Skip to main content

2022/01/13 – Mc 1, 40-45

Un lépreux vient à Jésus et le supplie de le purifier: “Si tu le veux, tu peux me purifier”. Jésus tend la main et le touche en disant: “Je le veux, sois purifié”. A l’instant, il est guéri. Jésus lui défend d’en parler mais lui recommande d’aller faire constater la guérison par un prêtre et de faire l’offrande prescrite dans la Loi. Une fois parti, l’homme répand la nouvelle ce qui oblige Jésus à éviter les lieux populeux.

Le lépreux en s’approchant de Jésus viole un interdit. Jésus en le touchant contracte une impureté rituelle. On pourrait penser que Jésus néglige la Loi. Mais ses recommandations à l’homme guéri montre au contraire qu’il respecte la Loi. Cependant, sa mission et les besoins de la charité doivent avoir la priorité sur des lois rituelles. Pour Jésus, la vision est claire et il n’a aucune hésitation.

D’autant plus que la prière du lépreux est un bel acte de foi. Il croit que Jésus a ce pouvoir et en même temps il respecte sa décision. C’est une belle rencontre dans la foi entre le lépreux et Jésus. Et le geste de Jésus qui tend la main et le touche est bien expressif de l’accueil que Jésus accepte de faire à cette foi.

Immédiatement après la guérison, Jésus fait la prescription du silence, ce qui va revenir souvent.

Jésus a dû garder ses distances vis-à-vis différents courants d’idées et pratiques de l’époque. Il respecte la Loi mais se tient loin des interprétations de Pharisiens qui font passer la Loi avant la charité vis-à-vis du prochain si ce n’est pas avant Dieu lui-même, comme le fera Paul avant sa conversion. Jésus respectera le Temple comme lieu de prière mais il se tiendra loin des Sadducéens qui en faisait un lieu de commerce. Il devra garder ses distances vis-à-vis des nationalistes qui voyaient la libération de l’occupation romaine et des taxes comme un devoir religieux. Mais probablement la question la plus délicate était le désir d’un roi, personnage politique ou militaire, qui réaliserait les attentes messianiques et les promesses de Dieu sur Israël. L’enthousiasme des foules pouvaient facilement fausser la mission et la personne de Jésus dans cette direction. C’est ce qui se passe dans notre texte aujourd’hui. Devant une nouvelle guérison, Jésus doit éviter les endroits où la foule pourrait se rassembler trop facilement et s’enthousiasmer pour une image de Jésus qui n’était pas la sienne.

Jean Gobeil SJ

2022/01/12 – Mc 1, 29-39

Jésus sort de la synagogue le jour du sabbat et va à la maison de Simon et André. La belle-mère de Simon est sérieusement malade. On parle d’elle à Jésus. Jésus va à elle, la prend par la main et la fait se lever. La fièvre l’a quittée et elle peut les servir. Après le coucher du soleil, alors que le sabbat est fini, on lui amène des possédés et des malades. Il les guérit tous mais il empêche les esprits de parler pour dire qui il était. Avant le lever du soleil, Jésus va prier dans un endroit désert. Simon et ses compagnons le retrouvent mais Jésus décide d’aller ailleurs pour continuer sa mission. Il se met à parcourir la Galilée en proclamant la Bonne Nouvelle.

Jésus va à la maison de Simon qui n’a pas encore reçu son nouveau nom de Pierre. Comme c’est encore le sabbat, cette maison ne peut être loin de la synagogue d’où il vient. On parle à Jésus de la belle-mère de Simon: elle a de la fièvre ce qui est toujours inquiétant. Plusieurs fois, les évangéliste remarqueront que Jésus semble répondre immédiatement à la prière faite pour un autre. Jésus va près d’elle. Il lui prend la main et la fait se lever. La fièvre disparaît. Marc remarque que Jésus n’hésite pas à toucher. Il touche les yeux des aveugles. Il embrasse des enfants. Il brise même des interdits graves: il prend par la main un lépreux. Il ne recule pas devant les malades qui veulent le toucher pour être guéris. La présence et le contact personnel sont importants pour lui.

