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(Français) 2020/12/08 – Luc 1, 26-38

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2020/12/08 – Luc 1, 26-38

Luther aurait dit de l’évangile de Jean qu’il est « le plus tendre des évangiles. » Il aurait ajouté : « Je donnerais pour lui tous les autres et la plus grande partie du Nouveau Testament par surcroît. »Un autre théologien allemand tordit le cou à cette affirmation par une réplique laconique et cinglante : « Moi je ne donnerais rien! » Sans entrer dans cette querelle, on pourrait dire que la déclaration de Luther aurait été un peu moins surprenante si elle avait été faite à propos de Luc plutôt que Jean. Luc, le « scribe de la mansuétude » selon une expression de Dante, est le seul à nous livrer des récit d’une tendresse qui ne cherche pas à se dissimuler, comme celui de « l’annonciation » que nous fêtons aujourd’hui.

« Réjouis-toi, pleine de grâce, le Seigneur est avec toi. » Ces mots, Luc est le seul des évangélistes à les avoir entendus. Trois évangélistes connaissent le Père et le Fils, mais Luc est le seul à savoir ce que signifie « la Mère de Dieu ». C’est à elle qu’est annoncée la naissance du Fils du Très Haut. C’est à elle que revient la responsabilité de « nommer » l’enfant à venir. Matthieu, qui connaît bien la loi juive, a donné cette responsabilité à Joseph. Chez Luc, l’annonciation ne se produit pas dans un songe, mais dans le cadre d’une vision, d’une « apparition » en plein jour. Curieusement, dans l’histoire du christianisme, on a fait de l’apparition, le mode le plus spectaculaire de la communication entre la Vierge Marie et les humains. Bien des chrétiens ont affirmé que la Vierge Marie leur est apparue : à Lourdes, à Fatima, et en bien d’autres endroits.

L’annonciateur porte un nom : l’ange Gabriel. Et cet envoyé de Dieu n’a rien d’effrayant : il jase avec Marie sur un ton très familier et il fait tout pour la rassurer quand il constate qu’elle est « troublée » : « Sois sans crainte, Marie… » La jeune fille se détend effectivement, et ne se laisse pas déstabiliser par l’énormité de ce que l’ange lui apprend : qu’elle donnera naissance à un fils, qui sera « grand » et qui régnera sur le trône de David, sans fin… Marie risque une question : « Comment cela se fera-t-il, puisque je suis vierge? »

Quelques versets avant, dans le même chapitre, la même situation se produit quand l’ange annonce à Zacharie la naissance de Jean-Baptiste. Zacharie réagit à peu près comme Marie, car l’annonce porte là aussi sur une naissance miraculeuse. Zacharie fait remarquer qu’il est vieux et que sa femme est avancée en âge. L’ange se fâche et rend Zacharie muet jusqu’à la naissance de l’enfant promis. C’est plutôt sévère si l’on sait que c’est déjà difficile de garder le silence pendant deux heures quand on a la bouche gelée après une visite chez le dentiste.

Mais Gabriel n’impose aucune punition à Marie. Au contraire, il répond avec révérence à la question que la jeune fille lui pose. Les commentateurs expliquent ce double standard en affirmant que la question de Zacharie révélait un manque de foi. Ils disent que dans les mêmes circonstances, Abraham, le Père de la foi, n’avait pas douté que la vieille Sara pourrait concevoir et lui donner un fils. Quant à la question de Marie, on dit qu’elle était inspirée, non pas par l’incrédulité, mais plutôt par la foi qui cherche à comprendre.

Ces arguties théologiques n’éclairent pas tout le mystère du comportement de l’ange Gabriel dans ces deux situations. Une explication beaucoup plus simple, plus logique et plus crédible pourrait être celle-ci : Luc donne à l’ange Gabriel préséance sur Zacharie, mais pas sur Marie. Il y a bel et bien une hiérarchie. Gabriel peut rabrouer Zacharie qui est son inférieur, mais il ne peut que répondre respectueusement à la « Mère de Dieu ». La même hiérarchie est également remarquable quant au rang des deux enfants à naître : aucun doute que Jésus est supérieur à Jean-Baptiste. C’est pourquoi, la dernière déclaration de Marie dans ce passage, « Voici la servante du Seigneur » n’est pas à prendre comme une profession d’humilité. C’est plutôt un cri d’allégresse et d’action de grâce, exactement comme dans le Magnificat qui suivra plus loin. Car, être servante du Seigneur, c’est un titre de gloire.

