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(Français) 2022/09/29 – Jn 1, 47-51

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Les “anges” sont des envoyés en mission par Dieu pour le bien d’une personne ou d’un groupe. Leur nom, qui signifie “messager”, indique leur fonction. Les “archanges” appartiennent à un ordre supérieur. Comme ils sont des médiateurs par qui le Seigneur agit, leur nom et leur personnalité sont inconnus, parce qu’ils ne doivent pas attirer l’attention sur eux-mêmes, au point de nous faire oublier que c’est Dieu qui se révèle et agit par eux. À l’époque de l’Apocalypse, l’auteur réagit contre un culte excessif des anges, que certains voulaient adorer (Apoc 19,10 ; 22,8s). Col 2,18 dénonce également “le culte des anges.” Ils sont des serviteurs, qui manifestent la transcendance du Seigneur et sa présence agissante dans le monde.

Seulement trois archanges sont connus par leur nom, ceux dont nous célébrons la fête aujourd’hui. “Michel” dont le nom signifie “Qui est comme Dieu”, dirige le combat dans le ciel contre les mauvais anges. (Apoc 12,7s ; cf. Dan 10,13 ; 12,1) Le Seigneur envoie “Raphaël”, “Dieu guérit”, pour protéger le jeune Tobie, libérer son épouse, Sara, du démon et guérir Tobit, le père, de sa cécité. (Tobit 3,17 ; 12,6-15). “Gabriel” est “l’homme de Dieu”, qui annonce à Daniel la venue Fils de l’homme et sa victoire sur les persécuteurs du peuple de Dieu (Dan 8,16 ; 9,21). Il annonce également à Zacharie la venue du Précurseur, Jean Baptiste (Lc 1,19), et surtout à la mère de Jésus, Marie, la naissance du Sauveur (Lc 1,26).

Pour la fête d’aujourd’hui, la liturgie présente le passage de Jean 1,47ss, qui fait allusion aux “anges qui montent et descendent au-dessus du Fils de l’homme ». Cette image de l’échelle, sur laquelle circulent les anges, évoque leur mission de médiateurs, qui “montent” présenter à Dieu les prières de la terre et qui “descendent” apporter les secours du Seigneur.

La foi de Nathanaël

Quand son ami, Philippe, lui annonce qu’il a découvert Celui que Moïse et les prophètes ont annoncé, le Messie (Jn 1,45), Nathanaël refuse d’accueillir cette invitation. Le scandale de l’Incarnation l’empêche de croire: “Peut-il sortir quelque chose de bon de Nazareth ?” Un homme qui vient d’un petit village ignoré ne peut être le Messie. Comme tous les Juifs, il attend un Messie fulgurant et glorieux. Nous essayons toujours d’imposer nos projections humaines à la révélation de Dieu. En dépit de ce refus, Philippe persuade son ami de venir vers Jésus. En surmontant son préjugé, Nathanaël franchit un premier pas vers la foi et vers la découverte de la véritable identité de Jésus.

De son côté, Jésus accueille Nathanaël par une preuve de sa connaissance surnaturelle et en lui montrant qu’il le connaît d’une manière profonde. Nathanaël est le véritable représentant d’Israël, non pas comme leur ancêtre Jacob, fourbe et menteur. Face à cette clairvoyance de Jésus, Nathanaël proclame la profession de foi la plus profonde de tous les témoins du Christ dans ce préambule de l’Évangile de Jean (1,19-51). “Rabbi”, (Mon Maître), “tu es le Fils (unique) de Dieu”, le titre central de Jésus, qui sera développé dans tout l’Évangile. “Le Roi d’Israël”, est Celui qui, au nom de Dieu, règnera sur son peuple pour en faire l’unité et lui donner la paix et la vie.

“Tu verras mieux encore”

La foi permettra à Nathanaël d’approfondir toujours plus la personne du Christ et sa mission. À travers Nathanaël, cette promesse s’adresse à tout croyant. Jésus s’adresse d’abord au singulier, à Nathanaël, “Tu verras mieux”, puis c’est au pluriel qu’il formule la déclaration solennelle qui suit “Amen, amen, je vous le dis : vous verrez…”, pour signifier que Nathanaël représente tous les croyants de l’avenir. C’est avec les yeux de la foi que le disciple du Christ découvre et connaît toujours mieux le mystère de Dieu et son projet pour le monde. À Marthe, qui ne voit que le cadavre corrompu de son frère, Jésus lui promet : “Ne te l’ai-je pas dit ? Si tu crois, tu verras la gloire de Dieu.” (Jn 11,40)

La citation implicite de Gen 28,12, “Les anges de Dieu montent et descendent au-dessus du Fils de l’homme” rappelle la promesse du Seigneur à Jacob, au moment où celui-ci se trouve dans la plus grande détresse. En songe, Dieu promet un pays à ce fugitif errant et démuni, qui transmettra la bénédiction de Dieu à toutes les nations, comme son ancêtre Abraham (Gen 12,3) et son père Isaac. (Gen 22,18) Jésus affirme solennellement que, maintenant, cette promesse trouve sa pleine réalisation dans la mission du Christ. “Les anges” apportent le secours de Dieu à l’humanité, mais ils descendent et ils montent non plus sur une échelle, mais sur le Fils de l’homme, le parfait et unique Médiateur entre Dieu et l’humanité. Le Prologue de l’Évangile proclamait déjà cette médiation unique: “Personne n’a jamais vu Dieu ; le Fils unique nous l’a révélé “. (Jn 1,18)

Jean-Louis D’Aragon SJ

(Français) 2022/09/28 – Lc 9, 57-62

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En poursuivant sa route vers Jérusalem, Jésus fait la rencontre d’un homme qui se dit prêt à le suivre partout. Jésus le prévient qu’il n’a pas de demeure fixe nulle part. L’homme n’insiste pas. Jésus en rencontre un autre qu’il appelle à le suivre. L’homme met une condition: il doit d’abord voir aux funérailles de son père. Jésus l’invite à tout laisser mais ne semble pas recevoir de réponse. Un troisième se dit prêt à le suivre après avoir rempli certaines conditions. Jésus répond que pour le suivre il faut être prêt à rompre avec le passé.

