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(Français) 2022/10/11 – Lc 11, 37-41

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Un pharisien invite Jésus à un repas puis s’étonne que Jésus n’ait pas fait son ablution avant de commencer. Jésus blâme le pharisien de ne s’occuper que de la purification extérieure des plats et de ne rien faire pour l’impureté intérieure dû à la cupidité: en purifiant l’intérieur par l’aumône tout serait pur pour lui.

Un problème de l’Église primitive a été celui des repas où des non-juifs convertis mangeaient avec des Juifs convertis qui tenaient encore aux lois de la pureté rituelle et se sentaient contaminés par cette présence de païens convertis. On peut voir un reflet de ce problème dans le fait que Luc rapporte par trois fois des rencontres de Jésus dans des repas avec des pharisiens qui sont pour lui des occasions de se prononcer sur ces traditions des anciens.

La première fois, lors d’un repas chez Simon le pharisien, une pécheresse connue vient arroser de ses larmes les pieds du Seigneur. Elle les essuie et verse du parfum sur ses pieds. Simon pense alors que si Jésus était prophète il saurait qui est cette femme et il ne se laisserait pas toucher par elle et se rendre ainsi impur. Or Jésus sent l’objection et reconnaît dans le geste de la femme un geste d’amour que Simon est incapable de faire parce qu’il pense n’avoir rien à se faire pardonner. Ce beau texte est propre à Luc (7,36).

La troisième fois vient plus tard quand l’opposition des pharisiens s’est durcie. L’invitation est faite par un groupe de pharisiens qui veulent piéger Jésus à l’occasion d’un repas le jour du sabbat. Un hydropique se présente. Jésus le guérit en soulignant que la loi de la charité passe avant la loi du sabbat. Cet incident est encore propre à Luc. (14,1)

Dans les textes d’aujourd’hui (encore propre à Luc), l’invitation du pharisien ne semble pas provenir d’une intention malveillante. Il a entendu Jésus parler à la foule et l’invite à prendre le repas du midi, un repas qui n’est pas aussi important que celui du soir. Or Jésus se met à table sans faire d’ablutions pour se purifier d’impuretés rituelles possibles. Les ablutions sont une sorte de remède religieux, une purification des contacts qui rendent quelqu’un impropre au culte. Après tout, Jésus vient d’être en contact avec la foule et il a même guéri un démoniaque. Le pharisien, d’une façon ou d’une autre manifeste son étonnement ce que Jésus comprend très bien.

A la façon des grands prophètes, Jésus encore une fois va rappeler la différence entre ce qui est secondaire et ce qui est essentiel. A mettre toute l’importance sur des gestes extérieurs, qui ne sont pas mauvais, dira Jésus, mais qui sont secondaires, on en vient à négliger et même à oublier les choses importantes. Et dans le verset qui suit notre texte, Jésus dit quelles sont ces choses importantes : Mais malheur à vous, les Pharisiens, qui acquittez la dîme de la menthe, de la rue et de toute plante potagère, et qui délaissez la justice et l’amour de Dieu. (11,42)

La justice: on ne peut avoir l’amour du prochain sans avoir d’abord la justice. Et le prophète Amos avait dit qu’on ne peut avoir l’amour de Dieu sans avoir d’abord la justice. Il avait rapporté la Parole de Dieu : Je hais, je méprise vos fêtes et je ne puis sentir vos réunions solennelles. …Écarte de moi le bruit de tes cantiques, que je n’entende pas la musique de tes harpes. Mais que le droit coule comme de l’eau, et la justice, comme un torrent qui ne tarit pas. ( Amos 5,21-24)

La justice et l’amour de Dieu, dit Jésus. Le prophète Osée, lui aussi, avait parlé de l’amour de Dieu qu’il appelait aussi la connaissance de Dieu. Et cette connaissance de Dieu était plus importante que les meilleurs sacrifices comme les holocaustes. Osée rapporte la Parole suivante : Car c’est l’amour qui me plaît et non les sacrifices, la connaissance de Dieu plutôt que les holocaustes. (Osée 6,6) En somme c’est le premier et le second commandement qui nous remettent sur l’essentiel et ils ne peuvent être remplacés par des gestes extérieurs ou des rites mécaniques.

Jean Gobeil SJ 

(Français) 2022/10/10 – Lc 11,29-32

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La foule s’amasse probablement à la recherche de signes spectaculaires puisque Jésus accuse cette génération de chercher des signes. Le seul signe sera la personne même de Jésus comme la personne de Jonas a été le signe pour la population de Ninive. La reine de Saba n’a pas eu besoin d’autre signe que les paroles de sagesse de Salomon et maintenant il y a ici beaucoup plus que Salomon. Les gens de Ninive se sont convertis lors de la proclamation de Jonas et il y a ici bien plus que Jonas.

Au milieu de controverses et de gens qui réclament un signe dans le ciel, un femme proclame son admiration en déclarant bienheureuse la mère de Jésus. Sans la contredire, Jésus déclare qui sont vraiment bienheureux: ceux qui écoutent la parole de Dieu et qui l’observent. La grandeur de la foi est plus que la maternité charnelle.

