2021/10/02 – Mt 18, 1-5.10

Les disciples demandent à Jésus qui est le plus grand dans le Royaume des cieux. Jésus met un enfant au milieu d’eux et déclare: « Celui qui se fera petit comme cet enfant, c’est celui-là qui est le plus grand dans le Royaume des cieux. Et celui-là qui accueillera un enfant comme celui-ci en mon nom, c’est moi qu’il accueille ». Suit un avertissement sévère: Gardez-vous de mépriser ces petits, car ils sont importants pour le Père. Jésus prend un exemple de la vie courante. Si quelqu’un a perdu une brebis, il laisse là le troupeau pour aller à sa recherche. Cette brebis perdue devient plus importante que le reste du troupeau et lorsqu’elle est retrouvée elle cause plus de joie que les 99 brebis du troupeau. Jésus fait l’application de cette conduite à celle du Père: il ne veut pas qu’un seul de ces petits soit perdu.

Voilà une question des disciples qui est peut-être reliée d’abord à leurs aspirations pour des bonnes places dans le Royaume des cieux qui est encore pour eux sur un modèle bien terrestre. Mais il y a peut-être plus. Ils ont peut-être, comme saint Paul avant sa conversion, l’idée que ce qui est important aux yeux de Dieu c’est ce qu’il faut faire. L’idée que la justice, que ce qui est agréable à Dieu, c’est une affaire de performance personnelle. La réponse de Jésus semble bien correspondre à cette attitude.

Il met un enfant au milieu d’eux. L’enfant est celui qui n’a aucun droit ni aucun pouvoir. Il n’a aucun statut dans la société. Ceci est vrai non seulement pour la société juive de l’époque mais aussi bien pour la société romaine et la société grecque: puer en latin et pais en grec signifient aussi bien enfant et esclave ou serviteur. La connotation de l’enfant n’est pas l’innocence mais bien l’impuissance. Il n’existe qu’en dépendance. Il est donc, dans notre récit, aux antipodes de ce à quoi rêvent les disciples en entendant parler de Royaume, donc de roi et de pouvoir royal, pouvoir auquel ont accès ceux qui sont proches du roi.

Le plus grand dans le Royaume sera celui qui se fera petit comme cet enfant. Ce mot, petit, évoque immédiatement les thème des petits, des humbles, les anawim de Yahvé dans l’Ancien Testament. Déjà, on donnait comme la grande qualité de Moïse, son humilité : Or, Moïse était un homme très humble, l’homme le plus humble que la terre ait porté. (Nb.12,3) Ces humbles sont ceux qui ne comptent pas sur leur richesse ou leur pouvoir mais qui savent qu’ils dépendent de Dieu et s’appuient seulement sur leur confiance en Lui.

Sophonie avait prédit qu’une fois purifié, Israël serait un peuple humble et modeste (3,12) au milieu duquel Yahvé serait roi (3,14-18). Zacharie, plus tard, avait vu que le Messie qui venait serait un roi humble, monté sur un âne: il ne vient pas sur un chariot royal mais sur la monture du pauvre (9,9). Dans le Nouveau Testament, ces petits ou ces humbles, ce sont ceux qui ont une âme de pauvre dont parle la première béatitude et à qui est déjà donné le Royaume des cieux.(Mt.5,1) Ils sont ces petits, qui comme l’enfant, n’ont rien à apporter et tout à recevoir. C’est dans cet esprit que sainte Thérèse de Lisieux disait qu’elle se présentait devant Dieu les mains vides. Et Jésus déclare aux disciples qu’il est solidaire de ces petits si bien qu’en eux on peut accueillir le Christ lui-même.

