2021/07/24 – Mt 13, 24-30 .

Jésus propose à la foule la parabole de l’ivraie. Un homme a semé du blé dans son champ. Un ennemi, en cachette, sème à son tour de la mauvaise herbe (ivraïe). Quand le blé se met à pousser la mauvaise herbe apparaît. Les serviteurs voudraient aller l’arracher mais le maître ne veut pas pour ne pas endommager le bon grain. C’est au temps de la moisson que ce sera le moment de faire le triage et de jeter au feu la mauvaise herbe.

Cette parabole, comme la précédente, a été adressée à la foule. Mais pour Matthieu, ces deux paraboles viennent répondre à des questions de sa communauté, des questions qui continueront à être actuelles durant le temps de l’Église.

Les chrétiens sont persécutés: le temps des martyrs commence. Déjà du temps de Paul, comme lui-même en a été un exemple avant sa conversion, non seulement les Juifs rejetaient les chrétiens mais encore ils les poursuivaient. On essayait de les livrer à la loi romaine. Après la chute de Jérusalem, avec la disparition du temple, de la liturgie et des prêtres sadducéens, la recherche d’une identité
pour les Juifs se concentra sur la fidélité à la Loi telle qu’enseignée par les rabbins qui devinrent les successeurs des Pharisiens. L’opposition au christianisme devint plus violente. Peu à peu, l’état romain devint impliqué dans la poursuite des chrétiens et leur destruction. Pour les auteurs romains, quand le mot chrétien est employé, il est suivi de qualificatif comme la pire secte de l’univers. L’historien Tacite accuse Néron d’avoir pris comme boucs émissaires les chrétiens qui, pour lui, appartiennent à une détestable superstition et dont les abominations suscitent la haine de tous.

C’est tout le problème et le scandale de la présence du mal, de la haine et de l’oppression. On ne manque pas d’exemples pour montrer que c’est toujours un problème autour de nous.

La tentation est donc toujours présente de réagir comme Jacques et Jean devant le refus d’un village samaritain de les recevoir parce qu’ils se dirigeaient vers Jérusalem : Seigneur, veux tu que nous ordonnions au feu de descendre du ciel et de les consumer? (Luc,9,54) Luc ajoute que Jésus les réprimanda. Il a déclaré en une autre occasion que le Fils de l’homme n’était pas venu pour condamner mais pour sauver (Jean 3,17). Ce qui compte pour lui, c’est le monde qui peut être sauvé. Mais pour que le choix du salut soit vraiment libre il faut que ceux qui le refusent continuent à être présents.

Mais la présence du mal, sous n’importe quelle forme, peut être pour le juste une occasion de purification de la foi et de croissance dans la fidélité. Au prophète Habaquq qui proteste devant la prospérité des oppresseurs babyloniens Dieu ne blâme pas le prophète mais lui répond : Le juste vivra par sa fidélité. (Hab.2,4)

Et l’épître de Pierre rappelle aux chrétiens qui sont dans l’épreuve : Les épreuves du temps présent sont des occasions de purification de la foi. (1 Pi.1, 7)

Jean Gobeil SJ 

 

 

 

 

 

2021/07/24 – Mc 3, 31-35

Jésus est dans une maison où il y a beaucoup de monde. Sa mère et ses frères arrivent mais ils doivent rester dehors à cause de tous les gens assis autour de lui. Ils le font donc demander. On dit à Jésus: Ta mère et tes frères te cherchent. Jésus pose la question: Qui est ma mère? Qui sont mes frères? Il regarde autour de lui et dit: Voici ma mère et mes frères. Celui qui fait la volonté de Dieu, celui-là est mon frère, ma sœur, ma mère.

Cette façon vague de Marc de parler de la famille de Jésus sans nommer personne peut représenter la parenté de Jésus en général. Il en a été question un peu plus tôt. Juste avant l’épisode précédent des scribes qui attribuaient les pouvoirs de Jésus à Satan et qui étaient ainsi en opposition à la mission de Jésus, les siens avaient été mentionnés comme étant eux aussi en opposition à cette mission. Ils disaient de Jésus qu’il était-hors-de-lui-même, ce qui peut avoir voulu dire qu’il avait perdu la tête. Après tout, on devait savoir dans la famille que Jean Baptiste avait été arrêté et que ce n’était pas le temps d’attirer l’attention. Ils veulent se-saisir-de lui: c’est le même mot qui est employé pour les soldats qui vont arrêter Jésus au jardin des Oliviers (14,44.46). Il n’y a donc aucun doute que ce groupe, lui aussi, est en opposition à la mission de Jésus.

