21e Semaine Ordinaire

2021/08/28 – Mt 25, 14-30

By mardi 3 août 2021 No Comments

Combien de personnes à la retraite perdent tout goût à la vie. Elles ne manquent pas pourtant pas de ressources financières pour assurer leur bien-être. Elles sont entourées d’attention et d’affection. Elles semblent avoir tout, mais il leur manque l’essentiel. Elles dépérissent parce qu’elles n’ont plus d’objectif, elles se sentent inutiles.

C’est la leçon que Jésus veut nous enseigner dans cette parabole des talents. Le Créateur nous a associés à son œuvre de vie, pour que nous la répandions de toutes les manières autour de nous. Il a voulu que la vocation de tout être humain soit de rendre les autres heureux pour obtenir soi-même le bonheur. On ne peut être heureux tout seul. Nous sommes tous solidaires dans le bonheur et dans le malheur.

Cette parabole continue l’exhortation insistante de veiller, en attendant la venue du Seigneur. De nouveau, Jésus nous dit de veiller, non dans la passivité comme les jeunes filles qui dorment, mais d’une manière active. L’action valorise la personne humaine, tandis que la paresse rend insignifiant. L’être humain est créé pour produire. C’est dans notre nature.

Le Maître et ses trois serviteurs

Ce Maître, extrêmement riche, prête à chacun de ses serviteurs une somme énorme d’argent, qui symbolise sa générosité et la dignité de tout être humain. Le Créateur est avisé et sage : il prête « à chacun selon ses capacités. » Le Créateur a donné à chaque personne une vocation particulière, un charisme, avec des qualités spéciales. Après cette distribution de ses biens, le Maître leur fait confiance, il ne les surveille pas, il s’en va au loin. Il ne leur dit même pas comment faire fructifier les biens qu’il leur prête. Il traite ses serviteurs comme des partenaires libres et responsables, non comme des esclaves. Telle est la merveilleuse liberté que Dieu accorde à chacun de nous !

Les deux premiers serviteurs s’activent et accumulent des bénéfices. Lorsqu’ils rendent compte de leur gestion, leur Maître les traite de la même manière : ils reçoivent la même récompense, même si les résultats de leurs activités sont différents : « Tu as été fidèle pour peu de choses, je t’en confierai beaucoup. » L’accent ne porte pas sur les résultats obtenus, mais sur l’attitude de ces serviteurs, sur l’énergie qu’ils ont déployée. Ils sont de « bons et fidèles serviteurs ». Cette fidélité des deux premiers s’oppose à la conduite du troisième serviteur, « mauvais et paresseux. »

L’attention de la parabole porte sur ce dernier serviteur. Tout d’abord, comment se représente-t-il son Maître ? Il le voit dur et exigeant. Ce serviteur n’a pas confiance en son Maître, il en a peur. Aussi il ne prend aucun risque, il ne fait que conserver d’une manière paresseuse le bien confié. Mais, à la fin, il perd même ce qu’il pensait conserver. Dans notre condition humaine, la paresse fait perdre même ce qu’on pense posséder. Bien plus, au lieu de reconnaître sa responsabilité, le mauvais serviteur renvoie le blâme sur son Maître, qu’il accuse d’être « dur et de moissonner là il n’a pas semé. » Il rappelle son ancêtre Adam, qui accuse Dieu de lui avoir donné la femme qui l’a tenté.

Divers sens de cette parabole

À l’origine, Jésus visait les pharisiens et les docteurs de la Loi. Par suite de leur nationalisme étroit et de leur exclusivisme rigide, ils ont conservé pour eux-mêmes le trésor de la Loi et de la révélation. Ils n’en ont pas fait bénéficier Israël et encore moins les nations païennes. Le moment est proche où Dieu leur demandera compte de leur conservatisme stérile.

L’absence du Maître de la parabole désigne la période de l’Église entre l’Ascension et le retour glorieux du Seigneur. L’Église a reçu le ferment du salut, l’Évangile, pour l’offrir au monde autour d’elle. Elle doit porter du fruit, sous peine d’être infidèle au mandat reçu du Christ. À travers l’histoire, l’Église a trop souvent cédé à la tentation de garder pour elle le dépôt que lui avait confié le Christ. Elle a cédé à cette tentation chaque fois qu’elle a paniqué face à de nouvelles idées, cultures ou hérésies. Elle a cédé à la tentation de condamner rapidement ce qui menaçait ses routines, pour se rabattre sur des positions traditionnelles. Elle a enterré l’Évangile, au lieu de le proposer audacieusement au monde.

Aujourd’hui, combien de chrétiens refusent d’affronter le monde moderne : la mondialisation, les disparités nationales et sociales, l’écart entre les générations, … Ils préfèrent réduire la religion chrétienne à de grandioses célébrations, en se protégeant de tout contact avec le monde. Le Créateur nous a gratifié de dons divers : la vie, la liberté, l’intelligence, l’identité de chacun, … A-t-on utilisé ce capital seulement pour nous-mêmes, d’une manière égoïste, l’enterrant comme le mauvais serviteur de la parabole ? Les saints et les saintes de tous les temps ont sacrifié leur sécurité pour se lancer dans des aventures qui ont produit des fruits miraculeux

On perd ce que qu’on ne fait pas fructifier. « Enlevez-lui donc son talent et donnez-le à celui qui en a dix. », déclare le Maître. Une foi chrétienne qui n’aspire pas à conquérir se condamne à l’anémie. C’est seulement en risquant pour le Christ que notre foi devient vivante en nous. Alors le Seigneur reconnaît et récompense cette foi vivante : « Entre dans la joie de ton Maître ! »

Jean-Louis D’Aragon SJ