Comme la foule s’amasse et que sont encore là ceux qui venaient de réclamer des signes dans le ciel, Jésus va dire quels sont les signes qui sont importants et quelle doit être la réponse à ces signes. Il rappelle d’abord l’exemple des gens de Ninive dans l’histoire du prophète Jonas. Les habitants de Ninive sont des Assyriens qui non seulement sont des païens mais encore un peuple très belliqueux.

Ce sont eux qui détruiront Samarie, la capitale du royaume d’Israël (royaume du nord) en 722 et feront déporter sa population. Or, le seul signe qui est donné à la population de Ninive est la parole du prophète Jonas qui annonce que Dieu, dans 40 jours, va détruire Ninive à cause de ses fautes. Toute la population crut à la parole de Dieu et on décréta un jeûne complet du roi jusqu’aux animaux.

Devant cette réaction, Dieu se repentit du mal dont il les avait menacés, il ne le réalisa pas, au grand chagrin de Jonas de voir une belle prédiction complètement gaspillée! C’est pourtant la personne de Jonas et sa parole qui ont été le signe pour ces païens. Ils n’ont pas seulement écouté la parole mais ils ont agi à cause d’elle: ils l’ont observée. Il en sera de même pour le Fils de l’homme: c’est lui et sa parole qui sera le signe.

Il en fut de même pour la reine de Saba: Salomon et ses paroles de sagesse lui ont suffi comme signe.

Jésus déclare que la reine de Saba et les gens de Ninive se lèveront pour condamner cette génération qui n’est pas satisfaite d’un signe qui est plus grand que Jonas et plus grand que Salomon.

Jean Gobeil SJ 

(Français) 2022/10/08 – Lc 11, 27-28

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Un aristocrate prétentieux apostropha un jour Louis Veuillot en lui déclarant d’une manière méprisante : « Monsieur, moi je descends d’un maréchal de France. » Avec sa verve pointue, le journaliste lui répliqua : « Moi, Monsieur, je ne monte d’un maréchal-ferrant. »

Le premier se vantait d’un titre qu’il avait reçu par hérédité, mais qu’il n’avait nullement acquis par lui-même, sans mérite de sa part. Ce titre restait extérieur à sa personne, il n’atteignait pas sa valeur humaine. Veuillot reconnaissait, de son côté, que son père était un pauvre artisan, mais que lui-même, par son labeur et son ardeur au travail, avait grimpé les échelons pour se hisser parmi les meilleurs journalistes de son temps. Qui était le personnage le plus éminent, celui qui arborait une médaille qu’on lui avait donnée ou le second qui avait travaillé pour se forger lui-même ?

La louange d’une femme

À l’opposé de ses contradicteurs (Lc 11,15s), qui avaient accusé Jésus d’être associé au démon et qui avaient exigé de lui un miracle pour authentifier sa mission, une femme de la foule proclame son admiration pour ce maître de sagesse. Cette femme exprime sa louange en l’adressant par l’intermédiaire de la mère de Jésus. Les organes maternels, que mentionne la femme, marquent l’insistance sur la dimension physique de la maternité de Marie.

Cette béatitude rappelle la tradition juive, que le Livre des Proverbes illustre à juste titre : « Le plus grand bonheur d’un père est d’avoir donné la vie à un homme juste et sage. Donne cette joie à ton père et à ta mère, ce bonheur à celle qui t’a mis au monde. » L’admiration de cette femme pour Jésus commence à réaliser l’annonce que Marie chantait dans son action de grâce : « Dès maintenant et en tous les temps, les humains me diront bienheureuse. » (Lc 1,48)

La vraie béatitude

Dans sa brève réponse à cette femme en admiration devant lui, Jésus décrit ce qu’est le véritable bonheur, celui qui a priorité sur tous les autres, même sur celui d’être la mère du Christ. Avec cette déclaration, Jésus établit une juste distinction entre un titre non mérité, donné de l’extérieur, et la valeur intime d’une personne qui écoute la Parole de Dieu et qui la rend vivante en elle par sa pratique. Cette dernière a intégré en elle le don de Dieu, elle l’a épousé par son agir conforme à la volonté du Seigneur.

Sans l’écoute de la Parole et sans la mise en pratique de la volonté de Dieu, on risque de retomber dans l’esclavage de celui qui a été libéré par le Christ, mais qui n’a pas eu le courage de cheminer à la suite de son Seigneur. Sa chute l’avilie dans un état pire qu’avant sa libération. (Lc 11,26)

Lorsque la mère de Jésus visite sa cousine Élisabeth pour lui apporter la joie, celle-ci admire le bonheur de Marie : « Tu es heureuse, toi qui as cru que le Seigneur accomplira ce qu’il t’a annoncé. » (Lc 1,45) Marie avait exprimé sa foi par son parfait acquiescement à l’annonce de l’ange Gabriel : « Je suis la servante du Seigneur ; que tout se passe pour moi comme tu l’as dit. » (Lc 1,38)

Lorsque sa mère et ses frères viennent trouver Jésus, on le prévient en ces termes : « Ta mère et tes frères se tiennent dehors et désirent te voir. » (Lc 8,20) Sans renoncer à sa parenté naturelle, Jésus corrige cette présentation des siens, comme dans l’évangile d’aujourd’hui : « Ma mère et mes frères, ce sont ceux qui écoutent la Parole de Dieu et la mettent en pratique. » C’est à ce niveau, que la personne de Marie atteint l’idéal que le Seigneur a voulu pour sa mère : l’écoute de la volonté de Dieu, qui fleurit en elle par son accueil et dans son comportement.