Suivre Jésus veut dire évidemment être son disciple. Les gens qui se présentent à Jésus pour le suivre sont donc des candidats à être ses disciples. Le premier a choisi lui-même Jésus comme maître comme faisaient les Juifs qui voulaient étudier un an ou deux avec un rabbin chez qui ils pouvaient recevoir l’hospitalité. La situation de Jésus dans son ministère est fort différente. Il n’a pas un domicile fixe où il pourrait rester ou au moins revenir au terme d’une mission. L’annonce de la venue du Règne de Dieu demande qu’il soit toujours en mouvement pour rejoindre les gens là où ils sont: c’était une différence importante par rapport à Jean Baptiste. Le fait qu’il vient d’être rejeté par un village samaritain montre bien qu’il ne peut pas toujours s’arrêter comme il voudrait. L’avertissement qu’il donne au premier candidat est donc que pour être son disciple et annoncer la Bonne Nouvelle il ne doit pas compter sur ce qui fait ordinairement ses sécurités et c’est l’annonce de la Bonne Nouvelle qui a la priorité.

Pour le second candidat, c’est Jésus qui a pris l’initiative de l’appeler à le suivre. Or, ce candidat, lui, met des conditions: il a un devoir familial à remplir d’abord. Et ce devoir est important même aux yeux de Dieu puisqu’il fait partie de la piété filiale qui est le quatrième commandement du Décalogue. La réponse de Jésus est tranchante: ce candidat doit laisser à d’autres ce devoir. Ceci nous rappelle l’exemple de Jésus lui-même quand on lui dit: Ta mère et tes frères veulent te voir. Il répond: Qui est ma mère? Qui sont mes frères? Montrant ses disciples il dit: Voici ma mère et mes frères. (Matthieu 12,48-49)

Etre disciple peut signifier qu’il y a une distance à prendre par rapport aux liens familiaux. C’est une question de priorité. Il ne faut donc pas l’interpréter comme une défense ou un interdit de ce qui n’est pas prioritaire. Jésus, lui-même, sur la croix confiera sa mère au disciple qu’il aimait. Et c’est ainsi que les chrétiens comprendront cette parole. Ainsi, Pierre qui remplit sa mission d’abord à Jérusalem, puis à Antioche, puis à Rome, n’a pas laissé son épouse à Capharnaüm: elle l’a accompagné, comme le rappelle saint Paul (1 Cor.9,5).

Le troisième candidat est prêt à suivre Jésus mais il pose, lui aussi, une condition: aller faire ses adieux aux siens. La réponse avec la comparaison de la charrue qui oblige à avancer et ne peut reculer semble indiquer que si l’engagement exige une rupture on ne peut pas revenir sur cette rupture. L’engagement ne se fait pas dans un moment d’enthousiasme passager. Il faut vraiment que l’engagement d’annoncer la Bonne Nouvelle soit mis au centre de toute la vie et même du quotidien.

Jean Gobeil SJ

(Français) 2022/09/27 – Lc 9, 51-56

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Jésus se met en route vers Jérusalem en sachant que ce serait là qu’il serait enlevé de ce monde. Il prend la route la plus directe entre la Galilée et la Judée, celle qui passe par la Samarie. Un village samaritain refuse de l’accueillir parce qu’on a vu qu’il se dirigeait vers Jérusalem. Jacques et Jean, dans leur indignation demande à Jésus l’autorisation de faire descendre un feu du ciel pour les détruire. Mais Jésus les reprend vivement et le groupe continue vers un autre village.

Les Samaritains avaient eu leur propre temple sur le Mont Garizim jusqu’à la fin du 2e siècle avant Jésus Christ alors qu’il fut détruit pas Jean Hyrcan, roi des Juifs. C’est pour cette raison que les Samaritains ne manquaient pas de faire des représailles contre les Juifs qui allaient vers Jérusalem à l’occasion des fêtes religieuses comme c’est le cas pour Jésus et ses disciples.

Jacques et Jean réagissent vivement au refus du village. Ils sont des fils de Zébédée et faisaient de la pêche à Capharnaüm. Ils avaient leur barque et étaient dits associés ( Luc 5,7) de Simon Pierre qui lui aussi avait une barque de pêche. Ils devaient donc être dans le commerce du poisson avec Simon Pierre, ce qui pourrait expliquer pourquoi, comme Pierre, ils avaient la repartie facile. En bons commerçants, ils avaient l’habitude de calculer: eux (ou leur mère) demanderont à Jésus, avant les autres disciples, d’occuper les premières places dans le Royaume (Marc 10,35). Ils n’aiment pas la compétition non plus : ils ont voulu empêcher quelqu’un d’expulser des démons en se servant du nom de Jésus, parce qu’il ne suivait pas Jésus avec eux (Luc 9,49), dit Jean.