Le sabbat se termine avec le coucher du soleil et les restrictions sur les déplacements sont terminées. On amène alors les malades à la maison de Simon pour se faire guérir par Jésus. Il y a affluence. Jésus fait des guérisons et des exorcismes mais il empêche les esprits mauvais de dire qui il est. C’est le commencement de la consigne du silence. Cela reviendra dans les guérisons individuelles alors qu’il recommandera le silence. Le danger était de le prendre seulement comme un guérisseurs des maux physiques et d’oublier que les miracles n’étaient que des signes de la présence du Règne de Dieu.

Le lendemain matin, très tôt, Jésus va tout seul dans un endroit désert pour prier. Il fera la même chose après la multiplication des pains. Il a besoin de prendre de la distance par rapport à l’effervescence et l’enthousiasme de la foule. Il a besoin de retrouver l’intimité avec le Père qu’il nommera dans la prière au jardin de Gethsémani (14,35). Ici, il a besoin de retrouver l’essentiel de sa mission. S’il reste à Capharnaüm, il n’y pas de doute que la foule va continuer d’affluer et de s’enthousiasmer. Le danger est qu’il soit considéré seulement comme un guérisseur, un thaumaturge.

Quand les disciples le retrouvent, ils confirment ses craintes: Tout le monde te cherche, disent-ils. Jésus décide de reprendre la route à travers la Galilée pour annoncer la Bonne Nouvelle, c’est-à-dire d’annoncer que le Royaume de Dieu est proche. C’est le cœur de sa mission. C’est pour cela que je suis sorti, dit-il. Ce terme est très fort. C’est une référence à sa préexistence auprès du Père et à sa divinité. Cette révélation de son identité ne sera comprise qu’après la résurrection. Pour le moment, l’important pour lui est de rester fidèle à sa mission.

Jean Gobeil SJ

2022/01/11 – Mc 1, 21-28

Après s’être choisi des disciples, Jésus vient à Capharnaüm avec eux et commence son ministère à la synagogue le jour du sabbat. L’auditoire est frappé par son enseignement qui est donné avec une autorité que les scribes n’ont pas. Un esprit mauvais qui est dans un possédé se manifeste: il est très agressif contre Jésus. Jésus l’interpelle avec force: Tais-toi. Sors de cet homme. Et l’esprit est forcé de se retirer avec fracas. La foule est frappée de son enseignement et de sa puissance sur les esprits mauvais: on se demande qui il est.

L’évangéliste présente le commencement du ministère public de Jésus. Auparavant l’Esprit est descendu sur Jésus après son baptême par Jean-Baptiste et il demeure avec lui. Le même Esprit l’a poussé au désert où il a été “testé” par Satan. Jésus s’est choisi des disciples et il est revenu à Capharnaüm où il commence sa prédication le jour du sabbat dans la synagogue.

La scène est un résumé de ce qui avait frappé les disciples dans la personne de Jésus. Quand deux disciples s’en iront après la mort de Jésus et sans connaître encore la résurrection, ils décriront le ministère de Jésus de la façon suivante : .. Jésus, qui s’est montré un prophète puissant en œuvres et en paroles devant Dieu et devant tout le peuple. (Luc 24,19)

Il est un prophète, c’est-à-dire qu’il est envoyé par Dieu et participe à sa sainteté. Sa puissance lui vient de l’Esprit qu’il a reçu. Il est puissant en paroles, c’est-à-dire dans son enseignement. Dans notre texte, il est quatre fois question de l’enseignement de Jésus. Marc ne nous donne pas le contenu de cet enseignement mais il souligne sa manière d’enseigner, son autorité ou sa puissance et que cette façon d’enseigner est bien différente de celle des scribes.

Les scribes parmi les Pharisiens étaient les autorités pour interpréter la Loi ou les Écritures. Mais un scribe ne pouvait se permettre des nouveautés. Son interprétation était toujours basée sur ce que des autorités reconnues avaient dit avant lui. C’est ce qui faisait la valeur de son interprétation. Jésus, lui, n’a pas besoin des autorités humaines. Il enseigne avec l’assurance que lui donne la présence de l’Esprit. Son autorité, sa force, lui vient de Dieu. Et ses auditeurs sont frappés par la nouveauté et l’autorité.

