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(Français) 2023/01/07 – Jn 2, 1-11

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Il faut nous habituer à la manière d’écrire de Saint Jean. Saint Jean, il faut le lire entre les lignes. C’est entre les lignes qu’il dit les choses importantes. Pour Jean, ce premier signe, comme il dit, de Jésus à Cana est très important : il évoque à lui tout seul le grand mystère du projet de Dieu sur l’humanité, mystère de Création, mystère d’Alliance, mystère de Noces.
Le prologue de Jean est une grande méditation sur ce mystère du projet de Dieu sur l’humanité. Le récit des noces de Cana est exactement la même méditation. Ces deux textes nous introduisent au mystère du projet de Dieu sur nous et en nous.
Entre le Prologue et les Noces de Cana, il y a 7 jours. C’est ce qu’on appelle la « semaine inaugurale » de la vie publique de Jésus.
1. Elle commence auprès de Jean-Baptiste au bord du Jourdain où des Pharisiens sont venus l’interroger sur sa mission ; et déjà Jean-Baptiste annonçait la venue de Jésus ; 1er jour !
2. Le lendemain, Jean-Baptiste a la joie de voir Jésus lui-même venir vers lui et il reconnaît en lui « le Fils de Dieu, celui qui baptise dans l’Esprit Saint » (Jn 1,33-34) ; 2e jour!
3. Le lendemain encore, nouvelle rencontre au bord de l’eau : cette fois, ce sont deux disciples de Jean-Baptiste qui se détachent de son groupe pour suivre Jésus et celui-ci les invite à passer la soirée auprès de lui ; 3e jour !
4. Le jour suivant, Jésus part en Galilée accompagné déjà de quelques disciples. 4e, 5e 6e jour !
5. Et c’est en Galilée, trois jours plus tard, qu’a lieu le miracle de Cana : Jean commence son récit des noces de Cana en disant « le troisième jour, il y eut un mariage à Cana en Galilée » ; 7e jour !
Le « septième jour », Dieu avait achevé l’œuvre qu’il avait faite. Dit la Genèse. Le septième jour renvoie toujours à l’achèvement de la Création. Comme le mot « commencement ». St Jean utilise ce mot ici à la fin de son récit des noces de Cana : « Tel fut le commencement des signes que Jésus accomplit. » Dans le Prologue, Jean affirmait « Au commencement était le Verbe, et le Verbe était auprès de Dieu et le Verbe était Dieu. Il était au commencement auprès de Dieu. C’est par lui que tout est venu à l’existence et rien de ce qui s’est fait ne s’est fait sans lui. » Nous voici dans le cadre des sept jours de la Création.
Les noces de Cana, un septième jour, se fait l’écho de la Création du monde. À Cana, Jésus ne se contente pas de multiplier le vin, il crée une vie nouvelle ; comme au commencement de toutes choses, le Verbe était tourné vers Dieu pour créer le monde, à Cana une nouvelle étape s’inaugure, c’est le commencement de la création nouvelle, avec le Christ. Et il s’agit d’une noce !
On peut faire un autre parallèle avec le 7e jour. Au sixième jour, Dieu avait achevé son œuvre par la création du couple humain à son image ; au septième jour de la nouvelle création, Jésus participe à un repas de noces. C’est une manière de dire que le projet créateur de Dieu est un projet d’alliance, un projet de noce. C’est pour cette raison que nous avons lu en 1er lecture d’Isaïe dans lequel Dieu disait à son peuple : « Comme la jeune mariée fait la joie de son mari, tu seras la joie de ton Dieu » ; Le parallèle ici à faire, le miracle de Cana est la réalisation de la promesse de Dieu : c’est la fête des noces de Dieu avec l’humanité qui débute là. C’est pour cela que le mot « Heure » chez Jean est si important : il s’agit de l’Heure où le projet de Dieu a été définitivement accompli en Jésus-Christ. C’est bien à cela que Jésus pense quand il dit à Marie : « Femme, que me veux-tu ? Mon heure n’est pas encore venue. » Jésus si situe au-delà du problème matériel du manque de vin, Jésus ne perd pas de vue sa mission qui est d’accomplir les noces de Dieu avec l’humanité.
Je retiens trois leçons de ce texte. Et c’est Marie qui nous les donne :
1. La première leçon c’est l’attention. Faire attention aux autres. Marie fait attention à tous les détails. Elle ne fait pas les choses à la place des autres, ce n’est pas elle qui change l’eau en vin. Mais, elle averti son fils qui fait le reste. Elle, elle se retire et garde tous ces événements dans son cœur ;
2. Deuxième leçon : sa mère dit à ceux qui servaient, « tout ce qu’il vous dira faites-le ». Si dernièrement au baptême du Christ la voix du Père depuis la nuée nous disait : « c’est mon Fils bien-aimé en qui j’ai mis toute ma joie, écoutez-le ». Aujourd’hui, c’est Marie qui nous montre vers qui nous devons nous tourner quand nous avons des soucis, elle nous indique que c’est vers Jésus-Christ que nous devons aller s’il nous manque quelque chose ;
3. La troisième leçon de ce Dimanche, c’est que chacun de nous à son rôle dans la vie et en fait personne ne fait pas ombrage à l’autre. Selon le principe de subsidiarité, chacun devrait être à sa place et faire ce qu’il a à faire sans être une entorse à l’épanouissement de l’autre; Marie constate le manque, le dit à Jésus, et Jésus dit aux servants remplissez d’eau les jarres. Vous voyez que c’est ainsi que la société est organisée. Cela nous permet de constater qu’on a besoin les uns des autres.
La dernière leçon c’est que Jésus nous donne toujours ce qui y a de bon et de meilleur pour nous.
Il garde toujours le bon et nous le donne toujours. Jésus nous donne en tout temps ce qui est bon, parce que nous sommes ses enfants bien-aimés.
Demandons la grâce de savoir, nous-aussi donner toujours le meilleur de ce que nous sommes et de ce que nous avons aux autres qui sont dans le besoin. Demandons-lui de savoir, partout où l’on se trouve, être des artisans de paix et de joie.
Laissons-nous habiter par son Esprit Saint pour faire le bien en tout temps, pour notre Salut et la plus grande gloire de Dieu.

