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(Français) 2022/09/17 – Lc 8, 4-15

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Dans toute vie réside une puissance en sommeil. Tous, nous avons vu un arbre poussé dans l’anfractuosité d‘un rocher, ou plus simplement quelques brins d’herbe surgir au milieu d’un trottoir. Ces signes révèlent la force tranquille de la vie. Jésus compare la parole de Dieu à cette vie que rien ne peut arrêter. À un moment où ses disciples peuvent se décourager devant l’incompréhension ou l’indifférence du peuple, Jésus leur montre que, en dépit des indifférences et des refus, rien ne peut arrêter la puissance de la Parole.

Cette parabole du Semeur est devenue le symbole de l’évangélisation, que certains groupes bibliques ont adopté pour affirmer qu’ils poursuivent le ministère du Christ Jésus, en proclamant sa Parole. Cette parabole est riche de sens, car elle signifie, dans un premier moment, la puissance de la Parole en elle-même et, dans un second moment, elle attire l’attention sur les dispositions des divers groupes qui accueillent cette Parole.

Sens de la parabole pour Jésus et ses disciples

La coutume dans l’Orient ancien veut que l’on répande d’abord la semence, puis qu’on laboure. La semence tombe un peu partout, même si le terrain est peu favorable. Dans le même champ, se trouvent des sols de divers genres: chemin de traverse, des roches, des ronces et de la terre fertile.

Jésus mentionne quatre genres de terrains pour rappeler qu’il adresse la Parole à tous les auditoires, qu’ils soient favorables, indifférents ou hostiles. La Parole de salut vient de Dieu, qui, par amour, veut offrir le bonheur et la vie à toute personne. En dépit des obstacles, la Parole prouve sa puissance par les fruits en abondance qu’elle produit.

À toutes les époques, la déception guette l’Église face à la réception tiède ou hostile de son message de salut. La nouvelle évangélisation produit aujourd’hui, en apparence, de maigres résultats. Mais le Seigneur nous promet, à travers cette parabole du semeur, que la persévérance, appuyée sur la puissance vitale de la Parole de Dieu, produira une récolte étonnante. La vie triomphera de l’indifférence et de la mort.

Pourquoi des paraboles ?

Nous avons tous connu des gens qui cultivent une surdité sélective. Ils entendent seulement ce qui leur convient, s’enfermant dans leurs idées et leurs préjugés. Ils ne veulent pas enrichir leur pauvreté, l’ouvrir sur l’expérience des autres.

Nous sommes tous affligés de surdité ou de cécité sélective. Sans le vouloir, nous sommes limités, car nous n’entendons pas les sons qui résonnent en dehors de nos capacités. Notre registre de vision est restreint : nous ne voyons pas les rayons infrarouges, ni les rayons ultraviolets. Ces limites auditives et visuelles devraient nous rendre conscients que notre intelligence et notre cœur sont également limités.

Comment parler de réalités au-delà de nos sens, sinon au moyen de symboles qui les suggèrent? Pour en comprendre, toutefois, la signification, il nous faut un minimum d’empathie. C’est notre responsabilité de prêter l’oreille, selon l’exhortation de Jésus à la foule : « Celui qui a des oreilles pour entendre, qu’il entende ! » Écouter la Bonne Nouvelle, c’est approfondir nos convictions évangéliques, prêter attention aux signes des temps, nous ouvrir à des opinions nouvelles ou même contraires à nos idées. Nous ne pouvons bien comprendre qu’avec la prière, dans le silence, éclairés par la lumière de l’Esprit.

Diversité des auditeurs

Même si la Parole est puissante, elle ne peut rien sans notre disposition à l’écouter et à la rendre vivante dans notre personne. Lorsqu’elle produit des fruits dans nos actions, elle manifeste sa force de vie.

Ceux qui sont seulement curieux, qui écoutent ou qui lisent la Bible ou l’Évangile comme un livre ordinaire, sans aucune conséquence pratique dans leur existence, sont comme la semence qui tombe au bord du chemin. Ils ne savent pas que l’audition de la Parole, c’est la rencontre de Dieu, qui seul peut les sauver.

Tous les débuts d’un cheminement sont faciles, ils sont souvent accompagnés d’enthousiasme. Mais si la Parole est semée parmi les pierres, les difficultés et la sécheresse éteignent peu à peu la joie qu’elle avait suscitée. N’ayant pas de convictions profondes, les émotions superficielles disparaissent très vite. Ce fut l’enthousiasme d’un moment. La valeur d’une personne ou d’une communauté se révèle dans sa durée et sa persévérance.

Tous se plaignent que la vie moderne est devenue trépidante, remplie d’échéances et de soucis. Nous avons développé des besoins de plus en plus nombreux, au point de ne plus savoir ce qu’est une vie simple, axée sur l’essentiel. Nos préoccupations multipliées rendent nos journées et nos semaines éreintantes. Avec de telles pressions, la prière devient difficile, sinon impossible. Combien de fois entendons-nous : « Je n’ai pas le temps de prier ou de participer à l’eucharistie ! » Tout dépend évidemment de la hiérarchie de nos valeurs. Si l’audition et la méditation de la Parole sont le dernier de nos soucis, il est clair que nous n’aurons jamais le temps de nous arrêter pour rencontrer notre Père et Seigneur.

