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2021/04/17 – Jn 6, 16-21

Circonstances préludant à l’épiphanie

À la vue du signe de la multiplication des pains, la foule s’écrie que Jésus « est vraiment le Prophète qui devait venir dans le monde ! » 6,14) Les gens croient qu’il est le nouveau Moïse que Dieu avait promis. Telle est l’une des figures au moyen desquelles on se représentait le Messie, objet de l’espérance du peuple : « Le Seigneur, ton Dieu, « promet Moïse, « suscitera pour toi (Israël), de ton propre sein, d’entre tes frères, un prophète comme moi : vous l’écouterez. » (Deut 18,15)

Mais la foule s’imagine un Messie selon ses désirs et se normes, un guerrier victorieux, qui les délivrera des occupants romains. Fort de cet enthousiasme, le peuple veut enlever Jésus « de force, pour le faire roi. » (v.15) Depuis les tentations au désert, Jésus a continuellement résisté à cette pression populaire, qui le poussait à dévier de la mission que le Père lui avait donnée. Il quitte donc cette foule dangereuse et « il se retire de nouveau sur la colline, tout seul.. » De même, il protège ses disciples contre cette même tentation en les renvoyant en barque sur le lac. Jésus éloigne les siens pour les mettre à l’abri de la contamination de la foule.

Démunis dans la tempête !

La situation des disciples est pénible, car leur Maître « ne les a pas encore rejoints. » Ils sont seuls, « le soir » est venu, c’est même « la nuit », quand ils s’embarquent pour gagner l’autre rive du lac. Pour l’évangéliste, cette obscurité de la nuit symbolise le cœur des disciples, qui ne savent plus que penser. Ils sont désorientés, avec des opinions qui vont dans tous les sens. Ils sont les jouets des puissances du mal, auxquelles les vagues de la mer et le vent violent donnent une figure.

La petite Communauté de l’évangéliste se voyait dans ces disciples, isolés dans les ténèbres et ballottés par des vagues menaçantes. Les forces hostiles de l’extérieur, qu’elles soient romaines ou juives, semblaient submerger leur église sans défense humaine. Leur Seigneur était leur unique secours, mais il paraissait absent, en prière sur la montagne. Le Christ cependant n’abandonne pas les siens au désespoir, qui rament péniblement contre ces puissances adverses.

Au milieu de la nuit, Jésus vient de lui-même vers les siens, désemparés. Cette apparition, comme toute manifestation mystérieuse du divin, bouleverse les disciples, qui sont « saisis de peur. » C’est le regard sur soi-même qui suscite cette peur, car on se découvre impuissant face à cette menace qui veut nous détruire. Pour contrer cette menace, Jésus apparaît glorieux, le Prince de la paix qu’il souhaitera à ses disciples la veille de sa mort (Jn 14,27) et dont il les comblera à sa résurrection (Jn 20,19.21). « N’ayez pas peur, » comme aimait le répéter le pape Jean-Paul II.

Il faut bannir la peur, car le Christ se nomme avec le nom divin, « C’est moi », en grec, JE SUIS, qui reprend l’affirmation traditionnelle et mystérieuse de Yahvé, Dieu tout-puissant, Maître de l’univers et de l’histoire. En Jésus, le Fils unique, Dieu est si parfaitement présent qu’il affirme que « Le Père et moi, nous sommes un. » (Jn 10,30)

À la suite de cette épiphanie, les disciples manifestent leur confiance dans leur Seigneur en l’invitant à monter dans la barque, image de leur petite communauté. En réponse à leur accueil, Jésus les conduit immédiatement au but de leur voyage. L’eau du lac, qui les sépare de leur objectif, devient avec le Christ le chemin qui les amène au but. À l’époque de l’Exode, à la libération de l’esclavage en Égypte, Dieu avait également transformé l’eau de la Mer Rouge, cet obstacle retenant prisonnier Israël, en une route vers la liberté. (Ex, chap. 14)