P. André SJ

(Français) 2023/01/06 – Lc 3, 23-38

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Jésus revient en Judée. Il baptise au Jourdain. Les disciples de Jean ont une discussion à propos des bains de purification et vont trouver Jean. Ils lui rapportent que Jésus baptise et que tous vont à lui. Jean rend son dernier témoignage. Il rappelle qu’il a dit qu’il n’était pas le Messie. Il est celui qui a été envoyé avant lui. Il est donc normal que Jean Baptiste diminue alors que lui grandit et il s’en réjouit.

La chronologie de l’évangile de Jean n’est pas rigoureuse. Plutôt qu’un déroulement de la vie de Jésus il veut présenter des moments qui sont significatifs. Il a commencé cette présentation par la venue de Jean Baptiste pour témoigner de la venue puis de la présence du Messie. C’est à cause de ce témoignage que certains de ses disciples se sont mis à la suite de Jésus pour devenir ses disciples. Jésus doit être retourné à Nazareth puisqu’il va au mariage de Cana, un village voisin. On le retrouve ensuite à Jérusalem pour la Pâque (la première) où il fait la purification du temple. C’est à la suite de cela, probablement encore à Jérusalem, qu’un pharisien notable va le voir la nuit. Comme Nicodème mentionne les signes que Jésus fait (un mot que Jean emploie au lieu de miracles), cela signifie qu’il a commencé à en faire que nous ignorons. Il doit ensuite être retourné en Galilée puisque notre texte le présente comme venant en Judée. Plus précisément, il revient au Jourdain où Jean continue de baptiser. Jésus séjourna avec des disciples et baptise lui aussi à un autre endroit que celui de Jean Baptiste que Jean indique avec précision.

Cette partie de l’évangile laisse l’impression que Jésus a commencé par une période reliée à Jean Baptiste et à son activité au Jourdain avant de devenir un prophète itinérant comme le synoptiques le présentent.

Le baptême de Jésus, comme celui de Jean Baptiste, n’est pas encore le baptême dans l’Esprit: ce n’est qu’après la résurrection que commence ce baptême. Les Juifs pratiquaient des bains de purification par immersion dans des bains profonds, les « mikvé ». De même, la secte des Esséniens dans le monastère de Qumran devaient se purifier souvent. Avec Jean Baptiste, la différence est que son baptême n’est donné qu’une fois et qu’il est plutôt le symbole d’une conversion en préparation de la venue du Règne de Dieu au lieu d’une purification rituelle. On comprend que des Pharisiens ou des prêtres pouvaient poser des questions et discuter la légitimité de l’action de Jean Baptiste.

Mais l’incident et l’inquiétude des disciples devant le succès de Jésus ne sont qu’une occasion pour Jean Baptiste de donner son ultime témoignage. Au début du texte, la mention que Jean Baptiste n’avait pas encore été arrêté résonne comme une menace. Ce sera la fin de sa mission et Marc dit que c’est après son arrestation que Jésus commence le ministère qui lui est propre, la proclamation de la Bonne Nouvelle. (Marc 1,14) Pour Jean Baptiste, le succès de Jésus, même s’il annonce la fin de sa mission, est une cause de joie: ce qu’il avait annoncé et voulu préparer commence à se réaliser. Jésus dira de Jean Baptiste qu’il a rendu témoignage à la vérité et qu’il a été la lampe qui brûle et qui luit.

Jean Gobeil SJ

(Français) 2023/01/05 – Jn 1, 43-51

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Jésus, sur les bords du Jourdain, après avoir accueilli ses premiers disciples, est sur son départ pour la Galilée. Il rencontre Philippe et l’appelle. Philippe se fait l’intermédiaire pour faire venir Nathanaël à Jésus. Jésus montre à Nathanaël qu’il le connaît profondément. Celui-ci reconnaît en Jésus le Fils de Dieu et le Roi d’Israël. Jésus promet à ses disciples qu’ils verront le Ciel communiquer avec lui-même, le Fils de l’homme.