La vie de foi est une plante fragile, qui exige un entretien assidu pour survivre et se développer. La culture de la foi consiste d’abord à prier régulièrement, d’implorer l’Esprit Saint de nous accorder ses dons, entre autres la fraîcheur du regard comme celui d’un enfant, toujours émerveillé par ce qu’il découvre, et l’amour actif, qui témoigne de la présence du Seigneur en nous et autour de nous.

Les attitudes différentes de ces quatre groupes qui accueillent la Parole nous interpellent. En expliquant cette parabole, le Christ nous demande si nous nous reconnaissons dans l’un ou l’autre de ces groupes d’auditeurs.

Jean-Louis D’Aragon SJ

(Français) 2022/09/16 – Lc 8, 1-3

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La présence de femmes avec Jésus

Ces femmes qui accompagnent Jésus ont dû déconcerter le peuple de l’époque. Les disciples eux-mêmes s’étonnent quand ils découvrent Jésus parlant à une femme de Samarie. (Jn 4, 27) Un rabbin ne devait même pas parler à une femme en public. Un juif hassidique avouait dernièrement à un journaliste qu’il ne saluerait pas sur la rue l’épouse de son meilleur ami.

Nous ignorons le genre des esprits qui avaient réduit ces femmes à l’état d’esclaves. Pour elles, comme pour tous ceux qui accueillent la Bonne Nouvelle, le Christ les a libérées de tout ce qui asservit et dégrade. Il les a rehaussées à la dignité de filles de Dieu. L’une de ces femmes était tombée dans un état d’esclavage très grave. Tout ce qui était mal et qu’on ne pouvait expliquer était attribué au démon. Le chiffre « sept » indique ce qui est complet. « Sept démons » signifie donc que la déchéance de Marie était tragique et désespérée. Son surnom « Madeleine » signalait qu’elle était originaire de Magdala, une petite localité au sud-ouest du lac de Galilée.

L’époux de Jeanne était intendant du tétrarque de Galilée, Hérode. Sa fonction d’intendant était importante et elle le plaçait à un niveau élevé de la société. En appelant la femme de cet intendant à le suivre, Jésus l’a donc associé à une pécheresse méprisée de tous, Marie Madeleine. L’appel du Christ nous rend tous égaux dans la famille de Dieu.

Ces femmes, libérées du mal par Jésus, sont le vivant exemple du miracle de la conversion et de la foi. Une fois revenues d’une déchéance profonde, elles manifesteront une générosité totale. Elles suivront fidèlement le Christ jusqu’à la croix, pendant que les apôtres s’enfuiront. Elles enseveliront Jésus, elles seront présentes au tombeau le matin de Pâques et, au Cénacle, elles prieront, avec les disciples, dans l’attente de l’Esprit Saint (Actes 1, 14).

Les figures féminines chez Luc

L’évangéliste met en relief plusieurs personnages féminins, toujours présentés sous un jour favorable. La mère de Jésus domine évidemment « L’Évangile de l’enfance » (chap. 1-2), mais la mère de Jean Baptiste, Élisabeth, et Anne la prophétesse entourent Marie. Dans le reste du 3e Évangile, relevons seulement les passages propres à Luc :

– la pécheresse pardonnée (7, 36-50) ;
– la veuve de Naïm, à qui Jésus rend son fils unique (7, 11-17) ;
– Marthe et Marie reçoivent Jésus (10, 38-42) ;
– la louange adressée à la mère de Jésus par une femme (11, 27s) ;
– les deux paraboles de la femme qui cherche sa pièce de monnaie perdue (15, 8-10) et la veuve importune qui insiste pour obtenir justice (18, 1-8) ;
– sur le chemin du Calvaire, un groupe de femmes manifestent leur sympathie à Jésus (23, 27-31).

Ajoutons les passages les plus caractéristiques des Actes des apôtres :

– Marie, la mère de Jésus, et un groupe de femmes attendent avec les apôtres la venue de l’Esprit Saint (1, 14) ;
– la résurrection de Tabitha (9, 36-42) ;
– les disciples se réunissent régulièrement chez Marie, la mère de Jean Marc (12, 12) ;
– Lydie et sa maison se convertissent et accueillent chez elle Paul et ses compagnons (16, 13-15) ;
– Aquila et Priscille accueillent Paul et deviennent ses proches collaborateurs (18, 2.26).

Luc considère les femmes, comme les pauvres, forment un groupe prédestiné au Royaume de Dieu. Il a constaté que les personnes qui accueillaient l’Évangile étaient avant tout des pauvres et des femmes. Devenant plus consciente de sa pauvreté et de sa misère, que l’homme, surtout dans un monde où la force violente dominait, la femme paraissait à Luc mieux disposée à remettre sa destinée au Seigneur et à recevoir gratuitement son salut.

