23e Semaine Ordinaire

2021/09/08 – Mt 1, 1-16.18-23

By mardi 3 août 2021 No Comments

Nous fêtons aujourd’hui la Saint Joseph, patron du Canada. Raison pour laquelle, exceptionnellement, l’évangile est précédé par deux autres lectures portant sur la généalogie ou la « descendance » : celle de David, et celle d’Abraham. Mais à vrai dire, l’important est de rattacher Jésus à David, car, dans le cas d’Abraham, sa descendance inclut tous les Juifs et, tous les Arabes qui s’appuient sur le Coran pour revendiquer Ismaël comme ancêtre. Matthieu assigne à Joseph la fonction d’insérer Jésus dans la lignée de David. Dès le début de son évangile, Matthieu s’empare donc du rôle de « bâtisseur de l’Église » que la tradition lui a reconnu en le plaçant en tête des textes canoniques du Nouveau Testament.

En rattachant Jésus à la prodigieuse lignée de David, Matthieu veut dire que Jésus n’a rien à envier aux rois puisqu’il descend du plus grand d’entre eux. Matthieu est aussi le seul à avoir placé dans la bouche de Jésus des paroles qui donnent à Pierre et à ses successeurs une autorité hors du commun. Des paroles qui auront, dans l’histoire du christianisme des conséquences incalculables : « Heureux es-tu Simon, fils de Jonas… je te le déclare : Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église, et la puissance de la mort ne prévaudra pas contre elle. Je te donne les clés du Royaume des cieux; tout ce que tu lieras sur la terre sera lié aux cieux, et tout ce que tu délieras sur la terre sera délié aux cieux » (Mt 16, 17-20).

Mais aujourd’hui, ce n’est pas Pierre que cette annonce de naissance met en vedette, ni même Marie comme dans l’évangile de Luc. Le héros du jour, c’est Joseph. C’est lui qui a un problème épineux à résoudre : une fiancée enceinte alors qu’il ne l’a pas touchée! La loi de Moïse exige qu’il la répudie, mais c’est un homme bon qui ne veut pas jeter l’opprobre sur la pauvre fille, même s’il croit qu’elle l’a trahi. Il décide donc d’obéir à la loi, mais en catimini. Les commentateurs se demandent comment Joseph aurait réussi cet exploit : répudier une fiancée adultère de manière non publique! En fait, il semble que ce n’était pas possible, car il aurait fallu un « certificat » de répudiation. Peut-être que Joseph envisageait simplement de fuir le territoire régi par la loi de Moïse, en s’exilant en Syrie ou en Égypte pour y cacher sa honte et son chagrin.

Je crois que Joseph mérite le titre de « juste » parce qu’il n’a pas pris la solution de la vengeance pourtant avalisée par la loi. Il était prêt à ne pas humilier davantage Marie, qui n’aurait de toutes façons pas échappé à l’ignominie de la condition de « fille-mère » dans cette société et cette époque intolérantes, impitoyables. Mais voilà qu’un rêve change tout. L’ange du Seigneur apparaît en songe à Joseph et lui apprend que l’enfant engendré en Marie vient de l’Esprit. Joseph reçoit même l’ordre de donner à cet enfant le nom de Jésus. Dans ce passage, peu de gens s’arrêtent sur l’importance accordée au rêve. « Joseph se réveilla et fit ce que l’Ange du Seigneur lui avait prescrit. »

On peut avoir l’impression qu’on nage ici en plein merveilleux, et que rares seraient nos contemporains qui se soumettraient à un ordre reçu en songe. Depuis Freud, les rêves sont devenus matière d’interprétation pour les théoriciens de la psychologie, qui n’y cherchent que des choses tordues enfouies dans notre inconscient. Mais voici la révélation surprenante d’un sondage récent : à la question de savoir pourquoi ils sont devenus religieux, presque 40% des membres des congrégations religieuses catholiques en Afrique (qui sont souvent très scolarisés) ont répondu qu’ils ont décidé d’entrer en religion à la suite d’un songe. Et la plupart d’entre eux maintiennent cette décision jusqu’au bout, comme Joseph, époux de la Vierge Marie! Il semble donc que Dieu n’ait pas encore renoncé à utiliser le sommeil comme lieu où il nous fixe rendez-vous, et le rêve comme un moyen de communication efficace.

Melchior M’Bonimpa