Ils sont maintenant arrivés à la maison où se trouve Jésus. Ils ne peuvent entrer à cause de tous ceux qui sont déjà là. Marc précise leur position qui est importante: ils sont assis en cercle autour de Jésus. Ce n’est pas la cohue d’une foule. C’est la position de ceux qui sont là pour écouter un rabbin, pour se faire instruire comme des disciples. Ce sera la position de Marie, la soeur de Lazare, qui écoutait la parole de Jésus, assise aux pieds du Seigneur (Luc 10,39) .

On transmet la demande à Jésus: Ta mère et tes frères sont là dehors qui te cherchent.

Jésus pose la question: Qui est ma mère? qui sont mes frères?

Et regardant-autour: Jésus a cette façon spéciale de regarder avant de faire une déclaration importante. Il regarde ceux qui sont assis comme des disciples comme s’il les regardait un par un. Et c’est alors qu’il leur déclare: Voici ma mère et mes frères. Celui qui fait la volonté de Dieu…
Sa vraie famille sont ceux qui écoutent la volonté de Dieu en l’écoutant. Il prend certainement une distance vis-à-vis de la parenté charnelle: cela ressemble même à une rupture avec ceux qui rejettent sa mission. Il rappelle où est la priorité. Ce rappel est important pour les auditeurs de Marc, les chrétiens de Rome, soumis à une persécution: leur appartenance à la communauté chrétienne les oblige parfois à une semblable rupture avec les liens du sang. C’est cette communauté qui est la vraie famille dont les membres s’appellent frères et soeurs.

Jean Gobeil SJ 

2021/07/22 – Jn 20, 1.11-18

Marie Madeleine est allée au tombeau, tôt le dimanche matin. Elle a découvert le tombeau ouvert et le corps de Jésus disparu. Après être allée avertir les disciples, elle est retournée au tombeau où elle pleure. Elle voit à l’intérieur du tombeau deux anges qui lui demandent pourquoi elle pleure. Elle répond: On a enlevé mon Seigneur et mon Maître. Dans le jardin, Jésus qu’elle ne reconnaît pas lui pose la même question. Elle lui dit: Si c’est toi qui l’as pris, dis-moi où tu l’as mis et j’irai le chercher. Jésus l’appelle par son nom et alors elle le reconnaît et lui dit en araméen: Rabbouni, Maître, un titre plus solennel que Rabbi. C’est sa profession de foi: elle a retrouvé son Maître. Elle reçoit du Christ la mission d’aller annoncer aux disciples, qui sont maintenant ses frères, l’Ascension qui vient, le retour au Père.

Marie de Magdala a une place importante dans les évangiles. Elle apparaît pour la première fois avec un groupe de femmes qui avaient été guéries de possessions ou de maladies et qui suivaient Jésus. On précise pour Madeleine qu’elle avait été libérée de sept démons ce qui peut signifier une maladie importante. Ces femmes suivaient Jésus et les Douze et les assistaient de leurs biens. (Luc 8,1-3). Des femmes qui suivaient un rabbin et ses disciples, ce n’était pas une chose régulière et elles ont dû accepter d’être marginalisées par rapport à leur milieu; comme les disciples, elles avaient accepté de quitter ou au moins de prendre une certaine distance vis-à-vis de leur milieu de vie.

Elles accompagneront Jésus pendant son ministère en Galilée et le suivront en Judée: elles seront présentes au Calvaire où elles sont mentionnées par les quatre évangélistes. A cette occasion, Marc, Matthieu et Jean mentionnent explicitement Madeleine. Ces femmes suivirent Joseph d’Arimatie qui allait déposer le corps de Jésus au sépulcre. Ensuite, elles allèrent préparer les aromates et les parfums pour compléter l’ensevelissement mais durent attendre vu que le sabbat commençait.

