2021/04/24 – Jn 6, 60-69

Pendant que Jésus révèle progressivement le mystère de sa personne, le nombre de ceux qui croient en lui diminue :

– Les Juifs murmurent comme les Hébreux au désert (v. 41; comp. Ex 17, 3).
– Les disciples de plus en plus nombreux se retirent et cessent de faire route avec lui (v. 66).
– Parmi les Douze, l’incroyance s’introduit. Malgré la confession de Pierre, le récit s’achève sur une note pessimiste: « C’est Judas, l’un des Douze qui allait le livrer » (v. 71).

L’Incarnation dans sa manifestation la plus humble, l’eucharistie, rebute l’auditoire de Jésus. Il est vrai qu’il présente cette révélation de son amour pour les siens par des expressions très réalistes : manger sa chair et boire son sang. Aussi le refus de croire s’étend non plus seulement à des Juifs, mais à « beaucoup de disciples » (par deux fois, vv. 60 et 66), qui s’en vont. Si on s’en tient à nos pauvres lumières naturelles – « la chair » – on n’aperçoit que l’apparence, on ne distingue pas le mystère contenu dans le signe eucharistique. C’est « l’esprit qui fait vivre », car il donne la lumière pour croire et comprendre.

Le Christ montre à quiconque veut devenir son disciple de mesurer les exigences de la foi et la place centrale de l’eucharistie dans la vie de l’Église. Quelques années plus tard, plusieurs chrétiens de la communauté de Jean refuseront la réalité de l’Incarnation et de l’eucharistie.
Mais le grand défi de la foi consistera dans la croix du « Fils de l’homme ». Le croyant verra dans ce crucifié le Fils de Dieu, alors qu’il subira l’humiliation propre à un esclave et qu’il sera mis à mort. Pour l’évangéliste, cette élévation en croix de Jésus sera en même temps sa glorification.

Pierre exprime sa profession de foi au nom de tous les croyants, à la 1ère personne du pluriel: « A qui irions-nous…Nous, nous croyons,…nous savons ». « Le Saint de Dieu » est celui qui possède en propre la sainteté de Dieu, qui est le Tout Autre, distinct de tout le créé.
Mais le récit s’achève sur une note tragique, montrant que la fidélité n’est jamais acquise définitivement, car elle peut bas¬culer dans la trahison (v.71).

Jean-Louis D’Aragon SJ 

 

2021/04/23 – Jn 6, 52-59

Les croyants de trois groupes religieux, les juifs, les musulmans et les chrétiens, professent leur foi au Dieu unique. Comment alors les chrétiens sont-ils différents des juifs et des musulmans? Quelle est notre identité, notre visage chrétien, qui nous distingue des deux autres groupes?

Eux croient, comme nous, en un Dieu tout-puissant, qui a créé le monde et qui dirige l’histoire humaine. De leur côté, les chrétiens mettent toute leur confiance dans l’amour de l’unique Dieu, qui « a donné son Fils unique » (Jn 3,16), pour devenir l’un des nôtres, vraiment homme avec ses limites. Il est venu lui-même nous sauver de la mort et nous donner la vie divine. Il s’est abaissé comme un esclave, lavant les pieds de ses disciples, avant d’offrir sa vie sur la croix. Son amour extrême se révèle dans l’eucharistie, où il communique sa vie de Ressuscité sous le signe de la nourriture que nous assimilons.

Après avoir multiplié les pains et nourri la foule, Jésus affirme que lui-même est le pain descendu du ciel, envoyé par le Père. Au-delà du pain matériel, la foule est invitée à découvrir le Christ, Fils de Dieu, venu de l’au-delà. Jésus insiste sur cette vérité, car il s’agit du cœur de la foi : voir l’Envoyé du Père dans le signe central de l’histoire humaine, Jésus de Nazareth,

Le « pain » désigne, au début du discours, la révélation de Jésus, ses actions et ses paroles, c’est-à-dire la mission que le Père lui a donnée pour communiquer la vie au monde. C’est la révélation du salut à laquelle le croyant adhère et qu’il doit assimiler.