Jésus a commencé par rester près du Jourdain. Lui, ou ses disciples, pratiquaient un baptême de pénitence comme celui de Jean (Jean 4,1). Marc dit que c’est après l’arrestation de Jean Baptiste que Jésus a quitté le Jourdain pour aller en Galilée (Marc 1,14). Ce départ marque une certaine rupture avec Jean Baptiste. Ce dernier restait au Jourdain: il attendait que les gens viennent à lui. Jésus va faire l’inverse: il va aller vers les gens dans les villes et villages de Galilée. C’est pourquoi il pourra dire que le Fils de l’homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu (Luc 19,10). Comme on peut le voir dans cette dernière citation, il y aussi une rupture avec la prédication de Jean Baptiste qui annonçait la venue d’un Messie qui jugerait et condamnerait. C’est pour cette raison que Jean Baptiste, dans sa prison, enverra certains de ses disciples lui demander s’il est bien celui qu’on attendait. Jésus répondra en citant ses oeuvres de libération qui correspondent à la prophétie d’Isaïe au sujet du Messie.

Pour le moment, Jésus choisit deux autres disciples provenant encore de l’entourage de Jean-Baptiste: Philippe et Nathanaël (probablement le Barthélemy des listes des Douze). Nathanaël est un sceptique.

Mais quand Jésus lui dit qu’il l’a vu quand il était assis sous un figuier, il est convaincu que Jésus le connaît profondément. Les rabbins employaient cette expression pour dire méditer sur l’Écriture. Nathanaël se rend compte que Jésus sait ce qu’il cherchait. Il fait alors une profession de foi très belle et même trop belle pour un disciple qui commence. On sait par les autres évangiles que les disciples on mis du temps à accepter tout le mystère de Jésus. C’est pour cette raison que pour être un disciple, on ne mentionne pas seulement “suivre Jésus” mais on ajoute “demeurer en lui”.  Non seulement il dit que Jésus est le Fils de Dieu mais encore il le dit le Roi d’Israël, ce qui est bien différent du titre politique de Roi des Juifs.

Cette façon de parler de Jésus avec l’éclairage de la résurrection comme Fils de Dieu, non pas seulement comme saint mais comme partageant la nature divine, d’Agneau de Dieu comme le serviteur qui a pris sur lui les péchés des hommes pour les libérer, de Roi d’Israël en tant que Roi du peuple de la nouvelle alliance, sont des actes de foi faits par les chrétiens. Et c’est ce qu’on appelle une haute christologie. C’est pour cela que l’auteur du quatrième évangile a été très tôt surnommé, le Théologien (Theologos).

Jean Gobeil SJ

 

 

(Français) 2023/01/04 – Jn 1, 35-42

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Jean Baptiste rend témoignage devant deux disciples en disant: Voici l’Agneau de Dieu. Les deux disciples suivent Jésus qui finit par leur demander: Que cherchez-vous? Ils répondent: Rabbi, où demeures-tu? Jésus leur dit: Venez et vous verrez. Ils restèrent près de lui. C’était vers 4 heures. André, l’un des deux disciples alla dire à son frère Simon: Nous avons trouvé le Messie. Jésus en le voyant lui dit: Tu es Simon, fils de Jean. Tu t’appelleras Képhas (Pierre).

Les premiers disciples de Jésus étaient des disciples de Jean-Baptiste ou au moins de son entourage.

C’est Jean Baptiste, lui-même, qui en dirige deux vers Jésus en disant: Voici l’Agneau de Dieu. L’un est André et l’autre n’est pas nommé. Ils se mettent à suivre Jésus qui se retourne et leur demande:  Que cherchez-vous?

Il y a un procédé qui revient souvent dans l’évangile de Jean. C’est celui d’utiliser des mots à double sens: un sens matériel et un sens spirituel, comme, par exemple “naître” qui peut parler de la vie humaine et en même temps parler de la Vie divine.

Ici, dans ce Que cherchez-vous, il y a un sens général, ordinaire mais il peut y avoir en outre une question sur son identité, sa mission ou sa doctrine: Qui cherchez-vous en me suivant? Qu’est-ce que vous attendez de moi? La réponse des disciples, Où demeures-tu ? prend alors le sens de Qui es-tu? Nous voulons te connaître. La réponse de Jésus est nettement un double sens: un sens matériel, Venez et vous verrez; et un sens spirituel très important. “Venez”, c’est-à-dire mettez-vous d’abord à ma suite, soyez mes disciples; “Et vous verrez”, c’est-à-dire alors vous me connaîtrez.

C’est la démarche fondamentale d’un disciple: il doit commencer par se mettre à la suite du Christ, par vivre avec lui. C’est seulement ainsi qu’on peut le connaître. La foi n’est donc pas d’abord l’acceptation d’une doctrine ou d’une série de propositions mais bien l’acceptation de quelqu’un. Ce sera l’approche des apôtres dans leurs premiers discours après la résurrection: ils ne commencent pas par donner les détails d’une doctrine. Ils invitent à croire en Celui qu’ils proclament. C’est ainsi que commence la Vie avec lui et qu’il se laisse découvrir.

Le rôle des intermédiaires est important. C’est Jean Baptiste qui a annoncé le Messie à ses deux disciples. André, à son tour, va l’annoncer à son frère Simon. Mais quand Simon vient à Jésus, celui-ci lui donne un nouveau nom: Pierre. Donner le nom montrait l’action de Dieu dans le cas des noms de Jésus et de Jean Baptiste, révélés par l’ange. Changer le nom indique une nouvelle mission ou un nouveau rôle. Ici, Simon reçoit l’investiture d’une position d’autorité. Il sera le porte-parole des Douze (Jean 6,67) puis, après la résurrection, il sera établi le pasteur du troupeau (Jean 21).