Jean-Louis D’Aragon SJ

 

 

2021/04/16 – Jn 6, 1-15

Chez les trois premiers évangiles, l’enseignement de Jésus sur l’eucharistie se rattache à la dernière Cène, à Jérusalem, avec les seuls disciples ou apôtres comme témoins. Dans le 4e Évangile, l’enseignement eucharistique ne s’adresse pas seulement aux disciples, mais à la foule. De plus, l’eucharistie se rattache à la multiplication des pains, avec des allusions à la mort et à l’ascension de Jésus. Le but de Jean consiste à montrer que Jésus n’a pas réalisé le salut du monde seulement à l’heure finale de son ministère, mais durant toute sa vie, pour l’ensemble de l’humanité et non pour ses seuls disciples.

Le motif du départ de Jésus pour l’autre côté du lac est le besoin de repos pour les disciples et de prière pour lui-même. Pour la foule qui franchit à pied la distance autour du lac, c’est une marche de quinze kilomètres. La foule devient plus nombreuse en raison probablement des pèlerins en route vers Jérusalem, pour la fête de Pâque.

Les circonstances (vv. 1-4)

Dès le début, l’expression suivre Jésus annonce l’idée maîtresse de tout le chapitre. La proximité de la Pâque, la montagne et le rappel des signes (guérison des malades) créent un rapprochement qui va devenir de plus en plus précis du Christ avec l’Exode et Moïse.
Jésus s’assoit pour enseigner, comme les pères de familles juives et les rabbins. Ceux-ci faisaient mémoriser un enseignement court, qu’ils expliquaient ensuite longuement. Dans les traditions orales, la mémorisation exacte est très importante en raison de l’absence de livres et de l’analphabétisme largement répandu dans le peuple.

Le signe (vv. 5-13)

Dans le rituel de la Pâque, la famille et les enfants se nourrissaient abondamment des enseignements traditionnels sur l’Exode (la sortie d’Égypte), sur la manne et la Loi, les deux nourritures essentielles pour la vie du peuple. On interprétait la manne comme le symbole de la Loi et de la Sagesse.

Jésus construit son enseignement autour d’un geste, une énigme prophétique: il nourrit la foule en plein désert. La fête des pains azymes deviendra la Pâque de la Nouvelle Alliance, le mémorial du don d’une nouvelle loi et d’une nouvelle manne.

Comme tous les interlocuteurs de Jésus, Philippe ne comprend la situation qu’au niveau apparent, matériel. Deux cents deniers correspondent à la moitié d’une année de travail. Le jeune garçon avait cinq pains d’orge, le pain des pauvres, et deux petits poissons séchés et salées pour aider à manger les pains. Les Juifs apportaient régulièrement un panier en forme de bouteille, qui contenait leur nourriture, car ils ne voulaient pas être rendus impurs par la nourriture achetée chez des païens. Ce petit garçon offre tout ce qu’il a, mais c’est la matière du miracle. Pour le chrétien, cette modeste offrande de tout ce qu’il possède manifeste sa disponibilité, qui permet au Christ d’accomplir un miracle avec cette pauvre offrande.

Le récit se centre sur Jésus, qui dirige tout: il voit la foule, il interroge Philippe en sachant ce qu’il va faire, il ordonne de faire asseoir la foule, il distribue les pains. Toujours conduit par sa connaissance qu’on va, de force, le faire roi, il se retire seul dans la montagne.
Jésus ordonne à ses disciples de faire asseoir les foules comme pour un repas (v.10), alors qu’il n’y a rien d’autre à manger dans ce désert que son enseignement de sagesse. Jésus agit avec autorité comme s’il s’agissait d’organiser le bivouac et le recensement d’une armée aux ordres de son roi.