Le verbe « manger », répété quatre fois dans cet extrait, exprime à la fois l’insistance sur la nécessité de recevoir le Fils de l’homme et le réalisme de la manducation. Le croyant s’approprie la vie du Christ dans le signe de la nourriture qu’il assimile et qui devient sa propre substance. L’eucharistie, chair et sang, communique au croyant ces deux dons essentiels à son bonheur: la vie éternelle dès ici-bas et l’union à Jésus, le Fils incarné et ressuscité.

Le chrétien reçoit dans le moment présent la vie éternelle par son union avec le Ressuscité. Il demeure dans le Père, présent dans son Fils. L’amour nous sort de nous-mêmes pour nous retrouver dans l’Autre, le Christ. Aussi nous invite-t-il à demeurer en lui comme il demeure en nous. La vie qu’il nous donne dans cette communion se développe en vie éternelle, jusque dans l’au-delà.

Les auditeurs de Jésus ont refusé de croire. De même, plusieurs disciples du Christ, des chrétiens au temps de l’évangéliste, ont refusé de croire dans ce don extrême de l‘amour divin. L’eucharistie est un défi à nos sens de la vue et du goût. Nous savons pourtant que notre vue est limitée et il en est de même pour notre audition. Ces limites devraient nous rendre humbles et nous disposer à croire dans le mystère, qui dépasse les limites de notre intelligence.

La foi est spontanée et facile dans les circonstances ordinaires de notre existence : voyage en train ou en avion, opération chirurgicale, la nourriture qu’on nous offre,… Mais la foi dans ce qui nous dépasse complètement, dans l’au-delà, dans le mystère de Dieu, devient un défi. Pour croire dans l’amour infini du Père, qui se donne dans son Fils unique, il faut aimer. Seul, l’amour peut accueillir l’amour. Telle est la marque distinctive du chrétien, s’écrie Jean : « Nous, nous avons cru dans l’amour. » (1 Jn 4,16)

Jean-Louis D’Aragon SJ 

 

2021304/22 – Jn 6, 44-51

Jésus révèle une nouvelle dimension de lui-même, en s’identifiant à ce pain descendu du ciel et en affirmant qu’il comblera la faim et la soif de vie et de bonheur de tous ceux et celles qui croiront en lui. Jésus l’a déjà dit, mais ses interlocuteurs n’ont vu que l’aspect extérieur de l’image du pain, sans pénétrer jusqu’à la vérité que cette image veut signifier. Cette incompréhension correspond à celui qui entend une langue étrangère; pour lui, ce ne sont que des sons dont il ne comprend pas la signification. De même, les auditeurs de Jésus ne comprennent pas et ne croient pas. Dans la multiplication des pains, ils n’ont vu que le prodige, ils se sont arrêtés à l’apparence, à la superficie, sans pénétrer jusqu’à la révélation que le signe contenait.

Dieu donna la manne pour que le peuple vive selon la Loi. La manne et la Loi étaient associées pour être déposées ensemble dans l’Arche d’Alliance. En multi-pliant les pains au désert, Jésus, nouveau Moïse, donne une nouvelle Loi. Il apporte une nouvelle manne, lui-même, pour accorder la force de vivre comme lui. De même que la manne était considérée par les Juifs comme le signe de la Loi, Jésus, pain descendu du ciel, se présente comme la Révélation définitive, qui donne la vie au monde.

Venir vers Jésus est un don de Dieu, qui « attire » le croyant (v.44), mais qui n’enlève aucunement la responsabilité d’une libre décision. La volonté du Père, que Jésus accomplit, c’est de sauver tous ceux et celles qu’il lui donne et qui croient en lui. Croire, c’est « voir le Fils » dans l’homme Jésus de Nazareth. Le croyant découvre dans le signe central, qui est le Christ Jésus, sa communion unique qui l’unit au Père et qui le fait vivre. Par sa foi, le chrétien, de son côté, peut communier au Seigneur ressuscité et accueillir le don de la résurrection et de la vie éternelle. (vv.39-40).