Dans l’exemple que Jésus donne d’un homme qui laisse son troupeau pour aller chercher sa brebis perdue, ce qui frappe d’abord c’est la disproportion entre une brebis et les 99 autres. La disproportion devient très importante quand Jésus applique l’exemple du berger au Père qui est dans les cieux. Non seulement ceux qui sont perdus sont importants pour lui mais encore c’est lui qui prend l’initiative d’aller à leur recherche. C’est l’écho d’une parole de Jésus dans l’évangile de Luc : Le Fils de l’homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu. (Luc 19,10)

Il y a donc d’abord une perspective universaliste dans ce récit. Tous ceux qui sont perdus sont importants aux yeux de Dieu. Mais cette perspective a des retombées au niveau de la communauté. Celle-ci ne doit pas exclure personne: elle doit rester ouverte à ceux que Dieu cherchent et veut sauver. Mais il y aussi dans la communauté des petits qui sont plus faibles que le reste du troupeau. Peut-être n’ont-ils pas de statut social comme des richesses ou de l’importance; peut-être aussi n’ont-ils pas beaucoup de connaissance. Saint Paul connaît de ces petits dans ses communautés; c’est pour eux qu’il est prêt à renoncer à des pratiques bien innocentes si elles peuvent les scandaliser ou leur nuire.” C’est mon droit” est une formule magique de nos jours. Mais le droit individuel n’est pas la première préoccupation d’un disciple du Christ. Pour quelqu’un dont l’idéal est de servir, le droit n’a jamais préséance sur les besoins des autres. Matthieu voit certainement cet aspect important pour sa communauté. Il a placé ce récit au milieu d’un ensemble d’instructions de Jésus qui s’adressaient à ses disciples mais visaient en même temps les communautés futures. Elles peuvent certainement nous être utiles encore aujourd’hui.

Jean Gobeil SJ

 

 

2021/10/01 – Mt 18, 1-5

Les disciples demandent à Jésus qui est le plus grand dans le Royaume des cieux. Jésus met un enfant au milieu d’eux et déclare: Celui qui se fera petit comme cet enfant, c’est celui-là qui est le plus grand dans Royaume des cieux. Et celui-là qui accueillera un enfant comme celui-ci en mon nom, c’est moi qu’il accueille.

Voilà une question des disciples qui est peut-être reliée d’abord à leurs aspirations pour des bonnes places dans le Royaume des cieux qui est encore pour eux sur un modèle bien terrestre. Mais il y a peut-être plus. Ils ont peut-être comme saint Paul avant sa conversion, l’idée que ce qui est important aux yeux de Dieu c’est ce qu’il faut faire. L’idée que la justice, que ce qui est agréable à Dieu, c’est une affaire de performance personnelle. La réponse de Jésus semble bien correspondre à cette attitude.

Il met un enfant au milieu d’eux. L’enfant est celui qui n’a aucun droit ni aucun pouvoir. Il n’a aucun statut dans la société. Ceci est vrai non seulement pour la société juive de l’époque mais aussi bien pour la société romaine et la société grecque: puer en latin et pais en grec signifient aussi bien enfant et esclave ou serviteur. La connotation de l’enfant n’est pas l’innocence mais bien l’impuissance. Il n’existe qu’en dépendance. Il est donc, dans notre récit, aux antipodes de ce à quoi rêvent les disciples en entendant parler de Royaume, donc de roi et de pouvoir royal, pouvoir auquel ont accès ceux qui sont proches du roi.

Le plus grand dans le Royaume sera celui qui se fera petit comme cet enfant. Ce mot, petit, évoque immédiatement les thème des petits, des humbles, les anawim de Yahvé dans l’Ancien Testament. Déjà, on donnait comme la grande qualité de Moïse, son humilité : Or, Moïse était un homme très humble, l’homme le plus humble que la terre ait porté. (Nb.12,3) Ces humbles sont ceux qui ne comptent pas sur leur richesse ou leur pouvoir mais qui savent qu’ils dépendent de Dieu et s’appuient seulement sur leur confiance en Lui.

