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2021/12/11 – Mt 17, 10-13

Les disciples interrogent Jésus sur ce que disent les scribes à propos du prophète Élie supposé revenir avant le Messie. Jésus déclare qu’il est déjà venu et qu’il n’a pas été reconnu par les scribes et que le Fils de l’homme aussi va souffrir par eux. Les disciples comprennent que Jésus parle de Jean Baptiste.

La première lecture tirée du livre du Siracide rappelle les hauts faits du prophète Élie. Son rôle a été important dans les débuts de l’histoire d’Israël dans la Terre Promise. C’était le moment où Israël passait du nomadisme dans le désert à la vie sédentaire. Il avait dû emprunter au populations locales les techniques de la culture du sol et la tentation était grande d’adopter en même temps les divinités qui étaient les assurances pour la pluie, comme Baal, ou pour la fertilité des troupeaux, comme Astarté. Le rôle d’Élie fut de rappeler que Yahvé, le Dieu de l’histoire qui les avait délivrés d’Égypte et accompagnés au désert, était aussi le Maître de la pluie et de la fertilité. Après ses luttes, Élie avait été emporté au ciel sous les yeux de son disciple Élisée. Pour cette raison on croyait qu’il reviendrait un jour.

Au temps de Jésus, on trouve, dans les écrits apocryphes qui parlent de la venue du Messie, la croyance qu’Élie précédera cette venue. En parlant des scribes, c’est à ces écrits que font allusion les disciples.

Mais pour Jésus, c’est Jean Baptiste qui a rempli le rôle de préparer la venue du Messie. Plut tôt (Mt.11,2), des disciples de Jean Baptiste étaient venus questionner Jésus. A la suite de cela, Jésus avait rendu témoignage au Précurseur. En allant à Jean Baptiste, les gens ne sont pas allés voir un roseau agité par le vent. Il ne sont pas allés voir un personnage mondain comme ceux qui sont dans les palais. Jésus dit à ses auditeurs qu’ils ont raison de le considérer comme un prophète. Il est même plus qu’un prophète.

Il est le messager envoyé pour préparer la route devant celui qui apporte le Royaume de Dieu.. (Mal.3,1)

Jésus avait ensuite ajouté quelque chose qui associait Jean Baptiste à la vie du Christ : Jean mène une vie austère au désert et l’on dit: “Il est un possédé!” Le Fils de l’homme mange et boit et l’on dit: “Voilà un glouton et un ivrogne!” Comme le Christ, Jean Baptiste a été attaqué et rejeté par les autorités religieuses et, en fin de compte, il a été exécuté à cause de sa prédication. Son témoignage a été jusque là.

Or, dans notre texte aujourd’hui, Jésus fait encore allusion à ce parallèle entre la vie de Jean Baptiste et la sienne : Au lieu de reconnaître Jean Baptiste, ils lui ont fait tout ce qu’ils ont voulu. Le Fils de l’homme, lui aussi, va souffrir par eux. Il semble donc que, pour Jésus, la grandeur de Jean Baptiste n’est pas seulement d’avoir annoncé en paroles la venue du Messie mais d’avoir, comme lui, porter sa croix pour être fidèle à son témoignage.

Jean Gobeil SJ

2021/12/09 – Mt 11, 11-15

La première lecture est tirée d’Isaïe dans une partie qu’on appelle le livre de la consolation pour les exilés. (Is.40-55) Le début de notre passage illustrait bien la compassion et le secours de Yahvé:
Je suis le Seigneur ton Dieu. Je te prends la main droite, et je te dis: “Ne crains pas, je viens à ton secours, Ne crains pas, Jacob, faible vermisseau…je viens à ton secours.
Le contexte est le retour de l’exil et la restauration, comme promesse.
Mais avant cette restauration, ils doivent mettre leur confiance dans le Seigneur car ils auront à affronter des difficultés. Le psaume de méditation montrait sur quoi s’appuie cette confiance:
Yahvé est le Roi. La bonté du Seigneur est pour tous, sa tendresse pour toutes ses œuvres. (Ps.145)

Les petits et les pauvres cherchent de l’eau et il n’y en a pas. … Moi, le Seigneur, je les exaucerai, moi, le Dieu d’Israël, je ne les abandonnerai pas … Je ferai jaillir des fleuves …

C’est plus qu’une restauration que promet le Seigneur: c’est la profusion des temps messianiques. Mais Israël qui doit garder confiance en passant à travers des épreuves et des affrontements qui précèdent la restauration messianique et qui en sont les signes.

Le texte de l’évangile vient après la visite des disciples de Jean-Baptiste. A la suite de cela, Jésus a rendu témoignage au Précurseur. Les gens ne sont pas allés voir un roseau agité par le vent. Ils ne sont pas allés voir un personnage mondain comme ceux qui sont dans les palais. Jésus dit à ses auditeurs qu’ils ont raison de le considérer comme un prophète. Il est même plus qu’un prophète. Il est le messager envoyé pour préparer la route devant celui qui apporte le Royaume de Dieu, et ce messager n’est pas un roseau: il n’est pas faible et il restera fidèle dans l’épreuve. (Mal.3,1) Sa grandeur est donc d’être à la charnière entre l’Ancienne Alliance et la Nouvelle Alliance.

