Semaine de Pentecôte

2021/05/28 – Mc 11, 11-25

By mercredi 19 mai 2021 No Comments

Jésus vient d’entrer à Jérusalem, entouré de ses disciples et d’une foule qui l’acclament, « Que Dieu bénisse celui qui vient au nom du Seigneur!… » Mais Jésus ne se présente pas comme le peuple le souhaite, un chef guerrier, victorieux et libérateur des ennemis. Il monte un âne, la monture des pauvres, et non pas un cheval, marque du conquérant.

À Jérusalem, Jésus prévoit nettement qu’il devra affronter les autorités juives. Cet affrontement amorcera la crise décisive. Une parabole en acte, sous la forme du figuier sans fruits, illustre la stérilité du Judaïsme officiel, qu’il va juger par la purification du temple. Un enseignement sur l’efficacité de la prière conclut cette scène.

En arrivant dans la ville, Jésus se rend au temple, centre de la vie religieuse du peuple. « Il inspecte du regard toutes choses », évaluant lucidement les abus qu’il découvre, sans réagir immédiatement sous le coup d’une émotion subite. Il retourne à Béthanie pour la nuit et il prie pour que sa décision soit conforme à la volonté de Dieu. Il prie pour avoir le courage et la force d’affronter les autorités juives.

Les disciples jugent que la venue de Jésus au temple équivaut presque à un suicide, car il s’aventure sur le terrain où ses adversaires sont tout-puissants. Mais leur attachement au Christ est plus fort que leur peur; ils demeurent avec lui et le suivent.

Un mois avant la saison des fruits, il est anormal de chercher des figues. Le figuier, au printemps, resplendit de feuilles, mais cette belle apparence ne cache aucun fruit. Pourquoi Jésus cherche-t-il ce que le figuier ne pouvait produire à cette époque? Manifestement ce n’est pas le figuier comme tel qui est important, mais la leçon que Jésus veut illustrer.

L’épisode du figuier se divise en deux moments, qui encadrent le jugement du Christ sur le culte qui se déroule dans le temple. La malédiction du figuier ne se comprend pas en elle-même, séparée de la purification du temple. Cet arbre a belle apparence, avec son feuillage, mais il n’a produit aucun fruit. Pour Jésus, le culte dans le temple se revêt de splendeur et de solennité, mais ne remplit pas sa fonction d’introduire les fidèles dans la communion à leur Seigneur.

Depuis le début de son ministère prophétique, Jésus a contesté l’enseignement des scribes et des pharisiens. Sa contestation atteint maintenant
le haut sacerdoce, les grands prêtres sadducéens, cette puissance qui veillait sur le temple et sur le déroulement de son culte. L’intervention de Jésus, qui condamne les activités dans le temple, équivaut à une censure des grands prêtres qui acceptent ce désordre et une telle exploitation des fidèles.

Reprenant une dénonciation du prophète Jérémie (7,11), Jésus accuse les autorités d’avoir dégradé le temple en « une caverne de bandits. » Quel abus Jésus dénonçait-il? Il semble que la puissante famille d’Anne, en particulier Caïphe, le grand prêtre au temps de Jésus, avait introduit dans le temple les commerçants, qui vendaient les animaux pour les sacrifices. Avant cette innovation, les commerçants se tenaient en dehors du sanctuaire.

Jouissant d’une sorte de monopole dans le temple, les commerçants, associés aux prêtres, auraient doublé le prix des animaux pour les sacrifices, en comparaison des prix ordinaires. C’est cette exploitation des fidèles que Jésus dénonce. Ce commerce éhonté et le vacarme profanaient la Maison de Dieu.

Jésus cite également le prophète Isaïe (56,7), qui rapporte le volonté du Seigneur sur le temple: « Ma maison sera une maison de prière pour toutes les nations. » Jésus dénonce évidemment les cris des commerçants et le beuglement des animaux qui empêchent toute véritable prière. Mais Jésus veut, comme le prophète, éliminer le mur de séparation, avec l’inscription qui prévenait les païens de la peine de mort s’ils pénétraient dans cette enceinte pour prier Dieu. Jésus rejette toute discrimination.

Au nom des disciples, Pierre s’étonne et admire la réalisation rapide de la parole de Jésus, « maudissant » le figuier. Jésus répond que la prière de toute personne peut, comme la sienne, obtenir le même résultat. Pour que notre prière soit vraiment efficace, il faut remplir deux conditions.

Tout d’abord, on doit se mettre en présence de Dieu pour connaître si vraiment nous osons lui demander la faveur que nous désirons. Est-ce seulement pour satisfaire notre égoïsme, en voulant inconsciemment mettre la puissance du Seigneur à notre service et la réduire à nos limites et à nos déviations? « Déplacer une montagne » pour une satisfaction magique, c’est la contradiction de la prière.

La seconde condition consiste à se conformer à la volonté de Dieu. Croire que l’amour de Dieu veut notre bonheur mieux que nous. Épouser le projet de Dieu sur nous consiste à élargir notre volonté et nos désirs aux dimensions du Seigneur. Dans la prière, il ne faut pas attendre de Dieu notre réponse, mais la sienne.

Mais la prière peut rencontrer un obstacle insurmontable: l’hostilité à l’égard d’un parent, d’un proche ou de n’importe quelle personne. Avoir de l’amertume, de la haine dans le coeur, se diviser ou s’opposer à autrui, c’est ériger un mur entre le Seigneur et nous. Il est impossible de communiquer avec Dieu, si on a érigé une muraille de haine quelle qu’elle soit, qui nous sépare de notre prochain et de Dieu.

Rappelons-nous la parabole des deux serviteurs. (Mt 18,21-35) Le premier doit une somme énorme à son maître, qui, par pitié, lui remet toute sa dette. Mais celui-ci, qui vient de tout recevoir gratuitement de son maître, ne veut pas partager cette gratuité avec son camarade. Il perd alors le pardon qu’il avait reçu. Par amour, Dieu fait les premiers pas vers nous, mais le don qu’il nous accorde, il faut qu’il rayonne autour de nous. On ne peut le garder pour soi-même.

Jean-Louis D’Aragon SJ