Sophonie avait prédit qu’une fois purifié, Israël serait un peuple humble et modeste (3,12) au milieu duquel Yahvé serait roi (3,14-18). Zacharie, plus tard, avait vu que le Messie qui venait serait un roi humble, monté sur un âne: il ne vient pas sur un chariot royal mais sur la monture du pauvre (9,9). Dans le Nouveau Testament, ces petits ou ces humbles, ce sont ceux qui ont une âme de pauvre dont parle la première béatitude et à qui est déjà donné le Royaume des cieux (Mt.5,1) Ils sont ces petits, qui comme l’enfant, n’ont rien à apporter et tout à recevoir. C’est dans cet esprit que sainte Thérèse de Lisieux disait qu’elle se présentait devant Dieu les mains vides. Et Jésus déclare aux disciples qu’il est solidaire de ces petits si bien qu’en eux on peut accueillir
le Christ lui-même.

Jean Gobeil SJ 

2021/09/30 – Lc 10, 1-12

Au chapitre précédent, Luc rapporte l’envoi en mission des Douze. Pourquoi un autre envoi en mission, qui peut sembler une répétition, même si elle est plus développée que la précédente ?

Remarquons que ce sont des disciples, non les apôtres, que Jésus charge de cette mission. Ils sont soixante-douze, nombre qui signifie l’universalité des nations (d’après l’énumération de Gn 10,2-31). Ils rappellent surtout les soixante-dix anciens que le Seigneur ordonne à Moïse de rassembler (Num11,16), plus deux autres qui n’étaient pas venu à cette assemblée (Nm 11,26). « Dieu préleva un peu de l’Esprit qu’il avait donné à Moïse, pour en répandre sur les soixante-dix anciens. » (Nm 11,25) Ces soixante-dix ou soixante-douze furent à l’origine du Sanhédrin, l’autorité suprême des Juifs au temps de Jésus. Cette longue tradition, préludant à ce groupe des disciples, montre l’autorité qu’ils reçoivent de Jésus, leur « Seigneur ».

Ces disciples représentent tous les chrétiens de l’avenir, qui recevront eux aussi l’Esprit Saint à la Pentecôte et qui auront la fonction d’évangéliser le monde. (Ac 2,1-11) Dieu, dans son amour, veut que tous les peuples et tous les humains soient sauvés.

Luc insiste sur cet universalisme du salut, lui qui est d’origine grecque, donc païenne. Cette mission des soixante-douze disciples annonce le Livre des Actes, le second volet de l’ouvrage de Luc, qui décrira le début de cette évangélisation universelle. Notons que, dans les Actes, les principaux acteurs de l’évangélisation, à part Pierre, ne sont pas les douze apôtres, mais Étienne, Philippe, Barnabé et Paul, qui sont des disciples et qui appartiennent probablement au groupe des Hellénistes.

Continuer la mission de Jésus

Les évangiles de Matthieu (28,16-20), de Luc (24,48s ; Act 1,8) et de Jean (20,21) attestent que c’est le Seigneur ressuscité qui envoie solennellement en mission tous les siens. Ils doivent proclamer la victoire du Ressuscité sur la mort, attester sa vie glorieuse et la transmettre par le rite du baptême à tous ceux et celles qui l’accueilleront dans la foi.

Que signifie alors le présent envoi en mission des apôtres et des disciples ? Les trois évangélistes veulent montrer ainsi que l’évangélisation par les chrétiens de tous les temps s’enracine dans le ministère même de Jésus. C’est la mission du Christ Jésus qui se prolonge dans celle de ses disciples. Ce n’est donc pas une fonction reçue de l’extérieur, même si elle provient du Seigneur ressuscité.

Mission difficile

À la suite du Christ, ses disciples ont le devoir d’annoncer que le Règne de Dieu est tout proche. La Source de la vie et de la paix vient habiter au milieu de ses fidèles. Cette proclamation est tellement importante qu’on ne peut se laisser distraire et retarder, en particulier par les longues salutations coutumières en Orient. Les disciples vont deux par deux, car il faut deux témoins pour attester la vérité. Ils parcourent « toutes les villes et localités où lui-même (le Christ) devait aller. » Seule la rencontre personnelle avec le Seigneur établit l’union et la communion qui transmet la vie.