Dans la liste des disciples de Marc (3,17), Jésus leur a donné un surnom, Boanerges, fils du tonnerre. Il ne s’agit pas d’un nouveau nom permanent comme celui de Pierre pour Simon, mais seulement d’une image qui doit correspondre à un trait des fils de Zébédée. Dans notre texte, ils correspondent bien à cette image: ils offrent de faire tomber le tonnerre sur le village pour le détruise! Et pourtant, Jacques et Jean seront, avec Pierre, des disciples favorisés par Jésus.

Jésus prendra les trois avec lui pour qu’ils soient témoins de la résurrection de la petite fille de Jaïre (Luc 8,40). Ce sont les mêmes qui l’accompagneront pour aller prier sur la montagne où il sera transfiguré. Ils seront donc témoins de la gloire de Jésus (Luc 9,28) ce qui était une révélation qui pouvait les réconforter après la première annonce de la Passion. Mais lors de la seconde annonce, tout comme les autres disciples, ils ne comprennent pas la parole de Jésus et ils craignaient de l’interroger. Ils auront à faire face à la Passion, quand Jésus les prendra pour être témoins de son agonie.

Plus tard, Jacques sera le premier apôtre à subir le martyre à Jérusalem en l’an 44. Mais pour le moment, il lui reste à comprendre que Jésus n’est pas venu pour condamner mais pour sauver et que le salut passe par la croix.

Jean Gobeil SJ

(Français) 2022/09/26 – Lc 9, 46-50

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Jésus vient de faire la seconde annonce de la Passion: “Mettez-vous bien en tête ce que je vous dis là: le Fils de l’homme va être livré aux mains des hommes.” Et Luc ajoute que les disciples ne comprenaient pas ce qu’il disait et qu’ils avaient peur de l’interroger. Ils discutaient ensuite entre eux pour savoir qui était le plus grand parmi eux. Jésus met un enfant à côté de lui et leur déclare: “Celui d’entre vous qui est le plus petit, c’est celui-là qui est le plus grand. Celui qui accueille en mon nom cet enfant, c’est moi qu’il accueille. Et celui qui m’accueille accueille aussi celui qui m’a envoyé.” A l’annonce que quelqu’un chasse des démons en son nom il déclare: “Ne l’empêchez pas; celui qui n’est pas contre vous est pour vous.”

Les disciples ont peur d’interroger Jésus parce qu’ils ont peur de voir leur rêve s’effondrer. Ils voient Jésus comme le Messie, l’homme choisi et envoyé par Dieu avec la force de l’Esprit; un Messie puissant et triomphant de tous les ennemis. Mais la puissance de Jésus n’est pas une puissance extérieure fracassante; c’est la puissance de l’amour et non la puissance de la domination. C’est une puissance qui peut accepter le chemin de l’humilité.

Les disciples préfèrent revenir à leur rêve du Messie. S’ils se trompent sur la personne de Jésus ils ne peuvent pas avoir une idée juste d’un disciple. C‘est un deuxième rêve: le disciple le plus méritant aura sans doute une place d’honneur et d’autorité aux côtés d’un Messie qui aura fracassé tous ses ennemis. Il y a évidemment un problème de compétition: qui parmi les Douze est le plus grand. C’est ce qui les préoccupe.

Jésus en prenant un enfant essaie de les réveiller. L’enfant est tout petit dans tous les sens. Dans la société de l’époque, l’enfant n’a aucun pouvoir ni aucun droit. Il est socialement sans importance. C’est un petit. Il est l’image de ceux qu’on appelle les pauvres: ceux qui n’ont aucun pouvoir et n’ont aucune importance dans la société. Pourtant Jésus avait déjà dit : “Heureux les pauvres de coeur: le Royaume des cieux est à eux!”

Cette béatitude est spéciale: le verbe est au présent. Ce n’est pas dans le futur qu’ils auront le Royaume: c’est maintenant. Ce sont ceux qui savent qu’ils n’ont personnellement rien sur quoi s’appuyer et qui ne comptent que sur Dieu et Dieu est proche d’eux: il est même solidaire d’eux : “Celui qui accueille un de ceux-là m’accueille,” déclare Jésus. Ce sont eux les plus grands et un disciple doit être comme eux.

Les disciples ont encore beaucoup de chemin à faire. Jean est encore préoccupé par la compétition: quelqu’un qui ne fait pas partie du groupe ose chasser des démons au nom de Jésus! Aux deux frères, Jacques et Jean, Jésus avait donné le nom de “fils du tonnerre” (Marc 3,17). Et dans Luc, juste après notre texte, un village samaritain refuse de recevoir Jésus et ses disciples. Jean demande à Jésus : “Seigneur, veux-tu que nous ordonnions au feu de descendre du ciel et de les consumer?” Ce n’est qu’après la Passion, quand ils auront reçu l’Esprit Saint, qu’ils comprendront qu’un disciple doit servir et qu’en accueillant les autres il accueille le Seigneur.

Jean Gobeil SJ

(Français) 2022/09/24 – Lc 0, 43b-45

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La première lecture de la liturgie nous présente aujourd’hui une description poétique de la descente de l’être humain vers la mort. L’auteur de l’Ecclésiaste (11,9 – 12,8), un sage, considère la mort avec sérénité et il décrit avec élégance les signes qui révèlent son approche. Mais il n’a aucune espérance dans l’avenir. Tout se termine pour lui dans « la vanité » d’ici-bas. À la mort, il ne reste rien de ce qu’on a vécu de beau et de bien.