Melchior M’Bonimpa

(Français) 2020/12/07 – Luc 5, 17-26

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2020/12/07 – Luc 5, 17-26

Il n’y a rien de plus misérable pour un conférencier que de se retrouver devant une salle presque vide ou encore, face à une assistance médiocre qui ne réagit pas à ses propos ou pose des questions hors-sujet. Ce n’est pas le cas dans l’évangile que nous sommes invités à méditer aujourd’hui. Jésus fait salle comble et attire un auditoire de qualité. Nous ne sommes pas en présence d’un obscur conférencier ou d’un petit bricoleur, mais d’un maître précédé par sa renommée.

Je n’ai pas résisté à la tentation de comparer ce texte aux récits parallèles chez Matthieu et Marc. Matthieu abrège l’histoire et n’en retient que l’essentiel. C’est donc plus intéressant de comparer les versions de Marc et de Luc. Elles sont plus élaborées et à peu près équivalentes en termes de longueur et de contenu. Pourtant, celle de Luc a quelque chose de spécial dans sa manière de gonfler l’assistance. C’est vrai que Marc insiste aussi sur l’importance du nombre de ceux qui se sont rassemblés pour entendre Jésus annoncer la parole. Mais chez Marc, la foule provient d’un attroupement spontané : « …on apprit qu’il était dans la maison. Et tant de monde s’y rassembla qu’il n’y avait plus de place, pas même devant la porte. »

Chez Luc, la foule n’est pas constituée uniquement des voisins curieux ou des habitants de l’entourage immédiat de « la maison ». Dans l’assistance, il y a « des pharisiens et des docteurs de la loi venus de tous les villages de Galilée et de Judée ainsi que de Jérusalem ». Le nombre des témoins n’est donc pas le seul élément qui souligne l’importance de l’événement. Il y a aussi le fait qu’on trouve parmi ces témoins des représentants de l’élite d’Israël, venus des quatre coins du pays. Luc sous-entend donc que Jésus n’est pas un simple charlatan qui impressionnerait uniquement un public d’ignorants ou d’insignifiants. Il en impose même aux savants venus exprès pour tenter de le confondre, bien que dans cet évangile, les pharisiens et docteurs de la loi n’expriment pas ouvertement leurs objections.

Et justement, que dire du fond de l’histoire elle-même? Des gens portant un paralysé sur une civière ne parviennent pas à l’amener jusqu’à Jésus à cause de la foule. Ils décident alors de le faire passer par le toit en enlevant des tuiles. « Voyant leur foi, il dit, tes péchés te sont pardonnés. » Le paralysé et ses courageux porteurs ont dû être sidérés et déçus par cette déclaration qui ne semble avoir aucun rapport avec le but visé par leur démarche. Quant aux pharisiens présents, même s’ils ne disent rien, ils sont scandalisés par ces propos qui semblent nettement blasphématoires.

On a l’impression que Jésus se plaît à créer le malaise en imposant une mise en attente du paralysé et en se montrant provoquant et prétentieux pour irriter les docteurs de la loi. À vrai dire, ce qui caractérise l’attitude de Jésus ici, c’est son humilité. Cela peut passer inaperçu, mais Luc insiste sur le fait que Jésus n’est qu’un lieutenant, un intermédiaire ou un instrument : « …et la puissance du Seigneur était à l’œuvre pour lui faire opérer des guérisons. » Le pouvoir de pardonner les péchés et le pouvoir de guérir sont liés en amont : Jésus les tient de son Père, et il veut que tout le monde le sache. Le dénouement montre qu’il réussit son coup. Quand, sur l’ordre de Jésus, le paralysé se lève, prend sa civière et s’en va chez lui, tous, y compris les pharisiens, « rendent gloire à Dieu ».

Melchior Mbonimpa

(Français) 2020/12/05 – Matthieu 9, 35 – 10, 1.5a.6-8

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2020/12/05 – Matthieu 9, 35 – 10, 1.5a.6-8

Un sommaire de la mission de Jésus introduit le passage que nous propose aujourd’hui la liturgie. Trois traits caractérisent le ministère du Christ: enseigner, proclamer la Bonne Nouvelle du Règne de Dieu et guérir toute maladie (9,35). Ce sommaire répète celui de 4,23, qui introduisait le Sermon sur la montagne (chap. 5–7) et la série de dix miracles qui suivent le Sermon (de 8,1 à 9,34). Cette répétition du même sommaire, au début et à la fin, est une indication de l’évangéliste pour montrer l’unité contenue entre ces deux résumés. Matthieu affirme de cette manière que la mission de Jésus, telle qu’il la décrit dans cette section allant de 4, 23 à 9, 34 se prolongera maintenant dans celle de ses disciples. Ce rappel en effet du résumé du ministère de Jésus introduit l’envoi en mission des disciples qui va suivre.