L’union au Christ produit la guérison de tout mal, qu’il soit physique ou moral. En communiquant la vie, le Seigneur, par ses disciples, guérit l’humanité croyante de l’esclavage qu’elle s’est infligée par ses péchés d’injustice et d’égoïsme. Dans le Royaume de Dieu, tous les élus resplendissent de liberté, d’amour et de gloire.

Tâche impossible?

La moisson représente traditionnellement le rassemblement des justes, qui couronnera l’histoire humaine. Les obstacles à une telle mission sont nombreux et, apparemment, insurmontables. Annoncer au monde entier l’Évangile est une tâche impossible pour le nombre infime des ouvriers. C’est uniquement la prière qui obtiendra de nombreuses vocations, non pas seulement de prêtres, de religieux et de religieuses, mais de tout chrétien qui prend conscience de la mission qu’il a reçue à son baptême et à sa confirmation.

L’accueil réservé à ces missionnaires ne sera pas toujours encourageant. Jésus compare ses disciples à des agneaux qui rencontreront l’hostilité des loups. Pour affronter de tels adversaires, Jésus dépouille ses fidèles de tout secours humain : « Pas d’argent, ni sac, ni sandales. » Réduit à une pauvreté radicale, ces missionnaires ne peuvent qu’espérer le secours de leur Seigneur.

Dans les quelques décennies récentes, notre Église a subi un dépouillement complet. Le Seigneur nous a montré que la richesse et le prestige sont une illusion. Une Église riche, fortement structurée et puissante devient trop sûre d’elle-même et ne convertira jamais le monde. Les nombreuses vocations au sacerdoce et à la vie religieuse ont diminué radicalement. L’autorité ecclésiastique a perdu son prestige dans l’ensemble de la société. Les richesses du clergé et des communautés religieuses s’envolent. Nos sanctuaires, désertés, sont devenus un patrimoine lourd à porter. Le triomphalisme n’a plus de base pour se motiver.

Selon les normes de notre société, qui n’apprécie qu’une efficacité mesurable par des résultats tangibles, notre Église s’orienterait vers une réduction, qui serait proche de sa disparition. Et pourtant ! Ce dépouillement progressif ne serait-il pas un signe des temps pour nous ramener au niveau de pauvreté que le Seigneur a voulue pour ses disciples en mission ?

Conclusion

Deux signes des temps s’imposent à nos communautés chrétiennes : l’appauvrissement de l’Église et la rareté des vocations sacerdotales et religieuses. Tout signe des temps porte l’empreinte de la volonté de Dieu. La pauvreté nous ramène aux normes dictées par le Christ à ses missionnaires. Le succès viendra de Dieu seul.

La rareté des vocations traditionnelles oblige notre Église à délaisser le cléricalisme, qui concentrait toutes ses activités dans les mains des prêtres et des religieux. Le Seigneur veut que chaque chrétien et chaque chrétienne prennent vivement conscience de sa responsabilité personnelle, que chacun et chacune est appelé à œuvrer dans le champ de ce monde, à la moisson de Dieu.

Jean-Louis D’Aragon SJ

2021/09/29 – Jn 1, 47-51

Les « anges » sont des envoyés en mission par Dieu pour le bien d’une personne ou d’un groupe. Leur nom, qui signifie « messager », indique leur fonction. Les « archanges » appartiennent à un ordre supérieur. Comme ils sont des médiateurs par qui le Seigneur agit, leur nom et leur personnalité sont inconnus, parce qu’ils ne doivent pas attirer l’attention sur eux-mêmes, au point de nous faire oublier que c’est Dieu qui se révèle et agit par eux. À l’époque de l’Apocalypse, l’auteur réagit contre un culte excessif des anges, que certains voulaient adorer (Apoc 19,10 ; 22,8s). Col 2,18 dénonce également « le culte des anges. » Ils sont des serviteurs, qui manifestent la transcendance du Seigneur et sa présence agissante dans le monde.

