2021/04/10 – Mc 16, 9-15

L’Évangile de Marc se termine d’une manière étrange. La conclusion de cet évangile s’inspire des trois autres, mais la rédaction particulière de ce passage provient d’un auteur inconnu. Celui-ci n’avait pas pour but de présenter des récits circonstanciés des apparitions du Ressuscité, mais de rappeler une série de scènes que ses lecteurs connaissaient déjà. Il voulait leur fournir un aide-mémoire des apparitions du Seigneur ressuscité, que les chrétiens pourraient utiliser dans leur annonce de l’Évangile.

Comme ce résumé des apparitions du Ressuscité emprunte aux trois autres évangiles, il est certainement postérieur à ceux-ci. Le plus récent étant celui de Jean, vers l’an 95, l’auteur de cet ensemble l’a rédigé autour de l’an 100, probablement à Rome, lieu de la rédaction de l’Évangile de Marc.

Une finale décevante ?

Suivant l’exemple de Marc, les trois autres évangiles introduisent le chapitre sur la Résurrection par la visite des femmes au sépulcre de Jésus. Chez Matthieu et chez Luc, elles s’acquittent de la mission céleste qu’elles reçoivent d’aller annoncer aux disciples que leur Seigneur est ressuscité. Chez Marc, elles ne remplissent pas l’ordre reçu, mais « elles s’enfuient loin du tombeau, car elles sont toutes tremblantes de crainte. Elles ne disent rien à personne, parce qu’elles ont peur. » (16,8)

Cette conclusion de l’évangile a paru abrupte et énigmatique. Comme on ne comprenait pas que cette Bonne Nouvelle puisse se terminer sur cette scène des femmes en fuite, on a cru opportun de la compléter en lui ajoutant un condensé des apparitions du Ressuscité, qui circulait depuis quelques années, indépendamment du deuxième évangile.

Un aide-mémoire pour les missionnaires !

L’apparition du Ressuscité à Marie Madeleine résume le récit détaillé qu’on lit dans Jean 20,11-18. À ce résumé, on signale la peine de « ceux qui avaient vécu avec lui (Jésus) ; ils s’affligeaient et pleuraient. » Mais on ajoute le triste refrain qu’on entendra à la suite des deux apparitions suivantes : ils refusent de croire le témoignage de Marie que le Christ est vivant.

L’allusion suivante aux deux disciples qui cheminent à « la campagne » condense le long récit de Luc 24,13-35, à propos des disciples qui se rendaient à Emmaüs. Encore ici, on signale le refus des autres de croire, à l’annonce de ces deux disciples.

Enfin ce condensé des apparitions rapporte celle du Ressuscité aux onze disciples, telle que la relatent les deux évangiles de Luc 24,36-42 et de Jean 20,19-23. Avec plus d’insistance, l’auteur souligne encore le refus des disciples de croire, que le Ressuscité lui-même déplore: « Il leur reprocha leur incrédulité et leur endurcissement, parce qu’ils n’avaient pas cru ceux qui l’avaient vu ressuscité. »

Ce refrain pénible sur le refus de croire exprime une préoccupation majeure de l’auteur qui a rédigé ce résumé des apparitions. Comment ne pas s’attrister de l’hésitation de chrétiens qui n’avaient pas la ferme conviction d’afficher leur foi pour remplir leur devoir d’évangélisateurs? Ils se butaient trop souvent au rejet ou à l’indifférence des gens à qui ils annonçaient la Bonne Nouvelle de la Lumière et de la Vie, mais qui préféraient le chemin des ténèbres et de la mort ?

Bienheureux ceux qui croiront sans avoir vu

Ce condensé des apparitions du Ressuscité se termine par la mission universelle confiée à ces témoins qui ont refusé de croire. Le Christ appelle des disciples hésitants et ignorants à le représenter pour une tâche surhumaine. Un petit groupe d’hommes peureux devront affronter l’humanité entière pour inviter tous les humains à s’engager sur l’unique voie du salut. Animés de la vive conviction que leur insufflera le Seigneur, ils transmettront la flamme reçue à tous ceux et celles qui l’accueilleront dans la foi.