L’incrédulité consiste dans le refus de voir au-delà de l’immédiat. Les Juifs ne voient que l’homme Jésus : « N’est-ce pas Jésus, le fils de Joseph? Ne connaissons-nous pas son père et sa mère » ? » Comment peut-il dire qu’il est descendu du ciel ?
Les prophètes avaient déjà annoncé que Dieu lui-même instruirait son peuple (Jér 31,33; Éz 11,19s; 36,26s). Celui que le Père instruit vient vers son Envoyé, le seul Médiateur, car personne autre que lui a vu Dieu le Père. Seule la grâce du Père permet de découvrir le Fils dans l’homme Jésus.

Jésus répète qu’il est le pain qui donne la vie éternelle à celui qui croit en lui. La manne accordée aux ancêtres n’était qu’une image, qui ne pouvait pas par elle-même donner la vraie vie. Jésus ajoute une précision dans le sens eucharistique, car le pain qu’il identifiait déjà à sa personne, c’est sa chair, c’est-à-dire lui-même incarné, dans sa dimension physique. Rebutée par cette dernière déclaration, la foule refuse de croire et de comprendre, « Comment cet homme-là peut-il nous donner sa chair à manger ? »

Dans la conclusion de ce passage, Jésus fait allusion à sa mort comme source de vie. « Le pain que je donnerai, c’est ma chair donnée pour que le monde ait la vie. » Telle est la pointe extrême de l’Incarnation: le Fils de Dieu s’est abaissé à notre niveau humain, il livre sa vie et se donne en nourriture. Il y a donc continuité entre l’Incarnation, la mort en croix, la résurrection et le sacrement eucharistique.

Jean-Louis D’Aragon SJ 

 

2021/04/21 – Jn 6, 35-40

Le jour suivant la multiplication des pains, la foule rejoint Jésus. Jésus déclare qu’il est le pain de la vie. Il fait disparaître la faim et la soif la plus profonde pour ceux qui, envoyés par la Père, viennent à lui. Jésus, qui fait la volonté du Père, ne veut perdre aucun de ceux-là. Ils voient en Jésus le Fils du Père et ils croient en lui. C’est à eux que Jésus donne le pain, c’est-à-dire la vie éternelle et il les ressuscitera au dernier jour.

La foule qui a été impressionnée par le miracle de la multiplication des pains vient rejoindre Jésus. Mais cette foule ne pense qu’au pain matériel et Jésus leur en fait la remarque. Le pain qu’ils ont mangé n’est qu’un signe d’une nourriture qui donne la vie éternelle. Les gens demandent quelles sont les œuvres qu’ils doivent accomplir pour avoir cette nourriture. Jésus répond en disant qu’il s’agit d’une seule œuvre: croire en celui que Dieu leur a envoyé. Mais eux voudraient un autre signe du genre de la manne que Moïse avait obtenue et qui assurait la nourriture quotidienne. Ils ont à l’idée un messie qui assure la prospérité matérielle. Croire en Jésus qui leur parle d’autre chose est une épreuve pour leur foi.

L’approche de Jésus ici, rappelle l’épisode de la Samaritaine venue puiser de l’eau. Au lieu du pain Jésus a parlé de l’eau, une eau qui était un don de Dieu et qui apaiserait la soif la plus profonde. Elle avait demandé alors d’en avoir pour ne plus avoir à venir puiser. A la révélation qu’il était le Messie, et qu’il était lui-même cette eau, elle avait cru et avait été transformée.

C’est à une révélation analogue que correspond le texte d’aujourd’hui. Le pain que Jésus offre donne la vie éternelle et ce pain c’est lui-même : Moi, je suis le pain de la vie. (6,35) Il ne dit pas le pain de vie mais bien le pain de la vie, une vie bien spécifique. Il s’agit de la vie de Dieu, de sa vie à lui. C’est la vie qu’il veut donner et qu’il donnera à ses disciples quand il dira: Ceci est mon sang.

Ceci est comme le dernier mot de la communication de Dieu. Tout au long du Prologue de l’évangile, Jean emploie le terme le Verbe qui est un équivalent de la Parole. En parlant ainsi du Verbe de Dieu, Jean se trouve à dire que c’est de l’essence de Dieu de communiquer, de communiquer quelque chose de lui-même. Qu’on parle de la parole de Dieu, qu’on parle de la lumière, qu’on parle du pain, qu’on parle de l’amour de Dieu, on parle toujours de quelque chose d’essentiel de Dieu qui est de vouloir communiquer.