Jean-Louis D’Aragon SJ

(Français) 2022/09/15 – Jn 19, 25-27

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Le texte est un moment de la Passion selon saint Jean. Les soldats ont fini de tirer au sort les vêtements de Jésus. Des femmes se sont approchées de la croix: Marie Madeleine, Marie, femme de Cléophas et Marie, la mère de Jésus. Il y a aussi ce disciple, identifié comme celui que Jésus aimait. Jésus dit à sa mère en parlant de ce disciple: Femme, voilà ton fils. Et il dit au disciple: Voici ta mère. Le texte conclut: A partir de ce moment, le disciple la prit chez lui.

Le texte, par sa brièveté et en ne disant rien des sentiments de ceux qui sont là, invite le lecteur à voir le sens de ce moment. L’événement est plus important que ceux qui y participent, pris individuellement.

Lors de l’Annonciation, Marie a accueilli la parole de Dieu en répondant: Voici la servante du Seigneur. Après cela, ce que Luc dit sur elle, est qu’elle conservait avec soin toutes ces choses (les événements) et les méditait dans son coeur. Il répètera cela pour des choses qu’elle ne comprenait pas (Luc 2,51). Elle est donc simplement une présence. C’est cette présence à Cana qui lui fait faire une demande bien discrète à Jésus. Au pied de la croix, elle continue à être une présence.

A Cana, Jésus avait répondu d’abord que son heure n’était pas encore venue. Maintenant, cette heure qui termine et complète sa mission est arrivée. Cette heure, où il doit passer par la mort, est une nouvelle naissance: c’est l’accès à la gloire avec son humanité. Marie est donc présente à cette nouvelle naissance.

Mais en rendant l’esprit, il donnera l’Esprit Saint. C’est donc aussi la naissance de l’Église et c’est ce que cette scène représente. Cette scène a été reproduite dans des icônes qui ont pour titre: icône de la prière. On voit Jésus en croix. Au pied de la croix, à gauche, il y a Marie. A droite, il y a le disciple que Jésus aimait. Marie et le disciple ont le visage tourné vers Jésus et l’explication est qu’ils prient pour l’Église d’où le titre d’icône de la prière. Marie est présente à cette naissance de l’Église.

Marie est la première chrétienne puisqu’elle est la première à avoir cru. Avec le premier disciple, premier au point de vue accueil et foi (Jean 20,8), elle représente le début de l’Église. Mais Jésus en lui donnant un autre fils lui donne un nouveau rôle: elle doit être la mère de l’Église. Elle sera une mère qui continuera à être une présence: elle sera présente à la prière des disciples avant la Pentecôte (Actes 1,14). Et elle continue ce qu’elle a commencé au pied de la croix: elle prie pour nous.

Jean Gobeil SJ 

(Français) 2022/09/14 – Jn 3, 13-17

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Introduction

Au début de sa première lettre aux chrétiens de Corinthe, Paul leur rappelle que le Christ crucifié est le cœur de l’Évangile qu’il leur a proposé. Il avait décidé de leur proclamer « rien d’autre que Jésus-Christ et, plus précisément, Jésus-Christ crucifié. » (1 Cor 2,3s) Après sa déconvenue devant les « sages » de l’Aréopage d’Athènes, Paul arriva à Corinthe « faible et tout tremblant de crainte. » Il avait résolu de mettre de côté l’éloquence brillante, pour prêcher « le Christ crucifié, message scandaleux pour les Juifs et folie pour les païens. (1 Cor 1,23)

Comment le Christ en croix, cet objet d’horreur pour les anciens, peut-il être source de salut et de vie ? Ce monde opposé à Dieu pense trouver le salut dans la puissance qui domine, qui écrase les ennemis. Il est convaincu que la faiblesse ne produit rien, sinon l’humiliation et la prostration. Quand il croit en Dieu, ce monde se le représente comme un super Jupiter, comme le Maître de l’univers.

C’est pourquoi Pierre, inspiré par le monde et Satan, s’insurge contre la destinée de Jésus, qui vient d’annoncer à ses disciples qu’il subira une condamnation infamante à la mort. Dans une vive réaction, contre l’intervention de Pierre, représentant l’esprit du monde, juif et païen, le Christ le stigmatise comme inspiré par le diable (Mt 16,22s).