Jean-Louis D’Aragon SJ

(Français) 2022/10/07 – Lc 1, 26-38

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Luther aurait dit de l’évangile de Jean qu’il est « le plus tendre des évangiles. » Il aurait ajouté : « Je donnerais pour lui tous les autres et la plus grande partie du Nouveau Testament par surcroît. »Un autre théologien allemand tordit le cou à cette affirmation par une réplique laconique et cinglante : « Moi je ne donnerais rien! » Sans entrer dans cette querelle, on pourrait dire que la déclaration de Luther aurait été un peu moins surprenante si elle avait été faite à propos de Luc plutôt que Jean. Luc, le « scribe de la mansuétude » selon une expression de Dante, est le seul à nous livrer des récit d’une tendresse qui ne cherche pas à se dissimuler, comme celui de « l’annonciation » que nous fêtons aujourd’hui.

« Réjouis-toi, pleine de grâce, le Seigneur est avec toi. » Ces mots, Luc est le seul des évangélistes à les avoir entendus. Trois évangélistes connaissent le Père et le Fils, mais Luc est le seul à savoir ce que signifie « la Mère de Dieu ». C’est à elle qu’est annoncée la naissance du Fils du Très Haut. C’est à elle que revient la responsabilité de « nommer » l’enfant à venir. Matthieu, qui connaît bien la loi juive, a donné cette responsabilité à Joseph. Chez Luc, l’annonciation ne se produit pas dans un songe, mais dans le cadre d’une vision, d’une « apparition » en plein jour. Curieusement, dans l’histoire du christianisme, on a fait de l’apparition, le mode le plus spectaculaire de la communication entre la Vierge Marie et les humains. Bien des chrétiens ont affirmé que la Vierge Marie leur est apparue : à Lourdes, à Fatima, et en bien d’autres endroits.

L’annonciateur porte un nom : l’ange Gabriel. Et cet envoyé de Dieu n’a rien d’effrayant : il jase avec Marie sur un ton très familier et il fait tout pour la rassurer quand il constate qu’elle est « troublée » : « Sois sans crainte, Marie… » La jeune fille se détend effectivement, et ne se laisse pas déstabiliser par l’énormité de ce que l’ange lui apprend : qu’elle donnera naissance à un fils, qui sera « grand » et qui régnera sur le trône de David, sans fin… Marie risque une question : « Comment cela se fera-t-il, puisque je suis vierge? »

Quelques versets avant, dans le même chapitre, la même situation se produit quand l’ange annonce à Zacharie la naissance de Jean-Baptiste. Zacharie réagit à peu près comme Marie, car l’annonce porte là aussi sur une naissance miraculeuse. Zacharie fait remarquer qu’il est vieux et que sa femme est avancée en âge. L’ange se fâche et rend Zacharie muet jusqu’à la naissance de l’enfant promis. C’est plutôt sévère si l’on sait que c’est déjà difficile de garder le silence pendant deux heures quand on a la bouche gelée après une visite chez le dentiste.

Mais Gabriel n’impose aucune punition à Marie. Au contraire, il répond avec révérence à la question que la jeune fille lui pose. Les commentateurs expliquent ce double standard en affirmant que la question de Zacharie révélait un manque de foi. Ils disent que dans les mêmes circonstances, Abraham, le Père de la foi, n’avait pas douté que la vieille Sara pourrait concevoir et lui donner un fils. Quant à la question de Marie, on dit qu’elle était inspirée, non pas par l’incrédulité, mais plutôt par la foi qui cherche à comprendre.

Ces arguties théologiques n’éclairent pas tout le mystère du comportement de l’ange Gabriel dans ces deux situations. Une explication beaucoup plus simple, plus logique et plus crédible pourrait être celle-ci : Luc donne à l’ange Gabriel préséance sur Zacharie, mais pas sur Marie. Il y a bel et bien une hiérarchie. Gabriel peut rabrouer Zacharie qui est son inférieur, mais il ne peut que répondre respectueusement à la « Mère de Dieu ». La même hiérarchie est également remarquable quant au rang des deux enfants à naître : aucun doute que Jésus est supérieur à Jean-Baptiste. C’est pourquoi, la dernière déclaration de Marie dans ce passage, « Voici la servante du Seigneur » n’est pas à prendre comme une profession d’humilité. C’est plutôt un cri d’allégresse et d’action de grâce, exactement comme dans le Magnificat qui suivra plus loin. Car, être servante du Seigneur, c’est un titre de gloire.

