Semaine Saint Sacrement

2021/06/11 – Jn 19, 31-37

By mercredi 19 mai 2021 No Comments

Le monde pervertit encore ici la loi de Dieu. On encourrait une impureté rituelle en laissant les cadavres en croix le jour du sabbat, qui, selon l’évangéliste, coïncidait cette année-là avec la fête de la Pâque. Les Juifs désirent assurer leur sécurité devant Dieu en observant littéralement la prescription de la loi, alors qu’ils viennent de rejeter Dieu lui-même présent dans son Fils, en le conduisant à la mort. La fraction des jambes, ce supplice qu’ils demandent au gouverneur, accélérait l’asphyxie du crucifié, qui ne pouvait plus dégager ses poumons pour respirer.

L’évangéliste souligne avec une telle insistance l’incident de l’eau et du sang coulant du côté transpercé de Jésus, afin d’inciter son lecteur à en découvrir le sens caché. Il cite tout d’abord deux témoins, dont l’un est Dieu lui-même. L’autre, probablement le disciple bien-aimé, porte explicitement témoignage, dont on garantit la véracité. Enfin, seul exemple dans les évangiles, deux prophéties confirment le mystère qui s’est produit. La 1ère épître de Jean (5,5-8) se base sur ce phénomène pour affirmer que l’eau, le sang et l’Esprit convergent dans un unique témoignage, celui par lequel Dieu nous révèle sa vie divine et nous la communique.

Le sang répandu, dans lequel se trouve la vie, montre que le sacrifice de l’Agneau pascal fut bien réel. Cet Agneau, comme toute victime régénérée dans le sacrifice, sera consommé par les croyants pour donner et développer la vie nouvelle et glorieuse du Christ, spécialement dans l’eucharistie (6,53-38). L’eau symbolise l’Esprit Saint (7,38s), qui communique la vie nouvelle au croyant uni au Seigneur ressuscité.

Le premier texte cité (Ex 12,46) stipule dans le rituel de la Pâque juive qu’on ne doit pas briser les os de l’agneau. Jésus apparaît ainsi comme le véritable Agneau, dont l’agneau pascal était l’image.

Dans la seconde prophétie (Zach 12,10), ceux qui regardent se séparent en deux groupes d’après leur attitude à l’égard du Crucifié. Les premiers sont des révoltés, qui rejettent l’Envoyé de Dieu et qui se condamnent eux-mêmes (Apoc 1,7). Les autres le regardent avec foi pour s’unir à lui et en recevoir la vie (Jn 3,14s).

Comme partout dans le 4e Évangile, la personne, les actions et les paroles du Christ provoquent la division chez les humains. Cette scène du Calvaire montre le don ultime de Dieu dans son Fils, victime de la brutalité humaine. Tel est le cœur du mystère d’amour du Seigneur : « Dieu a tellement aimé le monde qu’il a donné son Fils unique… » (Jean 3,16). Confronté à ce mystère, toute personne doit décider librement. C’est dans cette décision que consiste le jugement. Ce n’est pas Dieu dans son Fils qui juge, car il le déclare : « Moi, je ne juge personne » (Jean 8,15), mais bien la personne humaine qui se juge elle-même, en refusant librement le don de Dieu dans son Fils, ou en adhérant par la foi au sacrifice du Christ, qui transforme la mort en résurrection.

Jean-Louis D’Aragon SJ