Descendu parmi nous et monté au ciel

« Le Fils de l’homme » désigne Jésus, qui représente tous les humains et qui les rassemble en lui. En descendant du ciel, il s’abaisse pour assumer notre condition fragile et misérable, partageant tout avec nous, sauf le péché. Pourquoi une telle humiliation, qui répugne à la raison humaine ? La réponse se trouve dans l’amour mystérieux de Dieu pour le monde. (Jn 3,16) Ce monde pourtant est rebelle, animé par la haine et ennemi de Dieu. Comment peut-il attiré l’amour de Dieu ?
Quand on parle de cette manière, on s’inspire de notre amour humain, égoïste, qui veut posséder ce qu’on prétend aimer, parce qu’on le juge aimable et attrayant. L’amour véritable est le contraire de l’égoïsme : il ne veut pas posséder et dominer, mais donner tout, jusqu’à sa vie. En raison de son amour, Dieu donne tout dans son Fils unique, acceptant d’être cloué, impuissant, sur une croix. À la suite de leur Seigneur, les disciples du Christ ont la vocation de se donner par amour et de prouver cet amour, même à l’égard de leurs ennemis : « Faites du bien à ceux qui vous haïssent, bénissez ceux qui vous maudissent et priez pour ceux qui vous maltraitent. » (Luc 27s).
Dans son humiliation extrême sur la croix, le Fils de l’homme, et l’humanité qui s’unit à lui par la foi, donne tout et se livre dans une parfaite confiance à Dieu, source de la vie et du bonheur. L’Alliance est rétablie par ce sacrifice entre l’humanité et Dieu, l’amour du Fils qui donne tout répond enfin à l’Amour infini de Dieu.

L’unique sécurité de notre humanité ne réside pas en nous, dans notre fausse richesse et dans nos découvertes scientifiques, mais dans l’amour infini de Dieu. « Dieu est amour » (1 Jn 4, 8.16) répète Jean. Tel est le cœur de notre foi, auquel il faut répondre par notre amour, qui donne tout, jusqu’à notre vie.

Contempler l’amour de Dieu dans son Fils

Cet amour de Dieu, révélé dans son Fils incarné et crucifié, n’est pas un événement isolé dans l’histoire du salut. Ce plan divin s’est déjà manifesté dans les ombres du Premier Testament, qui annonçaient son plein accomplissement en Jésus. Lorsque le peuple élu cheminait péniblement à travers le désert vers la Terre que Dieu lui promettait, la confiance venait à lui manquer et la révolte éclatait contre cette folle aventure et contre le chef mandaté par Dieu, Moïse. En coupant ainsi le lien vital de la foi en Dieu, le peuple se retrouvait démuni devant le mal, qui prenait la forme de serpents venimeux. « Ils mordirent un grand nombre d’Israélites, qui en moururent. » (Nombres 21, 6)
Ce peuple qui s’insurge contre la volonté de Dieu s’inscrit dans la longue lignée de notre humanité, qui se révolte contre le projet de salut que Dieu veut réaliser. Lorsqu’on refuse de faire confiance au Seigneur, on s’isole pour découvrir sa pauvreté et son impuissance. Le peuple prend alors conscience de son péché : « Nous avons péché en vous critiquant, le Seigneur et toi (Moïse) ! », s’écrie le peuple. À la prière de Moïse, Dieu lui ordonne de façonner un serpent de métal et de le fixer sur une perche. Quiconque regardera avec foi le serpent aura la vie sauve. Par ce regard de confiance en Dieu, le canal de vie se rétablit avec la source du salut.
C’est en contemplant avec foi le Christ en croix que nous pouvons accueillir le salut définitif et la vie éternelle. Le Crucifié incarne l’expression parfaite de l’amour de Dieu, qui donne tout. Par ce regard de foi, nous devenons progressivement Celui qui a tout donné par amour. Notre regard transforme alors notre égoïsme en amour.

Jean-Louis D’Aragon SJ

(Français) 2022/09/13 – Lc, 7, 11-17

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A la porte de la ville de Naïm, Jésus, accompagné de ses disciples et d’une foule, rencontre un cortège funèbre. Le défunt était le fils unique d’une femme qui était veuve. Le Seigneur fut saisi de pitié à cause d’elle et lui dit: Ne pleure plus. Il fit arrêter le cortège et ordonna au jeune homme de se lever. Le jeune s’assit et se mit à parler. Jésus le rendit à sa mère. La foule est saisie de crainte et rend gloire à Dieu en disant qu’un grand prophète s’était levé et que Dieu avait visité son peuple.

Jésus, accompagné de ses disciples et d’une foule, arrive à l’entrée d’un village d’où sort une autre foule accompagnant un cortège funéraire. On va enterrer le corps d’un fils unique dont la mère est une veuve. Cette femme, en plus du deuil, se retrouve dans une situation précaire: elle n’a plus personne pour la soutenir. Toute la réaction de Jésus va être vis-à-vis de cette femme.

Luc est ordinairement réticent pour parler des sentiments intimes du Christ. Mais ici il emploie un terme très fort: être remué dans ses entrailles. Il ne s’agit pas d’une pitié ou d’une compassion intellectuelle mais bien d’une pitié qui saisit physiquement. C’est ce mouvement de pitié pour cette femme qui va commander son action. Personne ne lui a rien demandé: c’est lui seul qui prend l’initiative.

A ce moment-là, Luc emploie un titre divin pour parler de Jésus, le Seigneur : En la voyant, le Seigneur fut saisi de pitié pour elle. C’est comme pour dire que cette pitié de Jésus révèle quelque chose de la compassion de Dieu. La compassion était un attribut de Dieu qui revenait souvent dans les Psaumes, les prophètes et la révélation à Moïse : Dieu de compassion et de miséricorde ou Dieu de tendresse et de miséricorde. Les sentiments et les gestes de Jésus sont donc spécialement révélateurs dans cet épisode.