Melchior M’Bonimpa

(Français) 2022/0/06 – Lc 11, 5-13

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Quand on est satisfait de soi-même et qu’on ne connaît aucune épreuve, on ne demande rien à Dieu. Le riche de la parabole, qui s’habille de vêtements somptueux et se repaît de festins continuels (Lc 16,19), ne demande rien à Dieu. Il n’a pas besoin de Dieu, il cultive inconsciemment l’illusion de sa fausse richesse et… la pauvreté de sa solitude.

Il faut avoir un cœur de pauvre pour prier Dieu de nous accorder une faveur. « Malheur à celui qui n’a plus le goût du pain. » (P. Claudel) Combien de gens ont retrouvé la foi à l’occasion d’une expérience de pauvreté, une épreuve, comme un accident ou une maladie ! N’est-ce pas au cours d’une maladie que François d’Assise ou Ignace de Loyola ont délaissé leur vie frivole pour épouser la pauvreté et la sainteté.

La prière de demande serait-elle égoïste, puisqu’elle nous replie sur nous-mêmes et sur nos misères. Des chrétiens d’une certaine élite spirituelle déprécient la prière de demande et voudraient que l’action de grâce et l’hymne de louange soient les seules formes de la vraie prière. Il est vrai que remercier Dieu pour tout ce qu’il nous accorde nous permet de mieux apprécier ce qu’il nous donne et de découvrir les aspects positifs de notre existence. Quant à l’hymne, qui loue Dieu en lui-même et dans ses manifestations, elle est le sommet de la prière, car elle détourne notre regard de nous-mêmes pour le fixer sur Dieu.

Mais nous sommes trop pauvres pour exclure toute demande de nos prières. Jésus nous enseigne dans l’évangile d’aujourd’hui que nous devons demander avec insistance le secours du Seigneur. À la suite de la parabole de l’ami importun, Jésus nous engage à mettre en pratique la leçon qui en découle : « Eh bien, moi, je vous dis. » Puis il nous exhorte par trois impératifs à exprimer des demandes dans notre prière : « Demandez,..cherchez,…frappez ». Il reprend ensuite ces trois exemples pour affirmer que nous serons exaucés : « …vous obtiendrez,…vous trouverez,…la porte vous sera ouverte. »

Cet enseignement de Jésus ne se limite pas au présent passage de l’Évangile. Il le répète à plusieurs moments, en ajoutant que Dieu répond toujours à nos prières. Mais il ajoute une première condition à cette efficacité , la foi : « Tout ce que vous demanderez dans la prière avec foi, vous le recevrez. » (Mt 21,22) Il énonce enfin une seconde condition, fondamentale, dans une déclaration solennelle, au dernier repas avec ses disciples : « En vérité, en vérité, je vous le dis, si vous demandez quelque chose à mon Père en mon nom, il vous le donnera. » Il nous reproche même de n’avoir rien demandé : « Jusqu’ici vous n’avez rien demandé en mon nom : demandez et vous recevrez, si bien que votre joie sera parfaite. » (Jn 16,23s) La condition, « en mon nom », signifie que l’union au Christ, l’unique chemin vers le Père, est essentielle pour que notre prière soit exaucée.

Pour nous encourager à persévérer dans nos demandes, Jésus nous propose aujourd’hui une parabole inspirée de la vie courante en Israël. Quand le Christ introduit une déclaration par l’expression « Supposons que l’un d’entre vous… », il évoque une expérience que chacun de ses auditeurs a probablement vécue. Non seulement Jésus attire l’attention sur un incident familier, mais il nous invite à réfléchir sur certains détails de notre vie de tous les jours et sur leur signification.

Le devoir de l’hospitalité est sacré dans le pays de Jésus. Non seulement un individu a le devoir d’accueillir un voyageur, mais ce devoir s’étend à tout le village. C’est la gravité de cette obligation qui pousse le personnage qui accueille un voyageur inattendu à réveiller son voisin en pleine nuit pour lui demander du pain. Demande ennuyeuse, puisque toute la famille de ce voisin dort ensemble dans l’unique pièce de la maison. Cette visite importune réveille tous les membres du groupe et les indispose. Et pourtant le voisin ne résistera pas à la demande insistante de l’importun.

Le silence de Dieu !

Il est certes consolant d’entendre cet enseignement de Jésus, mais la réalité semble le contredire. Nous avons souvent l’impression que Dieu est sourd à nos demandes et qu’il leur oppose un lourd silence. « Dieu entend-il nos prières ? Répond-il à nos demandes ? » Combien de chrétiens posent ces questions devant le silence apparent de Dieu. Serait-il transcendant, éloigné de notre monde, au point de ne pas prêter attention à nos prières souvent distraites, portant sur des insignifiances? Jésus nous a pourtant révélé que Dieu était notre Père. Comment concilier ce silence avec son amour ?