Il reste le compagnon d’André, le disciple qui n’est pas nommé et que l’auteur de l’évangile a voulu garder mystérieux. Sans faire de suppositions, le lecteur ne peut s’empêcher de penser que c’est lui qui a remarqué l’heure précise de la rencontre avec Jésus et qu’il doit être très proche de ce Jean à qui l’évangile est attribué.

Jean Gobeil SJ

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(Français) 2023/01/03 – Jn 1, 29-34

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Jean Baptiste voit Jésus venir à lui et déclare que c’est lui qui est envoyé par Dieu pour enlever le péché du monde. Jean lui rend alors ce témoignage: il a vu l’Esprit venir sur lui. Il lui avait été révélé que c’était le signe que c’était lui qui baptisait dans l’Esprit Saint. Il donne le témoignage que c’est lui le Fils de Dieu.

Jean Baptiste a rendu témoignage devant des autorités religieuses soupçonneuses sinon hostiles. Il a refusé de s’identifier avec les figures qui annonçaient le Messie ou avec le Messie lui-même. Le rôle qu’il accepte est celui d’un serviteur qui annonce et prépare la venue du Seigneur.

Maintenant, il rend témoignage devant ses propres disciples. En faisant cela, il accepte de les diriger vers celui qui vient et d’éventuellement de les perdre. En dépit de son prestige auprès des foules, il est vraiment celui qui veut être l’humble serviteur du plus grand que lui.

A ses disciples, en voyant venir Jésus, Jean Baptiste déclare: Voici l’Agneau de Dieu. Dans le contexte d’Israël, l’agneau est d’abord l’agneau pascal. Il rappelle l’agneau qu’on a immolé et mangé en Égypte sur l’ordre de Dieu. C’est le sang de cet agneau sur les portes des maisons d’Israël qui les a protégés de l’épidémie qui frappait l’Égypte. C’est cette protection qui a permis le départ, la libération d’Égypte et l’Alliance du Sinaï. Dans l’évangile de Jean, Jésus meurt au moment où on immole les agneaux pour la fête de Pâques. Jésus est la libération, la nouvelle Pâques.

Jean Baptiste dit qu’il a eu une vision où l’Esprit descendait sur Jésus sous forme d’une colombe. L’image de la colombe et celle de l’Agneau qu’il utilisera plus loin sont des images qui évoque la douceur et qui coïncident avec la parole du Christ qui invite à venir à lui parce qu’il est doux et humble de cœur (Mt.11,29). Pourtant, l’Esprit, le Souffle de Dieu, même s’il peut être délicat, représente la puissance de l’action de Dieu. Et l’Agneau, dans la vision de l’Apocalypse, parce qu’il est passée à travers l’immolation est devenu une figure de puissance pour libérer les captifs des pouvoirs du mal. On a donc ce contraste de la puissance de Dieu qui se manifeste dans l’humilité et la douceur de son Fils.

En commençant par cette vision de l’Esprit descendant sur Jésus, Jean Baptiste reconnaît en lui celui qui apporte les temps messianiques, le temps de la nouvelle alliance. Dans Ézéchiel, Dieu avait dit en parlant d’une nouvelle alliance: Je mettrai mon Esprit en eux. Et plus tard, le prophète Joël avait vu la présence de l’Esprit dans chacun comme la caractéristique des temps nouveaux. Jésus est ainsi révélé comme celui qu’on attendait et qui est envoyé par Dieu. Il est celui qui va donner l’Esprit en baptisant dans l’Esprit.

Le sommet de son témoignage est : C’est lui le Fils de Dieu. Cette profession de foi ne prendra toute sa force qu’avec la résurrection du Christ. A ses disciples, en voyant venir Jésus, Jean Baptiste déclare: Voici l’Agneau de Dieu.

Jean Gobeil SJ

(Français) 2023/01/02 – Jn 1, 19-28

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Après le prologue de l’évangile qui donnait le sens global de la personne du Christ dans le plan divin, l’évangéliste commence l’annonce de la vie publique de Jésus par le témoignage de Jean Baptiste. Des Juifs, c’est-à-dire des autorités religieuses, viennent demander à Jean Baptiste qui il est et pourquoi il pratique ce rite spécial d’un baptême. Jean déclare qu’il n’est pas le Messie attendu, ni le prophète Elie qui était supposé revenir précéder le Messie, ni le prophète comme Moïse que ce dernier avait promis. Il dit qu’il vient annoncer la présence d’un plus grand que lui et que son baptême n’est qu’un signe de préparation et d’accueil pour celui qui va venir.  L’endroit où se tient Jean Baptiste et où les gens vont le trouver est sur le bord gauche du Jourdain et s’appelle Béthanie, à ne pas confondre avec l’autre Béthanie près de Jérusalem où vivait Lazare et ses soeurs.

Le Prologue de l’évangile avait dit que Jean Baptiste n’était pas la lumière mais qu’il était celui qui rendait témoignage à la lumière. C’est par le témoignage de Jean Baptiste que commence la vie publique de Jésus.

Et ce témoignage ressemble déjà à celui qui est fait dans un procès. La mention des Juifs reviendra dans l’évangile pour signifier ceux, parmi la population juive, qui refusent d’accueillir Jésus. On va préciser qu’il s’agit ici des autorités du temple, les prêtres et les lévites, et des autorités en matière d’interprétation de la Loi, les Pharisiens. Ils ne viennent certainement pas pour se faire baptiser.  Ils viennent demander à Jean Baptiste de se justifier: qui est-il et quel est son rôle.

