3e semainde de l'Avent

2020/12/15 – Matthieu 21, 28-32

By samedi 28 novembre 2020 novembre 30th, 2020 No Comments

2020/12/15 – Matthieu 21, 28-32

Les deux fils de cette parabole se ressemblent du fait qu’ils sont tous les deux divisés en eux-mêmes: ils agissent en contradiction avec leur réponse qu’ils ont adressée à leur père. Le premier refuse d’obéir, mais, par la suite, il fait ce que son père lui a demandé. Le second fils acquiesce poliment, mais il ne fait rien. Une telle division destructrice sévit trop souvent à l’intérieur de tous les humain, esclaves de leur égoïsme et de leur péché.

Le premier fils s’oppose à la volonté de son père, mais, après avoir souffert de cette division, il refait son unité en conformant son action au désir de son père. Le second fils voit bien ce qui est le meilleur, il le dit en acquiesçant au désir de son père, mais son inaction contredit ensuite l’idéal qu’il a entrevu.

Quelle est la signification de cette allégorie?

Le propriétaire de la vigne représente le Seigneur. Le premier fils, qui refuse d’obéir, ce sont, à l’époque de Jésus, les publicains et les prostituées, Au temps de l’Église, ce fils rebelle est la figure des païens qui, après avoir violé les exigences inscrites par leur Créateur dans leur nature, se convertissent et entrent dans la Communauté chrétienne. Après avoir erré loin de leur Seigneur, ils ont entendu finalement l’appel de changer de vie et de croire à la Bonne Nouvelle. Travailler à la vigne symbolise donc l’obéissance à la volonté de Dieu.
Le se¬cond fils qui dit « Oui », mais qui ne va pas travailler, est l’image des chefs des prêtres et des anciens, qui, malgré leur profession apparente d’obéissance à la volonté de Dieu, rejettent l’appel de Jean Baptiste et de Jésus de se convertir. Jean a « vécu selon la justice », en plein accord avec la volonté de Dieu; sa vie garantissait l’authenticité de son message. Il parlait au nom de Dieu, mais il dérangeait. Prolongeant l’appel de Jean, la proclamation de Jésus bouleversait l’ordre établi. Les chefs ont non seulement refusé son appel à la conversion, mais ils l’ont violemment condamné à la croix.

Les adolescents ont la tentation de se révolter contre tout commandement, qu’il vienne de leurs parents, de leur professeur, de l’autorité civile ou de l’Église. Ils soupçonnent dans tout ordre une atteinte à leur liberté et à leur personnalité. Même parvenus à l’âge adulte, nous résistons secrètement à toute loi. Nous obéissons souvent après plusieurs refus. Obéir est difficile pour les descendants d’Adam, qui ont cultivé le doute et la défiance.

Il est facile de dire extérieurement « Oui » à Dieu, tout en lui disant « Non » dans la réalité. Il est facile d’offrir une messe pour les âmes du purgatoire, tout en refusant de changer de vie en obéissant aux commandements de Dieu et de l’Église.

Les deux fils sont une source de peine pour leur père. Chez aucun des deux n’existe une parfaite harmonie entre leur parole et leur conduite. Mais, au-delà de la parabole, se profile la présence d’un troisième fils, celui qui propose la parabole, Jésus. Son attitude est complètement différente de celle des deux fils: « Le Fils de Dieu, Jésus Christ, que j’ai prêché chez vous, n’a pas été « Oui » et « Non », il n’a été que « Oui ». (2 Cor 1,19) Toute sa vie se résume dans cette prière à Gethsémani: « Père, non pas ce que je veux, mais ce que tu veux. » (Mc 14,36). Nous serons vraiment ses disciples lorsque tout en nous sera « Oui » à Dieu.

Le Livre des Actes nomme souvent la foi chrétienne « La Voie ». Ce n’est pas seulement une doctrine, une philosophie,.. La réflexion, les pensées et les projets généreux sont sans valeur sans nos actions et notre pratique. « Je crois, mais je ne pratique pas », manifeste une foi sans consistance, une division intime dans sa personne. Un verre d’eau donné au nom du Christ vaut mille fois plus que les plus belles réflexions et que les plus brillants discours.

Plusieurs semblent avoir dit « Non » à Dieu, alors qu’ils travaillent en fait dans la vigne du Seigneur. Ils semblent nier Dieu, parce qu’on leur a présenté une fausse image de Dieu, une caricature déformante. Ils obéissent à la volonté du Seigneur quand ils se dévouent pour les démunis, comme médecins sans frontières,… Le Juge suprême, au dernier jour, les reconnaîtra comme les siens, même s’ils ne savaient pas que c’était Lui qu’ils secouraient (Mt 25, 34).

« Les publicains et les prostituées vous précèdent dans le Royaume de Dieu ». Une telle déclaration à la face des leaders du peuple juif a dû scandaliser. Si Jésus reprenait cette affirmation à propos des itinérants, des prisonniers,…de notre milieu, qu’en dirions-nous?
Les publicains et les prostituées ne peuvent s’illusionner sur leur situation devant Dieu. Ils ne peuvent se cacher, comme les pharisiens, sous une obéissance extérieure. Ils sont conscients que leur « Non » est « Non », un clair rejet de la volonté de Dieu. Cette absence d’illusion peut conduire vers le désespoir, qui, cependant, rend possible une prise de conscience, un cri d’appel, un retour vers le Père du prodigue. Mais le « Oui » apparent des justes, des pharisiens, peut rassurer et faire disparaître le besoin de conversion.

Nos refus accumulés dans le passé ne sont jamais irréversibles. Il dépend de nous de les annuler par un « Oui » du fond du cœur. Pour celui qui parvient à comprendre que Dieu est son Père, rien n’est impossible.

Jean-Louis D’Aragon SJ