Le Ressuscité produira des signes par ses témoins tout au long des siècles. Comme le Créateur associa l’être humain à son œuvre de vie à travers le temps et l’espace, le Seigneur Jésus appelle les siens à répandre sa propre vie, à coopérer à cette nouvelle création du monde. Dieu appelle toujours des médiateurs pour transmettre ses dons. On ne reçoit pas le don de la foi pour le conserver pour soi-même. Tout don reçu qu’on ne partage pas se perd. C’est en le partageant qu’il se développe et s’épanouit. Telle est la loi de l’amour : on ne possède bien que ce que l’on donne.

Jean-Louis D’Aragon SJ

2021/04/09 – Jn 21, 1-14

Après la conclusion de l’Évangile (Jn 20,30s), qui précise le but pour lequel Jean a rédigé son livre, le lecteur pourrait penser que c’est la fin de l’ouvrage. Pourquoi alors un nouveau chapitre ? Que vient-il ajouter à ce qui précède ? Qui en est l’auteur ?

Avec un nouveau récit, les disciples de l’évangéliste ont voulu attester la véracité de cet Évangile, en nommant son auteur (Jn 21,24). C’est le seul évangile qui mentionne le personnage qui l’a écrit. Les chrétiens de la communauté johannique témoignent solennellement que tout ce que leur Maître a rapporté est vrai. Eux-mêmes présentent une nouvelle apparition du Seigneur, en s’inspirant d’un récit transmis oralement par Jean. Ce nouveau récit a pour but de préciser que c’est le Ressuscité glorieux qui confère à ses disciples la dignité de leur mission et la force de l’accomplir.

La mission en l’absence du Ressuscité

Les disciples se retrouvent ici, sans qu’on puisse préciser le moment exact après la résurrection de leur Maître. Il sont sept, un nombre qui symbolisait autrefois la totalité. Ils représentent donc les croyants de cette époque et de tous les temps.

C’est Pierre qui prend l’initiative de pêcher, image de la mission chrétienne, comme le Christ l’a annoncé à son apôtre : « Tu deviendras pêcheur d’hommes. » (Luc 5,10) Les six autres disciples manifestent leur solidarité et leur unité dans cette mission sous la direction de Pierre, lorsqu’ils s’écrient : « Nous y allons avec toi. » La nuit est le moment la plus propice pour la pêche. Mais Pierre et les autres sont seuls, réduits à leurs propres moyens ; aussi leur travail est stérile, ils ne prennent rien.

La présence efficace du Ressuscité

Aucun des disciples ne reconnaît Jésus sur le rivage. Celui-ci leur fait prendre conscience d’abord du résultat décevant de leur travail et de leur pauvreté : « Avez-vous pris du poisson ? » Ils ne peuvent qu’avouer leur pénurie et leur impuissance. Cet inconnu leur donne l’ordre de jeter le filet du côté droit. Ils n’ont aucune garantie relative à cet inconnu. Même s’ils ne savent pas encore que c’est le Seigneur qui leur parle, ils se montrent disponibles et permettent au Seigneur d’intervenir efficacement, grâce à leur obéissance. Dans un autre récit de pêche miraculeuse, l’obéissance de Pierre apparaît aussi comme la condition du miracle. Pierre constate, comme ici, que lui et ses compagnons n’ont rien pris après une nuit de labeur : « Mais, puisque tu me dis de le faire, » dit-il, « je jetterai les filets. » (Luc 5,5)

La parole du Seigneur, suivie de l’obéissance des disciples, produit un résultat qui dépasse toute espérance. Un premier trait de l’abondance des poissons : les disciples « n’arrivaient plus à retirer le filet de l’eau, tant il était plein de poissons. » Un autre trait de cette profusion de poissons, que Pierre pourra apprécier: « Il tire à terre le filet plein de gros poissons : cent cinquante-trois en tout. » En dépit des recherches dans la littérature ancienne, on n’a pas réussi à découvrir une signification symbolique du chiffre cent cinquante-trois. Il faut donc s’en tenir au sens général d’une pêche surabondante.