En contraste avec l’Exode, où le peuple recevait une quantité limitée de la manne, ici c’est la démesure, car la foule mange autant qu’elle veut, en sorte que tous sont repus (vv.11s); les restes remplissent douze paniers. Au lieu du désert de l’Exode, l’herbe ici est abondante, comme dans la promesse messianique du Ps 23, 1-2, où le pasteur conduit son troupeau vers de verts pâturages.

Tout en étant éclairé par la préfiguration de l’Exode, le récit de la multiplication des pains évoque l’eucharistie: le langage est celui que les chrétiens de la communauté de Jean avaient coutume d’entendre au cours des célébrations eucharistiques, il prit les pains, il rendit grâce (v. 11). Comme au soir de la Cène, Jésus lui-même distribue la nourriture, et non les disciples comme dans les récits de la multiplication des pains chez les autres évangiles. Jésus accorde une nourriture surabondante: Il leur en donna autant qu’ils en désiraient (v. 11); lorsqu’ils furent repus (v.12); vous avez mangé des pains à satiété (v. 26).

Rien ne doit se perdre (v. 12). Jésus donne avec excès (Jn 2, 6), pour que l’Église, elle aussi, bénéficie du don de la vie en abondance (Jn 10, 10). Il en faut suffisamment pour toutes les générations chrétiennes. Douze paniers correspondent aux douze apôtres. Chaque apôtre devient le dépositaire de ce qui reste des longs enseignements de Jésus. Ils reçoivent symboliquement la mission de garder et de transmettre fidèlement le dépôt reçu. Les apôtres conservent dans la corbeille de leur mémoire l’enseignement oral de Jésus. En milieu de tradition orale, il y a un responsable de la collection et de la transmission des récitatifs de l’ancien du groupe.

Réactions opposées de la foule et de Jésus

Le récit se termine sur un malentendu. Le signe a révélé une dimension de l’identité de Jésus: il est prophète et Messie. La foule identifie Jésus au prophète annoncé par Moïse en Dt 18, 15: Yahvé ton Dieu suscitera pour toi, du milieu de toi, parmi tes frères, un prophète comme moi que vous écouterez. Les Juifs du temps de Jésus étaient divisés sur le rôle de ce prophète. Comme Moïse, il devait être pour son peuple le libérateur de la servitude. Aussi Jésus se retire, car il n’est pas prophète comme le souhaite le peuple, en attente d’un Messie vengeur des ennemis.

Jésus se retire seul dans la montagne (v. 15), il se conforme à la volonté de son Père, qui lui demande d’instaurer dans le cœur de ses disciples un royaume intérieur, qui n’est pas de ce monde. Il s’arrache à l’influence de l’opinion populaire, en renvoyant la foule pour demeurer seul avec son Père. La fidélité de Jésus envers son Père lui donne la force d’accepter d’être incompris par les humains, mais d’être fidèle à sa mission, même s’il lui faut demeurer seul.

Conclusion

Ce récit comprend trois temps différents: 1) Le temps de l’Exode, qui marque le début de l’histoire d’Israël; 2) La rencontre historique avec Jésus; 3) Le temps de l’Église. Une même question se pose à ces trois niveaux: comment croire en Dieu dans le désert (la manne), présent dans son Fils incarné (Jésus) et dans l’Église (l’eucharistie) ?

L’objectif de Jésus selon Jean est moins de manifester sa compassion pour la foule sans nourriture, affamé, que de révéler sa véritable identité. La suite du récit montrera que celui qui donnait le pain était lui-même le véritable pain pour l’humanité.

Jean-Louis D’Aragon SJ

2021/04/15 – Jn 3, 31-36

Des disciples de Jean Baptiste sont inquiets de voir que celui à qui Jean Baptiste avait rendu témoignage baptise et beaucoup de gens viennent à lui. Jean Baptiste lui rend son dernier témoignage. Celui qui vient du ciel témoigne de ce qu’il a vu et entendu. Qui accueille son témoignage certifie que Dieu est véridique. Celui que Dieu a envoyé prononce les paroles de Dieu car il donne l’Esprit sans mesure. Le Père a tout remis dans sa main. Qui croit au Fils a la vie éternelle.