Comme dans le Prologue, Jean Baptiste commence par dire ce qu’il n’est pas. Il n’est pas le Christ, c’est-à-dire le Messie attendu. Il n’était pas non plus Élie que Dieu, croyait-on, avait gardé vivant pour la mission d’annoncer un jour la venue de Dieu. Il n’était pas celui qu’avait promis Moïse:  Yahvé ton Dieu suscitera pour toi, du milieu de toi, parmi tes frères, un prophète comme moi que vous écouterez.  (Deutéronome 18,14)

Il déclare qu’il n’est qu’une voix qui avertit qu’il faut préparer par sa conduite la venue du Seigneur, comme avait prédit Isaïe. Son baptême n’est qu’un signe de préparation. Devant celui qui vient, il n’est qu’un très humble serviteur.

Jésus dira plus tard que c’est Jean Baptiste qui a rempli le rôle qu’on attribuait à Élie et il ajoutera qu’il était même plus qu’un prophète. Dans sa première prédication, Pierre dira que Jésus était ce prophète annoncé par Moïse: il avait apporté la dernière révélation. Mais il devra ajouter qu’en plus d’apporter la révélation, il avait apporté la transformation en donnant le pain de vie.

Jean Gobeil SJ

(Français) 2022/12/31 – Jn 1, 1-18

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En guise de préface à son Évangile, Jean emprunte un chant chré­tien déjà existante, qu’il complète pour introduire les idées essentielles que son livre développera. La mission du Verbe incarné, selon Jean, consiste dans une descente d’en haut vers le monde des humains, qui sont d’en bas, et dans une remontée auprès de Dieu. Dans son message d’adieu aux siens, Jésus leur résume ces trois étapes de sa mission : Je suis venu du Père et je suis ar­rivé dans le monde. Maintenant je quitte le monde et je m’en vais auprès du Père. (Jn 16, 28)

Comme le Prologue offre un résumé de l’Évangile, on y retrouve trois parties : 1) Le Verbe préexistant (avant la création) auprès de Dieu (vv. 1-5); 2) Le ministère du Verbe parmi les humains depuis son incarnation, avec un fort accent sur le refus incompréhensible que lui oppose le monde (vv.6-13; 3) La glorification du Verbe, qui comble ceux qui croient, en leur accordant grâce sur grâce (vv. 14-18).

La Parole de Dieu, Personne divine (vv. 1,14), est la Lumière (vv.5,9) et le Fils unique de Dieu (vv.14,18). Il est devenu chair, c’est-à-dire homme limité et faible (v.14). Bien que rejeté par les siens, il accorde à tous ceux qui l’accueillent par la foi le pouvoir de devenir enfants de Dieu, en sorte qu’ils participent à la plénitude de Dieu. Cette grâce provient de l’amour de Dieu, qui surpasse le don de la Loi par Moïse.

La tradition rattachait le début du ministère de Jésus à celui de Jean Baptiste. Aussi l’évangéliste mentionne Jean avant que la lumière vienne dans le monde, affirmant que sa mission consistait à rendre témoignage au Verbe Lumière (vv.6-8). Uni à ceux qui ont vu la gloire du Verbe venu dans la chair, Jean témoigne qu’il existait avant la création (v.15).

Ce prologue commence en précisant la relation qui unit le Verbe à Dieu (vv. 1-2). Dans une relation personnelle avec Dieu, le Verbe vit de Dieu et en Dieu. Le Verbe, sans cesse tourné vers Dieu, s’ouvre complète­ment à Dieu, qui lui donne tout, en sorte que le Verbe est lui-même Dieu (v.1c).  Mais Dieu n’absorbe pas le Verbe, qui conserve son identité distincte de Dieu. L’Évangile reprendra cette relation étroite avec les termes de Père et de Fils. Jésus exprimera avec force son union à Dieu, af­firmant que moi et le Père, nous sommes un (10, 30), non pas seulement unis, mais d’une certaine manière une seule réalité. Aussi Jésus peut-il ré­pondre à Philippe qui lui demande de lui montrer le Père : Celui qui m’a vu a vu le Père, …je suis dans le Père et le Père est en moi. (14,9-10)

La condition humaine ne se comprend que dans une vue globale de son histoire, qu’il s’agisse d’une personne ou d’un groupe. Il faut connaître ses racines et le terme vers lequel tend son cheminement. Aussi Jean évoque le début, la création de l’univers, Tout a été fait par lui (v.3), et le but que doit poursuivre le croyant, devenir enfants de Dieu (v.12) et recevoir du Fils glorifié grâce sur grâce (v.16). L’histoire d’un individu ou d’une commu­nauté ne peut avoir de sens que si elle progresse dans une continuité vers un but. Or cette continuité dépend de la fidélité à un projet. Telle est la loi exi­gée pour se développer. Le progrès, le bonheur et la vie sont à ce prix.

Jean enseigne au croyant à voir avec optimisme l’univers et l’histoire, car tout vient de Dieu, qui agit par son Verbe : Tout a été fait par lui (v.3). Contrairement à ceux qui, à son époque, enseignaient que la chair et la ma­tière étaient mauvaises, Jean affirme à la suite de la première page de la Bible que tout est bon. Aucune chose n’est mauvaise en elle-même. Après avoir mentionné à quatre reprises que ce qu’il avait créé était bon, le récit de la création concluait : Dieu constata que tout ce qu’il avait fait était vraiment une très bonne chose. (Gn 1,31) Aussi le croyant doit avoir le sens de la beauté et s’émerveiller, car pour lui tout est grâce.