Seulement trois archanges sont connus par leur nom, ceux dont nous célébrons la fête aujourd’hui. « Michel » dont le nom signifie « Qui est comme Dieu », dirige le combat dans le ciel contre les mauvais anges. (Apoc 12,7s ; cf. Dan 10,13 ; 12,1) Le Seigneur envoie « Raphaël », « Dieu guérit », pour protéger le jeune Tobie, libérer son épouse, Sara, du démon et guérir Tobit, le père, de sa cécité. (Tobit 3,17 ; 12,6-15). « Gabriel » est « l’homme de Dieu », qui annonce à Daniel la venue Fils de l’homme et sa victoire sur les persécuteurs du peuple de Dieu (Dan 8,16 ; 9,21). Il annonce également à Zacharie la venue du Précurseur, Jean Baptiste (Lc 1,19), et surtout à la mère de Jésus, Marie, la naissance du Sauveur (Lc 1,26).

Pour la fête d’aujourd’hui, la liturgie présente le passage de Jean 1,47ss, qui fait allusion aux « anges qui montent et descendent au-dessus du Fils de l’homme ». Cette image de l’échelle, sur laquelle circulent les anges, évoque leur mission de médiateurs, qui « montent » présenter à Dieu les prières de la terre et qui « descendent » apporter les secours du Seigneur.

La foi de Nathanaël

Quand son ami, Philippe, lui annonce qu’il a découvert Celui que Moïse et les prophètes ont annoncé, le Messie (Jn 1,45), Nathanaël refuse d’accueillir cette invitation. Le scandale de l’Incarnation l’empêche de croire: « Peut-il sortir quelque chose de bon de Nazareth ? » Un homme qui vient d’un petit village ignoré ne peut être le Messie. Comme tous les Juifs, il attend un Messie fulgurant et glorieux. Nous essayons toujours d’imposer nos projections humaines à la révélation de Dieu. En dépit de ce refus, Philippe persuade son ami de venir vers Jésus. En surmontant son préjugé, Nathanaël franchit un premier pas vers la foi et vers la découverte de la véritable identité de Jésus.
De son côté, Jésus accueille Nathanaël par une preuve de sa connaissance surnaturelle et en lui montrant qu’il le connaît d’une manière profonde. Nathanaël est le véritable représentant d’Israël, non pas comme leur ancêtre Jacob, fourbe et menteur. Face à cette clairvoyance de Jésus, Nathanaël proclame la profession de foi la plus profonde de tous les témoins du Christ dans ce préambule de l’Évangile de Jean (1,19-51). « Rabbi », (Mon Maître), « tu es le Fils (unique) de Dieu », le titre central de Jésus, qui sera développé dans tout l’Évangile. « Le Roi d’Israël », est Celui qui, au nom de Dieu, règnera sur son peuple pour en faire l’unité et lui donner la paix et la vie.

« Tu verras mieux encore »

La foi permettra à Nathanaël d’approfondir toujours plus la personne du Christ et sa mission. À travers Nathanaël, cette promesse s’adresse à tout croyant. Jésus s’adresse d’abord au singulier, à Nathanaël, « Tu verras mieux », puis c’est au pluriel qu’il formule la déclaration solennelle qui suit « Amen, amen, je vous le dis : vous verrez… », pour signifier que Nathanaël représente tous les croyants de l’avenir. C’est avec les yeux de la foi que le disciple du Christ découvre et connaît toujours mieux le mystère de Dieu et son projet pour le monde. À Marthe, qui ne voit que le cadavre corrompu de son frère, Jésus lui promet : « Ne te l’ai-je pas dit ? Si tu crois, tu verras la gloire de Dieu. » (Jn 11,40)