Les deux textes de l’Écriture aujourd’hui parlent de témoignage.

Devant la défense de parler de Jésus, les apôtres répondent au grand prêtre: “Il faut obéir à Dieu. … Quand à nous, nous sommes les témoins de tout cela.” (Actes 5,27.32)
Jésus déclare dans l’évangile: “Celui qui vient d’en haut rend témoignage de ce qu’il a vu et entendu.”

Le témoignage est important dans l’évangile de Jean.

Tout l’évangile a la connotation d’un procès. Cela explique la composition de l’évangile qui place l’expulsion des vendeurs du temple au tout début, contrairement aux synoptiques. D’un point de vue historique, on ne comprendrait pas que Jésus ait pu faire cela et ensuite revenir plusieurs fois à Jérusalem pour différentes fêtes, comme le montre l’évangile de Jean, sans être arrêté dès sa seconde visite. Jean veut montrer que Jésus est en procès dès le début de sa vie publique à cause de son témoignage qui sera d’ailleurs la cause de son exécution.

L’importance du témoignage se fait sentir dans la présentation de Jean Baptiste.

Dans le Prologue, il est caractérisé de la manière suivante: “Il y eut un homme envoyé de Dieu. Son nom était Jean. Il vint pour témoigner, pour rendre témoignage à la lumière afin que tous crussent par lui. Celui-là n’était pas la lumière, mais il avait à rendre témoignage à la lumière.” (1,6-8)

Quand Jean baptise, il rend témoignage: “Et voici quel fut le témoignage de Jean, quand les Juifs lui envoyèrent de Jérusalem des prêtres et des lévites pour lui demander: Qui es-tu ?”
“Le lendemain, il voit Jésus venir vers lui et il dit: “Voici l’agneau de Dieu….” “Et Jean rendit témoignage en disant: “J’ai vu l’Esprit descendre sur lui…” …J’ai vu et je témoigne que celui-ci est l’Élu de Dieu…”
Dans l’évangile de Jean, Jean Baptiste n’est pas le précurseur qui baptise en préparation de la venue du Messie: il est celui qui témoigne que Jésus est le Messie.

Jésus lui-même parle souvent de son témoignage. C’est d’ailleurs la fidélité à ce témoignage qui en fin de compte sera la cause de sa mort. Devant Pilate, il déclare: “Je suis né et je suis venu dans le monde pour rendre témoignage à la vérité.” (18,37)

Le témoignage de Jésus porte sur sa connaissance unique du Père. C’est ce qui est dans le texte que nous venons d’entendre : “Celui qui vient du ciel rend témoignage de ce qu’il a vu et entendu… Celui que Dieu a envoyé dit les paroles de Dieu, car Dieu lui (TOB) donne l’Esprit sans compter. Le Père aime le Fils et a tout remis dans sa main.” (3,32,34)

Ceci montre quelque chose d’essentiel dans la personne et la mission du Christ puisqu’on le retrouve aussi dans Mt.: Mt.11,27: “Tout m’a été remis par mon Père, et nul ne connaît le Fils si ce n’est le Père, et nul ne connaît le Père si ce n’est le Fils, et celui à qui le Fils veut bien le révéler.”

Son témoignage c’est la révélation du Père, son enseignement et ses paroles. Mais c’est aussi ses œuvres qui sont un témoignage.

A Jérusalem à l’occasion d’une autre fête, Jésus, après avoir mentionnée le témoignage de Jean Baptiste à son sujet, déclare: “Mais j’ai plus grand que le témoignage de Jean: les œuvres que le Père m’a donné à mener à bonne fin, ces œuvres mêmes que je fais me rendent témoignage que le Père m’envoie.” (5,36)

C’est probablement en relation avec cela que l’évangéliste n’emploie jamais le mot miracle; il parle toujours de signe. Les actions qu’il fait sont des signes que Jésus est envoyé par le Père mais aussi ils sont des signes de la présence du Père.