Jésus a pu atteindre une nombre limité d’auditeurs durant son bref ministère, mais il confie à ses disciples de poursuivre sa mission, avec les mêmes traits caractéristiques que la sienne. Ses disciples immédiats représentent tous ceux qui croiront en lui et à son Évangile jusqu’à la fin de l’histoire. Ils auront la même dignité et la même responsabilité de répandre partout la Bonne Nouvelle du salut et de la vie éternelle. Matthieu met ainsi en relief sa préoccupation de rattacher étroitement l’Église au Christ. La mission des disciples et de tous ceux et celles qui suivront s’enracine dans la mission même de Jésus.

Jésus ordonne aux douze disciples d’aller seulement vers les brebis perdues du peuple d’Israël (10, 5s). Mais cette mission limitée prépare et préfigure la mission universelle que le Ressuscité enjoindra à tous les chrétiens: Allez vers toutes les nations (Mt 28, 19).

Priez pour les vocations !

Les foules qui suivent Jésus subissent la misère et la souffrance. Ces foules abattues, qui peinent dans les ténèbres de ce monde, se retrouvent à toutes les époques. Leur désarroi provient de ce qu’elles n’ont personne pour les guider, pour leur offrir la lumière, pour les rassembler et pour faire jaillir en elles l’espérance, en les remettant sur la voie qui mène à leur Seigneur et Père. Des gourous surgissent, qui prétendent parler au nom de Dieu, comme les faux prophètes de l’Ancien Testament qui faisaient miroiter les illusions menant au désespoir.

Mais les vrais pasteurs, c’est Dieu qui les choisit et qui les envoie paître son troupeau. Il est futile de mettre notre confiance dans nos moyens humains pour susciter des pasteurs. Les aumônes pour des séminaristes sont certes des actions admirables, mais nos gestes porteront des fruits, si nous prions le Seigneur qui, seul, peut créer des vocations.

Il ne faudrait pas, cependant, restreindre notre prière aux seules vocations sacerdotales et religieuses. On a trop souvent limité nos demandes à ces types de vocations, pour leur remettre nos propres obligations missionnaires. Tout chrétien est missionnaire. On a oublié que les vocations particulières au sacerdoce et à la vie religieuse ne fleurissent qu’au milieu des vocations de tous les chrétiens. En nous créant, le Seigneur a inséré en chacun et chacune de nous une mission particulière. La nôtre n’est pas celle du voisin, comme notre figure se distingue de toutes les autres. Pour être fidèle à l’intention de notre Créateur, il nous faut entendre sa voix et découvrir la mission qui nous est propre. L’ensemble des chrétiens fidèles à leur vocation particulière constituera une Église fervente, dans laquelle “le Maître de la moisson” choisira des ouvriers pour les associer d’une manière spéciale à son oeuvre d’évangélisation. Les vocations sacerdotales et religieuses ne surgissent pas au milieu d’un champ stérile, où la foi se réduit à celle du consommateur, celui qui regarde les autres travailler, sans s’engager dans la mission particulière à laquelle le Maître l’appelle.

Pourquoi les douze?

Nombreux étaient les disciples qui suivaient Jésus. Pourquoi ne les a-t-il pas tous envoyés en mission? Luc (10, 1-12) rapporte que, après la mission des douze, Jésus mandata 72 disciples pour étendre et prolonger son propre ministère. Pourquoi cette insistance ici sur les seuls douze?

Leur nombre est significatif, car il manifeste la continuité du peuple choisi et dirigé par Dieu, depuis la nation aux douze patriarches, constituée par douze tribus dans le Premier Testament. Ceux que le Christ a choisi et mandaté pour cette mission spéciale sont intentionnellement douze pour montrer que c’est toujours le même peuple de Dieu qui se prolonge dans l’Église. Cette continuité du peuple élu dans l’histoire, malgré ses rivalités, ses divisions et ses infidélités, demeure toujours le peuple prédestiné par Dieu, dont la fidélité à ses promesses assure la marche vers la Terre promise.

