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3e Semaine de Pâques

2022/05/03 – Jn 14, 6-14

By samedi 23 avril 2022No Comments

         Il est impossible, par nous-mêmes, de parcourir le chemin qui mène à notre patrie, car elle se situe à un niveau infiniment élevé, où le bonheur dépasse toute imagination humaine.  Thomas a raison, car nous ne connaissons même pas ce chemin de l’amour et de la vie. Même en le connaissant, nous n’aurions pas la capacité de le parcourir.

         Dans sa réponse à Thomas, Jésus recourt à l’expression caractéristique, “Je suis“, qui révèle les attributs divins de sa personne. Comment Jésus est-il “le chemin” vers le Père? Parce qu’il est la vérité, c’est-à-dire la révélation du Père, en sorte que les humains, en le connaissant, découvrent le Père en lui. Lorsque les croyants le voient, ils voient le Père. Il est aussi le chemin parce qu’il est la vie, car il vit dans le Père et le Père vit en lui. Il est le Médiateur, le canal, par lequel la vie de Dieu parvient aux chrétiens. Jésus, “le chemin“, désigne donc l’essentiel, que “la vérité” et “la vie” explicitent.

         Jésus est “le chemin” qui mène au Père de trois manières.  Il ouvre la voie en passant le premier par le sacrifice volontaire de sa vie pour ressusci­ter dans la gloire. De plus, il accorde la grâce de parcourir le même chemin en donnant aux siens l’Esprit. Enfin Jésus incorpore les chrétiens en lui-même pour franchir la route avec nous et nous en lui. Il meurt avec nous et res­suscite avec nous. “Aucun de nous ne vit pour soi-même et aucun ne meurt pour soi-même. Si nous vivons, nous vivons pour le Seigneur, et si nous mourons, nous mourons pour le Seigneur. Ainsi, soit que nous vivions, soit que nous mourions, nous appartenons au Seigneur” (Rom 14, 7s). Cette image traditionnelle du “chemin” rappelle la marche du peuple vers la Terre promise et la réalisa­tion progressive de la destinée du croyant.

         “Personne ne va au Père sans passer par moi” reprend une affir­mation fondamentale que l’évangéliste avait déjà proposée (1,18; 3,13). Jésus est donc l’unique Médiateur entre Dieu et l’humanité. En rappelant cette af­firmation de Jésus, Jean pensait aux multiples mouvements religieux de son époque. Il n’y a pas plusieurs voies pour atteindre Dieu. À une époque comme la nôtre, la prétention de Jésus pourra paraître intransigeante, mais c’est l’intransigeance de la vérité, qui est unique.

Jésus est l’unique voie pour atteindre Dieu, la source de la vie éternelle. La condition, c’est de connaître  Jésus et, par lui, de connaître le Père.

         “Connaître” ne signifie pas dans l’Évangile la simple connaissance hu­maine d’un fait ou d’une personne, mais la relation personnelle de la per­sonne humaine à Dieu (v.7). Par la connaissance du Père, qu’ils connaissent par Jésus, les disciples sont établis à l’égard du Père dans une relation simi­laire à celle qui unit Jésus à son Père: relation d’amour, d’obéis­sance et d’habitation mutuelle. Aussi la vie éternelle consiste dans la connais­sance du  Père par le Christ (17,3).

          La demande de Philippe, “Montre-nous le Père” exprime l’aspiration universelle de voir Dieu, la source de tout bien. L’union du Fils à son Père est si parfaite, que Jésus peut reprocher à Philippe de ne pas le connaître, s’il n’a pas vu Dieu en lui (v.9). Par la foi, le croyant découvre Dieu dans la personne de Jésus. La demande de Philippe supposait que l’homme peut voir directement Dieu, alors que c’est uniquement par la médiation de Jésus qu’il devient possible de communiquer avec le Père. L’aspiration reli­gieuse de l’humanité peut se réaliser depuis que le Fils de Dieu s’est incarné: dans ses actions, ses paroles et sa personne, Dieu est apparu parmi nous en Jésus (1,18).

         Jésus parle et agit au nom de son Père, en sorte que ses paroles et ses oeuvres ne sont pas les siennes, mais celles du Père. Le développement de cette pensée concluait le ministère public de Jésus : “Je n’ai pas parlé de ma propre initiative, mais le Père qui m’a envoyé m’a ordonné lui-même ce que je devais dire et enseigner” (12,49s). Le Christ carac­térise l’ensemble de son ministère comme l’exacte correspondance au “com­mandement” qu’il a reçu de son Père. La répétition de ce mot souligne l’obéissance de Jésus, lien qui le rattache à son Père et qui, comme la “nourriture“, entretient sa vie (4,34).

         Si on refuse de se laisser convaincre  par les affirmations de Jésus, on doit croire au moins en raison des oeuvres que le Père accomplit par lui. Cette foi, qui a besoin d’être suscitée par les oeuvres et les signes, est imparfaite, car “si vous ne voyez des signes et des prodiges, vous ne croi­rez donc jamais.” (4,48).

         Avec son retour au Père, le ministère de Jésus ici-bas prend fin. Par son Incarnation, il a assumé par amour les limites humaines. Mais il continue sa mission par et dans ses disciples, qui feront “les oeuvres que je fais” (v.12).

         Non seulement les oeuvres des chrétiens seront celles de Jésus, mais elles seront plus grandes que les siennes. Comment comprendre une assertion aussi déconcertante?  Les “oeuvres” des chrétiens prolongeront  l’oeuvre même du Christ agissant dans son Église, mais elles ne seront plus limitées par le temps et l’espace comme celles de Jésus durant son ministère. Aussi les chrétiens amèneront plus de personnes à croire que Jésus lui-même. Le contraste entre les oeuvres de Jésus et celles “plus grandes” de ses disciples porte donc sur le nombre des convertis. Jésus a déjà annoncé cette mission de ses disciples et son succès (4,35-38). La pêche miraculeuse, accordée par le Ressuscité, en sera le symbole (21,1-14).

 

         La montée de Jésus vers le Père produira l’efficacité missionnaire des disciples. L’oeuvre de Jésus était nécessairement incomplète avant cette consommation de son ministère. Lorsque le Père glorifie son Fils, il “remet tout entre ses mains” (13,3). Jésus glorifié peut donner l’Esprit à ses disciples et il peut accomplir ainsi par eux des “oeuvres plus grandes” qu’avant  sa glorification.

        

Prier en son nom

 

Lorsque le chrétien invoque la personne de Jésus, en union avec lui, il demande en son “nom” (vv.13s). Cette prière n’est pas magique, comme si le disciple pouvait, selon sa fantaisie, amener son Seigneur à abaisser et réduire sa vo­lonté à la sienne. Le lien avec le v.12 montre que l’objet de cette prière concerne l’activité du chrétien, en tant que celle-ci prolonge l’oeuvre du Christ et qu’elle en dépend (1 Jn 5,14: demander “selon  sa volonté“).

 

La prière chrétienne est donc toujours exaucée, puisqu’elle est faite en union avec la volonté de Dieu. La répétition et la persévérance dans la prière n’ont pas pour but de changer la volonté de Dieu, mais de parvenir à conformer la nôtre à celle de notre Seigneur. De même, Jésus affirme que le Père l’exauce toujours (11,41s), parce qu’il fait toujours ce qui plaît à son Père (8,29). Le Christ lui-même exaucera cette prière du chrétien, car le Père, présent dans son Fils, agit par lui (15,16; 16,23). C’est ainsi que le Père sera glorifié dans le Fils et dans ses disciples, en qui il se révélera.

 

Jean-Louis D’Aragon, s.j.