Mais avec la venue du Royaume les critères humains sont renversés et ce sont les petits, les humbles, qui sont privilégiés: le plus petit dans le Royaume des cieux est plus grand que lui.

Le texte qui suit est un texte difficile parce qu’il peut avoir plus qu’un sens.
Depuis Jean-Baptiste jusqu’à maintenant, le Royaume des cieux subit la violence et des violents cherchent à s’en emparer.

Ici, à cause de la liturgie qui a utilisé le texte d’Isaïe pour donner un certain éclairage au texte évangélique, la violence peut être prise dans un sens positif pour signifier que ceux qui s’emparent du Royaume doivent le faire au prix des plus durs renoncements.

L’antienne de la communion nous indique quelle doit être la réponse à l’invitation du Christ : Si quelqu’un veut marcher à ma suite, dit le Seigneur, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive. (Mt.16,24)

Jean Gobeil SJ

2021/12/06 – Lc 5, 17-26

Il n’y a rien de plus misérable pour un conférencier que de se retrouver devant une salle presque vide ou encore, face à une assistance médiocre qui ne réagit pas à ses propos ou pose des questions hors-sujet. Ce n’est pas le cas dans l’évangile que nous sommes invités à méditer aujourd’hui. Jésus fait salle comble et attire un auditoire de qualité. Nous ne sommes pas en présence d’un obscur conférencier ou d’un petit bricoleur, mais d’un maître précédé par sa renommée.

Je n’ai pas résisté à la tentation de comparer ce texte aux récits parallèles chez Matthieu et Marc. Matthieu abrège l’histoire et n’en retient que l’essentiel. C’est donc plus intéressant de comparer les versions de Marc et de Luc. Elles sont plus élaborées et à peu près équivalentes en termes de longueur et de contenu. Pourtant, celle de Luc a quelque chose de spécial dans sa manière de gonfler l’assistance. C’est vrai que Marc insiste aussi sur l’importance du nombre de ceux qui se sont rassemblés pour entendre Jésus annoncer la parole. Mais chez Marc, la foule provient d’un attroupement spontané : « …on apprit qu’il était dans la maison. Et tant de monde s’y rassembla qu’il n’y avait plus de place, pas même devant la porte. »

Chez Luc, la foule n’est pas constituée uniquement des voisins curieux ou des habitants de l’entourage immédiat de « la maison ». Dans l’assistance, il y a « des pharisiens et des docteurs de la loi venus de tous les villages de Galilée et de Judée ainsi que de Jérusalem ». Le nombre des témoins n’est donc pas le seul élément qui souligne l’importance de l’événement. Il y a aussi le fait qu’on trouve parmi ces témoins des représentants de l’élite d’Israël, venus des quatre coins du pays. Luc sous-entend donc que Jésus n’est pas un simple charlatan qui impressionnerait uniquement un public d’ignorants ou d’insignifiants. Il en impose même aux savants venus exprès pour tenter de le confondre, bien que dans cet évangile, les pharisiens et docteurs de la loi n’expriment pas ouvertement leurs objections.

Et justement, que dire du fond de l’histoire elle-même? Des gens portant un paralysé sur une civière ne parviennent pas à l’amener jusqu’à Jésus à cause de la foule. Ils décident alors de le faire passer par le toit en enlevant des tuiles. « Voyant leur foi, il dit, tes péchés te sont pardonnés. » Le paralysé et ses courageux porteurs ont dû être sidérés et déçus par cette déclaration qui ne semble avoir aucun rapport avec le but visé par leur démarche. Quant aux pharisiens présents, même s’ils ne disent rien, ils sont scandalisés par ces propos qui semblent nettement blasphématoires.

On a l’impression que Jésus se plaît à créer le malaise en imposant une mise en attente du paralysé et en se montrant provoquant et prétentieux pour irriter les docteurs de la loi. À vrai dire, ce qui caractérise l’attitude de Jésus ici, c’est son humilité. Cela peut passer inaperçu, mais Luc insiste sur le fait que Jésus n’est qu’un lieutenant, un intermédiaire ou un instrument : « …et la puissance du Seigneur était à l’œuvre pour lui faire opérer des guérisons. » Le pouvoir de pardonner les péchés et le pouvoir de guérir sont liés en amont : Jésus les tient de son Père, et il veut que tout le monde le sache. Le dénouement montre qu’il réussit son coup. Quand, sur l’ordre de Jésus, le paralysé se lève, prend sa civière et s’en va chez lui, tous, y compris les pharisiens, « rendent gloire à Dieu ».

Melchior M’bonimpa