Le problème de la mort s’est imposé à toutes les époques et à tous les êtres humains. C’est en apparence la tragédie d’une fin brutale pour toute personne qui aspire normalement à vivre sans limites. Sans la foi, toute personne peut appréhender cette fin comme un trou noir, qui n’a aucun sens. Puisque la mort apparaît désespérante, on essaie de vivre en y pensant le moins possible. Notre société se concerte d’ailleurs pour cacher les signes qui rappellent cette réalité inéluctable : plus d’exposition du défunt dans un salon, crémation pour éliminer au plus tôt le cadavre, brève cérémonie sans signification profonde,…

Jésus annonce sa mort

La mort pourtant est le moment ultime et suprême de notre existence terrestre. Or le terme d’un mouvement, d’une évolution, est le plus important, celui qui couronne et qui donne un sens à tout ce qui précède. C’est pourquoi Jésus a les yeux fixés sur la fin de son existence, qu’il évoque en détail par trois fois dans les Évangiles synoptiques (Matthieu, Marc et Luc).

Lorsqu’il délaisse la foule qui le déçoit, pour se concentrer sur l’instruction de ses disciples, Jésus concentre son enseignement sur ces trois annonces de sa mort et de sa résurrection. Mais, chaque fois, les évangélistes notent que les disciples ne comprennent pas cet enseignement et, même, qu’ils ne veulent pas comprendre ce qui contredit leurs rêves humains et nationalistes.

Après la première annonce (Mt 16, 21-23), Pierre s’insurge vivement contre cette destinée de son Maître, le Messie. Jésus, à son tour, le traite de « Satan », parce que Pierre répète la troisième tentation du diable (Mt 4, 8-10), qui contredit la mission divine que Jésus a reçue de son Père. Dans l’Évangile d’aujourd’hui, Jésus annonce pour la deuxième fois la tragédie qui l’attend à Jérusalem, mais les disciples ne comprennent pas et ne veulent pas connaître la vérité en interrogeant leur Maître. Après la troisième annonce de sa mort (Mt 20,17-19), Jacques et Jean demanderont les premières places dans le Royaume d’un Messie qu’ils attendent triomphant. Les dix autres disciples manifesteront la même ambition.

Dieu livre son Envoyé

L’action de « livrer » le Christ Jésus est attribué dans les évangiles à Dieu et…à Judas. Pourquoi cette trahison de l’apôtre, livrant son Maître, est-elle également rattachée à Dieu ? Voilà le mystère du plan de salut que Dieu réalise à travers la faute ignoble de la trahison d’un apôtre. « Dieu écrit droit avec des lignes croches. » (Paul Claudel) Quand on désespère de notre humanité et de nous-mêmes, nous pouvons toujours espérer que le Seigneur accomplira son projet de vie en dépit des injustices révoltantes de notre monde.

Le Dieu que Jésus nous a révélé est bien le Seigneur tout-puissant, mais il n’est pas un potentat dominateur, il n’est pas un super Jupiter. Sa toute-puissance n’est pas une force brutale. C’est l’amour de Dieu qui est tout-puissant, qui se donne, qui se « livre » dans l’Incarnation de son Fils et qui se « livre » à nous dans chaque eucharistie. Dieu est infiniment grand, mais il est le plus grand dans le service par amour. « Vous m’appelez Maître et Seigneur » et pourtant je vous ai lavé les pieds, comme le ferait un esclave (Jn 13, 13-15).

Le sens de la mort chrétienne

Les disciples de Jésus représentent notre humanité, qui essaie de se cacher la fin de son pèlerinage sur terre, qui considère la mort comme la tragédie inéluctable et scandaleuse. L’attention de Jésus, au contraire, se fixe sur la fin de sa vie, qui semblera marquer la faillite complète de sa mission. Il nous enseigne que la fin de notre existence est le sommet qui donnera un sens à tout ce que nous aurons vécu.

Aucune philosophie, ni aucune théologie, en dehors de l’Évangile, n’ouvre une issue à la tragédie de la mort, l’angoisse centrale de toute vie humaine. Jésus nous a montré que la mort, librement acceptée dans la confiance et l’amour, ouvre à la présence de Dieu. La mort nous vide de nous-mêmes et de notre égoïsme pour accueillir l’Amour transcendant. La croix nous dépouille de tout, elle nous réduit à la plus profonde pauvreté. Dans la première béatitude, la plus fondamentale, celle des pauvres, le Christ a promis à ces bienheureux d’entrer dans le Royaume de la vie, de la joie et du bonheur.

Jean-Louis D’Aragon SJ

(Français) 2022/09/23 – Lc 9, 18-22

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Après avoir accompagné leur Maître pendant un certain temps, les disciples ont pu soupçonner le mystère de sa personne. En contraste avec la foule qui est simplement enthousiaste, ils croient que Jésus parle et agit au nom de Dieu, qu’il est un envoyé du Seigneur. Pour que ses disciples parviennent à cette foi, Jésus “prie à l’écart”. La prière de Jésus attire souvent l’attention de l’évangéliste Luc, qui la mentionne toujours juste avant un moment significatif dans la mission du Christ. La mention de cette prière ici montre que la profession de Pierre, au nom des autres disciples, élève ceux-ci à un niveau nettement supérieur à celui des gens ordinaires. La prière de Jésus leur procure la foi, cet accueil de la révélation de Dieu: “Ce n’est pas un être humain qui t’a révélé cette vérité”, déclare Jésus à Pierre, “mais mon Père qui est dans les cieux.” (Mt 16,17)

Les opinions des gens

Tout ce qui vient de Dieu déconcerte: “Mes pensées ne sont pas vos pensées, mes voies ne sont pas vos voies.” (Is 55,8) Ses interventions dans l’histoire sont mystérieuses. Les contemporains de Jésus perçoivent bien en lui un certain reflet du divin, mais ils n’atteignent pas le coeur de sa personne. Sans le don de la foi, il est impossible d’atteindre l’ineffable. Leurs opinions vont dans différentes directions, mais toujours pour assimiler Jésus à un personnage célèbre du passé.

