Semaine Sainte Trinité

2021/06/05 – Mc 12, 38-44

By mercredi 19 mai 2021 No Comments

Juste auparavant, Jésus a dénoncé la faiblesse de l’enseignement des docteurs de la loi. Maintenant, il condamne leur manière de se conduire et il la met en contraste avec la générosité d’une pauvre veuve.

De longues études dans les écoles rabbiniques étaient exigées pour être reconnus docteurs de la loi. Le scribe était fier de cette reconnaissance, qui lui attirait l’admiration du peuple. Jésus, au contraire, n’avait jamais étudié dans les écoles officielles. D’où la méfiance et même le mépris que ressentaient les scribes à l’égard de ce prétendant, qui n’avait que lui-même pour se recommander et qui, d’ailleurs, venait de la Galilée, cette région méprisée du nord.

Le présent passage rapporte le dernier conflit entre Jésus et les scribes. Jésus a revendiqué, tout au long de son ministère, les droits de la liberté humaine, dénonçant les minuties contraignantes des docteurs de la loi. Ici, Jésus ne dénonce plus leur enseignement, mais leur manière de se conduire..

L’habillement luxueux rehausse la prestance d’une personne. Mais cette apparence extérieure peut masquer le vide intérieur. Une scène du film sur François d’Assise correspond à la dénonciation par Jésus du luxe ostentatoire des docteurs de la loi. Le groupe de François et de ses compagnons, debout en haillons, comparaissent devant la cour pontificale, composée du pape et des cardinaux siégeant sur une haute estrade, dans des tenues resplendissantes. Un contraste flagrant oppose les deux groupes, chez qui le coeur, l’intérieur, contredit l’apparence.
Non seulement les scribes accueillent avec satisfaction les marques de respect, mais ils les recherchent dans les synagogues et dans les dîners. Telle est la tentation de tout groupe riche et dont le rang lui assure respect et considération. Les privilèges sont toujours une occasion de tentation. Pourquoi certains membres du clergé ou des religieux avaient-ils autrefois le privilège de passer avant les autres, qui attendaient, dans des services publics ?

Jésus va jusqu’à condamner les scribes qui exploitent les pauvres, en particulier les veuves. Celles-ci sont traditionnellement considérées, avec les étrangers et les orphelins, comme des personnes démunies. Une veuve, dans le monde ancien, est ordinairement seule, sans le soutien d’un père ou d’un mari.

On a toujours été révolté par les manigances de Tartuffe, dans la comédie de Molière, dont le nom a passé dans le langage courant pour dénoncer l’hypocrisie aux apparences religieuses. Le vieux dicton dit bien : « Le meilleur devient le pire. »

Pour être juste, il faut nuancer cette condamnation générale des scribes. Des documents historiques montrent que de nombreux scribes étaient pauvres et qu’ils offraient gratuitement leurs services au peuple. Ils vivaient des dons provenant de gens souvent démunis, en particulier des veuves.

Jésus recourt souvent à l’accusation d’hypocrisie. Pourquoi ? Parce que cette division entre l’extérieur et l’intérieur, entre ce qu’on veut montrer de soi-même et ce que l’on est vraiment, entre son masque et son cœur, est fréquente dans le monde et tellement destructrice. Toute division provoque peu à peu la ruine d’une personne.

Dans son appréciation des dons offerts au temple, Jésus distingue les apparences de l’intérieur chez les riches et chez la veuve. Extérieurement et financièrement, les premiers ont donné de « grosses sommes », avec lesquelles les deux sous de la veuve ne peuvent se comparer. Deux récipients en forme de trompettes renversées, étaient placées à l’entrée du temple pour recevoir les aumônes. Les dons, tous en métal, résonnaient dans ces récipients en cuivre. Les « grosses sommes » des riches attiraient l’attention, tandis que les deux cents de la veuve ont passé inaperçus.

Mais Jésus ne juge pas la générosité des uns et de l’autre d’après le montant de l’aumône. Les riches ont pu donner par ostentation. Pour Jésus, la valeur d’un geste se mesure au degré d’amour et de don de soi qui l’anime. Il nous rappelle que « l’essentiel est invisible. » La veuve a sacrifié ce qu’elle avait pour vivre, alors que les riches ont donné de leur superflu. Le Seigneur le rappelle à Samuel, qui a mission de découvrir le futur roi d’Israël : « Dieu ne regarde pas les apparences, mais le cœur. » (1 Sam 16,7)

Jésus nous enseigne le chemin de la vie et du bonheur. Pour être heureux, il faut réaliser l’unité dans notre personne entre l’extérieur et l’intérieur, entre nos paroles, nos actions et notre cœur. Il faut bannir toute forme d’hypocrisie ! Enseigner l’idéal de l’Évangile devient un défi énorme pour tout chrétien et, tout particulièrement, pour ceux qui ont la mission officielle de proclamer la Bonne Nouvelle. Est-ce une proclamation des lèvres seulement, ou un idéal vécu qui interpelle ?
Aux yeux de Dieu, la charge d’amour dans nos actions est tout ce qui compte, seulement cela a de la valeur. Une mère apprécie le geste de son enfant qui lui offre une fleur. Cette fleur, en elle-même n’a peut-être aucune valeur, mais elle est embaumée par l’amour de l’enfant.

Jean-Louis D’Aragon SJ