Il dit à la femme: Ne pleure pas. Il s’avance et touche la civière sur laquelle reposait le corps. C’est en touchant la main de la belle-mère de Pierre qu’il l’avait guérie. C’est en touchant la main de la petite fille de Jaïre qu’il lui avait redonné la vie. C’est en touchant les yeux des aveugles de Jéricho qu’il leur rendra la vue. Il n’avait pas hésité à toucher un lépreux et le lépreux avait été guéri. On lui amenait des tout-petits pour qu’il les touchât. La foule cherchait à le toucher parce qu’une force sortait de lui et les guérissait tous. (Luc 6,19)

Il est le Seigneur. Il est le Maître de la vie. Et par pitié, pour consoler sa mère, et pour lui rendre son fils, il lui redonne la vie. Jeune homme, je te le dis, lève-toi. Lève-toi, ou éveille-toi, ou ressuscite…: c’est le même mot. C’est pour cela que des Pères de l’Église, qui eux aussi avaient été touchés par le Christ au baptême, disaient que mourir, c’est se réveiller dans le Christ.

Jean Gobeil SJ

 

(Français) 2022/09/12 – Lc 7, 1-10

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Un centurion a un esclave sur le point de mourir. Ayant entendu parler de Jésus, il envoie des notables juifs pour lui demander de guérir le malade. Jésus se met en route, mais avant d’atteindre la demeure du centurion, il rencontre des messagers envoyés par ce dernier pour lui dire:« …je ne suis pas digne que tu entres sous mon toit…dis seulement un mot et que mon serviteur soit guéri. »

Ce qui retient l’attention dans l’évangile d’aujourd’hui, c’est d’abord l’humilité que traduisent ces deux petites phrases auxquelles nous sommes très habitués : nous les reprenons, en les modifiant légèrement, à chaque célébration de l’eucharistie, juste avant la communion : « Seigneur, je ne suis pas digne de te recevoir, mais dis seulement une parole et je serai guéri. » Dans le complexe rituel de la messe, elles constituent ce que la science des religions appelle « une mise en garde », une précaution avant d’entrer en contact avec le sacré, comme Moïse ôtant ses sandales avant de se mettre à l’écoute de la voix qui, parlant du buisson ardent, lui confie la mission terrifiante d’aller affronter Pharaon et lui intimer l’ordre de libérer son peuple.

Chez Luc, l’humilité du centurion est beaucoup plus soulignée que dans la variante du même texte chez Matthieu (Mt 8,5-13). Ici, le centurion envoie des notables juifs pour plaider sa cause auprès de Jésus, alors que chez Matthieu, c’est lui-même qui va à la rencontre de Jésus. Par deux fois donc, le centurion de Luc évite une rencontre directe avec Jésus. Il connaît la règle de pureté qui déclare qu’un juif se met en situation d’impureté rituelle s’il entre en contact avec un païen.

Nous savons que pour Jésus, la loi est faite pour les humains et non l’inverse. On peut supposer que le centurion « qui avait entendu parler de Jésus » n’ignorait pas que ce dernier, plaçant la loi de l’amour au-dessus de tout, allait sans réticence à la rencontre des païens, même si cela lui attirait des ennuis. En évitant de rencontrer Jésus, le centurion de Luc se préoccupe certainement de le protéger. Ce qui rend admirable ce centurion n’est donc pas seulement son humilité et la grande foi dont Jésus fait un vibrant éloge, mais aussi sa prévenance et son respect des coutumes d’autrui, d’autant plus que, vue de l’extérieur, la loi voulant qu’un juif contracte une souillure en s’approchant d’un étranger apparaît comme raciste, méprisante, extrémiste.

Alors que Matthieu n’y fait même pas allusion, Luc insiste aussi sur la générosité du centurion. Les notables juifs qu’il envoie vers Jésus utilisent pour le convaincre, cet argument qui semble superflu: « Il mérite que tu lui accordes cette guérison. Il aime notre nation : c’est lui qui a construit notre synagogue. » Même sans ces mérites, Jésus aurait sans doute répondu à l’appel de cet homme en détresse, par pure miséricorde.

Mais c’est évident que dans cet évangile Luc ne veut pas fixer notre attention sur ce que fait Jésus, même pas sur l’exploit de guérir à distance. Le héros du jour, c’est cet homme d’exception, ce centurion païen, représentant de la puissance dominante, qui aime son esclave, se lie d’amitié avec les juifs dominés, se montre généreux envers eux, fait confiance à leur guérisseur et manifeste un respect scrupuleux de leurs mœurs. C’est un modèle de vertu que Luc nous donne à imiter.