Le projet de Dieu pour l’humanité et pour chaque être humain se ré­sume dans le don de la vie et de la lumière : La vie était la lumière des hommes et, en venant dans le monde, elle illumine tout homme. (vv.4.9) L’amour de Dieu se révèle dans cette offre incessante qu’il adresse par son Verbe incarné à toute personne, malgré les refus du monde.

Le Verbe incarné n’était pas une lumière parmi d’autres qui pour­raient la corriger ou la compléter. Il est l’unique lumière, l’unique révéla­tion valable pour l’être humain. Celui-ci ne peut se disperser en adhérant à plusieurs sagesses, révélations ou projets, car on devient le Dieu en qui on croit. Adhérer à Dieu et à des idoles, c’est s’écarteler, se diviser et se dé­truire. La monition du prophète Élie est toujours d’actualité : Quand cesse­rez-vous de pencher tantôt d’un côté, tantôt de l’autre ? Ou bien c’est le Seigneur qui est le vrai Dieu…ou bien c’est Baal. (1 Rois 18,21)

La tentation à laquelle succombe le monde (l’humanité séparée de Dieu) quand le Verbe incarné lui offre la lumière, c’est de refuser de sacri­fier son autonomie et sa fausse sécurité (vv.10-11). Le monde craint Dieu et s’en défie, parce que Dieu n’offre pas de garanties tangibles et mesurables que son projet pour la personne humaine est raisonnable. Ceux qui, au contraire, acceptent de se livrer totalement à Dieu présent dans son Verbe constatent que leur personne est entièrement transformée. Dieu en effet leur a permis d’accéder à un nouveau registre d’existence. Il les a engendrés et ils sont devenus ses enfants (vv.12-13).

L’offre constante du Verbe, la vie et la lumière, trouve son couronne­ment lorsqu’il assume complètement, dans sa personne, la condition humaine (v.14). L’incarnation véritable du Fils, unissant en lui le divin et l’humain, paraîtra toujours un mystère scandaleux. À l’encontre d’un large groupe de la communauté de Jean, la 1ère épître proclamera sa foi dans cette manifes­tation inouïe de l’amour de Dieu (1 Jn 4,2-3.14-16). Tout au long de l’his­toire de l’Église, plusieurs voudront éliminer en Jésus, soit Dieu, soit l’homme. L’union étroite de Dieu et de l’humanité dans le Christ constitue pourtant le coeur et le trait distinctif de la révélation, dont les conséquences sont essentielles pour la vie chrétienne.

La médiation du Christ (v.18) est absolument nécessaire, car aucun être humain ne peut atteindre par lui-même Dieu, la source unique de toute vie. Quand il a l’illusion de communiquer avec Dieu, il le déforme et le cari­cature, le réduisant à ses limites humaines, à ses défauts et à ses passions. Aussi la révé­lation, venant d’en haut vers l’être humain, par amour et gratuitement, est nécessaire pour qu’il dépasse sa condition terrestre et qu’il atteigne un au-delà de lui-même. La veille de sa mort, le Christ résume sa mission dans ce mouvement du haut vers le bas et du bas vers Dieu : Je suis sorti du Père et je suis venu dans le monde ; tandis qu’à présent je quitte le monde et je vais au Père (Jn 16,28).

Cette médiation du Fils de Dieu incarné parmi nous est unique, la seule qui permet d’aller vers le Père. Elle englobe toutes les autres médiations, qui n’ont qu’une valeur relative, dans la mesure où elles préfigurent celle du Christ qui viendra ou qu’elles explicitent celle du Fils, qui contient toute la Parole de Dieu (v.17). C’est par référence à cette révélation unique qu’il faut juger tout message qu’on présente comme provenant de Dieu.

Jean-Louis D’Aragon SJ

(Français) 2022/12/30 – Mt 2, 13-15.19-23

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Dans notre humanité corrompue par le péché, l’injustice et la violence, ce sont les êtres les plus fragiles qui sont les victimes. Pensons aux enfants devenus soldats malgré eux, qu’on oblige à tuer et… à se faire tuer, à ceux qui doivent travailler dans des conditions révoltantes, … Le monde ancien n’était pas meilleur que le nôtre, il écrasait les enfants d’une manière encore plus cruelle. Quand on ne s’en était pas débarrassé avant leur naissance, on les abandonnait souvent. Chez les Romains, la coutume voulait qu’on dépose l’enfant nouveau-né sur les genoux de son père, qui décidait si son enfant vivrait ou non.

Dans cette veine de la violence et de la cruauté, Hérode dépassait les tyrans de son époque. Comme tous les ambitieux, il était hanté par le soupçon et il éliminait sans hésitation toutes les personnes qu’il soupçonnait, même celles qui lui étaient les plus proches. C’est ainsi qu’il fit exécuter sa belle-mère, son épouse et trois de ses fils. Pour l’évangéliste Matthieu, Hérode réincarne le terrible pharaon, qui, au temps de Moïse, voulait exterminer, par un génocide programmé, tous les enfants mâles des Juifs.

