23e Semaine Ordinaire

2021/09/10 – Lc 6, 39-42

By mardi 3 août 2021 No Comments

Le discours inaugural de Jésus dans Luc 6,26-49 contient l’essentiel de l’Évangile. Luc a centré toute la proclamation du Christ sur la miséricorde, avec l’exhortation qui conclut la première partie du discours (vv. 26-36) et qui, en même temps, introduit la seconde (vv. 37-49). Le passage que nous offre aujourd’hui la liturgie s’éclaire par ce thème de la miséricorde, que « votre Père » vous accorde, pour que vous la répandiez autour de vous.

L’introduction nous dit que Jésus s’adresse une « parabole à ses disciples », et non pas à la foule incroyante. Jésus reprend plutôt un proverbe: « Un aveugle peut-il guider un autre aveugle? » Pourquoi cet avertissement s’adresse-t-il seulement aux disciples? Ayant bénéficié de la miséricorde de leur Père, ils ont le devoir de combler de cet amour gratuit les personnes qu’ils rencontreront. S’ils refusent de remplir ce devoir de miséricorde, ils deviennent des aveugles qui prétendent guider les gens qui ont besoin de cette lumière de l’amour.

L’être humain a sans cesse besoin d’un maître pour guider sa vie. Il vient au monde nu, complètement pauvre, réclamant que l’on comble ses besoins les plus élémentaires. Ses parents normalement commencent son éducation, puis des professeurs prennent le relais et finalement divers maîtres. Pour ce qui concerne la morale et la spiritualité, ce qui atteint le plus intime et le plus profond de notre personne, on se fie ordinairement à un représentant de Dieu.

Combien de « gourous » interpellent aujourd’hui les gens pour les diriger! Ils affirment que l’Esprit les inspire pour continuer le rôle que des prophètes ont rempli tout au long de l’histoire du peuple de Dieu. En comparaison des vrais prophètes, agissant et parlant au nom du Seigneur, de nombreux faussaires se sont arrogés cette dignité. Aussi les fidèles se sont continuellement posés la question délicate de distinguer les vrais prophètes des imposteurs. Jésus nous a fourni le critère pour les juger: « C’est à leurs fruits que vous les reconnaîtrez. » Seul, un enseignant qui manifeste l’amour dans sa personne et dans son enseignement est mandaté par Dieu pour le représenter.

Témoin de la miséricorde

La déclaration de Jésus est une mise en garde. Les docteurs de la loi, à son époque, étaient des aveugles qui conduisaient des aveugles. Que dirait le Christ de nos jours? Combien de messagers nous inondent de tous les côtés. Afin de ne pas « tomber dans un trou », de ne pas mener notre vie vers un désastre, la prudence clairvoyante s’impose pour peser la valeur de ces « docteurs » d’après le critère du Christ: évaluer les fruits qu’ils produisent.

Le disciple du Christ a le devoir de reproduire la miséricorde de son Maître. Il faut devenir comme le Seigneur et offrir aux autres la miséricorde dont nous avons bénéficié. À titre de disciples, nous devons être comme notre « Maître », « bien formés » comme lui. La parabole du serviteur qui refuse de remettre la dette de son compagnon illustre clairement l’enseignement de Jésus. Il perd le pardon, qu’il avait reçu gratuitement, parce qu’il a refusé de la transmettre à son compagnon (Mt 18, 21-35).

Les images fortes de « la paille et de la poutre » montrent qu’il est impossible d’être témoin du Christ sans un regard de miséricorde pour tous. Tout disciple vit de la grâce du pardon, qu’il ne peut conserver en lui-même sans qu’elle produise le fruit de la miséricorde. Refuser de pardonner tout en prétendant vivre comme un disciple du Seigneur, c’est entretenir l’illusion de l’hypocrisie, de la contradiction entre ce que l’on est et sa conduite. Pour conserver la vie reçue de Dieu, le disciple doit éviter toute division et refaire l’unité entre son être et son agir.

Jean-Louis D’Aragon SJ