La citation implicite de Gn 28,12, « Les anges de Dieu montent et descendent au-dessus du Fils de l’homme » rappelle la promesse du Seigneur à Jacob, au moment où celui-ci se trouve dans la plus grande détresse. En songe, Dieu promet un pays à ce fugitif errant et démuni, qui transmettra la bénédiction de Dieu à toutes les nations, comme son ancêtre Abraham (Gen 12,3) et son père Isaac. (Gn 22,18) Jésus affirme solennellement que, maintenant, cette promesse trouve sa pleine réalisation dans la mission du Christ. « Les anges » apportent le secours de Dieu à l’humanité, mais ils descendent et ils montent non plus sur une échelle, mais sur le Fils de l’homme, le parfait et unique Médiateur entre Dieu et l’humanité. Le Prologue de l’Évangile proclamait déjà cette médiation unique: « Personne n’a jamais vu Dieu ; le Fils unique nous l’a révélé « . (Jn 1,18)

Jean-Louis D’Aragon SJ

2021/09/28 – Lc 9, 51-56

Jésus se met en route vers Jérusalem en sachant que ce serait là qu’il serait enlevé de ce monde. Il prend la route la plus directe entre la Galilée et la Judée, celle qui passe par la Samarie. Un village samaritain refuse de l’accueillir parce qu’on a vu qu’il se dirigeait vers Jérusalem. Jacques et Jean, dans leur indignation demande à Jésus l’autorisation de faire descendre un feu du ciel pour les détruire. Mais Jésus les reprend vivement et le groupe continue vers un autre village.

Les Samaritains avaient eu leur propre temple sur le Mont Garizim jusqu’à la fin du 2e siècle avant Jésus Christ alors qu’il fut détruit pas Jean Hyrcan, roi des Juifs. C’est pour cette raison que les Samaritains ne manquaient pas de faire des représailles contre les Juifs qui allaient vers Jérusalem à l’occasion des fêtes religieuses comme c’est le cas pour Jésus et ses disciples.

Jacques et Jean réagissent vivement au refus du village. Ils sont des fils de Zébédée et faisaient de la pêche à Capharnaüm. Ils avaient leur barque et étaient dits associés ( Luc 5,7) de Simon Pierre qui lui aussi avait une barque de pêche. Ils devaient donc être dans le commerce du poisson avec Simon Pierre, ce qui pourrait expliquer pourquoi, comme Pierre, ils avaient la repartie facile. En bons commerçants, ils avaient l’habitude de calculer: eux (ou leur mère) demanderont à Jésus, avant les autres disciples, d’occuper les premières places dans le Royaume (Marc 10,35). Ils n’aiment pas la compétition non plus : ils ont voulu empêcher quelqu’un d’expulser des démons en se servant du nom de Jésus, parce qu’il ne suivait pas Jésus avec eux (Luc 9,49), dit Jean.

Dans la liste des disciples de Marc (3,17), Jésus leur a donné un surnom, Boanerges, fils du tonnerre. Il ne s’agit pas d’un nouveau nom permanent comme celui de Pierre pour Simon, mais seulement d’une image qui doit correspondre à un trait des fils de Zébédée. Dans notre texte, ils correspondent bien à cette image: ils offrent de faire tomber le tonnerre sur le village pour le détruise! Et pourtant, Jacques et Jean seront, avec Pierre, des disciples favorisés par Jésus.

Jésus prendra les trois avec lui pour qu’ils soient témoins de la résurrection de la petite fille de Jaïre (Luc 8,40). Ce sont les mêmes qui l’accompagneront pour aller prier sur la montagne où il sera transfiguré. Ils seront donc témoins de la gloire de Jésus (Luc 9,28) ce qui était une révélation qui pouvait les réconforter après la première annonce de la Passion. Mais lors de la seconde annonce, tout comme les autres disciples, ils ne comprennent pas la parole de Jésus et ils craignaient de l’interroger. Ils auront à faire face à la Passion, quand Jésus les prendra pour être témoins de son agonie.