Consultées par Hérode, les autorités juives avaient indiqué exactement le lieu où le Messie devait naître, mais personne d’entre eux ne s’est déplacé. Ce sont des étrangers, les Mages, qui ont cru et qui ont manifesté leur foi par leur démarche. Ces autorités juives, associées ici à Hérode, préfigurent celles qui rejetteront et condamneront à la crucifixion le Christ Jésus.

Les enfants de Bethléem, massacrés par Hérode, nous rappellent les bébés juifs que le pharaon noyait dans le Nil. Pourquoi célèbre-t-on leur sainteté, alors qu’ils n’étaient ni conscients, ni libres pour croire en Dieu et en son Envoyé? Très tôt, la piété populaire, confirmée par l’Église, a célébré leur mémoire en les déclarant “Saints Innocents.” Nous oublions trop facilement que nous ne sommes pas des êtres isolés, indépendants, repliés sur nous-mêmes. Ces enfants se rattachaient inconsciemment au Sauveur qui venait de naître parmi eux. Ils étaient solidaires, associés au Christ Jésus, et participaient par avance à sa passion.

En dépit de ce stratagème d’Hérode et de ce massacre répugnant, la cruauté de la violence et de la haine n’aura jamais le dernier mot. La sagesse et l’amour de Dieu l’emportent toujours sur la force brutale. Par son ange, Dieu déjoue le stratagème du tyran. Il ordonne à Joseph de partir avec “l’enfant et sa mère” pour l’Égypte, la terre traditionnelle des réfugiés. Mais il ne lui donne pas d’autres précisions, sur l’endroit exact de son séjour et sur le temps de cet exil. Joseph ne pose pas de questions, il obéit, modèle de disponibilité, qui accomplit exactement ce que l’ange lui a ordonné. Le salut dépend toujours de cette parfaite confiance dans le plan mystérieux de Dieu.

À son retour d’Égypte, Jésus réactualise l’Exode de son peuple, que Dieu a délivré de la terre de l’esclavage, pour l’orienter à travers le désert vers la liberté, vers la Terre promise. Dans cette citation du prophète Osée (11,1), le Seigneur prend son peuple près de lui et lui donne le titre de “Mon Fils”. En appliquant cette déclaration divine à Jésus, Matthieu veut signifier que le Christ est le peuple de Dieu, qu’il l’incorpore en lui, pour cheminer avec lui vers la Terre promise, la terre de la liberté, de la vie et du bonheur.

En conclusion, Matthieu rappelle la prophétie du prophète Jérémie (31,15), qui décrit la tragédie des Juifs exilés à Babylone, sur lesquels leur mère, Rachel, se lamente. Jésus prend sur lui toutes les misères, toutes les souffrances, celles des exilés et celles des mères éprouvées par la violence et la cruauté. Les mères des “Saints Innocents” et toutes celles et ceux qui ont mis leur confiance en Dieu semblent écrasés et vaincus par les violents, comme le Christ condamné et exécuté. Mais la réponse de Dieu éclatera dans la résurrection de Jésus, qui prouvera que son amour n’est jamais vaincu. Les exilés de Babylone et tous ceux qui gisent loin de Dieu reviendront dans la Terre, dans la patrie qu’il leur avait promise.

Jean-Louis D’Aragon SJ

 

 

 

 

 

(Français) 2022/12/29 – Lc 2, 22-35

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Les parents de Jésus vont au temple pour remplir les obligations de la purification de la mère et de la consécration du premier-né à Dieu. Poussé par l’Esprit, Syméon, un homme juste et religieux qui attendait le Messie, vient au temple au moment où les parents de Jésus y entraient. Il prend l’enfant dans ses bras et adresse à Dieu une prière d’action de grâce. Puis il bénit les parents et dit à Marie que son fils sera un signe de division puisqu’il sera la cause du relèvement et l’occasion de la chute d’un grand nombre. Elle-même aura le cœur transpercé.

La Loi est mentionnée trois fois dans le texte comme pour souligner que les parents de Jésus observent fidèlement les prescriptions de la Loi. Jésus lui-même dira qu’il n’est pas venu abolir la Loi ou les prophètes (Matthieu 5,17). Ceci indique que les actions et la personne de Jésus font partie du plan de Dieu et se relient donc avec l’action de Dieu dans le passé.

C’est pour observer cette Loi que les parents de Jésus viennent faire la consécration du premier-né et la purification de la mère. Mais pour observer ces deux rites, il n’est nullement nécessaire de se présenter au temple. La mention du temple est donc là pour attirer notre attention. L’annonce de la naissance de Jean Baptiste est le commencement de l’histoire de Jésus. C’est au temple que tout commence, alors que le peuple est en prière et que Zacharie va faire brûler du parfum dans le sanctuaire. Avec la Présentation ici, le temple est encore significatif. Il reviendra une troisième fois dans l’évangile de l’enfance avec le recouvrement de Jésus au temple. Voilà pour le commencement de l’évangile. Mais le temple revient dans la conclusion de l’évangile. Après l’Ascension, les disciples retournèrent à Jérusalem en grande joie, et ils étaient constamment dans le temple à louer Dieu. (Luc 24,52-53)

Comme les trois mentions de la Loi dans notre texte, le temple, qui était à l’origine le lieu où était gardée l’arche d’alliance, rappelle l’histoire de l’action de Dieu pour son peuple. A cause de cela, il était l’endroit d’une certaine présence de Dieu. Les psaumes diront que du fond du temple Dieu entend la plainte du malheureux.

