19e Semaine Ordinaire

2021/08/10 – Jn 12, 24-26

By mardi 3 août 2021 No Comments

Avant la Pâque, c’est-à-dire avant la Passion, Jésus prépare ses disciples en leur donnant les sens de sa mort.

Ils ont franchi la frontière vers l’au-delà

La mort apparaît comme un scandale, dont on a peur et qui répugne. Nous ressentons tous un désir naturel de vivre en plénitude et indéfiniment. Or la mort vient mettre un terme brutal à cette aspiration, contredisant notre rêve de bonheur, un rêve que le Créateur a mis en nous. C’est Lui également qui nous a créés avec un corps qui grandit, qui s’use et qui, fatalement, va vers la mort. Comment le même Dieu d’amour a-t-il pu insérer en nous ce besoin de vivre sans limite et, en même temps, imposer la limite de la mort à notre corps ? Comment comprendre cette contradiction ?

Si nous regardons autour de nous, nous voyons que tout naît, vit et meurt. Le printemps annonce une nouvelle vie après la mort de l’hiver. De nouvelles fleurs et de nouveaux bourgeons remplacent les feuilles mortes et balayées par le vent à l’automne. En nous-mêmes, dans notre corps, plus de trente millions de cellules meurent chaque jour pour être remplacées par autant de nouvelles unités vivantes. Jésus donne l’exemple du grain de blé, qui meurt et pourrit en terre, pour reparaître sous la forme d’une tige qui porte de nombreuses graines. Ce grain, tombé en terre qui revit dans une gerbe, révèle la fécondité du sacrifice. Jeter du grain en terre pour qu’il pourrisse et meure paraît stupide, mais l’expérience nous montre que la régénération de la vie passe par ce processus déconcertant. Tout autour de nous, nous observons cette loi universelle de mort qui prélude à une nouvelle vie.

Pourquoi le Créateur a-t-il inscrit en nous, et dans la nature qui nous entoure, une telle loi de mort et de vie nouvelle ? Il nous a modelés pour entrer dans une communion d’amour, dans une alliance, avec Lui et avec la nature autour de nous. L’amour nous entraîne dans une sortie de nous-mêmes, hors de notre solitude égoïste et de nos limites, pour vivre dans la Personne aimée, en nous donnant à elle. Dieu a voulu que la nature nous enseigne cette loi de l’amour qui se donne et qu’elle nous accompagne dans cette montée vers le Seigneur. « La création elle-même gémit et souffre, comme une femme qui accouche, » dans ce pèlerinage vers notre Créateur (Rom 8,22).

Ce don par amour, c’est le sacrifice, offrande de notre personne, nous remettant dans une confiance absolue à Celui qui nous a donné la vie. Tout au long de notre existence, de notre pèlerinage, nous exprimons notre confiance par des dons et des sacrifices offerts par amour à Celui qui nous aime. Ces sacrifices se multiplient naturellement quand nous avançons en âge : nous perdons notre mobilité, notre mémoire, notre audition, notre vue,…Ces pertes apparentes nous acheminent et nous préparent au sacrifice suprême, la remise de notre vie entre les mains de Celui qui nous l’a donnée. Ce moment devrait être l’acte le plus sublime de notre amour dans une confiance parfaite au Seigneur. En vieillissant, chacun de nous est comme une montgolfière, dont on largue les amarres et qu’on allège en la délestant des poids et des liens qui la retenaient au sol. Purifiée de tout retour sur elle-même, de tout égoïsme, elle s’élève alors vers le ciel.

Heure difficile !

Il est pénible et même héroïque de tout quitter, et surtout de se quitter soi-même, pour plonger dans ce qui paraît un gouffre noir mystérieux. Jésus a subi, avant nous et pour nous, cette expérience : « Père, délivre-moi de cette heure ! » Au jardin de l’agonie, il s’écriera de la même manière : « Père, si c’est possible, éloigne de moi ce calice. » (Mt 26,39) Mais cette coupe représente le but suprême de sa mission reçue de Dieu. Aussi corrige-t-il sa volonté pour l’accorder à celle de son Père: « Que ta volonté soit faite ! » De même ici, il s’écrie : « Père, glorifie ton nom !» c’est-à-dire que ta personne se révèle d’une manière éclatante dans mon sacrifice ! Aussi l’Évangile de Jean interprète la Passion du Christ comme un triomphe.

Jésus nous a ouvert le chemin et il nous accompagne dans ce passage vers la patrie, où son Père nous attend. L’amour et la confiance transforment ce sacrifice suprême en une douce dormition. Les premiers chrétiens disaient de leur frère ou de leur sœur qui les avait quittés : « Il ou elle s’est endormie dans le Seigneur », non pas seul, mais uni à son Seigneur.

Conclusion

Dans toute existence humaine, deux moments sont particulièrement pénibles, le début et la fin. Mais chacun de ces moments comprend un sacrifice pour accéder à une nouvelle forme de vie. L’enfant est forcé de quitter le sein de sa mère, qui le réchauffe et le nourrit, pour accéder à une existence autonome. Pour celui et celle qui croit dans l’amour, la fin de notre existence humaine nous ouvre sur la communion intime avec le Seigneur dans l’éblouissement de la vie éternelle.

Jean-Louis D’Aragon SJ