Les disciples que le Christ envoie sont des Galiléens simples, illettrés, qui n’ont aucun talent humain pour accomplir la mission que leur Maître leur confie. Le succès qu’ils obtiendront proviendra de leur foi et de la vive conviction que l’Esprit Saint leur accordera. Ces disciples nous représentent et leur mission préfigure celle des tous les chrétiens. Nous n’avons pas le droit de conserver pour nous-mêmes la lumière et la vie de l’Évangile, que nous avons reçu gratuitement. L’apôtre Paul s’écrie “Malheur à moi si je ne proclame pas l’Évangile” (1 Cor 9,16). C’est aussi notre “malheur”, la malédiction, la séparation du Seigneur, source de la résurrection, si nous demeurons passifs et consommateurs, sans le souci de répandre autour de nous l’amour et la vie.

Jean-Louis D’Aragon SJ

(Français) 2020/12/04 – Matthieu 9, 27-31

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2020/12/04 – Matthieu 9, 27-31

Deux aveugles suivent Jésus en criant: Aie pitié de nous, fils de David. Ils le rejoignent quand il entre dans la maison. Jésus leur demande s’ils croient qu’il peut faire cela. Ils répondent oui. Jésus leur touche les yeux en disant: Que tout se fasse selon votre foi. Ils sont guéris. Jésus leur donne la consigne du silence.

Le titre, Fils de David, employé par les deux aveugles, est un titre chargé de toute l’espérance d’Israël. L’importance de ce titre remonte à la promesse du prophète Nathan à David qu’il y aurait une dynastie après lui. La promesse laissait entrevoir que dans cette dynastie il y aurait un descendant privilégié en qui Dieu se complairait. (2 Samuel, 7)

Lorsque Achaz, un descendant de David, est menacé d’être détrôné par des rois voisins, le prophète Isaïe le réconforte en lui annonçant la naissance d’un enfant ce qui est un signe de la protection de Dieu sur la dynastie de David. C’est pour cette raison qu’Isaïe donne à l’enfant le nom d’Emmanuel qui signifie Dieu-avec-nous: il apporte le salut à son peuple. (Is.7, 14)

Isaïe le compare à une grande lumière pour le peuple qui marchait dans les ténèbres (9,1). Dieu lui donnera le pouvoir et il sera un Conseiller-merveilleux et un Prince-de-paix: il apportera le salut à son peuple (9,5). Isaïe parle aussi d’un personnage dans le futur, un rejeton de Jessé, le père de David, qui recevra l’Esprit de Yahvé avec tous ses dons (11,2).

Quelques années après Isaïe, le prophète Michée parle de la naissance d’un roi-messie à Bethléem, lieu d’origine de David: Bethléem: c’est de toi que naîtra celui qui doit régner sur Israël. (5,1)

Il réunira Israël, le peuple de Dieu et le conduira avec la puissance de Yahvé comme un pasteur mène son troupeau.

C’est là l’esquisse du futur Messie (“consacré – par – l’onction”). Il sera choisi et consacré par Dieu. Il recevra l’Esprit de Yahvé. Il sera de la lignée de David et réalisera la promesse que Dieu lui avait faite. Il régnera sur le peuple de Dieu qu’il aura réuni. Il apportera le salut, c’est-à-dire une libération.

C’est une libération, une guérison dont les deux aveugles ont besoin. En invoquant Jésus comme fils de David ils ont la foi qu’il peut répondre à l’attente d’Israël. Et Jésus leur rend la vue. Pour lui, cette libération de la cécité est une image de la libération qu’il apporte et qui va plus loin que la guérison corporelle. C’est pour cette raison qu’il leur donne la consigne du silence: il ne veut pas qu’on le prenne seulement pour un guérisseur matériel comme il ne veut pas non plus qu’on le prenne pour un libérateur politique. L’attente d’Israël était réelle mais les formes concrètes de cette attente étaient bien variées au temps de Jésus et elles risquaient souvent de déformer sa mission.

Fils de David, aie pitié de nous. C’est, par le rappel de David, un appel à la fidélité de Dieu. Mais c’est aussi un appel à sa compassion et Jésus n’est pas indifférent aux infirmités et aux maladies qui privent les gens de leur liberté. C’est ce que montre son geste de compassion: il leur toucha les yeux.