Cette force ne se manifeste pas seulement dans son enseignement mais aussi dans ses œuvres dont l’exorcisme est un exemple. Les possédés sont toujours considérés comme prisonniers d’une force qui est opposée à la sainteté de Dieu. Cette force essaie de maîtriser Jésus en le nommant. C’est la confrontation entre l’esprit du mal et Jésus qui est accompagné de l’Esprit: elle est très courte. Avec deux paroles très rudes Jésus y met fin: Tais-toi! Sors de cet homme. Et c’est fini. Plusieurs fois, Marc présentera Jésus comme celui qui vient avec force confronter les forces qui empêchent l’être humain d’être libre. Avec l’Esprit, Jésus est puissant en paroles et en œuvres. “Un doux prêcheur de Galilée”, comme un auteur a voulu caractériser Jésus, n’aurait frappé personne, ni attiré des foules ni inquiéter de plus en plus les autorités. Il ne serait pas mort sur une croix.

Jean Gobeil SJ

 

2022/01/10 – Mc 1, 14-20

Après l’arrestation de Jean Baptiste, Jésus quitte le Jourdain et part pour la Galilée où il proclame la Bonne Nouvelle: Le Règne de Dieu est tout proche. Convertissez-vous et croyez à la Bonne Nouvelle. Il appelle Simon et André qui étaient en train de pêcher puis Jacques et Jean qui réparaient leurs filets. Ils quittent tout et partent à sa suite.

Avec l’arrestation de Jean Baptiste sa mission est terminée. Ses disciples ont dû se disperser et Simon et André, Jacques et Jean sont retournés à Capharnaüm, à leur métier de pêcheur. On sait qu’au temps de Jésus, le poisson dans la mer de Galilée était assez abondant pour qu’il y ait de la pêche commerciale. Les pères des quatre disciples possèdent deux barques. Zébédée a même des ouvriers. Ils ne sont pas des riches mais ils ne sont pas des pauvres non plus. Mais pour suivre Jésus, ils devront laisser cela derrière eux car maintenant Jésus, à la différence de Jean Baptiste, va se mettre à parcourir la Galilée sur le modèle d’un prophète itinérant..

Jésus les a déjà rencontrés dans le cercle de Jean Baptiste. Maintenant, pour répondre à la proclamation du Règne de Dieu et à l’appel à la conversion, il les invite à le suivre. La conversion est le point départ. Le mot est très fort en grec. Il est formé avec un préfixe, meta, (meta comme dans métamorphose) qui suggère un changement, une transformation. Déjà en hébreu, le mot pour péché comportait l’idée d’une erreur. Commettre un péché c’était faire comme une flèche qui manque la cible. Donc, le regret ou le repentir n’était pas suffisant: il fallait un changement de direction. C’est la même chose pour la conversion. Pour accueillir le Royaume, il faut d’abord être prêt à accepter un changement d’esprit, un changement de coeur, un retournement qui est impliqué dans la conversion. Pour les disciples, c’était d’abord laisser derrière eux la sécurité de leur métier.

Aux deux disciples de Jean Baptiste qui voulaient connaître Jésus, celui-ci avait dit: Venez et voyez. (Jean 1,39) Il n’avait pas donné une définition de lui-même pas plus qu’il ne donne une définition du Royaume. C’est en le suivant, en allant avec lui, c’est en vivant avec lui qu’on le connaîtra. C’est une personne qu’on accepte et non une doctrine. Et accueillir le Royaume, c’est d’abord accueillir celui qui l’annonce.

On voit dans les Actes des apôtres, que les disciples ont été fidèles à suivre l’exemple du Maître dans leur première prédication. Ce qu’on demande d’abord c’est un engagement vis-à-vis du Christ ressuscité et une conversion. La catéchèse, l’enseignement ne viendront qu’après l’acceptation de la proclamation: le Christ est ressuscité. On ne le connaît que progressivement en vivant avec lui et en acceptant de se laisser transformer.