Par contre, un autre détail est porteur de signification : en dépit du grand nombre des poissons, « le filet ne se déchira pas. » Le nombre et la diversité des poissons n’empêchent pas l’unité de la Communauté chrétienne, symbolisée par cet ensemble de poissons, rassemblés dans le même filet. Dans l’autre récit d’une pêche miraculeuse, « les filets commençaient à se déchirer » (Luc 5,6), en raison de la quantité des poissons, au point que « les deux barques s’enfonçaient dans l’eau. » Dans ce récit de Luc, l’accent porte uniquement sur la quantité de poissons.

Voir le Seigneur dans le signe

Le disciple que Jésus aimait distingue dans le signe de cette pêche la présence du Seigneur. Comme précédemment, ce disciple manifeste un regard de foi plus clairvoyant que celui de Pierre, qui pourtant est le chef du groupe. Au repas d’adieu, c’est ce disciple qui, à la demande de Pierre, interroge Jésus sur l’identité du traître. (Jn 13,24-26) Lorsque Jésus comparaît devant le grand prêtre, ce même disciple introduit Pierre dans la cour du palais. (Jn 18,15s). Après la fuite de tous les disciples et le triple reniement de Pierre, le disciple bien-aimé demeure fidèle jusqu’au pied de la croix, où Jésus lui donne en héritage sa propre mère. (Jn 19,26s) Enfin, le matin de Pâques, ces deux disciples courent au tombeau de Jésus, après avoir été alertés par Marie Madeleine, mais c’est le disciple bien-aimé qui arrive le premier. Il montre ainsi un attachement et un amour supérieur à celui de Pierre pour son Maître. (Jn 20,4). Surtout il voit le signe du tombeau vide, où tout est en ordre, et « il croit », alors qu’on ne dit rien sur la foi de Pierre. Cette courte assertion, « Il vit et il crut » décrit l’attitude fondamentale de tout chrétien, qui entend la parole de Dieu, parlant régulièrement par des signes, qu’il faut comprendre.

Le Seigneur nourrit ses disciples

Une fois revenus à terre, les disciples trouvent un feu, avec du pain et du poisson ; tout est prêt pour le repas. Le Ressuscité lui-même nourrit les siens pour la mission qu’ils auront à accomplir. Il est vrai que le Seigneur demande qu’on apporte quelques poissons parmi l’immense quantité qui a été ramenée à terre. L’insistance porte sur le nombre des poissons, mais on ne dit pas que quelques-uns ont servi au repas. Sans être l’eucharistie proprement dite, ce repas offert par le Seigneur a la coloration d’une eucharistie.

Conclusion

Les sept disciples représentent les chrétiens de tous les siècles. L’enseignement du Ressuscité dans les signes de la pêche miraculeuse et du repas qu’il offre s’adresse à nous tous. Notre disponibilité à correspondre à la parole du Seigneur apparaît comme la condition de notre épanouissement spirituel et de notre succès apostolique. La nourriture qu’il nous donne renouvellera sans cesse nos forces pour accomplir son œuvre.

Jean-Louis D’Aragon SJ 

2021/04/08 – Lc 24, 35-48

Les disciples d’Emmaüs sont revenus à Jérusalem et racontent aux Onze ce qu’ils ont vécu. Soudain, Jésus est au milieu d’eux.

Hier, nous avons entendu les Onze dirent aux disciples qui revenaient d’Emmaüs: “C’est vrai, le Seigneur est ressuscité, il est apparu à Pierre.” C’est la première proclamation par les Onze.

Avant cela, il y avait les femmes qui avaient eu la vision de deux anges éblouissants qui leur avaient demandé: “Pourquoi cherchez-vous le Vivant parmi les morts?”