Jean Gobeil SJ

 

(Français) 2020/12/03 – Matthieu 7, 21.24-27

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2020/12/03 – Matthieu 7, 21.24-27

“Je crois, mais je ne pratique pas.” Combien de fois a-t-on entendu cette formule pour décrire sa condition spirituelle. Croire peut être rassurant, mais on ne fait aucun effort pour exprimer sa relation à Dieu. Pourquoi consacrer un peu de temps à la prière ou pour se joindre à une communauté qui célèbre l’eucharistie? Pourquoi perdre son temps dans une rencontre avec le Seigneur, qu’on soit seul ou avec un groupe? Un recensement nous révèle que la majorité de nos concitoyens se déclarent chrétiens, mais que très peu fréquentent une église sauf, à Noël et à Pâques?

Jésus a développé dans trois longs chapitres la charte de la vie chrétienne. Le “Sermon sur la montagne” suscite l’admiration d’un grand nombre, mais suffit-il de l’admirer ou même d’en parler? Pour conclure tout son enseignement, Jésus affirme, dans deux images opposées, que sa parole exige de s’épanouir dans une conduite humaine qui la rende vivante et visible.

Chacun et chacune d’entre nous ressentons des émotions et des sentiments, nous réfléchissons, nous parvenons à des convictions que nous exprimons par la parole. Mais une telle démarche n’engage pas notre personne, ce n’est que de la théorie. Aussi longtemps que nos belles idées ne suscitent pas nos actions, ne dirigent pas notre agir et n’imprègnent pas notre personne, elles ne sont que du vent qui passe et qui disparaît au loin. Si on ne s’engage, nous vivons dans l’illusion.

Tout en nous s’ordonne à l’action et produit des fruits dans notre conduite. Celui qui ne se soucie pas d’agir, celui qui ne veut pas faire l’effort de rendre concrète sa foi, celui qui emprisonne en lui-même ses fragiles convictions, celui qui n’ose pas se compromettre, est comparable à un handicapé qui n’a plus de mains, ni de pieds. Il ressent, il désire, mais il ne fait rien. Il demeure impuissant. Ses pensées généreuses, son idéal de bonheur lui donnent l’illusion d’être en sécurité, en accord avec son Seigneur.
Si on ne pratique pas, on accepte par le fait même d’être inutile, on glisse lentement vers la stérilité et la désespérance. Combien de retraités sans occupation, sans motif de vivre, se sentent inutiles, dévalorisés à leurs propres yeux, et qui descendent vers la dépression! Au contraire, des bénévoles, qui rendent service gratuitement, se sentent vivants et épanouis après une action généreuse.
Toute parole et toute action pour notre voisin nous sort de nous-mêmes, nous permet d’entrer en communication avec les autres et avec Dieu. Autrement, nous demeurons seuls, enfermés dans la pauvreté de notre solitude. Jésus nous enseigne que la vraie recette du bonheur, c’est l’ouverture aux autres, donner de son temps pour rendre son prochain heureux. Il est étonnant qu’on trouve le bonheur en le donnant aux autres. On découvre alors que notre maison repose sur le roc.

Jean-Louis D’Aragon SJ

(Français) 2020/12/02 – Matthieu 15, 29-37

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2020/12/02 – Matthieu 15, 29-37

Matthieu 15,29-37

Près du lac de Galilée, Jésus monte sur une montagne et s’assoit. Des foules s’approchent. On dépose à ses pieds des malades: boiteux, aveugles, estropiés, muets et beaucoup d’autres. Jésus les guérit. La foule est dans l’admiration en voyant les gens guéris et ils rendirent gloire au Dieu d’Israël. Jésus dit à ses disciples: J’ai pitié de cette foule. Ils n’ont pas mangé depuis trois jours et Jésus ne veut pas les renvoyer sans leur donner à manger pour qu’ils ne défaillent pas. Les disciples n’ont que sept pains et quelques poissons. Jésus ordonne à la foule de s’asseoir. Il prend la nourriture, rend grâce, rompt pains et poissons, les donne aux disciples pour qu’ils les donnent à la foule. Tous mangèrent à leur faim et il resta sept corbeilles pleines.

Jésus s’assoit: c’est la position des rabbins pour enseigner. On mentionne cette position avant le Sermon sur la Montagne et avant le sermon en Paraboles. Jésus est le Maître qui enseigne. En ajoutant la mention qu’il est sur une montagne, Matthieu fait allusion au fait qu’il est le nouveau Moïse Il apporte la Parole de Dieu. Saint Jean dira: Il est la Parole de Dieu.

On dépose des malades à ses pieds: il les guérit. La foule est dans l’admiration et les gens rendent gloire à Dieu. La chose étonnante est que c’est après les guérisons que Jésus dit: J’ai pitié de cette foule.