Jean Gobeil SJ

 

 

2022/01/08 – Jn 3, 22-30

Jésus revient en Judée. Il baptise au Jourdain. Les disciples de Jean ont une discussion à propos des bains de purification et vont trouver Jean. Ils lui rapportent que Jésus baptise et que tous vont à lui. Jean rend son dernier témoignage. Il rappelle qu’il a dit qu’il n’était pas le Messie. Il est celui qui a été envoyé avant lui. Il est donc normal que Jean Baptiste diminue alors que lui grandit et il s’en réjouit.

La chronologie de l’évangile de Jean n’est pas rigoureuse. Plutôt qu’un déroulement de la vie de Jésus il veut présenter des moments qui sont significatifs. Il a commencé cette présentation par la venue de Jean Baptiste pour témoigner de la venue puis de la présence du Messie. C’est à cause de ce témoignage que certains de ses disciples se sont mis à la suite de Jésus pour devenir ses disciples. Jésus doit être retourné à Nazareth puisqu’il va au mariage de Cana, un village voisin. On le retrouve ensuite à Jérusalem pour la Pâque (la première) où il fait la purification du temple. C’est à la suite de cela, probablement encore à Jérusalem, qu’un pharisien notable va le voir la nuit. Comme Nicodème mentionne les signes que Jésus fait (un mot que Jean emploie au lieu de miracles), cela signifie qu’il a commencé à en faire que nous ignorons. Il doit ensuite être retourné en Galilée puisque notre texte le présente comme venant en Judée. Plus précisément, il revient au Jourdain où Jean continue de baptiser. Jésus séjourna avec des disciples et baptise lui aussi à un autre endroit que celui de Jean Baptiste que Jean indique avec précision.

Cette partie de l’évangile laisse l’impression que Jésus a commencé par une période reliée à Jean Baptiste et à son activité au Jourdain avant de devenir un prophète itinérant comme le synoptiques le présentent.

Le baptême de Jésus, comme celui de Jean Baptiste, n’est pas encore le baptême dans l’Esprit: ce n’est qu’après la résurrection que commence ce baptême. Les Juifs pratiquaient des bains de purification par immersion dans des bains profonds, les mikve. De même, la secte des Esséniens dans le monastère de Qumran devaient se purifier souvent. Avec Jean Baptiste, la différence est que son baptême n’est donné qu’une fois et qu’il est plutôt le symbole d’une conversion en préparation de la venue du Règne de Dieu au lieu d’une purification rituelle. On comprend que des Pharisiens ou des prêtres pouvaient poser des questions et discuter la légitimité de l’action de Jean Baptiste.

Mais l’incident et l’inquiétude des disciples devant le succès de Jésus ne sont qu’une occasion pour Jean Baptiste de donner son ultime témoignage. Au début du texte, la mention que Jean Baptiste n’avait pas encore été arrêté résonne comme une menace. Ce sera la fin de sa mission et Marc dit que c’est après son arrestation que Jésus commence le ministère qui lui est propre, la proclamation de la Bonne Nouvelle. (Marc 1,14) Pour Jean Baptiste, le succès de Jésus, même s’il annonce la fin de sa mission, est une cause de joie: ce qu’il avait annoncé et voulu préparer commence à se réaliser. Jésus dira de Jean Baptiste qu’il a rendu témoignage à la vérité et qu’il a été la lampe qui brûle et qui luit. (Jean 5,35)

Jean Gobeil SJ

2022/01/07 – Lc 5, 12-16

Un lépreux, en voyant Jésus, se prosterne jusqu’à terre et lui demande: Seigneur, si tu le veux, tu peux me purifier. Jésus tend la main, le touche et dit: Je le veux, sois purifié. A l’instant même, il est guéri. Jésus lui enjoint de ne dire à personne ce qu’il vient de faire et d’observer la procédure pour être réintégré dans la société et avoir accès au culte. La renommée de Jésus grandit. Des foules viennent l’entendre et se faire guérir. Jésus avait l’habitude de se retirer dans des endroits isolés pour prier.