Pendant ce silence de Dieu, nous avons le temps de réfléchir à nos demandes et de nous rendre compte si elles sont sérieuses et pour notre plus grand bien. Une réponse immédiate de Dieu correspondrait à l’attitude de parents riches, qui répondent à tous les caprices de leurs enfants. Ils pensent manifester ainsi leur amour, alors qu’ils développent de la sorte leur égoïsme et préparent mal leur avenir. À une fête de Noël, chez des parents, j’ai vu un enfant de trois ans qui déchirait rapidement cadeau sur cadeau soigneusement emballés pour lui, puis exiger indéfiniment « un autre cadeau », sans même apprécier ceux qu’il avait reçus et, encore moins, exprimer un remerciement. Dieu nous aimerait bien mal s’il condescendait à combler nos moindres désirs, pour ne pas dire nos caprices. Le temps mûrit et creuse en nous le désir et l’espérance d’être exaucé.

Dieu répond toujours à nos demandes, mais pas nécessairement comme nous le voulions. « Dieu est plus grand que notre cœur . » (1 Jn 3,20) Quand nous récitons la prière de Jésus, soyons assurés que notre Père veut notre bonheur beaucoup mieux que nous. Nous avons peur de dire : « Que ta volonté soit faite. ». Nous craignons de nous fier à son projet d’amour pour nous. Nous ne croyons pas sincèrement qu’il répondra au-delà de notre désir. Dans la parabole d’aujourd’hui, notons que le voisin importuné en pleine nuit donnera à son ami non seulement les trois pains que celui-ci lui demandait, mais « …tout ce qu’il lui faut. »

Jésus, en conclusion, compare « le Père céleste » à un père de la terre, qui donne à son fils un poisson ou un œuf, selon sa demande. Dans sa réponse à celui qui le prie, le Seigneur n’accorde pas seulement pas les dons dérisoires que nous lui demandons, mais bien au-delà de tout : « l’Esprit Saint ». En nous donnant l’Esprit, il se donne lui-même. Peut-il nous donner plus ?

Jean-Louis D’Aragon SJ

(Français) 2022/10/05 – Lc 11, 1-4

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Jésus venait de prier. Un disciple lui demanda de leur montrer à prier comme Jean Baptiste l’avait fait pour ses disciples. Il leur donne une prière qui commence par Père et qui contient cinq demandes: que ton nom soit sanctifié, que ton règne vienne, donne-nous le pain dont nous avons besoin, pardonne-nous nos péchés, ne nous soumets pas à la tentation.

Les disciples viennent de voir Jésus en prière. Ce n’est pas la première fois. C’est surtout avant les grandes occasions que Luc mentionne la prière de Jésus.

Jésus est en prière avant la révélation qui vient du ciel à son baptême aux mains de Jean Baptiste. Avant le choix des Douze, il a passé la nuit à prier dans la montagne (Luc 6,12). Avant la profession de foi de Pierre, il est en prière (9,18). Avant la Transfiguration, il a gravi la montagne avec trois disciples pour aller prier. Il y aura encore la prière avant la Passion. Ici, c’est la prière de Jésus qui a suscité la demande d’un disciple.

La demande que Jésus leur apprenne à prier comme Jean Baptiste l’avait fait pour ses disciples nous rappelle la mention que les Pharisiens et les disciples de Jean avaient des jeûnes et des prières qui leur étaient propres (Luc 5,33). Le disciple demande donc de leur montrer une prière qui serait caractéristique de leur relation avec Dieu à cause de leur lien avec Jésus en tant que disciples.

La prière que Jésus leur donne commence par l’invocation, Père. C’est ainsi que commençait la prière de Jésus comme on le voit dans Matthieu (11,25) : Je te bénis, Père, Seigneur du ciel et de la terre.

Cette façon de parler à Dieu n’est pas normale dans la prière juive. On pouvait parler de Dieu comme Père du peuple d’Israël parce que c’était lui qui avait donné naissance à Israël comme peuple. Mais s’adresser à lui de cette façon, individuellement, était trop familière pour être convenable. On ne pouvait se permettre cette familiarité avec le Seigneur du ciel et de la terre! On trouve une trace de la surprise des disciples devant cette familiarité de Jésus dans l’évangile de Marc. Lorsqu’il rapporte la prière de Jésus avant la Passion, il commence en utilisant un mot araméen, alors que son auditoire ne connaît ni l’hébreu ni l’araméen : Abba! Tout t’est possible: éloigne de moi cette coupe; pourtant, pas ce que je veux mais ce que tu veux !

Abba est un terme familier. Un enfant dit imma, maman, pour sa mère et abba, pour son père. C’est donc cette familiarité et cette proximité avec Dieu que Jésus donne à ses disciples. Paul, qui n’est pas fort sur les détails de la vie du Christ, a retenu cela comme caractéristique d’un disciple : il peut dire abba à Dieu parce que l’Esprit lui a été donné (Romains 8,15; Galates 4,6).

Après l’invocation, la prière commence par deux demandes centrées sur Dieu : Que ton nom soit sanctifié. Que Dieu se révèle; qu’il se fasse reconnaître. Que ton Règne vienne. Que Dieu vienne en personne et manifeste sa présence souveraine et agissante. Ensuite, on a trois requêtes pour les disciples eux-mêmes: une demande du pain de vie pour chaque jour; une demande de pardon des péchés qu’on est prêt à accueillir en pardonnant d’abord aux autres; une demande finale de ne pas être confronté à la tentation de renier ou de rejeter le Christ.