C’est le témoignage auquel nous sommes appelés: en Jésus, l’amour du Père est venu parmi nous et nous a laissé sa présence dans l’Esprit.

Jean Gobeil SJ 

 

 

2021/04/14 – Jn 3, 16-21

Par amour, Dieu a donné son Fils unique au monde. Il n’a pas été envoyé pour condamner mais pour sauver le monde. Celui qui croit en lui est sauvé: il obtient la vie éternelle et il échappe à la condamnation. La condamnation, ce sont les hommes eux-mêmes qui la font en choisissant les ténèbres au lieu de la lumière. Choisir les ténèbres c’est de refuser de croire dans le Fils unique envoyé par Dieu par amour. Choisir la lumière c’est croire dans le Fils et agir selon la vérité: il faut que les œuvres deviennent des œuvres de lumière c’est-à-dire qu’elles soient reconnues comme des œuvres de Dieu.

Nicodème est un homme qui a une certaine instruction puisqu’il est un Pharisien. Il est un notable, un personnage important dans son milieu: il est un membre du sanhédrin, la cour suprême (Jean 7,50). Il est attiré par Jésus et voudrait le connaître. Mais, à cause de son milieu, il ne veut pas qu’on le prenne pour un de ses disciples; il vient donc quand il fait noir pour passer inaperçu. Jésus va le recevoir quand même. Nicodème s’attendait à recevoir des informations: il va être dérouté par ce que Jésus lui dit. Pour connaître Jésus, il faut partager sa vie, ce qui veut dire recevoir une vie nouvelle. C’est seulement avec cette vie nouvelle et l’Esprit qu’on peut le connaître et avoir accès au Règne de Dieu. Pour cela il faut renaître par le baptême.

Nicodème a eu de la difficulté à suivre mais il a quand même suivi jusqu’ici. Pour ce qui suit, il comprendra peut-être plus tard puisqu’il osera prendre la défense de Jésus à une réunion du Sanhédrin. Mais pour l’instant, Jésus parle de sa mission et de l’origine de cette mission. Il parle surtout pour les lecteurs de l’évangile, pour des chrétiens.

L’existence terrestre et la mission de Jésus ont pour origine l’amour d’un Dieu qui veut communiquer avec l’humanité. Pour communiquer, il se donne en donnant son Fils unique. Ceci révèle la priorité de l’amour divin comme source de l’histoire du salut.

Jésus déclare qu’il n’a pas été envoyé pour juger. L’idée de jugement est ambivalente: elle contient la reconnaissance de ceux qui ont été justes mais aussi la condamnation de ceux qui sont injustes. Cette idée de Dieu qui venait pour condamner était très forte chez Jean Baptiste qui parlait de la hache qui était déjà sur le bois mort et du feu qui était prêt à brûler la paille séparée du bon grain par le vent. Au temps de Jésus, c’était aussi l’idée des Esséniens de la communauté de Qumran près de la Mer Morte.

Or ce que Jésus révèle c’est que Dieu n’est pas intéressé par la condamnation. S’il envoie son Fils, c’est pour offrir la possibilité d’éviter la condamnation; c’est pour sauver. Et il prend l’initiative de chercher ceux qui étaient perdus pour les sauver. Jésus déclare, à la fin de l’épisode de Zachée, un homme considéré comme un pécheur public, que Jésus a appelé et chez qui il est allé manger: Le Fils de l’Homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu. (Luc 19,10)

C’est ce qui est offert par le Christ. C’est une offre car l’amour ne peut contraindre ou imposer. L’accepter c’est reconnaître le don de Dieu dans la personne du Christ. Celui qui croit en lui échappe au jugement et surtout il entre dans le Règne de Dieu. Il est sauvé des ténèbres et fait maintenant partie du monde de la lumière à condition d’agir selon la vérité. “Faire la vérité” est une expression hébraïque pour signifier avoir une conduite en conformité avec la vérité. C’est le rappel aux chrétiens que leur conduite et leurs oeuvres doivent refléter l’amour qu’ils ont reçu.