Jésus a commencé sa prédication à Nazareth en déclarant qu’il accomplissait la prophétie d’Isaïe: ayant reçu la consécration de l’Esprit, il était envoyé pour annoncer la Bonne Nouvelle. Ensuite, à Capharnaüm, il commence à enseigner et à faire des guérisons. Sa parole a autorité et puissance même sur les esprits impurs. Il appelle ses quatre premiers disciples: Pierre et André, Jacques et Jean.

Maintenant, pour la première fois, il fait la rencontre d’un lépreux. La lèpre est un terme général couvrant toutes les infections de la peau. Elle rend rituellement impur, ce qui exclut le lépreux du culte et l’exclut même socialement. C’est une impureté contagieuse et personne ne doit l’approcher. Lui-même, avec ses vêtements déchirés, doit garder ses distances; il doit même avertir en criant: Impur! Impur! (Lévitique:13,45) Or celui-ci, dit le texte, était plein de lèpre.

La prière du lépreux est une demande mais elle représente surtout une belle profession de foi. En réponse, Jésus s’approche et le touche. Le geste bien visible traduit la rencontre dans la foi. Il viole ainsi une interdiction catégorique de la Loi mais la rencontre est plus importante que les prescriptions légales. D’ailleurs, la charité suffirait à justifier la préséance du geste comme il le rappellera en une autre occasion en citant le prophète Oée (6,6) : Car c’est l’amour qui me plaît et non les sacrifices, la connaissance de Dieu et non les holocaustes.

D’une parole, Jésus guérit le lépreux. Mais il a bien dit: Je le veux; sois purifié (et non pas: sois guéri). Le miracle n’est pas une œuvre médicale. La guérison représente la rencontre de Dieu qui transforme, guérit et libère. Jésus ne veut pas être considéré simplement comme un guérisseur corporel. C’est pour cela qu’il ne veut pas qu’on parle du miracle. C’était trop facile qu’on ne retienne que l’aspect visible et spectaculaire.

Ce qui suit est une clarification importante pour l’évangéliste. Jésus, qui vient de violer une prescription importante de la Loi, rappelle à l’homme guéri la procédure que la Loi demande à quelqu’un qui pense être guéri: il doit faire attester la guérison par un prêtre et offrir un sacrifice. Ceci montre bien que Jésus a du respect pour la Loi et que c’est pour observer ce qui doit être premier dans la Loi qu’il a agi comme il l’a fait. Luc avait déjà souligné, dans les récits de l’enfance, l’importance du Temple et de la Loi: Jésus avait été présenté au Temple et les parents observaient fidèlement les prescriptions de la Loi pour la purification de Marie. A sa façon, Luc montre donc, lui aussi, que Jésus n’est pas venu pour abolir la Loi ou les Prophètes mais bien pour l’accomplir. (Mt.5,17)

Jean Gobeil SJ

2022/01/06 – Lc 4, 14-22a

Après les tentations au désert, Jésus revint en Galilée avec la puissance de l’Esprit. Il enseigne dans les synagogues et sa renommée se répand. Il revient à Nazareth et dans la synagogue le jour du sabbat il fait la lecture d’un texte d’Isaïe où le prophète parle de sa mission d’annoncer une bonne nouvelle, la libération de ceux qui sont pauvres et meurtris, et le temps de la faveur de Dieu. Jésus déclare que cette prophétie s’accomplit aujourd’hui pour les auditeurs. Toute l’assistance était témoin de ce qu’il disait (accueillait) et s’étonnait de ses paroles de grâce.

Comme introduction à la vie publique de Jésus, Luc fait un court résumé. Jésus vient en Galilée, avec la puissance de l’Esprit; il enseigne et sa renommée se répand et tout le monde fait son éloge.

On mentionne au début de la création que l’Esprit, ou le souffle de Dieu, planait sur les eaux. C’est donc une nouvelle création que l’ange annonce à Marie en lui disant: L’Esprit Saint viendra sur toi et la puissance du Très Haut te prendra sous son ombre. Dès le début de l’Incarnation, la présence et la puissance de l’Esprit se font sentir: avec la salutation de Marie, Élisabeth fut remplie d’Esprit Saint. Puis, c’est au tour de Zacharie, le père de Jean Baptiste: il fut rempli de l’Esprit Saint et se mit à prophétiser dans son chant d’action de grâce. C’est encore l’Esprit Saint qui lors de la présentation de Jésus au temple pousse le vieillard Siméon au temple pour qu’il le rencontre.