Jean Baptiste avait tellement impressionné les gens qu’il n’était pas disparu, pensaient-ils, même après la nouvelle que le roi Hérode l’avait exécuté. Élie, de son côté, n’était pas mort, car un char de feu l’avait emporté vers le ciel. Ces opinons populaires étaient évidemment erronées, car ces personnages étaient morts et n’étaient pas revenus sur terre. En un sens pourtant, les gens avaient raison, car ces envoyés de Dieu avaient suscité une vague de foi en Dieu, qui se perpétuait dans le temps. Le Seigneur s’était révélé en eux et leur influence ne s’était pas arrêtée avec leur mort.

Depuis deux mille ans, le mystère de la personne de Jésus continue d’interpeller et de déconcerter le monde. Tout en l’admirant, les gens cèdent sans cesse à la tentation de le réduire à l’image limitée de leurs rêves: il aurait été un révolutionnaire, un sage,…

La profession de Pierre

Jésus délaisse les opinions du peuple pour s’adresser à ses disciples, qu’il veut élever à un registre différent: “Et vous, qui dites-vous que je suis ?” La réponse devrait venir du groupe des disciples, mais c’est Pierre qui répond en leur nom: “Tu es le Messie de Dieu,” celui qui a reçu l’onction, celui qui, en vertu de ce signe, appartient à Dieu et le représente. Après s’être soumis humblement au baptême de Jean, “L’Esprit descendit sur lui (Jésus)…et une voix se fit entendre du ciel: Tu es mon Fils bien-aimé; je mets en toi toute ma joie.” (Lc 3,22) Il est Celui vers qui toute l’histoire du salut converge, Celui qui a mission de transfigurer notre humanité par une existence nouvelle. Le Messie accomplit la fonction de ceux qui, dans l’histoire ancienne, recevaient l’onction, les rois, qui avaient le devoir de rassembler le peuple dans l’unité.

Seule la lumière de Dieu nous éclaire sur la personne de Jésus. Le Christ le déclare à Pierre après sa profession de foi: “C’est mon Père qui te l’a révélé”. Il affirme solennellement que personne ne connaît par lui-même, ni le Père, ni le Fils: “Personne ne connaît le Fils si ce n’est le Père, et personne ne connaît le Père si ce n’est le Fils et ceux à qui le Fils veut le révéler.” (Mt 11,27)

Un Messie humilié et rejeté

Comment aurait-on pu imaginer l’Envoyé de Dieu condamné par les autorités de son peuple, livré aux païens et crucifié? Toujours inspiré par l’imagination humaine à courte vue, on se représentait la figure du Messie comme un chef de guerre, triomphant de tous les ennemis d’Israël. Jamais on n’aurait pensé qu’il puisse venir dans notre monde comme un enfant, pauvre et démuni. Comment admettre qu’il sortirait de cette province méprisée, la Galilée? (Jn 7,52) Saint Paul le constate: “Les Juifs demandent des miracles (la puissance éclatante), tandis que les Grecs recherchent la sagesse (ce que la raison peut comprendre).” (1 Cor 1,22) Pour le monde qui se pense croyant, Dieu est le Tout-puissant qui domine l’univers et qui peut tout bouleverser en un instant. Il serait un Zeus, un Jupiter ou un Baal, mais infiniment plus puissant, indépendant de l’univers qu’il contrôle et dirige.

Jésus nous apprend que Dieu est tout-puissant, non pas comme une force extérieure qui écrase, mais à l’intérieur du monde, en chacun(e) de nous, par son amour. Sur sa croix, Dieu présent dans son Fils est l’Amour qui se livre, qui se donne. Tel est le mystère de notre salut. On comprend que Jésus défende à ses disciples de révéler immédiatement ce mystère, sans précaution, car le peuple autour de lui le rejetterait comme une folie ou le déformerait selon ses préjugés.

Jean-Louis D’Aragon SJ

(Français) 2022/09/22 – Lc 9, 7-9

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La mission des douze disciples dans les villes et villages de Galilée précède immédiatement ces réflexions du peuple et d’Hérode au sujet de Jésus. Les disciples ont proclamé l’Évangile et fait connaître la personne de Jésus. La ferveur nationaliste, et même révolutionnaire, fermentait dans toutes ces localités, qui étaient hostiles à Hérode, le valet des Romains,. Aussi Hérode craignait tout nouveau mouvement populaire, qui pouvait devenir subversif. Même Jean Baptiste, qui prêchait la conversion loin de la Galilée, près du Jourdain, dans le désert, avait provoqué sa peur et son hostilité. Il pouvait craindre encore plus Jésus, dont l’activité missionnaire se déroulait en plein coeur de la Galilée, ce foyer des révoltes contre l’autorité politique. Quand on n’a pas la foi, comme Hérode, c’est le soupçon qui tourmente le coupable.

Jésus est un mystère

Après avoir fait exécuter Jean Baptiste, Hérode entend parler de Jésus et se pose des questions sur ce nouveau personnage. Au fond de lui-même, il souffre de remords : il a eu l’illusion de se débarrasser de Jean, mais l’activité de Jésus ressuscite pour lui la figure de Jean. On ne libère pas sa conscience avec une action brutale. La punition vient de notre conscience, qui nous juge.