Plus tard, Jacques sera le premier apôtre à subir le martyre à Jérusalem en l’an 44. Mais pour le moment, il lui reste à comprendre que Jésus n’est pas venu pour condamner mais pour sauver et que le salut passe par la croix.

Jean Gobeil SJ 

 

2021/09/27 – Lc 9, 46-50

Jésus vient de faire la seconde annonce de la Passion: “Mettez-vous bien en tête ce que je vous dis là: le Fils de l’homme va être livré aux mains des hommes.” Et Luc ajoute que les disciples ne comprenaient pas ce qu’il disait et qu’ils avaient peur de l’interroger. Ils discutaient ensuite entre eux pour savoir qui était le plus grand parmi eux. Jésus met un enfant à côté de lui et leur déclare: “Celui d’entre vous qui est le plus petit, c’est celui-là qui est le plus grand. Celui qui accueille en mon nom cet enfant, c’est moi qu’il accueille. Et celui qui m’accueille accueille aussi celui qui m’a envoyé.” A l’annonce que quelqu’un chasse des démons en son nom il déclare: “Ne l’empêchez pas; celui qui n’est pas contre vous est pour vous.”

Les disciples ont peur d’interroger Jésus parce qu’ils ont peur de voir leur rêve s’effondrer. Ils voient Jésus comme le Messie, l’homme choisi et envoyé par Dieu avec la force de l’Esprit; un Messie puissant et triomphant de tous les ennemis. Mais la puissance de Jésus n’est pas une puissance extérieure fracassante; c’est la puissance de l’amour et non la puissance de la domination. C’est une puissance qui peut accepter le chemin de l’humilité.

Les disciples préfèrent revenir à leur rêve du Messie. S’ils se trompent sur la personne de Jésus ils ne peuvent pas avoir une idée juste d’un disciple. C‘est un deuxième rêve: le disciple le plus méritant aura sans doute une place d’honneur et d’autorité aux côtés d’un Messie qui aura fracassé tous ses ennemis. Il y a évidemment un problème de compétition: qui parmi les Douze est le plus grand. C’est ce qui les préoccupe.

Jésus en prenant un enfant essaie de les réveiller. L’enfant est tout petit dans tous les sens. Dans la société de l’époque, l’enfant n’a aucun pouvoir ni aucun droit. Il est socialement sans importance. C’est un petit. Il est l’image de ceux qu’on appelle les pauvres: ceux qui n’ont aucun pouvoir et n’ont aucune importance dans la société. Pourtant Jésus avait déjà dit : “Heureux les pauvres de coeur: le Royaume des cieux est à eux!” Cette béatitude est spéciale: le verbe est au présent. Ce n’est pas dans le futur qu’ils auront le Royaume: c’est maintenant. Ce sont ceux qui savent qu’ils n’ont personnellement rien sur quoi s’appuyer et qui ne comptent que sur Dieu et Dieu est proche d’eux: il est même solidaire d’eux : “Celui qui accueille un de ceux-là m’accueille,” déclare Jésus. Ce sont eux les plus grands et un disciple doit être comme eux.

Les disciples ont encore beaucoup de chemin à faire. Jean est encore préoccupé par la compétition: quelqu’un qui ne fait pas partie du groupe ose chasser des démons au nom de Jésus! Aux deux frères, Jacques et Jean, Jésus avait donné le nom de “fils du tonnerre” (Marc 3,17). Et dans Luc, juste après notre texte, un village samaritain refuse de recevoir Jésus et ses disciples. Jean demande à Jésus : “Seigneur, veux tu que nous ordonnions au feu de descendre du ciel et de les consumer?” Ce n’est qu’après la Passion, quand ils auront reçu l’Esprit Saint, qu’ils comprendront qu’un disciple doit servir et qu’en accueillant les autres il accueille le Seigneur.

Jean Gobeil SJ