Elles avaient rapporté cela aux Onze. “Et les autres femmes qui étaient avec elles (les 3) le “disaient” aux apôtres (= “répétaient”) mais ces propos leur semblèrent du radotage et ils ne les crurent pas.” (24,10-11)

Parmi eux, il y avait les deux disciples qui allaient partir pour Emmaüs. Quand Pierre a sa vision, alors les autres acceptent qu’il ait bien vu le Christ.

On est bien avant la Pentecôte et les apôtres ont beaucoup de chemin à faire. D’ailleurs, juste avant l’Ascension (Ac.1,8), il y en a qui demandent encore: “Seigneur, est-ce maintenant le temps où tu vas restaurer la royauté en Israël?” Ils sont encore avec l’idée d’un Messie politique: ils pensent encore à faire des référendums!

La vision de Pierre, dont on a aucune description, est certainement une très vieille tradition puisque Paul, dans sa liste des visions du Christ ressuscité (1 Cor.15), lui donne la première place. C’est cette vision qui convainc le reste du groupe des Onze et ainsi Pierre remplit le rôle que Jésus lui avait promis “d’affermir ses frères” (22,32).

C’est important de remarquer que dans cette première proclamation, “le Seigneur est ressuscité”, il y a les Onze et leurs compagnons qu’on retrouve encore au début du texte d’aujourd’hui. Ils vont eux aussi être témoins de la vision du Christ ressuscité. Cet élargissement des participants de l’expérience pascale intéresse Luc parce que c’est une anticipation de ce qui arrivera dans le livre des Actes où on voit des missionnaires qui témoignent ou proclament le Christ ressuscité et qui n’appartiennent pas au groupe des Douze, comme Barnabé, comme les diacres hellénistes. Ils auront un rôle important dans l’expansion de l’Église hors de Jérusalem.

Les disciples d’Emmaüs racontent leur expérience et tout à coup Jésus est au milieu d’eux. “La paix soit avec vous.” C’est une parole pour calmer leur peur. Un bon nombre de manuscrits ont comme parole de Jésus: C’est moi, ne craignez pas: la paix soit avec vous. Ceci nous indique le sens du mot paix ici, car ailleurs paix comme équivalent de shalom veut dire beaucoup plus que cela.

Jésus commence par les rassurer: et ils en ont besoin. Mais le Christ doit aussi leur faire accepter que cette vision est réelle et que celui qu’il voit est bien la même personne que celui avec qui ils ont vécu. Pour cela il est obligé de leur faire une démonstration.

Une fois cette démonstration faite, il fait pour le groupe ce qu’il avait fait pour les disciples d’Emmaüs: “Il leur ouvrit l’esprit à l’intelligence des Écritures.”

Jésus leur dit, en conclusion: L’Écriture annonçait la conversion de toutes les nations en commençant par Jérusalem. C’est vous qui en êtes les témoins.

C’est la mission de témoigner. Le livre des Actes des apôtres fera la description du cheminement de cette proclamation comme une montée de Jérusalem jusqu’à Rome. Avec la parole arrivant à Rome qui est le centre de l’empire, la mission est virtuellement réalisée. Et cette mission est maintenant nôtre.

Avec la célébration de la résurrection du Seigneur nous pouvons écouter la parole de Pierre dans l’antienne de la communion: Nous sommes le peuple qui appartient à Dieu; nous sommes chargés d’annoncer les merveilles de celui qui nous a appelés des ténèbres à son admirable lumière, alléluia.

Jean Gobeil SJ 

2021/04/07 – Lc 24, 13-35

Les disciples d’Emmaüs: deux disciples sont en chemin. Ce chemin va être pour eux un cheminement spirituel qui est un modèle de la pédagogie divine et qui peut être vu aussi comme un exemple du cheminement qui se fait dans le discernement spirituel.