Après le sabbat, le dimanche matin, Madeleine retourne au tombeau et découvre qu’il est ouvert et vide. Elle va avertir les disciples et revient encore au tombeau. C’est là qu’elle pleure et qu’elle pense que le corps de Jésus a été enlevé. Elle est prête à aller le chercher. Elle est certainement pour l’évangile de Jean un modèle de disciple. Elle a une foi qui ne s’arrête pas avec la mort et c’est une foi aimante. C’est son amour qui lui fait reconnaître le Christ quand il prononce son nom et lui répond: Rabbouni. Elle a dû répéter bien souvent ce titre pour que l’évangéliste ait conservé ce mot araméen que ses auditeurs ne comprenaient pas. C’est le titre qui contient toute la foi, la fidélité et l’amour d’un vrai disciple.

En plus d’être la première à voir le Christ ressuscité elle est la première à recevoir une mission, le rôle d’un disciple.

Le texte du Cantique des cantiques qui précédait l’évangile, « J’ai trouvé celui que mon cœur aime, je l’ai saisi et ne le lâcherai point » (Ct 3,4a) illustre bien la profondeur de cette rencontre de Madeleine avec le Christ ressuscité : Celle qui a perdu celui que son cœur aimait se met activement à sa recherche. Quand finalement elle l’a trouvé, elle l’a saisi et ne le lâchera pas.

Jean Gobeil SJ 

2021/07/21 – Mt 13, 1-9

Jésus est auprès du lac. Une foule se rassemble pour l’écouter ce qui l’oblige à monter dans une barque pour leur parler. Il s’assit: c’est la position du maître qui enseigne. Sa coutume est de parler à la foule en paraboles. Il commence par la parabole du semeur. Les grains qui tombent le long de la route sont mangées par les oiseaux. Ceux qui tombent sur un sol pierreux sont brûles par le soleil parce qu’ils n’ont pas de racines. D’autres tombent dans les ronces et sont étouffés quand ils poussent. Ceux qui sont tombés dans de la bonne terre donnent du fruit à 100, ou 60 ou 30 pour un.

La parabole est un récit en image qui permet de caractériser une situation sans la dire explicitement. Et l’aspect un peu mystérieux est ce qui interpelle délicatement l’auditeur et lui fait se demander où il se situe dans cette situation ou bien à quoi s’applique cette parabole.

Mais pour avoir accès au sens de la parabole, l’auditeur doit se sentir concerné; il doit accepter d’être interpellé sinon elle demeure une énigme. Pour comprendre la parabole, il faut être ouvert et disponible. C’est différent pour les disciples. Ils se sont déjà engagés à la suite de Jésus. Ils peuvent comprendre, dans le sens d’accepter, car la parabole n’est pas simplement un message codé qu’il s’agit de traduire en une connaissance précise comme une pièce d’information. Elle peut toujours être approfondie et continue à nous questionner.

Jésus est le semeur et les grains sont la Parole du Royaume comme il l’expliquera plus tard à ses disciples. Les différentes difficultés représentent les divers types d’auditeurs.

Pour nous aussi, les paraboles sont là pour nous faire pénétrer plus loin dans les mystères du Royaume à condition d’accepter de reconnaître ce qui dans notre sol pourrait nuire à la croissance de cette Parole.

Jean Gobeil SJ

2021/07/20 – Mt 12, 46-50

Jésus parle à la foule lorsque surviennent sa mère et ses frères qui cherchent à lui parler. Quelqu’un avertit Jésus qui déclare en tendant la main (vers la foule) : Voici ma mère et mes frères. Et il explique: Celui qui fait la volonté de mon Père qui est aux cieux, celui-là est pour moi un frère, une soeur, une mère.

Une présentation au Temple, comme celle de Jésus et celle de Marie, est toujours le symbole d’une consécration à Dieu et un modèle pour toute consécration religieuse. La Présentation de Marie au Temple est un épisode qui ne se trouve pas dans les évangiles canoniques. Il provient d’un écrit en grec du 2e siècle, le Protévangile de Jacques. Mais ce n’est pas seulement cette tradition que l’Église célèbre: c’est en même temps le don que Marie, l’Immaculée, n’a cessé de faire d’elle-même à Dieu.

Le texte d’aujourd’hui parle de la mère et des frères de Jésus. Matthieu dit qu’ils cherchaient à le voir. Il omet poliment de dire pourquoi. Marc, lui, dit que les siens sont venus à Capharnaüm pour se saisir de lui car ils disaient: Il a perdu le sens.(Marc,3,21) En somme, le clan de Jésus a des difficultés avec la popularité de Jésus ou bien parce qu’ils ont peur des répercussions ou bien parce qu’ils partagent l’opinion des gens de Nazareth qui n’acceptent pas que Jésus ait une mission véritable.

