11e Semaine Ordinaire

2021/06/14 – Mt 5, 38-42

By dimanche 13 juin 2021 No Comments

Vous avez appris qu’il a été dit: Œil pour œil; dent pour dent. Moi, je vous dis de ne pas riposter au méchant. Si quelqu’un te gifle sur la joue droite, tends-lui encore l’autre. Si quelqu’un veut prendre ta tunique, laisse-lui encore ton manteau. Si quelqu’un te force à faire mille pas fais-en deux mille avec lui. Donne à qui te demande.

Œil pour œil, dent pour dent: c’est ce qu’on appelle la loi du Talion qu’on retrouve dans le code du livre de l’Exode (21,24). Par les applications concrètes qui sont données dans le livre de l’Exode, on voit clairement que cette loi visait à limiter les vengeances et les représailles en statuant que la réparation ou la punition devait être proportionnée au tort subi.

La citation de cette loi est introduite par les mots: il a été dit. Cette formule avec le verbe au passif est employée par les Juifs pour éviter de prononcer le nom de Dieu et c’est l’équivalent de: il a été dit par Dieu ou c’est une parole de Dieu. Pour Matthieu et son auditoire qui sont des judéo-chrétiens le sens est clair. A une parole de Dieu, Jésus fait plus que donner une interprétation; il y ajoute sa propre parole: “Moi, je vous dis…” Ici, comme dans les antithèses qui vont suivre, Jésus montre une autorité qui a dû faire choc et qui encore montre l’importance des exemples qu’il donne.

Le premier exemple est une insulte. Pour frapper la joue droite il faut normalement frapper du revers de la main. En disant de tendre l’autre joue, Jésus interdit les représailles. Mais il s’agit d’une orientation pour celui qui a accepté les béatitudes et se trouve personnellement lésé. Ce n’est pas une interdiction de combattre le mal et ceci n’interdit pas de s’opposer dignement à une attaque injuste, comme il le fera lui-même lorsqu’il sera frappé par un valet à son procès (Jean 18,22).

Le deuxième exemple est quelque chose d’exorbitant. Celui qui veut prendre la tunique ne pourrait pas obtenir cela dans une cour de justice juive. L’exemple, avec son tour paradoxal, veut peut-être dire: donne à qui te demande même si tu pourrais légalement refuser sa demande.

Le troisième exemple, où la distance est en mesure romaine, pourrait être une demande d’un fonctionnaire ou d’un militaire romain. Elle peut signifier qu’il ne faut pas se dérober à qui est dans le besoin.

On pourrait conclure que l’aspect paradoxal de ces demandes souligne que la justice, pour ceux qui font partie du Royaume de Dieu, dépasse la justice humaine et la légalité. Pour ceux qui ont compris que l’accès au Royaume était dû à l’amour et à la générosité de Dieu, la justice doit parfois comprendre la générosité.

Jean Gobeil SJ