Et c’est par le Verbe, la Parole, que commence la création. Tout fut par lui (le Verbe), et rien de ce qui fut ne fut sans lui. (1,3)
En lui était la vie et la vie était la lumière des hommes. (1,4) La Parole, qui est lumière, dans la création qu’elle fait, dit quelque chose de la bonté de Dieu : Dieu vit tout ce qu’il avait fait: cela était très bon. (Gn.1,31)

Au long de l’histoire d’Israël, cette Parole a été présente dans les prophètes jusqu’au dernier, Jean Baptiste, qui est mentionné dans le Prologue pour dire qu’il n’était pas la lumière mais qui fut “un témoin de la lumière”.

Cette lumière, c’est le Christ; c’est la Parole qui s’est faite chair, qui a pris notre condition humaine. Il dit aujourd’hui: “Je suis le pain de la vie”. (6,35)  Ce que le Christ communique maintenant c’est la vie même de Dieu.

L’image de l’eau qu’il offrait à la Samaritaine et l’image de la lumière évoquent la communication que Dieu offre. L’image du pain, une nourriture qui devient partie de nous-mêmes, dit que Dieu veut vivre en nous-mêmes pour que nous partagions sa vie. La communication divine va jusqu’à la communion qui fait de nous des enfants de Dieu.

Jean Gobeil SJ

2021/04/20 – Jn 6, 30-35

Après la multiplication des pains, Jésus s’est retiré de la foule. Le soir, il a marché sur les eaux pour rejoindre les disciples et arriver à Capharnaüm. Le lendemain, la foule le rejoint à Capharnaüm. Il leur recommande de chercher la nourriture qui demeure en vie éternelle plutôt que la nourriture qui se perd.. On lui demande alors: “Que devons-nous faire pour travailler aux œuvres de Dieu?” Ce qui signifie: Que devons-nous faire pour obtenir cette nourriture? Jésus répond: “L’œuvre de Dieu, “c’est que vous croyiez en celui qu’il a envoyé”. Pour connaître et accepter la Révélation il faut commencer par accepter celui qui l’apporte cette Révélation. Quand Jésus demande de croire en lui, on demande alors un signe qu’on peut voir pour pouvoir croire en lui. On invoque le miracle de la manne au désert pour suggérer un miracle semblable.

Quand Jésus dit qu’il est plus que la manne: il est le vrai pain venu du ciel. C’est lui qui donne la vie. Les auditeurs seront prêts à accepter le pain qui vient du ciel mais ils reculeront devant l’affirmation de Jésus qui se donne comme ce vrai pain. Ils diront: Cette parole est trop dure. Finalement ils refuseront de l’écouter.

Ceux qui voudraient un signe de Jésus donnent comme exemple des signes de Moïse pour le peuple d’Israël dans le désert. Ils mentionnent la manne qui était venue apaiser la faim matérielle. Il y avait aussi la soif qui avait été un problème. Moïse avait frappé le rocher et une source avait jailli. Le psaume 105 rappelait ces deux moments critiques de la faim et de la soif : Du pain des cieux il les rassasia ; Il ouvrit le rocher et les eaux jaillirent, dans un lieu sec elles coulaient comme un fleuve. (Ps.105,40-41)

Jésus va parler de la faim et de la soif mais il s’agit de besoins plus profonds que des besoins matériels. Il avait déjà parlé de la soif à la Samaritaine qui était venue pour puiser de l’eau au puits. Il lui avait dit : Qui boira de l’eau que je lui donnerai n’aura plus jamais soif; l’eau que je lui donnerai deviendra en lui source d’eau jaillissant en vie éternelle. (Jn.4,14)

La Samaritaine avait aussitôt demandé : Seigneur, donne-moi cette eau afin que je n’aie plus soif et ne vienne plus ici pour puiser. (4,15)

Aux gens de Capharnaüm Jésus dit : Le pain de Dieu, c’est celui qui descend du ciel et qui donne la vie au monde.
Ils lui dirent : Seigneur, donne-nous de ce pain-là toujours. (Jn.6,33-34)

La Samaritaine eut foi en Jésus quand il lui dit qu’il était ce Messie qu’ils attendaient. Alors elle oublia l’eau matérielle, l’eau du puits. Elle oublia même sa cruche au puits pour aller dire aux gens de son village ce qu’elle avait trouvé.