Melchior M’Bonimpa

(Français) 2022/09/10 – Lc 6, 43-49

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Nous sommes tous habitués aux campagnes électorales et aux promesses qui parsèment les discours des candidats. Nous n’y croyons guère, car l’expérience nous a prouvé que ces promesses n’avaient pas le plus souvent de lendemain. Tel est le dédoublement entre le rêve et la réalité. Au fond, c’est l’hypocrisie, la division, l’opposition entre les bonnes paroles et l’action. Nous-mêmes, nous jouons tous à ce jeu hypocrite, avec nos pensées généreuses que notre égoïsme, en pratique, contredit. Combien de « socialistes de salon » avons-nous tous connus!

Conclusion du sermon inaugural

Jésus craint et dénonce l’illusion qu’entretiennent nos résolutions généreuses, mais qui n’ont pas de profondeur. Elles sont superficielles et n’atteignent pas le fond de notre cœur, si elles ne se traduisent pas dans nos actions. Quand nous entretenons simplement des pensées généreuses, sans nous compromettre par le don de nous-mêmes, nous perpétuons l’illusion d’être bons et honnêtes, tout en nous dispensant de nous engager. Jésus nous enseigne la franchise, il nous presse de ne pas nous diviser entre nos pensées généreuses et notre refus de nous engager dans des actions coûteuses. L’égoïsme et la paresse nous empêchent de donner, de nous donner. Le Christ nous exhorte à ne pas contredire nos convictions par notre inaction et notre paresse.

Pour illustrer son enseignement, Jésus recourt d’abord à l’image de l’arbre, dont la valeur se révèle par ses fruits. Notre nature et notre cœur se manifestent dans les fruits concrets que nous produisons. Autrement, nos pensées et nos paroles sont du vent qui passe.

La pratique qui contredit les plus belles pensées enlève toute valeur aux paroles les plus sublimes. Comment peut-on invoquer le Seigneur, en lui tournant le dos en refusant de se convertir, de se tourner vers lui et en refusant de donner aux autres ce que nous avons reçu gratuitement? Si la personne humaine entretient une contradiction entre sa pensée et son action, elle se divise et se détruit. Sa santé et son bonheur dépendent de l’unité qu’elle a réalisée en elle-même. Ses convictions doivent fleurir dans son action, car c’est dans son agir qu’elle se réalise et s’épanouit.

Construire sur le sable est facile, car on n’a pas à travailler avec effort pour creuser dans le roc et d’ériger de solides fondations. Au contraire, la construction sur le roc exige des efforts pénibles pour établir des fondations solides. La réussite de notre vie exige des sacrifices, car le bonheur facile n’existe pas ; il est superficiel et ne résiste pas aux difficultés de l’existence. Pour une durée éternelle, il faut édifier sa vie sur le roc.

Les thèmes majeurs du sermon

Ce sermon inaugural du ministère du Christ contient l’essentiel de l’Évangile. Le message de Jésus est nouveau, car il s’oppose à des points de vue courants dans notre monde. Jésus rappelle quatre contestations que le monde oppose à son enseignement.
1) Le monde enseigne qu’il faut tout faire pour acquérir les richesses, spécialement l’ar¬gent. Le Christ, au contraire, proclame que les bienheureux sont les pauvres, les démunis., car ils sont libres et disponibles pour accueillir leur Seigneur.
2) Le monde nous apprend la prudence, la défiance,… Si on donne à quelqu’un, c’est une marché pour recevoir en retour l’équivalent ou même quelque chose de meilleur. Jésus proclame le bonheur de donner gratuitement, par amour, en imitant Dieu.
3) Le monde mise sur le temps présent, ici-bas. Le Christ nous dévoile la vision de l’au-delà, il suscite l’espérance, qui entraîne le chrétien en avant, dans un progrès constant vers le bonheur final, qui ne passe pas.
4) Le monde cède facilement à la duplicité, à l’hypocrisie, qui divise la personne et la détruit. Le Christ insiste sur l’unité de la personne humaine, qui est la condition essentielle pour conserver et développer sa vie.

Jean-Louis D’Aragon SJ

(Français) 2022/09/09 – Lc 6, 39-42

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Le discours inaugural de Jésus dans Luc 6,26-49 contient l’essentiel de l’Évangile. Luc a centré toute la proclamation du Christ sur la miséricorde, avec l’exhortation qui conclut la première partie du discours (vv. 26-36) et qui, en même temps, introduit la seconde (vv. 37-49). Le passage que nous offre aujourd’hui la liturgie s’éclaire par ce thème de la miséricorde, que “votre Père” vous accorde, pour que vous la répandiez autour de vous.
L’introduction nous dit que Jésus s’adresse une “parabole à ses diciples”, et non pas à la foule incroyante. Jésus reprend plutôt un proverbe: “Un aveugle peut-il guider un autre aveugle?” Pourquoi cet avertissement s’adresse-t-il seulement aux disciples? Ayant bénéficié de la miséricorde de leur Père, ils ont le devoir de combler de cet amour gratuit les personnes qu’ils rencontreront. S’ils refusent de remplir ce devoir de miséricorde, ils deviennent des aveugles qui prétendent guider les gens qui ont besoin de cette lumière de l’amour.
L’être humain a sans cesse besoin d’un maître pour guider sa vie. Il vient au monde nu, complètement pauvre, réclamant que l’on comble ses besoins les plus élémentaires. Ses parents normalement commencent son éducation, puis des professeurs prennent le relais et finalement divers maîtres. Pour ce qui concerne la morale et la spiritualité, ce qui atteint le plus intime et le plus profond de notre personne, on se fie ordinairement à un représentant de Dieu.
Combien de “gourous” interpellent aujourd’hui les gens pour les diriger! Ils affirment que l’Esprit les inspire pour continuer le rôle que des prophètes ont rempli tout au long de l’histoire du peuple de Dieu. En comparaison des vrais prophètes, agissant et parlant au nom du Seigneur, de nombreux faussaires se sont arrogés cette dignité. Aussi les fidèles se sont continuellement posés la question délicate de distinguer les vrais prophètes des imposteurs. Jésus nous a fourni le critère pour les juger: “C’est à leurs fruits que vous les reconnaîtrez.” Seul, un enseignant qui manifeste l’amour dans sa personne et dans son enseignement est mandaté par Dieu pour le représenter.