Comme la foule les empêche de s’approcher, quelqu’un l’informe que sa mère et ses frères cherchent à lui parler et Jésus lui répond avec la question : Qui est ma mère et qui sont mes frères?

C’est une façon de demander quel est le lien le plus important pour lui. Est-ce que c’est le lien du sang ou bien autre chose?

Et la réponse est ce qui nous intéresse spécialement aujourd’hui parce qu’elle va révéler ce qui fait la véritable grandeur de Marie aux yeux de Jésus.

Celui qui fait la volonté de mon Père qui est aux cieux, celui-là est pour moi un frère, une soeur, une mère.

Ainsi, pour Jésus, le lien le plus fort est avec ceux qui font la volonté de Dieu. Le rôle de Marie est assurément très important: elle est la Theotokos, la Mère de Dieu. Pourtant, plus importante que sa maternité, est sa réponse à Dieu : Je suis la servante du Seigneur. (Luc 1,38) La présentation de Marie au temple symbolise cette réponse qui a été celle de toute sa vie.

Jean Gobeil SJ 

2021/07/19 – Mt 12, 38-42

Des scribes et des pharisiens demandent un signe à Jésus. Jésus répond que le seul signe qui sera donné sera celui de Jonas. Comme Jonas est resté trois jours dans le ventre du monstre, ainsi le Fils de l’homme restera trois jours et trois nuits dans le cœur de la terre. Suit une condamnation: les gens de Ninive qui se sont convertis en réponse à la parole de Jonas se lèveront pour condamner cette génération qui a plus que Jonas. De même la reine de Saba qui a fait un long voyage pour entendre les paroles de Salomon condamnera cette génération qui a ici plus que Salomon.

Jésus a eu pitié de la foule parce qu’ils étaient comme des brebis sans pasteur. Ensuite il a invité ceux qui peinaient et ployaient sous le fardeau à venir prendre son joug à lui. Ce qui suit sont des illustrations du ce fardeau que leur imposent des mauvais pasteurs qui s’attachent à l’observance de la lettre de la Loi plutôt qu’à une réponse à Dieu.

Il y a d’abord l’exemple des pharisiens qui accusent les disciples de violer le sabbat en prenant des poignées de blé parce qu’ils ont faim: moissonner est interdit.

Ensuite ils essaient de compromettre Jésus en utilisant les lois sur le sabbat. Ils lui posent la question: Est-il permis de donner des soins le jour du sabbat? C’était défendu sauf si c’était un cas de danger de mort. Jésus leur répond que les gens savent faire des exceptions aux lois officielles et qu’eux-mêmes iraient sortir leur animal d’un trou le jour du sabbat. C’est à la suite de cela que les pharisiens commencent à comploter pour perdre Jésus.

Mais les pharisiens ne savent plus très bien comment attaquer Jésus. Jésus guérit un possédé. Il essaient de répandre la rumeur qu’il réussit cela par le pouvoir de Satan, Béelzéboul. En d’autres mots, c’est un cas de sorcellerie. Jésus montre qu’ils ont perdu toute logique: comment Satan aiderait-il quelqu’un qui attaque son pouvoir?

Et on arrive au signe de Jonas. Au lieu d’attaquer, ils demandent à Jésus de leur faire voir une preuve. Ils sont bien polis: ils l’appellent Maître (non pas dans le sens de Seigneur mais dans le sens de Maître qui enseigne). La croyance populaire était que le Messie ferait des signes dans le ciel, des prodiges. C’est ce qu’ils demandent à Jésus: un prodige spectaculaire qui leur éviterait l’obligation de croire.

Mais les signes que Jésus fait ne sont pas des prodiges, ni des preuves. Ils interpellent et demandent de la foi pour y répondre. Le signe par excellence est sa parole et sa personne-même. Le signe pour les gens de Ninive à qui Jonas annonçait la punition pour leurs fautes a été simplement la parole de Jonas. C’est à cause de cette parole qu’ils ont fait pénitence et ont été sauvés. De même la reine de Saba n’avait vu aucun prodige. Mais elle avait entendu parler de la sagesse de Salomon. Son désir de sagesse a été le signe qui lui a fait entreprendre un long voyage pour aller entendre Salomon. Or, déclare Jésus, il y a ici plus que la parole de Jonas et plus que la personne de Salomon. Ils n’auront pas d’autre signe que celui-là.

Jean Gobeil SJ