La personne de Jésus, comme sa mission qui vient de Dieu, est un mystère. Aussi certains pensent que Jésus est une réincarnation de Jean, ou du prophète Élie ou d’un autre prophète d’autrefois. Pour comprendre le présent, on se réfère tout naturellement à ce qu’on connaît, au passé et à ses figures éminentes. À toutes les époques, on a tenté de comprendre la personne de Jésus avec des critère humains, alors qu’on ne peut le connaître qu’avec les yeux de la foi éclairée par l’Esprit. En dehors de la foi, Jésus ne peut être qu’une énigme déconcertante et incompréhensible.

Hérode est un assassin curieux et en proie au remords. Il n’a ni la foi, ni le minimum d’empathie pour comprendre un envoyé de Dieu. Aussi Jésus ne lui répondra rien quand, au moment de la passion, il comparaîtra devant lui (Lc 23,9).

Jésus dérange

« Mes pensées ne sont pas vos pensées et mes chemins ne sont pas vos chemins », déclare le Seigneur (Is 55,8). Les prophètes, que Dieu a envoyés et qui parlèrent en son nom, ont toujours ouvert des perspectives qui ont déconcerté le peuple. De même, et encore plus que tous les prophètes, Jésus ouvre des horizons infinis devant nous et il nous met en question, exigeant de nous la conversion, un changement radical.

Les prophètes et Jésus ont subi la persécution, parce qu’ils dérangeaient la routine et la paresse dans laquelle chacun s’est installé. Personne n’aime être dérangé et obligé de remettre en question sa conduite et sa personne. Hérode a essayé de réduire Jean au silence. Il voudra s’en prendre également à Jésus, que des Pharisiens avertiront : « Pars d’ici, va-t’en ailleurs, car Hérode veut te faire mourir. » (Lc 13,31)

Conclusion

Dans une prière, on s’adresse à Dieu, « Toi qui viens me déranger. » C’est la prière du croyant, qui sait à l’avance que le Seigneur va le déranger, par un signe, une épreuve, une maladie,… En toute confiance, il remet sa personne entre les mains de son Père, qui veut son bonheur mieux et plus que lui-même. Il est convaincu avec Paul que « Dieu fait tout concourir au bien de ceux qu’il aime » (Rom 8,28).

Sans la foi, tout devient énigme incompréhensible et parfois révoltante. Il faut croire pour comprendre. La promesse de Jésus à Marthe se réalise alors : « Si tu crois, tu verras la gloire de Dieu » (Jn 11,40).

Jean-Louis D’Aragon SJ

(Français) 2022/09/21 – Mt 9, 9-13

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Au début de son roman, Plus grand que l’amour, Dominique Lapierre présente une jeune indienne, qui toute joyeuse, prépare son prochain mariage. Soudain, elle aperçoit une tache noire sur son bras. Sa famille découvre qu’elle a la lèpre et, de honte, elle la bannit. Errante et désespérée dans les rues de Calcutta, elle trouve enfin un refuge dans un « mouroir » de Mère Teresa. Une fois guérie de sa lèpre, elle entre dans la Communauté des Sœurs de la Charité. Après de nombreuses étapes, elle vient à New York pour soigner des jeunes atteints du sida. Elle prend soin assidûment d’un jeune juif, qui s’écrie devant son dévouement, « Vous êtes plus grande que l’amour. »

L’ancien film « Monsieur Vincent », esquissait une scène semblable, opposant la charité à l’égoïsme et au rejet. La scène se déroulait dans une petite localité de France. À l’arrivée de Vincent de Paul, des notables de la place lui dirent qu’ils avaient enfermé et emmuré une vieille femme et sa fille atteints par la peste. « Ils peuvent mourir, mais nous, nous survivrons. » Vincent se hâte vers la maison où sont prisonniers les pestiférés, enlève les poutres clouées sur les portes et les fenêtres, il les libère et les soigne.

Dans une petite ville du Québec, des religieuses projetaient d’ouvrir une maison de transition pour réhabiliter des délinquants sortant de prison et pour préparer leur réinsertion dans la société. La réaction fut vive pour s’opposer à une telle initiative. Voici une réaction typique exprimée à la radio : « Je suis favorable à la réhabilitation des prisonniers, mais pas dans ma rue. » On s’estime généreux en pensée, mais on refuse de rendre concrète cette apparente générosité.

Deux attitudes s’opposent radicalement face à la lèpre et à la peste : se replier égoïstement sur soi-même ou se donner aux autres par amour. Devant le mal, la lèpre et la peste morale, nous retrouvons les deux mêmes réactions : éviter tout contact avec ces « rejets » de la société, en se drapant dans sa vertu, ou bien aller vers eux pour qu’ils connaissent l’amour. Confronté aux pharisiens qui le dénoncent, Jésus manifeste l’amour conquérant de Dieu.

Ce comportement du Christ provoque trois scandales chez ses adversaires :

1) Jésus appelle un publicain, un pécheur, pour devenir son disciple et son apôtre.
2) Il déclare que Dieu ne veut pas les sacrifices, mais l’amour.
3) Finalement, Jésus affirme qu’il est venu pour sauver les pécheurs, mais non les justes.

Jésus appelle un publicain

Un collecteur d’impôt remplissait une fonction de pécheur aux yeux du peuple juif. Il exploitait les gens en exigeant plus que ce qui était dû, pour augmenter ses profits. Un publicain, juif ou païen, ne pouvait témoigner dans un procès, car on n’avait aucune confiance dans sa parole, preuve de la défiance et du dédain qu’ils suscitaient. De plus, il collaborait, lui, un juif, avec l’occupant romain.