Or, au temps de Jésus, on attendait qu’avec la venue du Messie il y ait une nouvelle présence de Dieu dans son temple. Le prophète Malachie avait dit:  Soudain il entrera dans son sanctuaire, le Seigneur que vous cherchez. (Mal.3,1) La Présentation réalise cette attente. Il y a une nouvelle présence de Dieu. Elle se manifeste à quelqu’un qui n’est pas un membre du personnel du temple: Syméon. Il est décrit comme un homme juste et religieux, quelqu’un qui est fidèle à la Loi et à la prière. Il représente tous ces humbles et ces petits qui attendaient le Messie dans la fidélité. Pour lui, avec la venue de l’enfant, l’Esprit le conduit vers lui pour l’accueillir et pour recevoir la joie de sa présence.

Jean Gobeil SJ

 

(Français) 2022/12/28 – Mt 2, 13-18

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Dans notre humanité corrompue par le péché, l’injustice et la violence, ce sont les êtres les plus fragiles qui sont les victimes. Pensons aux enfants devenus soldats malgré eux, qu’on oblige à tuer et… à se faire tuer, à ceux qui doivent travailler dans des conditions révoltantes, … Le monde ancien n’était pas meilleur que le nôtre, il écrasait les enfants d’une manière encore plus cruelle. Quand on ne s’en était pas débarrassé avant leur naissance, on les abandonnait souvent. Chez les Romains, la coutume voulait qu’on dépose l’enfant nouveau-né sur les genoux de son père, qui décidait si son enfant vivrait ou non.

Dans cette veine de la violence et de la cruauté, Hérode dépassait les tyrans de son époque. Comme tous les ambitieux, il était hanté par le soupçon et il éliminait sans hésitation toutes les personnes qu’il soupçonnait, même celles qui lui étaient les plus proches. C’est ainsi qu’il fit exécuter sa belle-mère, son épouse et trois de ses fils. Pour l’évangéliste Matthieu, Hérode réincarne le terrible pharaon, qui, au temps de Moïse, voulait exterminer, par un génocide programmé, tous les enfants mâles des Juifs.

Consultées par Hérode, les autorités juives avaient indiqué exactement le lieu où le Messie devait naître, mais personne d’entre eux ne s’est déplacé. Ce sont des étrangers, les Mages, qui ont cru et qui ont manifesté leur foi par leur démarche. Ces autorités juives, associées ici à Hérode, préfigurent celles qui rejetteront et condamneront à la crucifixion le Christ Jésus.

Les enfants de Bethléem, massacrés par Hérode, nous rappellent les bébés juifs que le pharaon noyait dans le Nil. Pourquoi célèbre-t-on leur sainteté, alors qu’ils n’étaient ni conscients, ni libres pour croire en Dieu et en son Envoyé? Très tôt, la piété populaire, confirmée par l’Église, a célébré leur mémoire en les déclarant “Saints Innocents.” Nous oublions trop facilement que nous ne sommes pas des êtres isolés, indépendants, repliés sur nous-mêmes. Ces enfants se rattachaient inconsciemment au Sauveur qui venait de naître parmi eux. Ils étaient solidaires, associés au Christ Jésus, et participaient par avance à sa passion.

En dépit de ce stratagème d’Hérode et de ce massacre répugnant, la cruauté de la violence et de la haine n’aura jamais le dernier mot. La sagesse et l’amour de Dieu l’emportent toujours sur la force brutale. Par son ange, Dieu déjoue le stratagème du tyran. Il ordonne à Joseph de partir avec “l’enfant et sa mère” pour l’Égypte, la terre traditionnelle des réfugiés. Mais il ne lui donne pas d’autres précisions, sur l’endroit exact de son séjour et sur le temps de cet exil. Joseph ne pose pas de questions, il obéit, modèle de disponibilité, qui accomplit exactement ce que l’ange lui a ordonné. Le salut dépend toujours de cette parfaite confiance dans le plan mystérieux de Dieu.

À son retour d’Égypte, Jésus réactualise l’Exode de son peuple, que Dieu a délivré de la terre de l’esclavage, pour l’orienter à travers le désert vers la liberté, vers la Terre promise. Dans cette citation du prophète Osée (11,1), le Seigneur prend son peuple près de lui et lui donne le titre de “Mon Fils”. En appliquant cette déclaration divine à Jésus, Matthieu veut signifier que le Christ est le peuple de Dieu, qu’il l’incorpore en lui, pour cheminer avec lui vers la Terre promise, la terre de la liberté, de la vie et du bonheur.

En conclusion, Matthieu rappelle la prophétie du prophète Jérémie (31,15), qui décrit la tragédie des Juifs exilés à Babylone, sur lesquels leur mère, Rachel, se lamente. Jésus prend sur lui toutes les misères, toutes les souffrances, celles des exilés et celles des mères éprouvées par la violence et la cruauté. Les mères des “Saints Innocents” et toutes celles et ceux qui ont mis leur confiance en Dieu semblent écrasés et vaincus par les violents, comme le Christ condamné et exécuté. Mais la réponse de Dieu éclatera dans la résurrection de Jésus, qui prouvera que son amour n’est jamais vaincu. Les exilés de Babylone et tous ceux qui gisent loin de Dieu reviendront dans la Terre, dans la patrie qu’il leur avait promise.

Jean-Louis D’Aragon SJ