Jean Gobeil SJ 

 

 

2021/04/13 – Jn 3, 7b-15

Nicodème, un pharisien et membre du grand conseil, veut connaître mieux Jésus. Il vient de nuit pour ne pas se compromettre. Jésus sait qu’au fond il cherche le Royaume de Dieu. Il commence par l’avertir qu’on ne peut voir le Royaume à moins d’y être entré (Jn.3,3), et qu’on ne peut y entrer à moins de naître à une nouvelle vie, ce qui s’obtient par le baptême et le don de l’Esprit (Jn.3,5). L’Esprit est comme le vent: avec les forces humaines, on ne peut voir que ses traces, Tout ce qu’on peut voir de la vie nouvelle dans un disciple sont seulement les effets de cette vie (Jn.3,8). Nicodème ne comprend pas et Jésus déclare qu’avec ses connaissances il aurait dû comprendre de quoi Jésus parlait (Jn.3,10). Dans ce qui suit, le pluriel (nous parlons…) indique que c’est Jésus et la communauté des croyants qui parlent s’adressant peut-être aux Juifs en général. Jésus est le seul qui peut révéler cette vie d’en haut. Il faut donc commencer par accepter sa parole, ce que les Juifs n’ont pas fait.

Nicodème aurait dû reconnaître que la vie d’en haut, dont parle Jésus, était la réalisation de ce qu’avaient annoncé les prophètes. Ezéchiel, entre autres, avait annoncé qu’il y aurait une nouvelle alliance dans laquelle Dieu donnerait un cœur nouveau et qu’il y mettrait son Esprit (Ez.36.,26-27).

Le point de départ pour avoir accès à la vie d’en haut est d’accepter la parole du Christ parce qu’il est le révélateur unique: il est le seul à venir du ciel (v.13). Cette vie ne peut être connue de l’extérieur; il faut en faire partie pour la connaître. C’est la première chose que Jésus avait déclaré aux disciples de Jean Baptiste qui lui demandaient: Où demeures-tu? Jésus avait simplement répondu: Venez et voyez (Jn.1,39). Pour voir qui il est, il faut se mettre à sa suite. C’est la même chose pour voir le Royaume, c’est-à-dire pour connaître le Royaume: il faut en faire partie.

Les apôtres retiendront la leçon. Quand ils prêcheront aux foules, ils ne tenteront pas de leur expliquer ce qu’est le Royaume ou ce qu’est la vie nouvelle. Ils feront une proclamation (un kérygme): Dieu l’a fait Seigneur et Christ, ce Jésus que vous, vous avez crucifié. (Actes 2,36) L’acceptation de cette parole sera le premier pas. Suivra l’acceptation de la conversion et du baptême. Ensuite, c’est dans la vie comme disciple qu’on découvrira ce que signifie faire partie du Royaume et être enfants de Dieu.

Jésus est le seul révélateur de la vie d’en haut parce qu’il est le seul à être venu du ciel mais en outre il est celui par qui la vie d’en haut et l’Esprit seront donnés. La référence au serpent de bronze dans le désert qui redonnait la vie humaine est comme un symbole de la passion du Christ qui donne la vie éternelle à tout homme qui croit.