Cette prière est toute centrée sur Dieu, sur son Règne, comme l’était le Christ lui-même. C’est pour cela qu’elle est la prière par excellence d’un disciple de Jésus.

Jean Gobeil SJ 

 

(Français) 2022/10/04 – Lc 10, 38-42

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Une femme nommée Marthe reçoit Jésus dans sa maison. Pendant qu’elle s’occupait du service, Marie, sa soeur, écoutait les paroles de Jésus, assise aux pieds du Seigneur. Marthe se plaint que sa soeur ne l’aide pas. Mais Jésus déclare que Marie a choisi la meilleure part et qu’elle ne lui sera pas enlevée.

Le texte commence par dire en passant que Jésus était en route avec ses disciples. Il arrive dans un village où il reçoit l’hospitalité de deux soeurs. C’est bien différent du village samaritain qui avait refusé de le recevoir au début du chapitre mais il semble qu’il y avait bien des gens qui étaient prêts à lui offrir l’hospitalité. Il y en a sur qui Jésus savait qu’il pouvait compter comme cet hôte inconnu à qui il demanda l’usage d’une pièce à l’étage pour célébrer la Pâque à Jérusalem, alors que la ville à ce moment déborde de visiteurs.

Marthe est la maîtresse de maison et elle s’affaire à remplir ce rôle qui est tout à fait normal. Elle se plaint de ce que sa soeur, elle, tient un rôle qui n’est pas normal du tout pour une femme. Elle est assise aux pieds de Jésus et écoute ses paroles: elle est dans la position d’un disciple qui écoute les instructions de son maître. Or les avis des rabbins sont catégoriques: il ne faut pas enseigner la Loi à une femme. Non seulement Jésus parle pour elle mais encore il ne veut pas qu’on la dérange.

En brisant cet interdit, Jésus montre que la condition de disciple n’est pas réservée à des hommes. C’est une leçon qui n’a pas été perdue pour les communautés chrétiennes. Mais il y a plus que cela.
On a mentionné au début du chapitre, que le grand commandement était l’amour de Dieu et l’amour du prochain. A la suite de cela, pour donner une illustration de l’amour du prochain, Jésus a donné l’exemple du bon Samaritain, pourtant un ennemi des Juifs, qui venait en aide à quelqu’un de blessé.

Après l’amour du prochain, l’évangéliste revient à l’amour de Dieu qui a son illustration dans la scène que nous avons. L’écoute de la Parole est une forme de l’amour de Dieu et l’amour de Dieu est le premier commandement. Cette écoute est une forme de l’amour parce que dans la Parole il y a une présence de Dieu. C’est pour cela que, dans la première apparition de Jésus ressuscité aux disciples, la première chose que Jésus fait après s’être fait reconnaître fut : Alors, il leur ouvrit l’esprit à l’intelligence des Écritures. (Luc 24,45)

Pour Luc, Marie est donc un modèle parfait de disciple. Pour les disciples, dans le passage qui suit, Jésus donnera une autre forme de l’amour de Dieu: il leur enseignera le Notre Père.

Jean Gobeil SJ 

(Français) 2202/10/03 – Lc 10, 25-37

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Un légiste pose une question piège à Jésus : « Maître, que dois-je faire pour avoir part à la vie éternelle? » Jésus répond par une autre question : « Dans la Loi, qu’est-il écrit?» Bon élève, le légiste cite le plus grand des commandements qui résume la Loi et les Prophètes: « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme… et ton prochain comme toi-même.» Jésus lui accorde alors la note parfaite : dix sur dix au niveau de la théorie. Toutefois, la théorie n’est pas tout. Jésus enjoint au légiste d’aller faire les travaux pratiques, sur le terrain! Mais ce dernier n’aime pas le rôle de l’arroseur arrosé. Il contre-attaque par une autre question piège : « Et qui est donc mon prochain? » Jésus répond par le détour de la merveilleuse parabole du bon Samaritain, l’un des bijoux de l’évangile de Luc, qui s’achève par une question au légiste : « Lequel des trois, à ton avis, a été le prochain de l’homme qui était tombé entre les mains des bandits. » En mauvaise posture, le docteur de la Loi est bien obligé de donner une réponse qui permet à Jésus de répéter son conseil : « Va, et toi aussi, fais de même. »

En allant voir les parallèles de ce texte chez les deux autres synoptiques, on peut constater que la question piège posée à Jésus est : « Quel est le plus grand commandement? » Chez Marc et Matthieu, c’est donc Jésus qui joue le rôle de l’élève surdoué : il répond directement, sans ruser, en citant les Écritures, et la confrontation s’arrête là. Mais Luc chambarde tout, comme pour faire durer notre plaisir. D’abord, il ne reprend pas la question de départ. Chez Luc, le légiste veut savoir ce qu’il doit faire pour entrer dans le royaume, et Jésus le contraint à trouver lui-même la réponse dans les Écritures. Mais le légiste ne s’avoue pas vaincu et récidive par une autre question désespérément théorique: « Qui est donc mon prochain? »

Avec un art consommé de l’esquive, Jésus lui sert la parabole du bon Samaritain, comme pour lui dire, « Plus malin que moi, tu meurs ! » De fait, la parabole est un véritable traquenard pour le pauvre légiste. Dans les milieux juifs, la réponse à sa deuxième question était évidente : le prochain est tout membre de son peuple, à l’exclusion de tous les étrangers. Jésus connaît cette réponse qu’il rejette indirectement, mais fermement. « Un homme descendait de Jérusalem à Jéricho… » Il ne précise pas qui était cet homme, mais il y a tout lieu de supposer que c’était un juif. Ce juif se fait donc attaquer par des bandits qui le dépouillent, le tabassent et le laissent pour mort.