Matthieu n’a donc rien pour mériter sa vocation de disciple et d’apôtre du Christ. Jésus prend l’initiative de l’appeler, par pure gratuité, sans lui poser aucune condition. Il appelle ce pécheur à devenir le compagnon de révolutionnaires zélotes, de nationalistes violents, comme Simon et Judas. Tel est l’amour de Dieu, qui appelle chacun de nous, gratuitement, au salut, à la vie et au bonheur, indépendamment de notre passé.

Autre scandale : Jésus mange avec les pécheurs

L’hospitalité et la nourriture ont une valeur sacrée en Orient, car elles permettent de partager les mêmes moyens de subsistance. Consommer le même pain, c’est le signe d’une vie devenue commune. Aussi les Pharisiens défendaient de prendre son repas avec des pécheurs et même de partager avec un païen ou un pécheur un peu de nourriture. Il fallait éviter toute contamination, comme la peste. Si on arrivait d’une région ou d’une maison païenne, on devait secouer la poussière de ses pieds pour ne rien emporter dans la Terre Sainte. Le simple contact avec un pécheur ou un païen rendait impur. On comprend alors que les Pharisiens s’insurgent contre la conduite de Jésus, qui prend son repas avec les amis de Matthieu, des publicains et des pécheurs.

Pour se défendre, Jésus se compare à un médecin. L’Envoyé de Dieu a mission de guérir les blessés de la vie. Que dirait-on d’un médecin que ne voudrait traiter que les gens en bonne santé ? Le Christ, représentant l’amour de Dieu, pourrait être comparé à un père ou une mère, qui manifeste sa miséricorde à l’égard du « mouton noir » de la famille. Un artiste bien connu chez nous a décrit toute la souffrance que son fils cadet lui a infligée. Pourtant il s’écrie à la fin de son témoignage : « Celui m’a fait le plus souffrir, c’est celui que j’aime le plus. » Voilà l’image de l’amour gratuit de Dieu, révélé par Jésus, le Christ.

La miséricorde, plutôt que les sacrifices

Jésus montre, comme d’habitude, que sa conduite et son enseignement se situent dans le prolongement des prophètes. Osée (au 8e siècle av. J.C.), comme Isaïe avant lui et plusieurs autres prophètes, dénonce au nom de Dieu les sacrifices qui ne proviennent pas du cœur, des sacrifices qui n’ont pas d’âme. Cette déclaration du prophète exprime si bien la pensée de Jésus que Matthieu la répète à 12,7. C’est le seul exemple dans le N.T. où la même citation de l’A.T. se retrouve deux fois dans le même livre. On s’illusionne en offrant de tels sacrifices extérieurs, qui n’engagent pas la personne qui les offre, qu’aucune conversion n’accompagne. On s’estime purifié, en règle avec le Seigneur, alors que son cœur demeure aussi égoïste.

Il est vrai que Dieu est infiniment miséricordieux, toujours disposé à pardonner, mais son amour ne peut atteindre celui qui ferme son coeur, qui s’illusionne en offrant seulement un sacrifice extérieur. Suffirait-il d’offrir une victime extérieure, même la plus sublime ? Participer à l’eucharistie sans aucun engagement de soi-même, c’est du ritualisme sans âme, donc sans valeur.

Plutôt que l’offrande des sacrifices, Dieu veut que nous participions à sa miséricorde, en l’accueillant en nous-mêmes et en la répandant autour de nous. Le Seigneur nous prévient qu’il nous accorde son pardon, mais à condition de le communiquer à nos frères et sœurs. Sinon, nous perdons le pardon qu’il nous a accordé, comme le mauvais serviteur de la parabole (Mt 18,32-34). Si nous ne transmettons pas les dons que Dieu nous a donnés gratuitement, nous les perdons. « On ne possède bien que ce que l’on donne ».

Conclusion : comment agir face au mal ?

Le titre « Pharisien » signifie « séparer ». Les pharisiens se séparaient de tout ce qui leur paraissait mal. Pour protéger leur identité de fidèles observateurs de la Loi, ils ne voulaient avoir aucun rapport avec des gens vivant en contradiction avec la volonté de Dieu. Ils s’écartaient d’eux comme de la peste qui mène à la mort. Pour se protéger et se sauver, ils s’enfermaient en eux-mêmes, dans une réaction de répulsion et dans un repliement stérile.

Pour Jésus, au contraire, c’est l’amour qui doit animer son disciple. L’amour déborde du cœur de celui qui donne, il est dynamique et conquérant. Il va vers les marginaux, les délaissés et les parias. Même les personnes les plus endurcies ne résistent pas indéfiniment à un amour généreux et désintéressé.

Jean-Louis D’Aragon SJ

(Français) 2022/09/20- Lc 8, 19-21

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Jésus est à enseigner à la foule lorsque des membres de sa famille viennent pour le voir mais ne peuvent s’approcher. On avertit Jésus qui déclare: Ma mère et mes frères, ce sont ceux qui entendent la parole de Dieu, et qui la mettent en pratique.

Une grande foule est à l’écoute de Jésus. Luc note que les gens sont venus d’ailleurs, de toutes les villes. Jésus raconte deux paraboles dont le thème est l’écoute de la parole de Dieu. La première est la parabole de la semence qui représente la parole de Dieu. Celui qui est complètement disponible pour la recevoir est comme la bonne terre qui produit beaucoup de fruits. La seconde a pour sujet la lampe qui est allumée et bien placée pour illuminer qui représente le rayonnement de celui qui a reçu la parole. D’où la recommandation: Faites attention à la manière dont vous écoutez. (8,18)

C’est après cet avertissement que surviennent des gens de Nazareth qui sont de la parenté de Jésus. Ils veulent le voir (8,20); ils ne sont pas venus pour l’écouter comme ceux qui viennent de toutes les villes. Par délicatesse, Luc n’ajoute aucune explication sur le but de leur démarche. Avant lui, Marc avait été plus direct: ils venaient pour se saisir de lui. Ils disaient: Il a perdu le sens. (3,31) Ils ne voulaient peut-être pas attirer l’attention dans leur milieu après que la population de Nazareth eût rejeté Jésus. D’ailleurs, ils auraient pu craindre, à juste titre, que la popularité de Jésus, qui provoquait des rassemblements, ne soit pas sans risque de sérieux ennuis: on se rappelait ce qu’Hérode avait fait pour Jean Baptiste. Luc ne retient qu’une chose: Voilà des membres de la parenté de Jésus.