Les deux disciples sont en chemin. Ils sont partis de Jérusalem et vont vers un endroit qui est obscur: Emmaüs. Des manuscrits disent que c’était à 60 stades de Jérusalem (d’où le “deux heures de marche”); d’autres disent 160 stades (19 miles).
Aujourd’hui on est incapable d’identifier l’endroit. Ce qui correspond bien à la situation historique des deux disciples. C’est très dangereux d’être associé à quelqu’un qui a été exécuté par Pilate. Jésus est mort et ce qu’il représentait est mort avec lui. Le plus prudent est de se faire oublier et d’aller se perdre dans le paysage. C’est ce que font ces deux disciples en s’éloignant de Jérusalem.

Mais en route, c’est de lui qu’il parle. “Ils parlaient et discutaient.” Et ils avaient l’air sombre: c’est la remarque que Jésus va leur faire. Pour eux tout ce qu’ils espéraient, le libérateur d’Israël, la libération, tout s’est effondré.

Jésus s’approche, il les rejoint, et marche avec eux.
“Mais leurs yeux étaient empêchés de le reconnaître.”
Empêchés par quoi?
Jésus ressuscité n’est pas simplement revenu à la vie qu’il avait avant la Passion comme l’a fait Lazare ou la petite fille de Jaïre. Il est dans la vie nouvelle. On ne peut le reconnaître qu’après avoir été introduit dans le mystère de sa mort et de sa résurrection et c’est ce que Jésus va faire avec les Écritures.

Jésus demande: « Quels sont donc ces propos que vous échangez en marchant? »

La question de Jésus semble comporter une image qui ferait une référence à la façon rabbinique de discuter. On a essayé la traduction suivante:
“Quelles sont ces paroles que, l’un avec l’autre, vous jetez pêle-mêle en marchant?”
Ils discutaient sans arriver à une conclusion. Dans tous ces événements concernant Jésus il n’y a rien à comprendre.

“Alors ils s’arrêtèrent, l’air sombre.”
Tout discernement suppose qu’on s’arrête; et on ne s’arrête pas seul: il faut quelqu’un qui serve de miroir.

Ce qui suit dans la réponse de Cléophas est une description objective, comme un résumé de journal. Il y a seulement l’exception, à la fin: la réaction émotive de celui qui parle:
“Et nous nous espérions que ce serait lui qui allait délivrer Israël.”
C’est donc la vision extérieure des événements: ce sont des paroles humaines.

C’est la première étape du discernement: les éléments objectifs qu’on peut trouver mais aussi les réactions subjectives, les frustrations, les blessures. En somme un ensemble de pièces détachées comme les pièces d’un puzzle où on voudrait bien trouver une façon d’unifier cela, pour saisir un sens ou une direction. Les deux disciples en sont incapables même s’ils continuent à chercher.

Après les paroles humaines, l’étape qui va suivre est celle de l’écoute. Jésus va leur faire écouter les paroles de la Bible à son sujet. Et peu à peu leur coeur va se réchauffer car ces paroles ne sont pas simplement des informations: elles parlent au coeur. Il ne faut pas simplement les entendre, il faut rester avec elles. C’est pour cela, par exemple, que la répétition des chants qui sont imprégnés de la Bible ne sont pas des répétitions mais une écoute prolongée qui pénètre et fait découvrir. Ce réchauffement s’est fait peu à peu; c’est seulement après qu’ils s’en rendent compte. C’est un cheminement.

A la lumière des Écritures ils pourront le reconnaître par le geste qu’il va faire. Mais le geste de la fraction du pain est une réponse à ce qu’ils viennent de demander:
“Reste avec nous car le soir vient et la journée est déjà avancée.”
C’est la fraction du pain qui est la réponse finale à cette demande. Jésus n’a plus besoin d’être visible: il est là.

Le dénouement du discernement des deux disciples est qu’ils reprennent le chemin, mais dans la direction opposée, pour aller retrouver la communauté de Jérusalem et faire leur témoignage.