Des juifs très au fait de la Loi (un prêtre et un lévite) arrivent à cet endroit et voient l’homme agonisant. Ils passent « de l’autre côté » et ne portent pas secours à ce congénère dans le plus grand besoin. Or, cet homme est bel et bien « leur prochain » selon la Loi. Puis un Samaritain, c’est-à-dire un étranger, passe par là et réagit autrement : saisi de pitié, il pose envers l’infortuné tous les gestes de miséricorde que les deux représentants de la Loi ont soigneusement évités. Le légiste est finalement obligé de descendre du ciel de la théorie pour répondre à la seule question pratique qui compte vraiment pour Jésus : « Qu’as-tu fait de ton frère humain, sans discrimination? » Et, toute honte bue, il doit admettre qu’un Samaritain, un étranger, peut s’emparer du rôle de modèle en manifestant à l’égard d’un juif dans le besoin, plus de générosité que des juifs patentés! Jésus a pourtant la victoire modeste. N’importe qui d’entre nous aurait dit à ce légiste battu à plate couture : maintenant, dégage, va au diable! Mais Jésus se garde de l’humilier. Il lui conseille simplement d’imiter le Samaritain de la parabole.

Melchior M.Bonimpa

(Français) 2022/10/01 – Mt 18, 1-5

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Les disciples demandent à Jésus qui est le plus grand dans le Royaume des cieux. Jésus met un enfant au milieu d’eux et déclare: Celui qui se fera petit comme cet enfant, c’est celui-là qui est le plus grand dans Royaume des cieux. Et celui-là qui accueillera un enfant comme celui-ci en mon nom, c’est moi qu’il accueille.

Voilà une question des disciples qui est peut-être reliée d’abord à leurs aspirations pour des bonnes places dans le Royaume des cieux qui est encore pour eux sur un modèle bien terrestre. Mais il y a peut-être plus. Ils ont peut-être comme saint Paul avant sa conversion, l’idée que ce qui est important aux yeux de Dieu c’est ce qu’il faut faire. L’idée que la justice, que ce qui est agréable à Dieu, c’est une affaire de performance personnelle. La réponse de Jésus semble bien correspondre à cette attitude.

Il met un enfant au milieu d’eux. L’enfant est celui qui n’a aucun droit ni aucun pouvoir. Il n’a aucun statut dans la société. Ceci est vrai non seulement pour la société juive de l’époque mais aussi bien pour la société romaine et la société grecque: puer en latin et pais en grec signifient aussi bien enfant et esclave ou serviteur. La connotation de l’enfant n’est pas l’innocence mais bien l’impuissance. Il n’existe qu’en dépendance. Il est donc, dans notre récit, aux antipodes de ce à quoi rêvent les disciples en entendant parler de Royaume, donc de roi et de pouvoir royal, pouvoir auquel ont accès ceux qui sont proches du roi.

Le plus grand dans le Royaume sera celui qui se fera petit comme cet enfant. Ce mot, petit, évoque immédiatement les thème des petits, des humbles, les anawim de Yahvé dans l’Ancien Testament. Déjà, on donnait comme la grande qualité de Moïse, son humilité : Or, Moïse était un homme très humble, l’homme le plus humble que la terre ait porté. (Nb.12,3)

Ces humbles sont ceux qui ne comptent pas sur leur richesse ou leur pouvoir mais qui savent qu’ils dépendent de Dieu et s’appuient seulement sur leur confiance en Lui.

Sophonie avait prédit qu’une fois purifié, Israël serait un peuple humble et modeste (3,12) au milieu duquel Yahvé serait roi (3,14-18). Zacharie, plus tard, avait vu que le Messie qui venait serait un roi humble, monté sur un âne: il ne vient pas sur un chariot royal mais sur la monture du pauvre (9,9).

Dans le Nouveau Testament, ces petits ou ces humbles, ce sont ceux qui ont une âme de pauvre dont parle la première béatitude et à qui est déjà donné le Royaume des cieux (Mt.5,1)
Ils sont ces petits, qui comme l’enfant, n’ont rien à apporter et tout à recevoir. C’est dans cet esprit que sainte Thérèse de Lisieux disait qu’elle se présentait devant Dieu les mains vides.

Et Jésus déclare aux disciples qu’il est solidaire de ces petits si bien qu’en eux on peut accueillir le Christ lui-même.