Témoin de la miséricorde

La déclaration de Jésus est une mise en garde. Les docteurs de la loi, à son époque, étaient des aveugles qui conduisaient des aveugles. Que dirait le Christ de nos jours? Combien de messagers nous inondent de tous les côtés. Afin de ne pas “tomber dans un trou”, de ne pas mener notre vie vers un désastre, la prudence clairvoyante s’impose pour peser la valeur de ces “docteurs” d’après le critère du Christ: évaluer les fruits qu’ils produisent.
Le disciple du Christ a le devoir de reproduire la miséricorde de son Maître. Il faut devenir comme le Seigneur et offrir aux autres la miséricorde dont nous avons bénéficié. À titre de disciples, nous devons être comme notre “Maître”, “bien formés” comme lui. La parabole du serviteur qui refuse de remettre la dette de son compagnon illustre clairement l’enseignement de Jésus. Il perd le pardon, qu’il avait reçu gratuitement, parce qu’il a refusé de la transmettre à son compagnon (Mt 18, 21-35).
Les images fortes de “la paille et de la poutre” montrent qu’il est impossible d’être témoin du Christ sans un regard de miséricorde pour tous. Tout disciple vit de la grâce du pardon, qu’il ne peut conserver en lui-même sans qu’elle produise le fruit de la miséricorde. Refuser de pardonner tout en prétendant vivre comme un disciple du Seigneur, c’est entretenir l’illusion de l’hypocrisie, de la contradiction entre ce que l’on est et sa conduite. Pour conserver la vie reçue de Dieu, le disciple doit éviter toute division et refaire l’unité entre son être et son agir.

Jean-Louis D’Aragon SJ

(Français) 2022/09/08 – Mt 1, 1-16.18-23

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Nous fêtons aujourd’hui la Saint Joseph, patron du Canada. Raison pour laquelle, exceptionnellement, l’évangile est précédé par deux autres lectures portant sur la généalogie ou la « descendance » : celle de David, et celle d’Abraham. Mais à vrai dire, l’important est de rattacher Jésus à David, car, dans le cas d’Abraham, sa descendance inclut tous les Juifs et, tous les Arabes qui s’appuient sur le Coran pour revendiquer Ismaël comme ancêtre. Matthieu assigne à Joseph la fonction d’insérer Jésus dans la lignée de David. Dès le début de son évangile, Matthieu s’empare donc du rôle de « bâtisseur de l’Église » que la tradition lui a reconnu en le plaçant en tête des textes canoniques du Nouveau Testament.

En rattachant Jésus à la prodigieuse lignée de David, Matthieu veut dire que Jésus n’a rien à envier aux rois puisqu’il descend du plus grand d’entre eux. Matthieu est aussi le seul à avoir placé dans la bouche de Jésus des paroles qui donnent à Pierre et à ses successeurs une autorité hors du commun. Des paroles qui auront, dans l’histoire du christianisme des conséquences incalculables : « Heureux es-tu Simon, fils de Jonas… je te le déclare : Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église, et la puissance de la mort ne prévaudra pas contre elle. Je te donne les clés du Royaume des cieux; tout ce que tu lieras sur la terre sera lié aux cieux, et tout ce que tu délieras sur la terre sera délié aux cieux » (Mt 16, 17-20).

Mais aujourd’hui, ce n’est pas Pierre que cette annonce de naissance met en vedette, ni même Marie comme dans l’évangile de Luc. Le héros du jour, c’est Joseph. C’est lui qui a un problème épineux à résoudre : une fiancée enceinte alors qu’il ne l’a pas touchée! La loi de Moïse exige qu’il la répudie, mais c’est un homme bon qui ne veut pas jeter l’opprobre sur la pauvre fille, même s’il croit qu’elle l’a trahi. Il décide donc d’obéir à la loi, mais en catimini. Les commentateurs se demandent comment Joseph aurait réussi cet exploit : répudier une fiancée adultère de manière non publique! En fait, il semble que ce n’était pas possible, car il aurait fallu un « certificat » de répudiation. Peut-être que Joseph envisageait simplement de fuir le territoire régi par la loi de Moïse, en s’exilant en Syrie ou en Égypte pour y cacher sa honte et son chagrin.