Quand Jésus dit aux gens de Capharnaüm qu’il est le pain de la vie, ils refuseront en disant il est le fils du charpentier.

Tous, nous avons cette faim et cette soif au fond du cœur. Comme dit saint Augustin:
Seigneur, tu nous a fait un cœur qui reste sans repos tant qu’il ne t’aura pas trouvé.

Jésus vient combler cette faim et cette soif pour ceux qui croient en lui : Moi, je suis le pain de la vie. Celui qui vient à moi n’aura plus jamais faim; celui qui croit en moi n’aura plus jamais soif. (Jn.6,35)

Jean Gobeil SJ

 

 

 

 

2021/04/19 – Jn 6, 22-29

De l’autre côté du lac, Jésus a fait la multiplication des pains pour nourrir la foule. Il s’est éloigné de la foule quand elle se préparait à le faire roi. A la faveur de la nuit, il a marché sur les eaux pour rejoindre les disciples et se révéler à eux. Ils ont fini la traversée à Capharnaüm. Le lendemain, la foule l’a cherché puis l’a rejoint à Capharnaüm. Jésus dit à ceux qui le cherchent qu’ils le font pour la mauvaise raison. Pour le suivre parce qu’il est celui qui est envoyé de Dieu et le connaître véritablement il faut d’abord croire en lui.

Cet épisode est une sorte de transition entre la multiplication des pains, symbole de la vie que Jésus apporte, et le discours sur le pain de vie, le reste du chapitre six, dans lequel Jésus révèle son identité et son véritable rôle.

L’ensemble de ce chapitre peut aussi être vu comme une confrontation entre une croyance populaire en un messie politique, bien terrestre, et la foi en un Messie envoyé par Dieu pour apporter une vie nouvelle. La foule l’a d’abord cherché parce qu’il avait fait des guérisons. La multiplication des pains leur a fait penser au genre de roi qu’ils aimeraient. Ils l’ont cherché et maintenant ils montrent bien qu’ils sont plus intéressés au merveilleux qu’à lui-même, à ce qu’il fait plus qu’à ce qu’il est. Ils veulent savoir comment il a pu se rendre à Capharnaüm sans qu’ils voient comment. Ils soupçonnent une autre action merveilleuse.

Les gens sont toujours fascinés par le merveilleux. La mort accidentelle d’un héros est sans intérêt; mais c’est plus fascinant si on peut imaginer qu’elle est le résultat d’un complot. Dans le monde moderne, avec le développement de la science, les anges ont été remplacés par la croyance dans les extra-terrestres: le désir de merveilleux est très créateur. La foi dans le futur est plus facile s’il y a du merveilleux comme des billets de loterie.

C’est un peu tout cela qui joue dans l’imagination de la foule de Capharnaüm. Un Messie qui est capable de guérir et de nourrir la foule sans qu’il n’y ait rien à débourser devrait être capable de faire disparaître les Romains et de redonner la liberté à Israël.

Dès que Jésus va parler de son pouvoir de donner la vie qui est plus forte que la mort et de sa relation avec Dieu on va demander des preuves, un signe, c’est-à-dire quelque chose de merveilleux dans le ciel pour les éblouir.

Et Jésus n’a pas le choix. Pour qu’il apporte la révélation, il faut que les gens acceptent celui qui l’apporte. Et pour accepter celui qui l’apporte, il faut abandonner les images qu’on s’est fabriquées comme ces images d’un Messie très puissant, très glorieux et très commode. Certains refuseront cette frustration. C’est pourtant ce qui est requis pour accepter l’Autre. Il est plus merveilleux que nos images de merveille.

Jean Gobeil SJ