Jean Gobeil SJ

2021/04/12 – Jn 3, 1-8

Dans ce passage, il y a un pharisien dont on dit du bien : c’est plutôt rare dans les évangiles. Nicodème est « un notable parmi les Juifs », c’est-à-dire un membre du Sanhédrin, ce « Conseil d’administration » que les Romains utilisent dans un système de « gouvernement indirect ». Nicodème va voir Jésus en cachette, « pendant la nuit » pour ne pas se compromettre. Il est préoccupé par le salut, mais il ne pose pas à Jésus la question de savoir que faire pour entrer dans le Royaume de Dieu. Il se contente d’une profession de foi : « Nous savons que tu es un maître qui vient de la part de Dieu, car personne ne pourrait opérer les signes que tu fais si Dieu n’est pas avec lui. » Le « nous » n’est pas un pluriel de majesté. Nicodème veut dire qu’il n’est pas le seul membre du Sanhédrin à avoir cette conviction. Voyant sa foi, Jésus répond à la question non formulée : « Personne, à moins de renaître, ne peut voir le règne de Dieu. » Et Nicodème qui prend cette déclaration au pied de la lettre demande : « Comment est-il possible de naître quand on est déjà vieux? » Jésus en profite pour livrer le sens de cette renaissance, mais en des termes qui semblent destinés à cacher sa signification plutôt qu’à en faciliter la compréhension. Ceci rappelle le fameux thème du « secret messianique » cher aux théologiens spécialistes de Marc.

On peut dire après coup que la seconde naissance dont Jésus parle correspond au baptême dans l’eau, mais aussi au baptême dans l’Esprit remis à l’honneur par le mouvement pentecôtiste contemporain. Mais on pourrait également y voir une annonce de la résurrection : si le grain ne meurt, il reste seul, mais s’il meurt, il porte beaucoup de fruit, et du fruit qui demeure! Il est enfin possible que le quatrième évangéliste laisse apparaître ici son côté mystique : la seconde naissance est en effet un thème cher aux mouvements initiatiques de tous les temps et de tous les lieux. C’est un pont ou une passerelle entre les grandes traditions spirituelles de l’humanité qui proclament que l’initié est « né deux fois ».

Revenons à la figure de Nicodème. De ce passage, on pourrait conclure que cet homme est un pleutre qui n’ose pas assumer ses positions au grand jour. Mais Jean le présente plutôt comme un juste. Il réapparaîtra d’ailleurs au moins à deux reprises. D’abord, pour prendre la défense de Jésus quand « les prêtres et les pharisiens » voudront l’arrêter avant son heure. Les « gardes » gagés pour le saisir seront si impressionnés par ses paroles qu’ils n’oseront pas mettre la main sur lui. Furieux, les notables vilipendent ces gardes, mais Nicodème rompt l’unanimité des dirigeants en posant cette question : « Notre loi, condamnerait-elle un homme sans l’avoir entendu et sans savoir ce qu’il a fait ? » (Jean 7, 51). On revoit ensuite Nicodème au moment de l’ensevelissement de Jésus. Alors que ses disciples ont trouvé le salut dans la fuite, Joseph d’Arimathie et Nicodème assurent à Jésus une sépulture digne, selon les traditions juives (Jean 19,38-42). On sait que c’est le Sanhédrin qui a eu la peau de Jésus. Mais le comportement dissident de Nicodème interdit des généralisations hâtives : le Sanhédrin n’était pas entièrement pourri et donc condamnable en bloc et en masse.

C’est la prévalence de ce genre de généralisation qui, dans l’histoire du christianisme, a fait des Juifs la cible d’une longue vengeance, jusqu’au paroxysme de la Shoah. Pourtant, même les premiers disciples de Jésus qui ont subi le désastre de sa mise à mort ont eu une compréhension moins sommaire et donc plus intelligente de l’événement, comme on peut le constater dans la première lecture d’aujourd’hui: « C’est vrai : on a conspiré dans cette ville contre Jésus, ton Saint, ton Serviteur… Hérode et Ponce Pilate, avec les païens et le peuple d’Israël ont accompli ce que tu avais décidé d’avance dans ta puissance et ta sagesse » (Actes 4, 27-28). Ici, la responsabilité du meurtre est attribuée au monde entier, mais elle est immédiatement annulée par le fait qu’elle correspond à ce que Dieu lui-même avait d’avance décidé : le Fils devait mourir pour que nous ayons la vie!

Melchior M’Bonimpa