Jean- Baptiste, préparant la venue de Jésus, annonçait que celui qui viendrait baptiserait dans l’Esprit et le feu. Au baptême de Jésus qui est en prière, l’Esprit Saint descendit sur lui sous une forme corporelle, comme une colombe, indiquant ainsi sa présence dans la mission de Jésus. L’Esprit manifeste son action en menant Jésus au désert pour affronter les tentations auxquelles Israël avait succombé. Il revient en Galilée, dans notre texte, avec la puissance de l’Esprit.

Tous ces détails sur la présence et l’action de l’Esprit Saint dans l’évangile de Luc sont l’annonce du rôle de l’Esprit dans l’Église primitive comme on le verra dans le livre des Actes des Apôtres. Cette présence réalise des promesses importantes dans l’Ancien Testament.

Le prophète Jérémie avait déclaré que l’alliance ne pouvait plus être renouvelée. Il faudrait que Dieu fasse une nouvelle alliance et qu’il crée des cœurs nouveaux (Jér.31,31; 32,36). Ézéchiel avait ajouté qu’après une purification, c’est l’Esprit qui serait donné dans cette alliance qui serait une alliance de paix, une alliance éternelle (Ez.36,27; 37,27). Pour Joël, c’était la caractéristique du jour de Yahvé, des temps messianiques: l’Esprit serait donné à chacun: Je répandrai mon Esprit sur toute chair. (Jl.3,2)

A Nazareth, Jésus déclare: C’est aujourd’hui que cette parole se réalise. Cette parole d’Isaïe disait que l’Esprit était sur lui, qu’il était envoyé (Messie) pour apporter la Bonne Nouvelle. Il était celui qui venait libérer. Il était le sauveur. L’Esprit qu’il apportait donnait la liberté des enfants de Dieu.

Jean Gobeil SJ

2022/01/05 – Mc 6, 45-52

Après avoir nourri la foule, Jésus fait partir ses disciples vers l’autre rive du lac et lui-même ensuite renvoie la foule. Puis il monte sur la montagne pour prier. Le soir vient et, avec des vents contraires, les disciples se débattent avec les rames. Jésus vient vers eux en marchant sur la mer. Les disciples, en le voyant, crurent que c’était un fantôme et se mirent à crier. Jésus leur dit: Confiance. C’est moi: n’ayez pas peur. Il monte dans la barque et le vent tombe. Les disciples sont stupéfaits: ils n’avaient pas compris le miracle des pains parce que leur cœur était aveuglé.

Marc avait déjà mentionné qu’après la journée de Capharnaüm avec ses miracles et la foule qui avait afflué le soir, tôt le lendemain matin Jésus était allé dans un endroit désert pour prier. Ici encore, après le départ de la foule, il sent le besoin de prier. Luc mentionnera plusieurs fois ces prières de Jésus. C’est pour prier qu’ils était monté sur la montagne avec trois disciples lors de la Transfiguration.
C’est après avoir prié qu’il donne aux disciples la prière du Notre Père. C’est comme si Jésus avait eu besoin dans son humanité de la présence du Père pour s’associer à sa volonté. C’est un exemple pour la communauté de Marc qu’on croit soumise à une persécution à Rome. Ils ont besoin d’être encouragés dans leur difficultés.

Cet arrière-plan est important pour comprendre pourquoi Marc, dans son évangile, traite sévèrement les Douze: ils sont lents à comprendre, ils ont le cœur aveuglé et Jésus leur reproche souvent leur manque de foi. Ils vivaient pourtant avec Jésus: les choses auraient dû être faciles pour eux. Marc dit à ses auditeurs que ce n’était pas si facile. Il faut vivre longtemps avec le Christ pour le connaître et cette connaissance suppose toujours de la conversion: il faut avoir le cœur ouvert pour se laisser transformer par lui.