Jean Gobeil SJ 

2021/04/06 – Jn 20, 11-18

Marie Madeleine est allée au tombeau, tôt le dimanche matin. Elle a découvert le tombeau ouvert et le corps de Jésus disparu. Après être allée avertir les disciples, elle est retournée au tombeau où elle pleure. Elle voit à l’intérieur du tombeau deux anges qui lui demandent pourquoi elle pleure. Elle répond: On a enlevé mon Seigneur et mon Maître. Dans le jardin, Jésus qu’elle ne reconnaît pas lui pose la même question. Elle lui dit: Si c’est toi qui l’as pris, dis-moi où tu l’as mis et j’irai le chercher. Jésus l’appelle par son nom et alors elle le reconnaît et lui dit en araméen: Rabbouni, Maître, un titre plus solennel que Rabbi. C’est sa profession de foi: elle a retrouvé son Maître. Elle reçoit du Christ la mission d’aller annoncer aux disciples, qui sont maintenant ses frères, l’Ascension qui vient, le retour au Père.

Marie de Magdala a une place importante dans les évangiles. Elle apparaît pour la première fois avec un groupe de femmes qui avaient été guéries de possessions ou de maladies et qui suivaient Jésus. On précise pour Madeleine qu’elle avait été libérée de sept démons ce qui peut signifier une maladie importante. Ces femmes suivaient Jésus et les Douze et les assistaient de leurs biens. (Luc 8,1-3). Des femmes qui suivaient un rabbin et ses disciples, ce n’était pas une chose régulière et elles ont dû accepter d’être marginalisées par rapport à leur milieu; comme les disciples, elles avaient accepté de quitter ou au moins de prendre une certaine distance vis-à-vis de leur milieu de vie.

Elles accompagneront Jésus pendant son ministère en Galilée et le suivront en Judée: elles seront présentes au Calvaire où elles sont mentionnées par les quatre évangélistes. A cette occasion, Marc, Matthieu et Jean mentionnent explicitement Madeleine. Ces femmes suivirent Joseph d’Arimatie qui allait déposer le corps de Jésus au sépulcre. Ensuite, elles allèrent préparer les aromates et les parfums pour compléter l’ensevelissement mais durent attendre vu que le sabbat commençait.

Après le sabbat, le dimanche matin, Madeleine retourne au tombeau et découvre qu’il est ouvert et vide. Elle va avertir les disciples et revient encore au tombeau. C’est là qu’elle pleure et qu’elle pense que le corps de Jésus a été enlevé. Elle est prête à aller le chercher. Elle est certainement pour l’évangile de Jean un modèle de disciple. Elle a une foi qui ne s’arrête pas avec la mort et c’est une foi aimante. C’est son amour qui lui fait reconnaître le Christ quand il prononce son nom et lui répond: Rabbouni. Elle a dû répéter bien souvent ce titre pour que l’évangéliste ait conservé ce mot araméen que ses auditeurs ne comprenaient pas. C’est le titre qui contient toute la foi, la fidélité et l’amour d’un vrai disciple.

En plus d’être la première à voir le Christ ressuscité elle est la première à recevoir une mission, le rôle d’un disciple.

Le texte du Cantique des cantiques qui précédait l’évangile, « J’ai trouvé celui que mon cœur aime, je l’ai saisi et ne le lâcherai point » (Ct 3,4a) illustre bien la profondeur de cette rencontre de Madeleine avec le Christ ressuscité:
Celle qui a perdu celui que son coeur aimait se met activement à sa recherche. Quand finalement elle l’a trouvé, elle l’a saisi et ne le lâchera pas.