Jean Gobeil SJ 

(Français) 2022/09/30 – Lc 10, 13-16

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Plusieurs pensent que nos actions demeurent cloisonnées dans le passé et qu’elles passent comme le vent. Nous avons l’impression de répéter chaque jour les mêmes actions, qui ne laisseraient aucune trace. On a souvent répété, pourtant, que nos actes nous suivent. Bien plus ! Ils s’incrustent en nous. Ils ont une pesanteur qui nous accompagne tout au long de notre existence, et surtout dans l’au-delà. Combien de gestes s’insèrent dans nos muscles, conditionnent tous nos mouvements et deviennent des habitudes ! De la même manière, et plus profondément encore, nos décisions pèsent sur l’orientation spirituelle de notre personne.

Les apparentes “malédictions” de Jésus paraissent dures et sévères. Pourquoi une dénonciation aussi rude de la part du Christ, qui est venu nous enseigner l’amour de Dieu? Jésus veut nous faire prendre conscience du sérieux et de la pesanteur de nos décisions. Mais, à l’inverse, c’est la valeur de notre personne et de nos actions qu’il met en lumière.

Quand il s’agit de notre libre décision d’accueillir ou de refuser son offre de salut, notre réponse est la plus sérieuse de notre existence, car elle nous oriente vers la mort ou vers la vie. Aussi le jugement de Jésus sur les villes rebelles à son appel est un cri d’amour pour les prévenir de prêter une attention extrême à cette décision de choisir le malheur ou le bonheur éternel.

Après avoir énoncé sa Loi, expression de sa volonté, le Seigneur s’écrie en conclusion du Livre du Deutéronome, qui termine les cinq livres du Pentateuque, la base de l’A.T.:
« Aujourd’hui, je place devant vous la vie et le bonheur d’une part,
la mort et le malheur, d’autre part. Prêtez donc attention aux commandements que je vous communique aujourd’hui :Aimer le Seigneur votre Dieu, suivre le chemin qu’il vous trace,obéir à ses lois. Alors vous vivez, vous deviendrez nombreux, et le Seigneur vous comblera de bienfaits» (Deut 30,15ss)

« Malheur à toi » ou « malheureux es-tu » ?

Les traductions du passage évangélique d’aujourd’hui, qui placent le mot “malheur à toi…” dans la bouche de Jésus, peuvent donner l’impression que le Christ, déçu du refus ou de l’indifférence de ces villes, souhaite leur malheur. Il faut, au contraire, comprendre l’émoi de Jésus comme un avertissement lucide, qui exprime sa tristesse et sa peine. Jésus sait que le refus de ces villes les mène à leur ruine. Nous savons par expérience qu’il faut saisir les occasions favorables qui passent. “Aujourd’hui, si vous entendez sa voix, n’endurcissez pas votre coeur” (Ps 95, 7s). Or ces villes n’ont pas saisi le moment de salut qui passait dans leurs localités. Elles n’ont pas écouté l’appel du Christ à se convertir et à changer de vie.

Libres pour aimer

Le Seigneur aurait pu nous créer avec un programme inscrit en nous, comme chez les animaux, qui nous aurait orienté tout naturellement vers le bien, la vie et le bonheur. Nous n’aurions pas eu le choix d’être heureux ou malheureux. Nous aurions été des robots conditionnés pour être heureux.

Mais Dieu a voulu avoir des partenaires dignes et autonomes, libres d’entrer dans son Alliance d’amour. Dans sa bonté, il a voulu que nous soyons libres de répondre “oui” ou “non” à son offre de vie éternelle, qu’il nous transmet par son Fils incarné dans notre monde.

La liberté appartient à l’essence de la personne humaine, c’est sa dignité. De nombreux pays ont des chartes qui garantissent la liberté et les droits de la personne qui en découlent. C’est la preuve que la liberté est innée en nous, parce que créés à l’image de Dieu, souverainement libre.

Mais la liberté comprend la responsabilité de nos décisions. On parle souvent aujourd’hui de la liberté et de la dignité humaines, mais on insiste très peu sur la responsabilité de chacun de nous. C’est une preuve de maturité d’accepter ses responsabilités, au lieu de les reporter sur les autres, nos parents ou sur la société en général.

« Qui vous écoute m’écoute »

Le Seigneur nous parle presque toujours par des médiateurs. Il est rare que Dieu se révèle directement à la personne qu’il appelle. Pourquoi recourt-il à des intermédiaires ? Tout d’abord parce qu’il veut associer les humains, ses médiateurs, à son projet de salut, d’amour et de vie. Du côté de celui qui reçoit l’appel, Dieu veut solliciter sa foi ; il doit croire que le Seigneur lui parle par des humains et par des signes. Si Dieu parlait directement, il s’imposerait à son interlocuteur. La foi et la confiance disparaîtraient. La foi des premiers disciples consista à discerner le Fils de Dieu dans le signe de l’homme Jésus ?

Pour entendre l’appel de Dieu et lui répondre, il faut avoir un cœur de pauvre. Celui qui se pense parfait, celui qui s’estime riche, comme Capharnaüm prétendant s’élever jusqu’au ciel, celui-là n’entendra jamais la Parole du Seigneur.

Jean-Louis D’Aragon SJ