18e Semaine Ordinaire

2021/08/02 – Mt 14, 13-21

By mardi 3 août 2021 No Comments

Des nouvelles tristes ou même accablantes surviennent parfois dans nos vies. Comment devrait-on les surmonter et les assumer sans nous démoraliser? Plusieurs pensent que les distractions ou le travail permettent d’oublier ou, au moins, de prendre ses distances pour objectiver et relativiser l’effet de ces événements. Quelle conduite Jésus a-t-il adoptée lorsqu’il a vécu une situation difficile et même pénible? L’Évangile nous dit qu’il s’est retiré dans un endroit isolé, sans doute pour méditer et pour prier.

Quelles étaient ces nouvelles?

Tout d’abord une expérience qui a dû ulcérer Jésus: le refus que lui opposèrent les gens de son village, Nazareth (13,53-56). Ils refusèrent de croire en lui, dans la mission que Dieu lui avait confiée. Ses amis depuis son enfance se disaient qu’ils le connaissaient bien, depuis toujours ; et cela les empêchait de croire en lui (13,57). Jésus ne peut accomplir des miracles à cause de leur manque de foi (13, 57), non pas qu’il soit devenu impuissant, mais parce que la foi seule permet d’accueillir l’action du Christ, d’y découvrir un sens. Le miracle n’est pas une action extraordinaire qui voisine la magie, mais un signe qui exprime un message de Dieu.

En plus de cette épreuve, Jésus apprend l’exécution de Jean Baptiste par un roi adultère. Jean avait baptisé Jésus, qui, d’une certaine manière, avait peut-être été son disciple et qui avait commencé son ministère juste après l’incarcération de Jean, donnant l’impression qu’il continuait la mission de Jean. La mise à mort de Jean annonçait à Jésus que le même rejet et sa condamnation par les autorités seraient sa destinée de suivre son précurseur.

Jésus se retire alors dans un endroit désert, à l’écart, pour retrouver la force de persévérer dans l’intimité de la prière avec Dieu, son Père. Il évite l’amertume qui nous guette après un échec ou la colère devant l’incompréhension et l’incrédulité.

Une contrainte imprévue

Il nous arrive d’avoir planifié une période de repos dans un endroit isolé pour qu’une circonstance subite dérange nos prévisions. On est tenté de s’insurger contre cette surprise qui dérange, de fermer sa porte à cet importun qui dérange. Le Christ nous dit cependant que dans ce pauvre ennuyeux, c’est qui demande notre secours.

Pour Jésus qui cherche le repos, c’est une grande foule de gens qui l’attendent sur la rive. Ils représentent notre pauvre humanité malade, infirme et souvent sans espérance. La réaction du Christ est celle de Dieu, qui est l’Amour, il est saisi de pitié envers eux. La compassion, ce n’est pas simplement s’apitoyer, c’est souffrir en union avec l’autre écrasé par sa misère. Aussi cette pitié de Jésus est active. Dieu dans son Envoyé guérit, il cicatrise les blessures que nos péchés nous ont causées. La guérison corporelle est une image de la guérison spirituelle, bien plus profonde que celle qui n’atteint que le physique. Telle est la volonté de Dieu en nous créant, il désirait que nous vivions pleinement.

Le repas de famille

Les disciples représentent notre humanité et ils expriment notre condition misérable dans le désert de notre existence terrestre. Notre monde a faim de vie, de joie et de bonheur. À ses disciples qui constatent la situation pénible de la foule, Jésus répond en leur rappelant leur responsabilité de nourrir tous ces gens. Il veut faire prendre conscience à ses disciples qu’ils sont démunis devant un si grand besoin, car ils n’ont que quelques pains et deux poissons, qui montrent les ressources pitoyables dont dispose l’Église réduite à ses ressources humaines face à la faim de liberté, de joie et de paix dont souffre le monde.

C’est dans notre désert que le Christ nous offre le repas dans lequel il se donne personnellement en nourriture. Ce récit de la multiplication des pains reparaît six fois dans les évangiles, attestant ainsi sa signification centrale pour les premiers chrétiens. Ce repas offert par le Christ représentait déjà pour eux le sacrement central, celui qui révèle l’Amour extrême de Dieu dans son Fils incarné. Il se livre constamment à nous, à travers les siècles, pour entretenir, renouveler et développer en nous sa vie de Ressuscité.

Jean-Louis D’Aragon SJ