Ainsi, la communauté de Rome ne doit pas être surprise des difficultés qui surgissent. C’est peut-être pour elle que Marc fait se dernière remarque : ils n’avaient pas compris le miracle des pains. C’est plutôt énigmatique dans le texte. Il donne cela comme une explication de ce qu’ils ont eu peur en voyant Jésus marcher sur les eaux. Mais on peut la voir comme une suggestion aux chrétiens de Rome. Ils doivent se rappeler, eux, ce que veut dire le miracle des pains. C’est le symbole de la vie que le Christ apporte. Il est le Seigneur de la vie. Et s’ils se rappellent que pour son œuvre, il veut s’associer ses disciples, ils savent alors qu’ils peuvent compter sur sa présence pour accomplir son œuvre.

C’était pour obéir à Jésus que les disciples étaient partis dans leur barque. Il les avait forcés, dit le texte. Il leur avait même donné la direction: Bethsaïde, une ville de l’autre côté du lac, sur la frontière des territoires païens. C’est en lui obéissant qu’ils avaient rencontré la nuit, les vents contraires et le houle. Les chrétiens de Rome sont invités à se joindre aux Douze dans leur barque et à entendre pour eux la parole du Christ : Ayez confiance: c’est moi. Ne craignez pas.

Jean Gobeil SJ

 

 

 

 

 

 

 

2022/01/04 – Mc 6, 34-44

Jésus a invité les disciples qui revenaient de leur mission à venir à l’écart, dans un lieu désert, pour se reposer. Mais la foule qui ne leur laissait pas de répit devine par la direction du bateau l’endroit où ils vont et elle est déjà là quand ils arrivent. Jésus est saisi d’émotion de les voir comme un troupeau sans berger. Il se met à les instruire. Avec l’heure tardive, les disciples s’inquiètent et suggèrent de les renvoyer mais Jésus leur dit de leur donner à manger. Ils ramassent ce qu’ils peuvent et c’est trop peu. Jésus dit aux disciples de les faire asseoir par groupes. Puis il prend le pain, fait la bénédiction, rompt le pain et le donne aux disciples pour le faire distribuer. Tous mangent à leur faim et il reste douze paniers.

Jésus a pitié de la foule: c’est sa première réaction. Le mot employé est très fort: il traduit une émotion viscérale. Il la voit comme des brebis sans berger. L’image du berger comporte deux aspects qui vont revenir dans le texte. D’abord, des brebis sans berger ne sont pas un troupeau. C’est le berger qui rassemble un troupeau. Ensuite, la vie du troupeau dépend du berger pour trouver de la nourriture et de l’eau. C’est ce que le Christ veut apporter: une nourriture qui donne la vie et qui rassemble un peuple nouveau.

Les gens sont venus pour l’entendre: ils ont la faim de ses paroles. Jésus se met à les instruire. Il leur parle certainement longuement puisque c’est l’approche du soir qui inquiète les disciples: il faut que cette foule se mette en marche pour aller trouver de la nourriture quelque part. Mais Jésus leur donne la tâche de leur donner à manger indiquant par là que les disciples devront continuer son oeuvre. Tout ce que trouvent les disciples c’est cinq pains et deux poissons. C’est trop maigre et pourtant c’est avec cela que Jésus va nourrir la foule. Il a toujours besoin de cette pauvre contribution des disciples et, avec elle, il va faire des miracles. Mais auparavant, il veut faire une autre chose.

Il dit à ses disciples de rassembler la foule en groupes de cinquante et de cent. Juste avant notre texte, la mention d’un lieu désert où allait Jésus avec ses disciples suggérait qu’il allait peut-être faire un geste qui rappellerait Israël au désert. Or, à la sortie d’Égypte, les Hébreux étaient accompagnés d’un ramassis de gens (Ex.12,38): il étaient une foule mais pas encore un peuple. Ce n’est qu’au Sinaï, avec le don de l’Alliance que naîtra le peuple de Dieu composé des douze tribus. En mettant la foule en groupes, Jésus montre qu’il est celui qui rassemble le peuple de Dieu. La mention des douze corbeilles de restes montre que cette foule est maintenant l’image du peuple nouveau dont Israël avait été la préparation et l’image.

