, qui est le Tout Autre, distinct de tout le créé.
Mais le récit s’achève sur une note tragique, montrant que la fidélité n’est jamais acquise définitivement, car elle peut bas¬culer dans la trahison (v.71).

Jean-Louis D’Aragon SJ 

 

2021/04/23 – Jn 6, 52-59

Les croyants de trois groupes religieux, les juifs, les musulmans et les chrétiens, professent leur foi au Dieu unique. Comment alors les chrétiens sont-ils différents des juifs et des musulmans? Quelle est notre identité, notre visage chrétien, qui nous distingue des deux autres groupes?

Eux croient, comme nous, en un Dieu tout-puissant, qui a créé le monde et qui dirige l’histoire humaine. De leur côté, les chrétiens mettent toute leur confiance dans l’amour de l’unique Dieu, qui « a donné son Fils unique » (Jn 3,16), pour devenir l’un des nôtres, vraiment homme avec ses limites. Il est venu lui-même nous sauver de la mort et nous donner la vie divine. Il s’est abaissé comme un esclave, lavant les pieds de ses disciples, avant d’offrir sa vie sur la croix. Son amour extrême se révèle dans l’eucharistie, où il communique sa vie de Ressuscité sous le signe de la nourriture que nous assimilons.

Après avoir multiplié les pains et nourri la foule, Jésus affirme que lui-même est le pain descendu du ciel, envoyé par le Père. Au-delà du pain matériel, la foule est invitée à découvrir le Christ, Fils de Dieu, venu de l’au-delà. Jésus insiste sur cette vérité, car il s’agit du cœur de la foi : voir l’Envoyé du Père dans le signe central de l’histoire humaine, Jésus de Nazareth,

Le « pain » désigne, au début du discours, la révélation de Jésus, ses actions et ses paroles, c’est-à-dire la mission que le Père lui a donnée pour communiquer la vie au monde. C’est la révélation du salut à laquelle le croyant adhère et qu’il doit assimiler.

Le verbe « manger », répété quatre fois dans cet extrait, exprime à la fois l’insistance sur la nécessité de recevoir le Fils de l’homme et le réalisme de la manducation. Le croyant s’approprie la vie du Christ dans le signe de la nourriture qu’il assimile et qui devient sa propre substance. L’eucharistie, chair et sang, communique au croyant ces deux dons essentiels à son bonheur: la vie éternelle dès ici-bas et l’union à Jésus, le Fils incarné et ressuscité.

Le chrétien reçoit dans le moment présent la vie éternelle par son union avec le Ressuscité. Il demeure dans le Père, présent dans son Fils. L’amour nous sort de nous-mêmes pour nous retrouver dans l’Autre, le Christ. Aussi nous invite-t-il à demeurer en lui comme il demeure en nous. La vie qu’il nous donne dans cette communion se développe en vie éternelle, jusque dans l’au-delà.

Les auditeurs de Jésus ont refusé de croire. De même, plusieurs disciples du Christ, des chrétiens au temps de l’évangéliste, ont refusé de croire dans ce don extrême de l‘amour divin. L’eucharistie est un défi à nos sens de la vue et du goût. Nous savons pourtant que notre vue est limitée et il en est de même pour notre audition. Ces limites devraient nous rendre humbles et nous disposer à croire dans le mystère, qui dépasse les limites de notre intelligence.

La foi est spontanée et facile dans les circonstances ordinaires de notre existence : voyage en train ou en avion, opération chirurgicale, la nourriture qu’on nous offre,… Mais la foi dans ce qui nous dépasse complètement, dans l’au-delà, dans le mystère de Dieu, devient un défi. Pour croire dans l’amour infini du Père, qui se donne dans son Fils unique, il faut aimer. Seul, l’amour peut accueillir l’amour. Telle est la marque distinctive du chrétien, s’écrie Jean : « Nous, nous avons cru dans l’amour. » (1 Jn 4,16)

Jean-Louis D’Aragon SJ 

 

2021/04/22 – Jn 6, 44-51

Jésus révèle une nouvelle dimension de lui-même, en s’identifiant à ce pain descendu du ciel et en affirmant qu’il comblera la faim et la soif de vie et de bonheur de tous ceux et celles qui croiront en lui. Jésus l’a déjà dit, mais ses interlocuteurs n’ont vu que l’aspect extérieur de l’image du pain, sans pénétrer jusqu’à la vérité que cette image veut signifier. Cette incompréhension correspond à celui qui entend une langue étrangère; pour lui, ce ne sont que des sons dont il ne comprend pas la signification. De même, les auditeurs de Jésus ne comprennent pas et ne croient pas. Dans la multiplication des pains, ils n’ont vu que le prodige, ils se sont arrêtés à l’apparence, à la superficie, sans pénétrer jusqu’à la révélation que le signe contenait.

Dieu donna la manne pour que le peuple vive selon la Loi. La manne et la Loi étaient associées pour être déposées ensemble dans l’Arche d’Alliance. En multi-pliant les pains au désert, Jésus, nouveau Moïse, donne une nouvelle Loi. Il apporte une nouvelle manne, lui-même, pour accorder la force de vivre comme lui. De même que la manne était considérée par les Juifs comme le signe de la Loi, Jésus, pain descendu du ciel, se présente comme la Révélation définitive, qui donne la vie au monde.

Venir vers Jésus est un don de Dieu, qui « attire » le croyant (v.44), mais qui n’enlève aucunement la responsabilité d’une libre décision. La volonté du Père, que Jésus accomplit, c’est de sauver tous ceux et celles qu’il lui donne et qui croient en lui. Croire, c’est « voir le Fils » dans l’homme Jésus de Nazareth. Le croyant découvre dans le signe central, qui est le Christ Jésus, sa communion unique qui l’unit au Père et qui le fait vivre. Par sa foi, le chrétien, de son côté, peut communier au Seigneur ressuscité et accueillir le don de la résurrection et de la vie éternelle. (vv.39-40).

L’incrédulité consiste dans le refus de voir au-delà de l’immédiat. Les Juifs ne voient que l’homme Jésus : « N’est-ce pas Jésus, le fils de Joseph? Ne connaissons-nous pas son père et sa mère » ? » Comment peut-il dire qu’il est descendu du ciel ?
Les prophètes avaient déjà annoncé que Dieu lui-même instruirait son peuple (Jér 31,33; Éz 11,19s; 36,26s). Celui que le Père instruit vient vers son Envoyé, le seul Médiateur, car personne autre que lui a vu Dieu le Père. Seule la grâce du Père permet de découvrir le Fils dans l’homme Jésus.

Jésus répète qu’il est le pain qui donne la vie éternelle à celui qui croit en lui. La manne accordée aux ancêtres n’était qu’une image, qui ne pouvait pas par elle-même donner la vraie vie. Jésus ajoute une précision dans le sens eucharistique, car le pain qu’il identifiait déjà à sa personne, c’est sa chair, c’est-à-dire lui-même incarné, dans sa dimension physique. Rebutée par cette dernière déclaration, la foule refuse de croire et de comprendre, « Comment cet homme-là peut-il nous donner sa chair à manger ? »

Dans la conclusion de ce passage, Jésus fait allusion à sa mort comme source de vie. « Le pain que je donnerai, c’est ma chair donnée pour que le monde ait la vie. » Telle est la pointe extrême de l’Incarnation: le Fils de Dieu s’est abaissé à notre niveau humain, il livre sa vie et se donne en nourriture. Il y a donc continuité entre l’Incarnation, la mort en croix, la résurrection et le sacrement eucharistique.

Jean-Louis D’Aragon SJ