Je crois que Joseph mérite le titre de « juste » parce qu’il n’a pas pris la solution de la vengeance pourtant avalisée par la loi. Il était prêt à ne pas humilier davantage Marie, qui n’aurait de toutes façons pas échappé à l’ignominie de la condition de « fille-mère » dans cette société et cette époque intolérantes, impitoyables. Mais voilà qu’un rêve change tout. L’ange du Seigneur apparaît en songe à Joseph et lui apprend que l’enfant engendré en Marie vient de l’Esprit. Joseph reçoit même l’ordre de donner à cet enfant le nom de Jésus. Dans ce passage, peu de gens s’arrêtent sur l’importance accordée au rêve. « Joseph se réveilla et fit ce que l’Ange du Seigneur lui avait prescrit. »

On peut avoir l’impression qu’on nage ici en plein merveilleux, et que rares seraient nos contemporains qui se soumettraient à un ordre reçu en songe. Depuis Freud, les rêves sont devenus matière d’interprétation pour les théoriciens de la psychologie, qui n’y cherchent que des choses tordues enfouies dans notre inconscient. Mais voici la révélation surprenante d’un sondage récent : à la question de savoir pourquoi ils sont devenus religieux, presque 40% des membres des congrégations religieuses catholiques en Afrique (qui sont souvent très scolarisés) ont répondu qu’ils ont décidé d’entrer en religion à la suite d’un songe. Et la plupart d’entre eux maintiennent cette décision jusqu’au bout, comme Joseph, époux de la Vierge Marie! Il semble donc que Dieu n’ait pas encore renoncé à utiliser le sommeil comme lieu où il nous fixe rendez-vous, et le rêve comme un moyen de communication efficace.

Melchior MBonimpa

(Français) 2022/09/07 -Lc 6, 20-26

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A l’intention de ses disciples Jésus déclare bienheureux les pauvres, ceux qui ont faim, ceux qui pleurent et ceux qui sont persécutés à cause du Christ. Il déclare malheureux les riches, ceux qui sont repus, ceux qui rient et ceux de qui on dit du bien.

Jésus redescend de la montagne après avoir fait le choix des Douze. Une foule vient à lui dans la plaine pour l’entendre et se faire guérir. Il s’adresse à la foule mais c’est comme si c’était la vision de ses disciples qui l’inspirait.

Au lieu de parler en général, il interpelle directement en répétant: Vous…vous…vous. C’est le ton d’une proclamation. Il y a d’abord quatre béatitudes ou déclarations de situation heureuse suivies de quatre déclarations de situations malheureuses. Ces dernières ne sont pas des malédictions; ce sont plutôt des lamentations qu’on pourrait traduire: Malheureux êtes-vous….

Les trois premières béatitudes ont pour sujets: les pauvres, un thème important dans Luc, ceux qui ont faim et ceux qui pleurent. Les trois oppositions, riches, repus, rieurs, feront l’objet des trois premières déclarations de malheur. Mais la quatrième béatitude, ceux qui sont persécutés à cause du Christ aura pour opposé non pas les persécuteurs mais ceux de qui on (le monde) dit du bien.
Ceux qui sont persécutés sont comparés aux anciens prophètes: ils sont persécutés à cause de leur témoignage que le monde ne peut supporter.

Il faut remarquer que pour la seconde et la troisième béatitude, c’est le futur qui est employé: vous serez rassasiés, et vous rirez. Mais pour la première béatitude, c’est le présent qui est utilisé: le Royaume de Dieu est à vous. Les manifestations complètes du Royaume sont pour le futur mais le Royaume est déjà présent.

La présence du Royaume est un thème important de tout l’évangile de Luc. On l’a vu dans l’évangile de l’enfance avec la répétition des manifestations de l’Esprit et des hymnes de joie et de louange. Durant la vie publique, il y a l’avertissement au sujet de ceux qui annoncent la venue du Royaume pour le futur : Voici que le Royaume de Dieu est au milieu de vous. (Luc 17,21)

Reliée à cette présence, on trouve dans Luc l’insistance sur le Aujourd’hui, comme par exemple dans l’épisode du publicain Zachée dans son arbre à qui Jésus dit:
Zachée, descend vite, car il me faut aujourd’hui demeurer chez toi. A la fin du repas chez Zachée, Jésus déclare : Aujourd’hui le salut est arrivé pour cette maison. (Luc 19,5-9)

La présence du Royaume, comme le thème de la présence messianique, implique un renversement des valeurs reçues par le monde. On trouvait ce renversement dans le Magnificat de Marie.

Les béatitudes sont donc une proclamation que le Royaume de Dieu est présent, que lui seul apporte la vraie nourriture, la vraie consolation, et qu’en dépit des persécutions il apporte la vraie joie.

Jean Gobeil SJ