Les paroles de Jésus sont suivies de la multiplication des pains. Jésus prend les pains et les poissons, prononce la bénédiction, rompt les pains, les donne aux disciples pour qu’ils les distribuent. Les quatre gestes, prendre, bénir, rompre, donner, sont comme ceux de la dernière Cène où Jésus institue l’Eucharistie.

C’est maintenant dans l’Eucharistie que Jésus rassemble la communauté qui est membre du peuple de Dieu et lui donne la nourriture de sa Parole.

Jean Gobeil SJ

2022/01/03 – Mt 4, 12-17.23-25

Quand Jésus apprend l’arrestation de Jean Baptiste, il quitte le Jourdain et se retire en Galilée. Il laisse Nazareth pour adopter Capharnaüm comme centre de son rayonnement. Matthieu en profite pour souligner que son séjour en Galilée accomplit une prophétie d’Isaïe au sujet de la Galilée qu’il qualifie de Galilée des nations (ce qui équivaut à carrefour des païens). Jésus proclame que c’est le temps de la conversion parce que le Royaume de Dieu est proche. Notre texte omet le choix des quatre premiers disciples à Capharnaüm pour donner un sommaire de l’activité de Jésus à travers la Galilée: il proclame la Bonne Nouvelle (euaggelion, l’évangile) à travers toute la Galilée en faisant des guérisons. Des grandes foules, venues de partout se mettent à le suivre.

Cette partie de l’évangile de Matthieu est comme une introduction à la vie publique de Jésus. Elle montre à la fois le lien avec le plan de Dieu dans le passé et annonce ce que sera la vie publique de Jésus. Au baptême, il a reçu la manifestation de l’Esprit Saint qui l’a conduit ensuite au désert pour refaire l’expérience d’Israël. Mais là où Israël a manqué de fidélité, Jésus, lui, reste fidèle à sa mission d’être au service de la volonté du Père. Des essais de le détourner de sa mission ne manqueront pas dans le reste de sa vie.

Avec l’arrestation de Jean Baptiste, le rôle de celui-ci est terminé. Il avait prêché la conversion en annonçant l’approche du Royaume de Dieu. Maintenant c’est le rôle de Jésus qui commence. Il doit annoncer la présence du Royaume de Dieu, que Matthieu appelle le Royaume des cieux: par respect pour le nom de Dieu, les Juifs évitent de prononcer ce Nom. C’est cette présence qui est la Bonne Nouvelle.

Au lieu de rester au Jourdain et d’attendre que les gens viennent à lui, Jésus veut aller vers les gens. Il retourne donc en Galilée, réalisant ainsi la prophétie d’Isaïe à propos d’une grande lumière qui apparaîtrait en Galilée pour dissiper les ténèbres. Matthieu répètera 41 fois ce genre de référence aux Écritures pour montrer que Jésus continue le plan de Dieu et vient le réaliser. Ses auditeurs sont des judéo-chrétiens et peuvent apprécier cette continuité entre Jésus et les Écritures. Mais Matthieu semble voir la nécessité de leur rappeler que si Jésus a commencé par s’adresser à Israël il n’a pourtant pas exclu les non-juifs. D’ailleurs, il a déjà souligné que les premiers à reconnaître le Messie ont été des étrangers: les Mages. Ici, il semble souligner que Jésus a commencé par la Galilée des nations et non par la Judée et Jérusalem. La Galilée en effet a eu beaucoup d’infiltration étrangère: elle n’est pas juive cent pour cent et l’orthodoxie des galiléens est toujours suspecte pour les gens de Jérusalem. C’est bien là que Jésus a voulu faire la plus grande partie de sa mission.

Il apporte la Bonne Nouvelle à travers toute la Galilée. Encore là, Matthieu pense peut-être non seulement à la Galilée géographique mais aussi à la Galilée sociale. Il ne refusera pas d’aller chez des pharisiens mais il ira aussi bien manger chez des collecteurs d’impôts. Il se laissera approcher par des gens considérés comme pécheurs ou comme impurs. Aucune barrière sociale ne l’arrêtera. Il est bien celui qui est venu chercher et sauver ce qui était perdu.

Jean Gobeil SJ