Pour Luc, la présence de la mère de Jésus ne pose pas de problème. Il a déjà retenu la parole d’Elisabeth qui disait que la grandeur de Marie était d’avoir cru en la parole de Dieu.(1,45) Il a ensuite répété qu’elle gardait ces choses dans son coeur. (2,19; 3,51) Elle est donc de ceux qui écoutent la parole.

Pour comprendre la réaction de Jésus, il faut se rappeler la parole de Jean Baptiste aux Juifs à propos de leur appartenance au peuple d’Israël : Produisez donc un fruit digne du repentir et ne vous avisez pas de dire en vous-mêmes: “Nous avons pour père Abraham.” Car, je vous le dis, Dieu peut, des pierres que voici, faire surgir des enfants à Abraham. (Mt.3,9)

L’appartenance raciale ou les liens du sang ne sont aucune garantie du salut. C’est la même chose pour l’appartenance au Christ : Ma mère et mes frères, ce sont ceux qui entendent la parole de Dieu, et qui la mettent en pratique.

La communion avec le Christ est pour ceux qui écoutent la parole de Dieu, qui écoutent dans le sens d’entendre et de mettre dans sa vie. Il n’y a rien d’automatique: Faites attention à la manière dont vous écoutez. (8,18)

Jean Gobiel SJ 

(Français) 2022/09/19 – Lc 8, 16-18

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Au premier regard, ce bref évangile est désarmant, déconcertant. On a l’impression que Jésus ne parle pas pour se faire comprendre. On peut bien sûr saisir le premier morceau du discours au premier degré : c’est effectivement absurde d’allumer une lampe si l’on ne veut pas qu’elle éclaire. Mais qu’entend Jésus par « Rien n’est caché qui ne doive paraître au grand jour; rien n’est secret qui ne douve être connu.. »? Ou encore, que peuvent bien signifier ces affirmations paradoxales : « …celui qui a recevra encore; et celui qui n’a rien se fera enlever même ce qu’il paraît avoir?» En fait, le texte ne révèle son sens que quand on sort de Luc pour chercher une clé d’interprétation ailleurs.

De toute évidence, dans ce passage, Luc reprend Marc en l’abrégeant (Mc, 21-25). Cela permet de comprendre d’abord que c’est ce raccourci qui rend difficile le texte proposé aujourd’hui à notre méditation. On saisit ensuite que le passage évoque ce que les spécialistes de Marc ont appelé « le secret messianique. » La lumière dont parle Jésus n’est rien d’autre que lui-même, le Fils d’amour, le Révélateur, le Messie. C’est lui, la lampe qui luit au fond d’un lieu obscur et qui dissipe les ténèbres pour éclairer à jamais la nuit du monde.

Chez Marc, ce discours est adressé aux disciples, non pas à « la foule ». Jésus leur fait des confidences. Il leur révèle un secret qui, un jour, sera proclamé sur les toits. Ce qui est encore caché au monde, il le transmet uniquement au cercle de ses intimes car ce sont eux qui devront faire connaître le secret et le révéler « au grand jour ». Par là, Jésus annonce déjà le temps de l’Église : le temps de la mission où ceux qui auront appris le secret devront le transmettre au monde, à leurs risques et périls. Et quand leur « inintelligence » ne leur permet pas de comprendre, Jésus prend la peine de leur donner des explications en un langage moins énigmatique. Cette stratégie se justifie par le fait que le danger est partout. Les représentants de la loi conspirent pour perdre Jésus. Ce dernier sait qu’ils finiront par l’avoir, mais ils arriveront trop tard car il aura déjà transmis le secret.

Si l’on prend cet angle d’attaque, même les deux phrases paradoxales de la fin deviennent compréhensibles. « Celui qui a recevra encore. » De qui s’agit-il? Très probablement, de celui qui a reçu le secret, qui a compris que Jésus est la lumière et, qui est dans les bonnes dispositions pour en savoir davantage. Quant à celui qui n’a rien, et qui risque de perdre même ce qu’il croit avoir, on devine qu’il s’agit du conspirateur qui se range parmi ceux qui cherchent à rayer Jésus du nombre des vivants. Ce qu’il croit avoir, c’est la loi de Moïse qui le rend sourd et aveugle. Car il croit que la loi a été donnée une fois pour toutes aux fils de la promesse. Il perdra tout car la nouvelle loi, la nouvelle alliance rend caduque toute discrimination. C’est une autre manière de répéter à ceux qui refusent de se convertir en prétextant qu’ils ont Abraham pour père : « Car, je vous le dis, des pierres que voici, Dieu peut susciter des enfants d’Abraham » (Lc 3, 8). Aujourd’hui, c’est à nous que s’adresse cette sévère mise au point : nous, juifs, chrétiens et musulmans qui, comme au temps de Jésus, croyons encore que le seul titre de « fils d’Abraham » suffit au salut.

Melchior M’Bonimpa