Jean Gobeil SJ

2021/04/05 – Mt 28, 8-15

Aucun texte d’évangile ne serait plus approprié que celui-ci pour un lundi de Pâques. Mais le passage qu’on nous propose commence de façon bizarre. Il n’est compréhensible qu’en tenant compte des 8 versets qui le précèdent. Les saintes femmes (Marie de Magdala et l’autre Marie) vont rendre visite au sépulcre sans savoir qu’elles ont un rendez-vous avec l’impensable. Elles voulaient seulement, comme on le ferait aujourd’hui, se recueillir sur la tombe de leur bien-aimé. Mais voilà qu’arrivées à destination, elles assistent à une théophanie : un violent tremblement de terre, l’Ange du Seigneur qui descend du ciel, les gardes du tombeau qui sombrent dans le coma, et la bouleversante annonce : « Soyez sans crainte. Je sais que vous cherchez Jésus, le crucifié. Il n’est pas ici car il est ressuscité comme il l’avait dit. »

Remplies de joie, les deux Marie courent porter la nouvelle aux disciples, et, chemin faisant, elles rencontrent Jésus qui les rassure par les mêmes paroles que l’Ange quelques instants auparavant : « Soyez sans crainte… » Puis, il leur révèle le lieu où il se manifestera à tous les siens : « allez dire à mes frères qu’ils se rendent en Galilée : c’est là qu’ils me verront. » Le reste du passage raconte comment, revenus de leur étourdissement, les gardes du tombeau se précipitent chez leurs patrons pour tout rapporter, et comment ces derniers organisent la diffusion d’une rumeur donnant une explication plausible à la disparition du corps de Jésus : ses disciples l’auraient volé pendant que les gardes dormaient.

Deux éléments attirent mon attention dans cet évangile. D’abord, le fait que les premiers témoins de la résurrection soient des femmes. La variante johannique de cet épisode met en scène une seule femme : Marie de Magdala. C’est elle qui découvre le tombeau vide, et c’est à elle que Jésus apparaît en tout premier lieu. Mais pourquoi n’est-ce pas Pierre ou Jean ou Jacques qui obtient ce privilège? Il me semble qu’il ne s’agit pas d’un simple accident. Je ne crois pas qu’il faille chercher dans ce fait des significations théologiques d’une profondeur abyssale. Mais c’est révélateur que les évangélistes ne s’en étonnent pas. Je risque cette explication : la résurrection est comme une seconde naissance. Rien de surprenant donc que la femme ait un rôle privilégié dans la venue ou le retour au monde. Remarquons d’ailleurs que même si, dans l’évangile d’aujourd’hui, il est question de deux femmes, elles portent le même nom : Marie, la nouvelle Ève. Cela me rappelle un vers de Claudel à propos de la Vierge au pied de la croix quand elle accueille dans ses bras la dépouille de son fils : « Elle l’a reçu donné, elle le reçoit consommé. » On pourrait ajouter : elle le recevra ressuscité ou né deux fois!

La seconde surprise (et c’est le cas dans les quatre évangiles) est qu’il n’y a aucune description de la résurrection. On ne voit pas Jésus sortir du tombeau, rouler la pierre, faire quelques exercices de réchauffement des muscles avant de reprendre son itinérance sur les chemins d’Israël, comme si sa mort n’avait jamais eu lieu. De nouveau, je crois que ce n’est pas un hasard. Nous n’avons pas, dans ce texte de détails matériels à propos d’un corps qui surgit triomphalement du tombeau et qu’on pourrait filmer afin de brandir l’événement visuellement capturé comme preuve technique de la résurrection. Cela signifie qu’on fait justement fausse route en concevant la résurrection de façon matérialiste. Les récits insistent sur « la présence » de Jésus aux siens au-delà de la mort. Il n’y aura jamais de « découverte » matérielle pour confirmer ou infirmer la résurrection. Par contre, il y a eu, et il y aura toujours des personnes, comme Marie de Magdala, Paul de Tarse, Charles de Foucault, Teresa de Calcutta, pour témoigner de la rencontre qui aura transformé leurs vies de fond en comble. La résurrection n’aura pas de preuves plus convaincantes que ces personnes vouées à l’imitation de celui qu’elles savent « vivant » pour toujours.

Melchior M’Bonimpa