Semaine Sainte Trinité

2021/06/04 – Mc 12, 35-37

By mercredi 19 mai 2021 No Comments

À la suite d’une série de controverses avec différents groupes juifs, Jésus rencontre enfin un scribe sympathique. Au terme de cette conversation avec le docteur de la Loi, celui-ci fait l’éloge de Jésus et de la sagesse qu’il a manifestée. En conclusion, l’évangéliste note que « personne n’osait plus interroger » Jésus.

Après cette série de questions qu’on lui a posées, Jésus passe à l’attaque et démontre la faiblesse de l’enseignement proposé par les scribes. Le but immédiat de Jésus est de discréditer, aux yeux du peuple, les docteurs de la Loi, qui ne peuvent répondre à la difficulté qu’il leur propose. Plus profondément, Jésus fait surgir la question sous-jacente tout au long de l’Évangile de Marc: « Qui est cet homme ». Au-delà des apparences, qui est-il vraiment, quel est le coeur de sa personnalité, d’où vient-il ?

Le Messie (en hébreu) ou Christ (en grec) signifie celui qui a reçu l’onction de Dieu, à qui il appartient et qui le représente. Le Messie était bien plus qu’un prophète, celui qui, mandaté par Dieu parlait et agissait en son nom. Le Christ, l’Oint du Seigneur, devait incarner son intervention suprême, finale et définitive, pour conduire à son sommet l’histoire de son peuple. Après cet Envoyé ultime pour le salut de ses fidèles, Dieu avait tout dit et tout fait ; on ne devait plus en attendre un autre.

Il est normal d’imaginer un personnage qui viendra nous libérer sous les traits d’un héros du passé, tout en espérant qu’il le dépasse. Notre imagination ne peut s’inspirer que des expériences que nous avons déjà vécues. Moïse était la figure en qui se concentrait la naissance merveilleuse du peuple élu. David, plus tard, avait réalisé l’unité des tribus du nord et du sud, tout en les sauvant de tous les ennemis qui les entouraient. Son règne illustre demeurait dans la mémoire du peuple comme le sommet atteint par leur nation. Fidèle à cette longue tradition, l’État d’Israël a choisi, de nos jours, l’Étoile de David pour son drapeau, comme signe distinctif.

Inspiré par les promesses des prophètes, le peuple juif se représentait le Messie sous les traits de David, dont il serait le descendant. Jésus se base sur cette espérance pour poser une question à propos de ce « Fils de David. » La citation que Jésus met en relief, pour en demander l’explication aux scribes, provient du psaume 110,1, qu’on attribuait traditionnellement au roi David : « Le Seigneur (Dieu) a dit à mon Seigneur (le Messie) ». Selon les coutumes orientales et juives, jamais un père n’aurait honoré son fils par le titre de « Seigneur », à moins qu’il soit d’origine mystérieuse ou divine.

Tout ce qui concerne le Messie, cette figure centrale de l’espérance en Israël, est fondamental. Si les scribes ne peuvent répondre à la difficulté que leur pose Jésus au sujet de la filiation davidique du Messie, ils sont incompétents. Ils prétendent pourtant être le magistère en Israël et veulent régenter le peuple élu. Celui-ci ne doit pas écouter ces docteurs, qui se prétendent des maîtres. S’ils étaient lucides, ils devraient percevoir dans la personne de Jésus une dimension mystérieuse, qui relève de sa filiation à l’égard de Dieu.

Au-delà de son auditoire immédiat, le Christ exhorte ses disciples de toutes les époques d’être prudents à l’égard des faux prophètes, des prétendus gourous, dans le genre des scribes, qui veulent exercer leur influence sur les gens et diriger leur existence.

La personne du Christ Jésus a déconcerté ses contemporains, mais leur étonnement n’était pas la foi. Il ne suffit pas, de nos jours, d’admirer Jésus comme un grand personnage de l’histoire. Toutes les recherches purement humaines pour percer l’énigme de sa personne se perdent dans le brouillard. Seuls ceux qui croient au mystère du Christ, dans son union unique avec Dieu, et qui engagent leur personne à la suite de leur Seigneur, peuvent comprendre. « Crois pour comprendre », répétait saint Augustin.

Jean-Louis D’Aragon SJ