Au-delà des besoins des malades, il voit un autre besoin encore plus grand que les maladies. Dans la foule qui est venue l’écouter, il y a une faim de la parole et de la présence de Dieu. C’est de cette faim dont Jésus a pitié. Ce que Jésus fera maintenant sera un signe de ce qu’il veut faire pour satisfaire cette faim. Il commence par la faim matérielle en fournissant une nourriture qui ne s’épuise pas. Moïse dans le désert avait obtenu la manne, une nourriture venue du ciel, pour les Israélites qui souffraient de la faim. Jésus est celui qui va apporter la vraie nourriture venue du ciel dont les sept pains et les poissons ne sont qu’une image. Ce sera une nourriture abondante comme l’indiquent les sept corbeilles de restes.

Pour que la leçon soit bien claire pour les disciples et pour ceux qui viendront après eux, Jésus emploie un geste qu’on ne peut pas ne pas reconnaître. Ce geste a quatre éléments: Jésus prend la nourriture, il rend grâce, il rompt la nourriture, il la donne aux disciples. C’est un geste liturgique qui sera repris à la dernière Cène pour l’institution de l’Eucharistie. Même le mot Eucharistie (eucharistèsas) est employé ici pour rendre grâce. La seule différence est qu’à la dernière Cène, c’est Jésus qui distribue le pain. Ici, Jésus fait faire la distribution par les disciples, ce qu’il continue à faire dans l’Église.

Jésus est le Maître qui apporte la parole du Père. Mais avec cette Parole, il apporte sa Présence qui restera même après son départ.

Jean Gobeil SJ

(Français) 2020/12/01 – Luc 10, 21-24

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2020/12/01 – Luc 10, 21-24

Dans la joie, et sous l’action de l’Esprit Saint, le Christ fait une prière de louange au Père pour sa révélation aux tout-petits. Dans sa bonté, le Père a tout confié au Fils qui est le seul à pouvoir révéler le Père. Ensuite il déclare bienheureux les disciples qui peuvent voir et entendre ce que les prophètes voulaient voir et entendre.

Le contexte prépare cette prière de Jésus. Soixante-douze disciples ont été envoyés en mission par Jésus pour ceux qui sont prêts à accueillir la paix qu’ils offrent. La paix représente tous les biens qu’apporte le salut. Les envoyés doivent annoncer que le Règne de Dieu s’approche et Jésus leur a donné les mêmes pouvoirs que lui-même pour faire des guérisons, ce qui inclut des exorcismes. Les disciples reviennent tout joyeux et disent: Seigneur, même les démons nous sont soumis en ton nom.
Jésus leur dit qu’il a vu Satan tomber du ciel devant les pouvoirs de ses envoyés. Le fait que les disciples exercent ces pouvoirs montre que l’empire des forces du mal s’effondre devant le Règne de Dieu. C’est de là que vient la joie du Christ et sous l’action de l’Esprit Saint il adresse sa prière de louange au Père. Les mentions de l’Esprit Saint et de la joie sont deux thèmes qui revenaient au cours de l’évangile de l’enfance pour manifester la présence du Règne de Dieu.

La prière commence par le vocable Père qui va revenir une seconde fois. Ce sera de la même façon que jésus adressera sa prière à Gethsémani dans Marc. Cette appellation traduit le lien personnel et unique qu’il y a entre lui et le Père de même que la connaissance qu’il en a et qui le fait l’unique médiateur de la révélation du Père, le Seigneur du ciel et de la terre. C’est au début du chapitre suivant que Jésus révélera aux disciples la prière du Notre Père leur communiquant ainsi sa relation de Fils.

L’objet de la louange de cette prière est que Dieu se révèle non pas aux sages, c’est-à-dire aux scribes et aux experts de l’Écriture qui refusent de reconnaître le Messie, mais aux tout-petits. Le mot signifie des petits enfants, ceux qui, à l’époque, n’ont aucun droit ni aucune reconnaissance dans la société. Il s’agit des simples, des humbles qui, eux, sont prêts à recevoir la bienveillance gratuite de Dieu. La prière se termine en louant la bonté de Dieu.

Ce qui suit est adressé aux disciples pour rappeler que c’est lui qui a la connaissance unique du Père et qu’il est donc le seul à être en mesure de communiquer cette connaissance. C’est comme le résumé et d’ailleurs l’essentiel de la personne de Jésus: il est celui qui vient révéler et communiquer la relation que Dieu veut avoir avec les disciples de Jésus, celle d’un Père.

Jean Gobeil SJ